‹ Des soins à donner aux maladesChapitre 7 sur 34 · CE QU’IL FAUT FAIRE —CE QU’IL FAUT ÉVITER · texte numérisé non relu

CE QU’IL FAUT FAIRE —CE QU’IL FAUT ÉVITER

INTRODUCTION

La maladie considérée comme une action réparatrice.

Commencerons-nous par poser en principe que toute maladie, à une période ou à une autre, est plus ou moins une action réparatrice, un effort de la nature (qui n’est pas nécessairement accompagné de souffrances), pour remédier à un affaiblissement ou à une altération des organes, survenus, des semaines, des mois, peut-être des années avant que ces accidents aient été observés, l’issue de la maladie devant être, en ce cas, déterminée par la nature et la durée de ces antécédents?

Si nous acceptons cette opinion comme un principe, on nous opposera immédiatement des faits et des exemples destinés à prouver le contraire. Précisément, comme si nous partions de ce principe, que tous les climats de la terre peuvent être

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rendus habitables pour l’homme, par suite de ses efforts, on nous demanderait aussitôt, sous forme d’objection, si le sommet du mont Blanc sera jamais habitable; à cela nous répondrions : U s’écoulera plusieurs milliers d’années avant que nous ayons atteintlabase du montBlanc, après avoir assaini toute la surface du globe; attendons d’être arrivés à la base, avant de nous occuper de la cime.

En étudiant une maladie, soit dans les hôpitaux, soit dans les maisons particulières, l’observateur attentif doit remarquer que, bien souvent, des symptômes ou des souffrances que l’on regarde comme inhérents à la maladie peuvent provenir de toute autre cause, par exemple, du manque d’air pur, de lumière, de chaleur, de tranquillité, de propreté, d’exactitude et de soin dans l’administration du régime. Chacune de ces causes ou toutes ensemble ont souvent des résultats très-distincts de la maladie elle-même.

L’action réparatrice, voulue par la nature, et que nous appelons maladie, est entravée par l’ignorance ou par l’inattention, et l’angoisse, la souffrance qui résultent du défaut de soins sont occasionnées par l’interruption de la marche régulière de cette maladie.

Si le malade se refroidit, s'il a des frissons, s’il éprouve de la défaillance, s’il est mal à son aise après avoir pris de la nourriture, s’il a des exco-

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riations, c’est en général la faute, non de la maladie, mais de la garde-malade.

Ce que devrait être l’ofS-ce de garde-malade.

J’emploie ce mot de garde-malade, faute d’une meilleure dénomination. L’office de garder un malade est en général borné au soin d’administrer les remèdes ordonnés par le médecin et de satisfaire les petites fantaisies permises; il devrait comprendre aussi l’emploi intelligent d’un air pur, de la lumière, de la chaleur, de la propreté, de la tranquillité, ainsi que le choix convenable, la sage distribution des aliments. Le tout, avec le moins de dépense possible de force chez le malade.

L’art de soigner les malades très-peu connu.

On a dit et écrit cent fois que toute femme était une bonne garde-malade; je crois, au contraire, que les principes les plus élémentaires de cette science sont tout à fait inconnus.

Je ne veux pas dire que la garde-malade ait toujours tort. L’absence des moyens de salubrité, une architecture défectueuse, des arrangements administratifs mal entendus, rendent souvent impossible les soins efficaces, mais l’art de la garde doit y suppléer et rendre possible ce que j’entends par des soins efficaces.

Je reviens à la première objection : Telle ou telle

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maladie est-elle en effet une action réparatrice? Telle maladie peut-elle être exempte de souffrances? Quels sont les soins qui peuvent épargner à un malade telle au telle douleur? J’avoue humblement que je n’en sais rien; mais lorsque vous aurez écarté du lit des malades toutes les angoisses et toutes les souffrances qui ne sont pas inévitablement attachées à leur maladie, mais sont la conséquence fatale de l’absence des soins ou de leur fausse direction, vous distinguerez aisément les souffrances propres à la maladie de celles qui en sont indépendantes.

Mais, répétera-t-on sans vouloir nous comprendre, est-ce que vous ne ferez rien dans le choléra, la fièvre, etc.? tant c’est une conviction universelle et profondément enracinée que de donner des remèdes, c’est faire quelque chose, et même tout, et que de donner de l’air, de la chaleur, d’entretenir la propreté, ce n’est rien faire. Je répondrai que, dans ces maladies et dans beaucoup d’autres semblables, la puissance des remèdes, celle des divers modes de traitement n’est nullement démontrée, tandis que l’expérience universelle fait voir l’extrême importance des soins bien entendus, relativement à l’issue de la maladie.

Hygiène des personnes bien portantes.

Les principes de l’hygiène, pour les personnes

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bien portantes, sont aussi peu connus que ceux qui concernent les malades. Néanmoins les mêmes lois président, en réalité, à la conseryation comme au retour de la santé; leur infraction produit seulement des conséquences moins funestes pour les premiers que pour les seconds, mais elles deyiennent quelquefois funestes également pour les gens bien portants.

On entend constamment s’écrier : « Comment puis-je obtenir cette connaissance médicale? Je ne suis pas médecin, je dois laisser faire les médecins. »

Connaissances imparfaites.

O mères de familles ! vous qui parlez ainsi, sayez-YOus que sur cette terre d’Angleterre si remarquablement ciyilisée, un enfant sur sept meurt ayant d’ayoir accompli sa première année? A Londres, deux sur cinq périssent ayant leur cinquième année, et dans les autres grandes yilles d’Angleterre, la mortalité jusqu’à cet âge est de près de un sur deux.

Curieuse déduction du chiffre excessif des mortalités.

On a tiré de ce fait les plus prodigieuses déductions. Pendant un long temps, les journaux ont contenu un ayis conçu à peu près en ces termes : « Plus de 25,000 enfants meurent chaque année à Londres, ayant l’âge de dix ans; par conséquent.

nous avons besoin d’un hôpital d’enfants. » Cet avis était accompagné d’un prospectus et de diverses propositions pour remédier au mal, entre autres celle-ci : « Il y a une grande ignorance de notions hygiéniques chez les femmes; en conséquence, nous avons besoin d’un hôpital de femmes. » Les deux faits énoncés ci-dessus sont tristement vrais; mais quelle en est la conséquence logique? — Les causes de l’énorme mortalité des enfants sont parfaitement connues : ce sont principalement le manque d’air, de propreté, de vêtements convenables, de nourriture saine, de linge blanc; en un mot, une hygiène domestique défectueuse. Les remèdes sont aussi bien connus que les causes du mal; et on ne pe^ pas donner comme un remède à cet état de chose l’établissement d’un hôpital pour les enfants. Le besoin peut s’en faire sentir aussi bien que celui d’un hôpital d’adultes, mais la statistique ne peut faire conclure que l’effrayante mortalité des enfants, à Liverpool, par exemple, tient à ce qu’il n’y a pas pour eux assez de place à l’hôpital, et en déduire la conséquence qu’il faille fonder pour eux un hôpital spécial.

De même, si les femmes, et les meilleures, sont malheureusement très-ignorantes des conditions de l’hygiène, quoique ce soit sur elles que nous devions compter pour les soins intérieurs, qui s’imaginerait que la création d’un hôpital de

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femmes soit le remède de ce qui leur manque sur ce point?

En outre, nous tenons d’une autorité compétente -qu’il y a lieu de craindre que les hôpitaux, tels qu’ils ont été dirigés jusqu’ici, n’aient généralement accru, plutôt que diminué, le chiffre de la mortalité, spécialement celui de la mortalité des enfants.

La durée de la vie des enfants témoigne des conditions sanitaires.

La durée de la vie de ces frêles créatures, comme le disent certains physiologistes avec un sang-froid qui rappelle celui de Saturne dévorant ses enfants, est le témoignage le plus certain des conditions sanitaires.—Toutes ces souffrances, toutes ces morts prématurées sont-elles nécessaires? La nature a-t-elle voulu que les mères fussent toujours accompagnées par un médecin? Leur vocation est-elle d’apprendre le piano plutôt que les lois d’où dépendent la conservation de leurs enfants?

Macaulay dit quelque part qu’il est extraordinaire que, tandis que les lois des mouvements des corps célestes, quelque éloignés qu’ils soient de nous, sont parfaitement connues, les lois de l’esprit humain, qui tombent sous notre observation quotidienne et permanente, ne soient pas mieux comprises qu’il y a deux mille ans.

INTROBUCTION.

Mais n’est-il pas plus extraordinaire encore que, tandis que ce que nous pourrions appeler le clinquant de l’éducation (par exemple, les éléments de l’astronomie sont enseignés à toutes les petites fi lles des écoles), ni les mères de famille, de quelque condition qu’elles soient, ni les maîtresses d’école, à quelque classe qu’elles appartiennent, ni les bonnes des enfants, ni les infirmières des hôpitaux, ne reçoivent aucune notion des lois que Dieu a assignées aux relations de nos corps avec le monde dans lequel il les a placés. En d’autres termes, les lois d’après lesquelles les corps, demeure de l’esprit qui les anime, offrent à ces esprits des organes sains ou malades, ne nous sont jamais enseignées. Ce n’est pas que ces lois ne soient connues dans une certaine mesure, mais personne, pas même les mères, ne veut consacrer son temps à les étudier, à étudier les moyens de donner à leurs enfants une existence délivrée de maux. On appelle cela des connaissances médicales ou physiologiques, qui ne regardent que les médecins.

Autre objection.

Nous entendons répéter constamment : « Mais les circonstances qui gouvernent la santé de nos enfants sont en dehors de notre contrôle. Que pouvons-nous faire contre le vent qui souffle? Est-ce le vent d’est? Combien de personnes peu-

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vent dire, même avant de se lever le matin, si le vent est à l’est. »

A ceci nous répondrons avec plus d’assurance qu’à la précédente objection : Quels sont ceux qui savent si le vent est à l’est? Serait-ce le pâtre montagnard, si exposé lui-même au vent d’est, ou plutôt la jeune femme élégante, affaiblie par l’absence d’exercice en plein air, par la privation de soleil, etc., etc.? Mettez celle-ci dans des conditions aussi saines que le montagnard, et elle ne saura bientôt plus si le vent est à l’est.

CHAPITEE PEEMIEE

Premier devoir de la garde-malade ; entretenir l’air intérieur aussi pur que l’air extérieur.

La première règle à suivre, dans les soins qu’on rend au malade, la première et la dernière chose sur laquelle l’attention de la garde-malade doit être fixée, la plus essentielle pour celui qui souffre, ceUe sans’ laquelle toutes les autres ne sont rien, et avec laquelle j’oserais presque dire que vous pouvez laisser de côté toutes les autres, la voici : Entretenir Vair qu'il respire aussi pur que l’air extérieur, en évitant de le refroidir .— Cependant y a-t-il une chose à laquelle on accorde en général moins d’attention? et même lorsqu’on en tient compte, quelles fausses applications n’en fait-on pas!—Même en admettant l’air dans la chambre du malade ou dans les salles d’hôpitaux, peu de gens se demandent

d’où \ient cet air. Il peut venir d’un corridor sur lequel d’autres dortoirs sont ouverts, d’une salle qui n’est Jamais aérée, toujours remplie de la fumée du gaz, de l’odeur des mets, de toutes sortes d’émanations humides ; d’une cuisine souterraine, d’un évier, d’une buanderie, d’une garderobe, ou encore, comme J’en ai fait moi-même la triste expérience, d’un égout comblé d’immondices. C’est ainsi que la chambre du malade ou les salles sont aérées, ou pour mieux dire, empoisonnées. Ce qu’il faut toujours, c’est de l’air, de l’air extérieur, qui entre par des fenêtres, au travers ^ lesquelles il puisse pénétrer et se renouveler. L’air qu’on reçoit d’une cour fermée, surtout si le vent ne souffle pas de ce côté, peut être aussi stagnant que celui d’une salle ou d’un corridor.

11 est encore une habitude que J’ai souvent obseix^ée dans les maisons particulières et dans les établissements publics. Une chambre reste inhabitée; la cheminée est soigneusement bouchée avec une plaque fermée; les fenêtres ne sont Jamais ouvertes; les volets sont toujours soigneusement fermés; peut-être quelque espèce de provision estelle conservée dans cette chambre ; pas un souffle d’air pur, pas un rayon de soleil n’ont pu y pénétrer. L’air y est aussi stagnant, aussi renfermé, aussi corrompu qu’il est possible. 11 est parfaitement préparé pour recevoir et propager les mias-

mes de la petite vérole, de la fièvre scaiiatine, de la diphthérie, ou de toute autre maladie.

Cependant, la chambre des enfants, le doidoir, la chambre du malade, seront aérés, dit-on, par leur porte ouverte sur cet appartement, ou bien, sans soins préalables, on y fera coucher des enfants.

Pourquoi tenir fermés les appartements inhabités?

On croit généralement que les portes, les fenêtres, les volets, les cheminées, dans les chambres inhabitées, peuvent sans inconvénient être constamment fermés, scellés, s’il est possible, pour les préserver de la poussière, et qu’il n’en arrivera aucun mal, si on ou-vre la chambre, une heure avant l’arrivée des hôtes. On m’a souvent adressé cette question relativement aux appartements inhabités « Mais quand faut-il donc que les fenêtres soient ouvertes?—Je réponds :—«Quand fautil qu’elles soient fermées? »

Folie générale.

Il n’y a pas longtemps, un homme entra dans l’arrière-cuisine d’une maison de Queen-square et coupa la gorge à une pauvre malade, atteinte de consomption, assise auprès du feu. Le meurtrier ne nia pas le fait, mais il répondit simplement : —« C’est bon. »—11 n’est pas nécessaire d’ajouter qu’il était fou.

Dans le cas présent^ ce qui est extraordinaire, c’est que ce sont les victimes qui disent que « c’est bon, » et nous ne sommes pas fous. Nous sentons que les assassins sont dans l’air renfermé de la chambre, close et sans soleil; nous devinons la fièvre scarlatine, cachée derrière la porte, la fièvre d’hôpital, ou la gangrène, qui se promènent entre les lits pressés d’un hôpital, et nous disons : « C’est bon!... »

. Aérer sans rafraîcMr.

Avec des fenêtres bien disposées, avec un feu suffisant dans les cheminées bien construites, il est aisé de renouveler, sans danger pour votre malade ou pour vos malades, l’air de la pièce où ils sont couchés. Ne craignez jamais d’ouvrir les fenêtres dans ces conditions. On ne prend pas froid dans son lit. L’opinion contraire est un préjugé populaire. Avec des couvertures convenables, des bouteilles d’eau chaude, s’il est nécessaire, vous pouvez toujours maintenir à un malade dans son lit une chaleur suffisante et en même temps aérer sa chambre.

Mais une garde négligente, quels que soient d’ailleurs son rang et son éducation, bouchera tous les interstices par lesquels l’air pourrait s’introduire dans la chambre et y maintiendra la température d’une serre chaude, taudis que le malade est dans

son lit, et s’il est en état de se lever, elle le laissera comparativement exposé au froid. Le moment où l’on se refroidit [et il y a beaucoup de sortes de refroidissement, indépendamment du rhume de cerveau) est celui du lever, où, après la fatigue de la toilette, la peau, devenue plus sensible par un séjour plus ou moins prolongé dans le lit, est en même temps moins capable de réaction. Alors la même température qui rafraîchit et repose le malade dans son lit peut tuer le malade qui vient d’en sortir. Le sens commun suffit pour démontrer que si la pureté de l’air est nécessaire, il n’est pas moins indispensable d’assurer au malade une température qui le mette à l’abri des refroidissements. Autrement, le moins qu’on puisse craindre est un accès de fièvre.

Pour entretenir Pair intérieur aussi pur que l’air extérieur, il n’est nullement nécessaire, comme on semble souvent le croire, de le laisser refroidir.

11 arrive souvent que, dans l’après-midi, si l’on n’y fait pas attention, le malade, dont les forces vitales ont été excitées, trouve Latmosphère de sa chambre aussi renfermée, aussi étouffante, qu’il la trouvait froide le matin. Cependant la'garde est terrifiée si une fenêtre est ouverte.

11 est très-désirable que les fenêtres de la chambre d’un malade soient disposées de façon que, s’il est en état d’agir par lui-même, il puisse aisément

les ouvrir et les fermer à son gré*. Rarement estil aussi bien servi par les autres sous ce rapport que par lui-même;, tant il y a peu de gens qui aient la moindre notion de ce qui peut procurer aux malades une atmosphère salutaire.—Un malade dit fréquemment : « Je respire mieux dans cette chambre, où je passe vingt-deux heures sur les vingt-quatre, que dans l’autre où je reste seulement deux heures, parce qu’ici je puis moi-même disposer des fenêtres. » Et cela est vrai.

Ouvrir les fenêtres.

Je connais une infirmière intelligente et compatissante qui s’est fait une règle de tenir les fenêtres de sa salle constamment ouvertes. Les médecins et les chirurgiens les ferment invariablement pendant qu’ils font leurs visites, et l’infirmière les rouvre tout aussi invariablement aussitôt que le docteur est parti. ^

On lit dans un petit manuel des gardes-malades récemment publié : « qu’il est très-rare, qu’avec les

1 II est inutile de dire que, dans les cas de délire et de fièvre charade, où l’on peut craindre que le malade ne se jette par la fenêtre, cette règle souffre une exception; mais comme il est absolument nécessaire que, dans ces cas particuliers, la chambre soit maintenue fraîche et bien aérée, il est facile de prévenir tout risque d’accident en faisant disposer les fenêtres de façon que l’ouverture ne puisse excéder quelques pouces.

précautions convenables, les fenêtres ne puissent être ouvertes, pour renouveler l’air deux fois par jour, pendant quelques minutes. Nous n’y voyons pas, en effet, de danger, ni deux fois par heure non plus. Ceci montre combien ce sujet a été peu et mal examiné.

Quelle sorte de chaleur est salutaire.

De tous les procédés employés pour empêcher que les malades ne se refroidissent, le pire est assurément de compter sur la chaleur naturelle de leur corps et de leur haleine. J’ai connu un employé dans le service médical des hôpitaux, très-attentif à tenir toutes les fenêtres de ses salles hermétiquement fermées, exposant ainsi les malades à tous les dangers d’une atmosphère infectée, dans la crainte qu’en admettant l’air extérieur, la température de la salle ne fût trop abaissée. C’est une erreur des plus funestes.

L’usage de réchauffer les malades et les salles où ils sont renfermés en ne leur donnant à respirer que leur propre haleine, humide, fiévreuse, corrompue, est un sûr moyen de retarder la convalescence, ou même d’amener la mort.

L'air des dortoirs et des cLambres à coucher toujours corrorupu.

Si vous êtes jamais entré pendant la nuit, ou le

matin^ avant que les fenêtres aient été ouvertes, dans une chambre à coucher, ou dans un dortoir, soit qu’il contiennent un, deux, trois, ou vingt lits, à quelque classe de personnes qu’ils appartiennent, malades ou bien portants, y avez-vous jamais respiré autre chose qu’un air épais et malsain? Le corps humain, même en santé, est beaucoup plus soumis, durant le sommeil, à l’influence du mauvais air qu’il ne l’est durant la veille. Pouvez-vous ne pas prendre soin de maintenir dans vos chambres à coucher, pendant toute la nuit, l’air intérieur aussi pur que l’air extérieur? A cet effet, vous devez y ménager des issues suffisantes pour laisser échapper l’air vicié que vous exhalez, suffisantes aussi pour laisser entrer l’air pur du dehors. Vous devez avoir des cheminées ouvertes ou des ventilateurs; jamais de rideaux fermés autour de vos lits, point de volets, ni de rideaux à vos fenêtres; aucun de ces arrangements par lesquels vous minez votre propre santé, ou vous éloignez les chances de guérison de votre malade.

Comment il faut ouvrir les fenêtres.

Ouvrez les fenêtres dans le haut et non vers le bas, et si elles ne s’ouvrent pas en haut, faites-les, le plus tôt possible, réformer dans ce sens. Un pouce ou deux d’ouverture seront suffisants pour aérer, en hiver, une chambre à deux lits de

moyenne grandeur. Dans une chambre d’enfants ou dans un dortoir, une plus grande ouverture sera nécessaire, en proportion du nombre de lits. Mais, ni dans la chambre d’un malade, ni dans une salle d’hôpital, il ne faut pratiquer l’entrée de l’air extérieur au niveau du plancher; il rafraîchirait trop la couche d’air inférieure, et si le malade était en état de sortir de son lit, il serait, par là, exposé à un refroidissement dangereux. Durant l’été, et lorsque le temps est doux, la fenêtre peut être entièrement ouverte ; en ceci, comme en beaucoup d’autres choses, c’est le bon sens qui doit servir de guide. La ventilation d’une chambre à coucher ou d’une chambre de malade ne consiste pas à pousser la fenêtre jusqu’au plafond, ou à rabaisser jusqu’au plancher^ Encore moins s’agitil de les tenir alternativement entièrement ouvertes ou complètement fermées, et d’exposer ainsi le malade à des variations de température fréquentes et soudaines. 11 s’agit seulement d’entretenir un air pur.

Le véritable critérium de la pureté de l’air est dans l’impression que vous éprouvez, le matin, en rentrant, après avoir été un instant en plein air.

1 En Angleterre, comme en Allemagne, les fenêtres sont, en général, construites différemment qu’elles ne le sont en France ; au lieu de s’ouvrir dans toute leur longueur, les châssis glissent les uns sur les autres^

Si VOUS trouvez la plus légère odeur de renfermé, la ventilation n’a pas été suffisante, et cette chambre n’est saine ni pour un malade, pendant son sommeil, ni pour une personne bien portante.

Des écoles.

Cette épreuve de la pureté de l’air doit être surtout et constamment faite dans les écoles publiques et dans les pensionnats, où un certain nombre d’enfants ou de jeunes personnes couchent dans le même dortoir. S’il est imprudent de laisser, pendant la nuit, deux enfants dormir dans une chambre mal aérée, ce danger est plus que doublé pour quatre et beaucoup plus que triplé pour six. On y pense rarement : cependant, si les parents avaient autant de sollicitude pour l’air que leurs enfants respirent dans les dortoirs des écoles qu’ils en ont à l’égard de la nourriture qu’on leur donne et de l’éducation qu’ils y reçoivent, on accorderait une attention suffisante à cette question vitale et ils ne verraient plus revenir chez eux leurs enfants malades, ou renvoyés à cause d’une épidémie déclarée, de fièvre scarlatine ou de toute autre maladie contagieuse.

Il existe des écoles où l’attention a été fixée sur ces précautions, et où les épidémies qui frappent les enfants sont inconnues.

Les ateliers.

Combien de maladies, de maux de toutes sortes et de morts produits par l’état actuel de la plupart des manufactures, des magasins, des arrière-boutiques et des ateliers ! Les lieux où travaillent les pauvres couturières, les tailleurs, les compositeurs d’imprimerie et autres, sont généralement dans des conditions sanitaires pires qu’aucune autre portion de nos villes les plus malsaines. Le plus grand nombre de ces ateliers n’ont pas été construits pour cet objet. Ce sont des greniers mal adaptés à l’emploi qu’on en fait; des salles, des chambres à coucher de maisons misérables.—Aucune attention n’est accordée aux bonnes conditions de l’air respirable. Les pauvre^ ouvriers y sont entassés en plus grand nombre que partout ailleurs. Dans beaucoup de lieux, cent pieds cubes d’air par homme seraient regardés par un entrepreneur comme une prétention exorbitante. Cet air vicié saturé d’humidité, a une action sur les poumons qui rend ceux qui le respirent plus sensibles à l’impression du froid, et, par conséquent, plus exposés aux maladies de poitrine. 11 en résulte qu’en fermant toutes les issues, pour se garantir du froid et en chauffant le pièces outre mesure, ils empêchent un air plus sain d’y pénétrer. Si on ajoute aux inconvénients du local insalubre une attitude

fatigante, le défaut d’exercice, une nourriture insuffisante, prise à la hâte, un travail pénible et prolongé, comment s’étonner de voir qu’un grand nombre de ces ouvriers succombe de bonne heure aux maladies de poitrine, à la consomption ! L’intempérance est encore pour eux un danger mortel. Ces hommes ne peuvent venir à bout de leur tâche que sous l’influence de stimulants qui achèvent de ruiner leur santé, de détruire leur moral et de les pousser vers une tombe prématurée.

Les entrepreneurs s’arrêtent rarement à ces considérations. La salubrité des ateliers ne fait point partie de l’engagement que les patrons contractent avec leurs ouvriers. Ils payent le salaire convenu dans le marché et, pour ce prix, l’ouvrier ou l’ouvrière doit donner son travail, sa santé, sa vie.

Les hommes et les femmes qui emploient les modistes et les tailleurs à la mode ont-ils jamais pensé à cela?

Cependant le maître n’y gagne point; les étoffes sont ternies par l’air corrompu et par la fumée du gaz; sa santé et celle de sa famille en souffrent, son ouvrage n’est pas aussi bien fait qu’il le serait par des gens bien portants. On a reconnu qu’il y avait économie et avantage à n’employer dans les manufactures que de l’eau potable au lieu de l’eau crue. Le temps viendra sans doute -

OÙ l’on trouvera le même avantage à entretenir dans les boutiques, les magasins, les ateliers, un air pur au lieu d’un air vicié.

L’usage de Taéromètre serait d’une grande utilité.

L’aéromètre du docteur Angus Smith, si l’on pouvait en rendre l’application plus simple, serait d’un usage inestimable dans tous les dortoirs et dans toutes les chambres de malades. De même qu’on n’ose mettre un malade au bain sans un thermomètre, de même aucune garde, aucune surveillante, aucune mère de famille ne devrait, s’il était facile de s’en servir, être dépourvue d’un aéromètre, aussi bien pour les chambres d’enfants que pour les salles de malades; c’est la principale fonction d’une garde de maintenir l’air intérieur aussi pur que l’air extérieur, sans que la température soit trop abaissée ; ne devrait-elle pas être toujours pourvue d’un thermomètre, qui indique le degré de la température, et d’un aéromètre, qui indique la qualité de l’air et la proportion de molécules organiques qu’il contient? Les sens des gardesmalades et des mères de famille sont si blasés sur le mauvais air qu’elles n’ont aucune idée de l’atmosphère qu’elles laissent respirer à leurs malades, à leurs enfants, aux personnes confiées à leurs soins. Si l’indicateur de l’aéromètre révélait, chaque matin, à la garde, au malade, au médecin qui

fait la ronde, quelle a été l’atmosphère pendant la nuit, je demande si l’on n’aurait pas ainsi de meilleures garanties contré un mauvais état de choses?

Nous n’entendrions plus parler de « dispensations mystérieuses » des fléaux et des pestes qui sont dans la main de Dieu, tandis que, d’après tout ce que nous savons, il les a mis entre nos propres mains. Le petit indicateur trahirait la cause de « ces fléaux mystérieux, » et, en même temps, nous apprendrait à y porter remède.

Quand il est le plus important de veiller au maintien de la chaleur.

Une garde attentive veillera constamment sur son malade, surtout dans les cas d’épuisement, de marasme, de prostration de forces, afin de le préserver du danger de la perte de sa chaleur vitale. Dans certains états maladifs, le corps humain produit beaucoup moins de chaleur que dans l’état sain, et il y a une tendance continuelle au déclin et à l’extinction définitive des forces vitales, épuisées par l’effort fait pour entretenir la chaleur naturelle; dans les cas semblables, la surveillance doit s’exercer d’heure en heure, j’ai presque dit de minute en minute. Les pieds et les jambes doivent être fréquemment examinés avec la main, et toutes les fois qu’en les palpant on y trouve une disposition au refroidissement, on doit avoir

recours aux bouteilles d’eau chaude, aux briques chauffées, aux flanelles chaudes, a quelque boisson chaude, jusqu’à ce que le malade ait recouvré sa chaleur; le feu de sa chambre doit, s’il est nécessaire, être augmenté. On perd souvent des malades, dans la dernière période de leur maladie, par le défaut de vigilance pour des précautions si simples. La garde donne peut-être une grande attention au régime du malade, aux remèdes, aux stimulants, tandis qu’il s’éteint graduellement faute d’un peu de chaleur extérieure.

De semblables accidents arrivent en toutes saisons, même durant les plus grandes chaleurs de l’été. Cependant, ce rafraîchissement fatal est plus à craindre vers l’aube du jour, dans la période des vingt-quatre heures où la température est la plus basse, et où l’effet des remèdes et de la nourriture du jour précédent est épuisé. Vous devez donc prévoir que les malades affaiblis souffrent du froid beaucoup plus le matin que le soir; si la nuit a été agitée, fiévreuse, si le malade a eu les mains et les pieds brûlants, il est presque certain qu’il sera transi et frissonnant vers le matin ; mais les gardes suivent leur routine de bouteilles d’eau chaude, de briques, etc., le soir, et les négligent le malin, pendant qu’elles ont autre chose à faire. C’est le contraire qu’il faudrait pratiquer.

Bouteilles d’eau chaude.

A quoi pensent les gardes-malades, qui mettent une bouteille d’eau bouillante aux pieds du patient, espérant qu’eUe se tiendra chaude pendant les yingt-quatre heures? Naturellement le contact de la bouteille brûlante le réveille, lui fait porter le sang à la tête et lui attendrit la peau. En revanche, la garde la laisse dans le lit jusqu’à ce qu’elle soit complètement refroidie. Une bouteille d’eau chaude ne doit jamais être assez chaude pour qu’on ne puisse la toucher avec la main nue, et il ne faut pas s’attendre à ce qu’elle se maintienne chaude plus de huit heures. Les bouteilles d’étain sont trop chaudes et trop froides; les meilleures sont celles de grès ou de caoutchouc. Mai^ avec ces dernières, les gardes négligentes causent de fâcheux accidents, en y mettant l’eau trop chaude ou en fermant mal l’écrou, de façon que le malade est inondé dans son lit.

Toutes ces choses ne demandent que des soins et du bon sens, mais il n’est peut-être aucune vocation où le bon sens soit aussi rare que dans celle des gardes-malades, à quelque classe qu’elles appartiennent.

Refroidir n’est pas aérer; aérer n’est pas refroidir.

Rien ne le montre plus évidemment que la con-

fusion extraordinaire qui existe dans l’esprit, même des personnes éclairées, entre la ventilation et le refroidissement. Pour refroidir un appartement, il n’est nullement nécessaire de l’aérer, et pour l’aérer, il n’est nullement nécessaire de le refroidir. Cependant, si la garde trouve l’air de la chambre trop renfermé, elle laissera tomber le feu, ce qui rendra l’air encore plus épais, ou bien, pour le purifier, elle ouvrira une porte sur une chambre froide, sans feu, sans communication avec l’air extérieur. L’atmosphère la plus saine pour une chambre de malade est un bon feu et une fenêtre ouverte, excepté dans les températures extrêmes du chaud ou du froid. Mais il est presque impossible de faire comprendre cela à aucune garde : aérer une petite chambre sans risquer d’y établir des courants d’air demande beaucoup plus de précautions que d’aérer une grande pièce.

Dans les hôpitaux, et je le pense aussi, dans les maisons particulières, la garde ne croit avoir obtenu une atmosphère plus pure que lorsque, étant immobile, elle sent la fraîcheur de l’air sur son visage.

Courants d’air.

L’on a souvent observé que celles qui se récrient le plus contre les fenêtres ouvertes sont celles qui prennent le moins de précaution pour eropê-

cher les courants d’air dangereux. Il est quelquefois nécessaire que la porte d’une chambre de malade, ou d’une salle d’infirmerie, soit ouverte pour le passage des gens de service ou le transport des meubles nécessaires; mais une garde soigneuse tiendra la porte fermée jusqu’à ce qu’elle ait fermé la fenêtre; puis alors, et non pas avant, elle laissera ouvrir la porte, afin que le malade ne soit pas exposé, peut-être pendant une transpiration abondante, au courant d’air, entre la porte et la fenêtre ouvertes. Il est superflu d’ajouter qu’un malade ne doit jamais rester entre deux airs, tandis qu’il est sur son séant, dans son lit, ou pendant qu’on le lave ou qu’on le change de linge.

On ne peut se défendre de quelque irritation quand on voit des gardes stupides faire dégénérer en un mal ce qui, pour leur malade, doit être la source de la vie, c’est-à-dire l’air pur. Assurément, en ne prenant aucune précaution, dans le cas où le malade doit sortir de son lit, si elles le laissent courir sans pantoufles, sans flanelle, sans robe de chambre, exposé à un vent froid, il arrivera presque inévitablement qu’il sera atteint de maux de gorge ou de poitrine. Dans certaines infirmeries, certains lits sont notés comme prédestinés aux bronchites, à cause du courant d’air qui vient de la porte. Et pourquoi vient-il un cou-

rant d’air de cette porte? ou pourquoi doit-il tomberj sur un malade? N’y a-t-il point de paravents? Si l’endroit où l’on met le lit est exposé à un courant d’air, pourquoi le lit ne serait-il pas déplacé? Les choses se passent souvent de même dans la chambre d’un malade soigné chez lui. Une garde insouciante laisse la porte ouverte d’un côté sur son malade et la fenêtre de l’autre côté; il ne lui viendra jamais dans l’esprit que la fenêtre doit être fermée toutes les fois qu’il est nécessaire d’ouvrir la porte. Elle entrera dans la chambre du malade et en laissera la porte ouverte, jusqu’à ce qu’ellepn ressoide, sans aucun autre motif appréciable que son défaut d’intelligence; elle laissera la fenêtre ouverte sur son malade tandis qu’il se lave ou qu’il est assis sur son séant, en toilette de nuit, et puis elle dira : « Il a pris froid par la fenêtre ouverte. » Non! il a pris froid par votre négligence.

L’air de la nuit.

Un autre préjugé extraordinaire est la crainte de l’air de la nuit. Quel air pouvons-nous respirer pendant la nuit, si ce n’est l’air de la nuit? Nous n’avons de choix qu’entre l’air extérieur de la nuit qui est pur et l’air intérieur de la nuit qui est corrompu, beaucoup de gens préfèrent le dernier. Le choix est inexpücable. Que diriez-vous si l’on vous

prouvait que la moitié, au moins, de nos maladies vient de la funeste habitude de dormir avec les fenêtres fermées? Une fenêtre ouverte, durant la plus grande partie des nuits de l’année, n’a jamais fait de mal à personne. Ce n’est pas dire que la lumière ne soit pas nécessaire à la guérison; mais dans les grandes villes, c’est souvent l’air de la nuit qui est le meilleur et le plus pur qu’on puisse respirer dans les vingt-quatre heures. Je comprendrais mieux que dans les villes, on fermât les fenêtres plutôt durant le jour que durant la nuit, pour le bien des malades. L’absence de fumée, le silence, tout concourt à rendre ces heures tranquilles les plus favorables pour aérer leurs chambres. L’une de nos autorités médicales les plus compétentes dans l’étude de la consomption et celle des climats me disait qu’à Londres l’air n’est jamais si sain qu’après dix heures du soir.

Le seul cas où il pourrait être malsain d’ouvrir les fenêtres pendant la nuit, c’est lorsque Tair extérieur est plus corrompu que l’air intérieur ; cela peut arriver lorsque les fenêtres donnent sur une arrière-cour, fermée de tous côtés, ou bien à l’heure où la température s’abaisse subitement. Mais même dans les contrées exposées à la malaria, on a constaté que des rideaux de gaze légère que l’air traverse aisément sont une protection suffisante contre le mauvais air.

La fumée.

S’il est nécessaire de maintenir l’air intérieur aussi pur que celui du dehors, il est superflu de dire que les cheminées ne doivent pas fumer.

Toutes les cheminées qui fument doivent être arrangées par le bas, et non par le haut. Souvent il suffit de pratiquer une ventouse pour laisser entrer l’air, afin d’alimenter le feu et d’empêcher la fumée de se rabattre sur le foyer. D’un autre côté, toutes les cheminées peuvent fumer par la négligence de la garde, qui laisse tomber le feu et ensuite le couvre de charbon; non pas, nous le croyons sincèrement, pour s’épargner de la peine (car la dureté envers les malades est très-rare), mais faute de penser à ce qu’elle fait.

Ne pas faire sécher les choses humides dans la chambre d’un malade.

Partant du principe que le premier soin de la garde doit être de maintenir aussi pur que l’air extérieur l’air que respire son malade, n’oublions pas qu’il faut enlever tous les objets qui peuvent, par l’évaporation, ajouter des émanations humides et malsaines à celles qui procèdent nécessairement du malade lui-même; dehors donc tous les linges mouillés et dont l’humidité se mêle à l’air qu’absorbe le malade. Généralement, on pense aussi peu

à prendre tous ces soins que s’ils étaient inutiles. —Où est la garde qui se fait une règle absolue de ne rien sécher dans la chambre de son malade, de ne rien cuire à son feu ! 11 est Yrai que les circonstances rendent quelquefois cette règle difficile à observer.

Mais si la garde est une personne soigneuse, elle ne manquera pas, lorsque le malade, sans sortir de la chambre, sort de son lit, de jeter bas les couvertures et d’ouvrir les draps, afin d’aérer le lit: En même temps, elle étendra le linge et les flanelles humides sur un chevalet, afin de les sécher, Pour l’ordinaire, ce linge de nuit et les serviettes ne sèchent pas, ou sèchent dans la chambre du malade. L’humidité, ou ses propres émanations lui sont-elles plus nuisibles auprès de lui, dans son lit, qu’évaporées dans l’air qu’il respire? Je laisse cela à juger ; car, pour moi, je ne saurais le décider.

Émanations malsaines.

Même en état de santé, nous ne pouvons respirer impunément l’air dont nous sommes continuellement environnés, parce qu’il est chargé de mille exhalaisons qui viennent de nous-mêmes; à combien plus forte raison, en état de maladie, où toutes les influences qui émanent, soit directement, soit indirectement, d’un corps malsain, sont nuisibles et

dangereuses, il est d’une haute importance de renouveler, par la ventilation, le milieu où se trouve placé le malade.

Il semblerait inutile de parler des dangers de la malpropreté si l’on n’y était pas sans cesse exposé.

Dans les maisons où les malades sont soignés à domicile, la seule précaution prise ordinairement, est de cacher sous le lit les vases dont on fait habituellement usage ; si vous réfléchissiez un instant au mauvais air qui séjourne sous ce lit, aux évaporations malsaines dont le dessous des matelas est saturé, vous seriez étonnés et effrayés.

Vases sans couvercles.

L’usage de tous les ustensiles non pourvus d’un couvercle, employés dans une chambre à coucher, devrait être entièrement aboli, aussi bien pour les gens en bonne santé que pour les malades. Vous pouvez facilement vous convaincre de la nécessité de cette règle invariable, en examinant le dessous d’un de ces couvercles. Vous le trouverez toujours couvert d’une sorte de moisissure infecte; que devient cette humidité quand il n’y a pas de couvercle?

Ne faites pas un égout de la chambre d’un malade.

Mais surtout, que cette précaution nécessaire ne vous confirme pas dans l’abominable coutume de

CHAPITKE 1.

laisser dans la chambre, sans les nettoyer, plus d’une fois dans les vingt-quatre heures, c’est-àdire en faisant le lit, les vases dont on s’est servi. Quelque impossible que cela puisse paraître, j’ai connu la meilleure et la plus attentive des gardesmalades coupable de cette négligence. Bien plus, j’ai connu un malade, atteint depuis dix jours, d’une diarrhée très-grave, et sa garde (une trèsbonne garde) ne s’en doutait point, parce que le meuble fermé avec un couvercle n’était nettoyé qu’une fois dans les vingt-quatre heures par la fille de service qui venait chaque soir faire son lit. Autant vaudrait-il avoir un égout dans la chambre ou laisser le remplir, sans l’ouvrir, la cuvette des lieux d’aisances.

Faites donc grande attention à ce que le couvercle, comme le vase, soit toujours parfaitement lavé.

Si une garde refuse de prendre ces soins, sous prétexte que « ce n’est pas son ouvrage, » j’oserai dire qu’elle n’a pas la vocation de garde-malade. J’ai vu des femmes, des « sœurs, » aides-chirurgiens dont les mains habiles pouvaient procurer à ceux-ci un gain de deux ou trois guinées par semaine, agenouillées par terre pour récurer le plancher d’une chambre ou d’une barraque, afin de les rendre plus saines pour leurs malades. Je suis loin de vouloir que cette tâche soit imposée aux gardes-malades et je trouve que c’est excessif.

mais je dis que ces femmes avaient une véritable vocation. Le bien du malade avant tout ; venait ensuite l’accomplissement de la tâche ordinaire. Quant à celles qui laissent souffrir le malade, attendant la servante pour faire ceci, ou la femme de garde-robe pour faire cela, elles n’ont pas en elle l’étoffe d’une garde-malade.

Les vases de faïence ou de bois parfaitement polis et vernis sont les seuls qui puissent être employés- pour les malades. pL’ancien couvercle en bois ou en métal des abominables gardes-robes dont on se servait jadis peut être à lui seul une cause d’infection. Il se couvre d’une crasse malpropre, qu’on ne peut enlever qu’à force de récu rage. Je préfère un couvercle de faïence, comme beaucoup plus propre. Toutefois, il y a aujourd’hui un grand nombre d’inventions nouvelles très-préférables à celle-là.

Défendre l’entrée des seaux dans les chambres.

Que jamais les seaux qui servent à emporter les eaux ne soient introduits dans la chambre à coucher du malade. On devrait se faire une règle invariable, plus importante encore dans les maisons particulières que partout ailleurs, d’emporter directement tous les ustensiles dans le lieu où ils doivent être vidés et rincés. On doit toujours avoir^ dans ce lieu, de l’eau et une cruche pour ce net»

toyage, et s’il n’y en a pas^ il faut en mettre, pour rincer sur place tous les vases. J’ai.vu récemment, dans une chambre de malade, soigné à domicile, tous les vases vidés dans le bain de pieds, et replacés sous le lit sans avoir été rincés. Je ne saurais dire lequel est le plus préjudiciable, ou de ce procédé, ou de celui de rincer les vases dans la chambre du malade. Dans les meilleurs hôpitaux, maintenant, la règle est de ne point laisser entrer de seaux dans les dortoirs. Je voudrais qu’il en fût de même dans les maisons particulières.

Des fumigations.

Gardez-vous également des fumigations désinfectantes et autres inventions semblables, destinées à purifier l’air. Ce n’est pas l’odeur qu’il faut éloigner, mais ce qui la produit. Un célèbre professeur de médecine commença un jour ainsi une de ses leçons : « Les fumigations, messieurs, sont d’une extrême importance; elles produisent, en général, une si abominable odeur, qu’elles vous forcent à ouvrir les fenêtres. »

Je souhaiterais, pour ma part, que tous ces fluides inventés pour désinfecter eussent la propriété de laisser une odeur abominable, parce que vous seriez forcés de laisser entrer l’air du dehors. Ce serait vraiment alors une invention utile.

CÏÏAPITEE II

Salubrité des maisons.—Cinq conditions principales.

Il y a cinq conditions essentielles pour assurer la salubrité des maisons :

1“ Un air pur;

2® De l’eau saine;

3® Des tuyaux de décharge ;

4° La propreté;

5® La lumière.

Sans ces conditions, il n’est point de maison parfaitement saine, et elles seront malsaines en raison directe de l’absence de ces conditions.

Pureté de l’air.

1° Il faut que la maison soit construite de façon à laisser pénétrer l’air du dehors, sans aucun obstacle, dans toutes ses parties. Les architectes se préoccupent rarement de cette condition. Le

but qu’on se propose ayant tout, en construisant une maison, est d’obtenir le plus gros intérêt possible de son argent, et non d’épargner aux locataires les yisites du médecin. Mais si les locataires étaient assez sages pour refuser d’occuper des appartements mal construits, sous le rapport de la salubrité; si les compagnies d’assurance sur la yie entendaient assez leurs intérêts pour payer un surveillant qui examinerait la construction des maisons où vivent leurs clients, les entrepreneurs seraient promptement ramenés dans une meilleure voie, car ils bâtissent seulement pour qui les paye, et il y a toujours des gens assez insensés pour se loger dans les maisons telles qu’elles sont. Si, par la suite, des familles entières sont emportées par la maladie, comme il arrive souvent, on ne songe à en accuser que la Providence. Des médecins, qui ne remontent pas aux causes véritables, entretiennent l’erreur en déclarant qu’il y a une « épidémie. » La construction vicieuse des maisons est aussi dangereuse pour les gens bien portants que le sont pour les malades les^ hôpitaux mal construits. Soyez certains, une bonne fois, que là où l’air ne circule pas, la maladie élit domicile.

L’eau pure.

2° L’eau saine se trouve maintenant plus géné-

râlement dans les maisons qu’elle ne l’était autrefois, grâce aux efforts de ceux qui se sont occupés des réformes sanitaires. Il y a peu d’années encore qu’une portion considérable de la ville de Londres était réduite à n’employer qu’une eau souillée par le courant des égouts et des lieux d’aisances. On a heureusement remédié à ce funeste état de choses, mais souvent, à la campagne, on se sert encore, pour les usages domestiques, d’eau de puits de qualité détestable, et, lorsque les maladies épidémiques se déclarent, les personnes qui font usage de cette eau sont presque sûres d’être atteintes par le fléau.

Tuyaux de décharge.

3“ Il serait curieux de s’assurer, par une inspection bien faite, combien de maisons, à Londres, sont suffisamment pourvues des tuyaux qui enlèvent les immondices. Beaucoup de gens croient que toutes, ou presque toutes, sont dans un bon état à cet égard, mais ils ignorent les premières conditions de la salubrité. A leur sens, un égout dans la rue et un conduit qui décharge les eaux de la maison suffisent pour assainir la maison, tandis que, au contraire, l’égout peut n’être que le laboratoire d’où s’échappe, pour rentrer à l’intérieur, le mauvais air et les maladies épidémiques. Nulle maison ne sera saine s’il s’y trouve

un conduit où l’air ne circule pas, aboutissant à un égout ouvert qui reçoit la décharge des eaux sales et fétides. Un évier béant peut répandre la fièvre ou la gangrène d’hôpital parmi tous les habitants d’un palais.

Le large évier qui se trouve partout est une horreur. Cette grande surface de pierre, toujours humide, exhale perpétuellement un air infect. J’ai reconnu, dans beaucoup de maisons et d’hôpitaux, cette odeur malsaine; j’ai trouvé, dans une des plus grandes maisons de Londres, un courant de cet air pestilentiel, qui montait de l’égout par l’évier dan,s l’escalier de service aussi infect que je l’ai jamais senti à Scutari, et j’ai vu, dans cette même maison, les chambres mêmes avec des fenêtres fermées et les portes ouvertes, prenant l’air sur des passages disposés de manière à recevoir la plus grande somme possible des émanations de l’égout, introduites et conservées dans les chambres à coucher. Cela est prodigieux !

Un autre grand tort, dans la construction des maisons, c’est de faire passer les conduits sous le bâtiment, conduits toujours malpropres, qui, tous, devraient commencer et finir hors des murs. Beaucoup de gens admettront volontiers, en théorie, l’importance de ces choses, mais combien sont rares ceux qui sauront faire remonter l’origine des maladies qui affligent leur intérieur à toutes

ces causes ! N’est-il pas vrai que lorsque la fièvre scarlatine, la rougeole, la petite vérole se déclarent parmi les enfants, la première parole que l’on entend est celle-ci : Mais où les enfants peuventils avoir attrapé cette maladie? Et les parents cherchent immédiatement dans leur mémoire à quelles familles ils ont rendu visite. Il ne leur vient jamais à l’esprit de chercher chez eux la source du mal. Si un enfant du voisinage est atteint de la petite vérole, la première question est celle-ci : « A-t-il été vacciné? » Nous ne voulons assurément pas élever des doutes sur l’utilité de la vaccine; mais ses avantages, pour la sociééé, deviennent moins évidents, lorsqu’on se dit qu’elle conduit les gens à chercher au dehors la source du mal qui existe dans leur intérieur.

Propreté.

4° Sans la propreté au dedans et au dehors, il est comparativement superflu d’aérer les maisons. Dans certains misérables quartiers de Londres, les pauvres gens refusent d’ouvrir leurs fenêtres et portes, à cause de la mauvaise odeur qui monte dans leurs chambres. Les gens riches ainaent à voir leurs écuries et le dépôt de leur fumier auprès de leurs maisons ; mais ont-ils jamais pensé qu’avec de pareilles dispositions il serait, en effet, plus sain de tenir leurs fenêtres fermées plutôt qu’ou-

vertes; vous ne pouvez pas respirer un air sain avec des monceaux de fumier sous les fenêtres, ce qui est fort commun à Londres; et cependant.

Ton s’étonne que des enfants, élevés dans de bonnes chambres, grandes et bien aérées, soient atteints par des épidémies particulières à leur âge. Si l’on étudiait les lois de la nature, en ce qui concerne la santé des enfants, on ne serait pas si surpris.

Outre les tas de fumier, on peut encore, à volonté, entretenir la malpropreté dans les maisons. Les murs couverts depuis longues années de vieilles tentures, les^ieux tapis, les meubles mal entretenus, sont des causes de l’impureté de l’air aussi bien que le fumier étalé au dehors. On est si peu accoutumé, par l’éducation et les habitudes, à chercher les moyens d’assainir une maison, que l’on n’y pense presque jamais, et que l’on accepte tout simplement les maladies comme une dispensation de la Providence. Si cependant on regarde comme un devoir de prendre des naoyens pour conserver la bonne santé de la famille, on le fait avec toutes sortes d’erreurs et la plus grande négligence.

La lumière.

Une maison obscure est toujours malsaine, de même qu’une maison mal aérée et mal entretenue.

Le défaut de lumière^ de soleil, arrête la croissance des enfants, produit les maladies scrofuleuses, le rachitisme, etc.

La santé se détruit dans une maison privée de lumière, et ceux qui y tombent malades ne peuvent jamais s’y rétablir. Je reviendrai plus loin sur ce sujet.

Parmi les erreurs nombreuses et.les fautes dues à la négligence, où l’on tombe généralement en ce qui touche la salubrité des maisons, je choisis trois exemples ; 1° la femme qui est à la tête de la maison ne croit pas nécessaire d’en visiter chaque jour tous les coins et recoins. Comment veut-elle que ceux qui sont sous ses ordres se montrent plus soigneux qu’elle-même? 2° on ne considère pas comme indispensable d’aérer, d’ouvrir au soleil les appartements inhabités et d’y entretenir la propreté, ce qui prouve à quel point l’on ignore les lois les plus élémentaires de la salubrité et ce qui laisse le champ libre à toutes les maladies ; 3° la fenêtre, et encore une seule fenêtre, semble suffisante pour donner de l’air à une chambre. N’avez-vous pas remarqué bien souvent que l’on ferme hermétiquement une chambre sans cheminée? Et s’il y a une cheminée, ne la fermez-vous pas, non-seulelement avec son paravent, mais encore en bouchant le tuyau avec un tampon de gros papier? C’est pour empêcher la suie de tomber, dites-vous.

Si votre cheminée est sale, faites-la ramoner, mais ne vous imaginez pas qu’il suffira d’une seule ouverture pour aérer la chambre ; ne croyez pas que, pour la maintenir propre, il soit nécessaire de la fermer. C’est au contraire le meilleur moyen pour qu’elle soit malpropre, avec tout ce qu’elle contient. Ne pensez pas que si vous, qui êtes chargée du soin de la maison, vous ne regardez pas à tous ces détails, ceux qui sont sous vos ordres y mettront plus de soin. On dirait que le seul rôle d’une maîtresse de maison, c’est de se plaindre de ses domestiques et d’écouter leurs excuses, plutôt- que de leur enseigner comment on évite les reproches et les excuses.

La maîtresse de maison doit surveiller l’hygiène de la famille, et non tout faire par elle-même.

Encore une fois, vous recommander de regarder à tout, ce n’est pas vous dire de tout faire vousmême. La maîtresse de maison dit :« J’ouvre moimême toutes les fenêtres. » Si vous le faites, c’est mieux assurément que si personne ne le fait; mais ne pouvez-vous pas vous assurer que ce sera fait quand vous ne le ferez pas? Êtes-vous certaine que la chose se fera pendant votre absence? Voilà la distinction que doit faire la maîtresse de maison ou la femme de charge. Il faut qu’elle ait la certitude que tout est également fait quand elle ne

s’en occupe pas, et ^lement quand elle n’est pas présente.

Dieu regarde comme sérieux ces détails qui nous semblent de peu d’importance.

Et maintenant vous croyez que nous vous recommandons des choses inutiles, ou que nous les exagérons. Il n’est pas question de ce que vous croyez, ou de ce que je pense. Cherchons d’abord ce que Dieu pense de ces riens, de ces minuties. Dieu seul est justifié dans toutes ses voies. Tandis que nous pensons, il nous donne de sévères leçons. Eai vu la pourriture d’hôpital sévir aussi cruellement dans de riches maisons que dans les hôpitaux les plus mal tenus, et cela par la même cause, c’est-à-dire le mauvais air. Cependant personne n’a compris la leçon ; personne n’en a profité : on a fait des raisonnements, on a pensé que le malade s’était écorché le pouce, ou qu’il était bien étonnant que tous les domestiques eussent des panaris; ou que l’année était bien mauvaise, car il y avait constamment des maladies dans la maison.

Telle est la manière de voir la plus commode ; elle dispense de rechercher les causes de ce panaris universel. Comment? Parce que la maladie est partout dans la maison, vous croyez-vous justifié de Ty avoir laisÈé pénétrer d’abord?

Comment se manifestent les lois de Dieu.

Maintenant, savez-vous comment cette gangrène d’hôpital était entrée dans cette maison opulente? C’était par un égout placé de manière à introduire ses émanations corrompues dans toutes les chambres dont les portes étaient habituellement ouvertes, et les fenêtres toujours fermées. C’était parles exhalaisons des eaux sales, vidées dans les bains de pied, par des ustensiles à peine rincés. Dans cette maison, les poteries des chambres étaient lavées dans de l’eau malpropre,—la literie n’était jamais convenablement mise à l’air, secouée, nettoyée, ou renouvelée,—les tapis et les rideaux sentaient le renfermé,—les meubles étaient couverts de poussière,—les papiers de tenture étaient imprégnés de saleté,—les planchers n’étaient jamais balayés,—^les chambres inhabitées sans soleil, sans air, jamais nettoyées,—les buffets semblaient le réceptacle des mauvaises odeurs ; les fenêtres restaient fermées toute la nuit, et même n’étaient pas régulièrement ouvertes pendant le jour, pas même les fenêtres principales.—Une personne qui aurait voulu respirer l’air aurait été obligée d’ouvrir elle-même sa fenêtre, caries domestiques n’étaient dressés ni à ouvTir les fenêtres, ni à fermer les portes; et enfin quand on ouvrait une fenêtre, c’était non sur une cour aérée, mais sur une es-

pèce depuits^ entouré de hautes murailles; et pour donner de l’air aux chambres, on ouvrait des portes donnant sur des vestibules et des corridors étouffés. Tout ceci n’est pas inventé, mais réel. Dans cette opulente maison, pendant un seul été, il y a eu trois cas de pourriture d’hôpital, un de phlébite, deux de phthisie, tous ces maux, produits directs du mauvais air.

Comment Dieu nous instruit.

Lorsque, dans nos climats tempérés, une maison est plus malsaine en été qu’en hiver, c’est un signe certain qu’elle est mal construite, ou mal entretenue. Cependant nul ne comprend cette leçon. Oui, « Dieu est toujours justifié dans toutes ses voies ; »il nous instruit, mais nous ne tirons aucun profit de ses enseignements. Voici une pauvre créature qui perd son doigt, cette autre perd sa vie, et tout cela par les causes les plus aisées à prévenir.

Dieu a établi certaines lois physiques; notre responsabilité dépend de leur constance, car comment pourrions-nous avoir la responsabilité des actions dont nous ne pourrions pas prévoir le résultat? Cependant il semble que nous attendions continuellement un miracle; c’est-à-dire que Dieu violera ses propres lois, uniquement pour nous relever de notre responsabilité.

«Avec k grâce de Dieu, il se rétablira! » C’est une forme ordinaire du langage ; mais avec la grâce de Dieu aussi, il ne se rétablira peut-être pas; et c’est avec la grâce de Dieu qu’il tombera malade, et qu’il doit mourir, s’il meurt. En d’autres termes, toutes ces choses arrivent par les lois que Dieu établit, et elles sont des bénédictions, elles sont des grâces de lui, puisqu’elles sont toutes destinées à nous enseigner le chemin de la vie étemelle. Le choléra est aussi bien une grâce de Dieu que l’exemption de l’épidémie ; il nous enseigne à obéir aux lois de celui qui a mis à notre portée tous les avertissements et les moyens d’a- A-ancer vers la perfection. «Avec la grâce de Dieu, il se guérira! y) est le lieu commun des discours de ceux qui au fond négligent tous les moyens que Dieu a mis à leur portée pour conserver ou recouvrer la santé.

Chambre des domestiques.

Je dois dire maintenant un mot des chambres des domestiques, sur la manière dont elles sont construites, et plus encore sur la manière dont elles sont tenues, et sur ce qu’aucun contrôle n’y étant exercé, elles sont, le plus souvent, des foyers d’infection, et la santé des domestiques souffre au delà de ce qu’on peut dire, même à la campagne, car je ne parle pas seulement des maisons de Londres,

OÙ trop souvent les domestiques sont relégués sous terre ou sous les toits. Mais dans une maison de campagne, qui était un vrai manoir seigneurial, j’ai vu trois servantes couchées dans la même chambre, malades toutes les trois de la fièvre scarlatine. Comment ont-elles pu rattraper? était la seule réflexion qu’on faisait. Un coup d’œil jeté sur la chambre, une minute passée dans l’air de la chambre, suffisaient parfaitement pour se rendre compté de cette inconcevable épidémie. La chambre n’était pas petite, elle n’était pas au rez-dechaussée, .et elle avait deux grandes fenêtres; mais cela dit, tous les autres inconvénients que nous avons énumérés ci-dessus s’y trouvaient réunis.

De l’abâtardissement physique des familles et de ses causes.

Les habitations des grand’mères et des aïeules de cette génération, à la campagne du moins, avec leurs grandes portes d’entrée et leurs portes de derrière, toujours ouvertes hiver et été, un puissant courant d’air soufflant toujours à travers, et les servantes sans cesse occupées à balayer, laver, récurer, polirj frotter, selon la coutume de l’époque, les grand’mères et surtout les aïeules, toujours au grand air, sans chapeau, si ce n’est pour aller à l’église; toutes ces habitudes, mises en

opposition avec notre civilisation actuelle, expliquent fort bien pourquoi les races dégénèrent, pourquoi l’aïeule vigoureuse et forte comme un roc a été remplacée par une grand’mère peut-être un peu moins vigoureuse, mais encore forte et saine, qui a donné naissance à une mère languissante, confinée dans sa maison, ou ne se promenant qu’en voiture, à laquelle a succédé, à son tour, une fille malade et confinée dans son lit; car même en accordant que la moyenne de la vie est plus longue, nous voyons une race dégénérer et une famille s’épuiser. Considérez les rejetons d’un noble tronc, pauvres, chétifs, faibles, souffrant moralement et physiquement, traînant une vie inutile et abâtardie; et cependant, sur le point de se marier, d’introduire dans le monde de nouvelles créatures, ne penser à rien moins qu’à assurer à leurs descendants une meilleure condition d’existence.

La consomption produite par le mauvais air.

C’est maintenant un fait reconnu que la consomption est un des résultats du mauvais air, principalement de l’air des maisons où un trop grand nombre d’habitants sont entassés. Ce fait a souvent été contesté, même par des médecins, qui ont observé que les, jeunes personnes, qui ne vivent pas pourtant dans une atmosphère viciée, meurent

néanmoins de la consomption; mais ceux qui font cette objection connaissent-ils leurs habitudes antérieures? Je les connais, et surtout je les ai connues, et je puis dire que de toutes les classes de la société, deux surtout, les jeunes femmes de la classe aisée et les soldats, sont les plus exposés aux influences qui produisent la consomption. Les uns et les autres dorment et xivent en partie dans un air corrompu. Combien de fois une jeune personne, à qui l’on a conseillé d’ouvrir la nuit ses fenêtres et ses rideaux, a-t-elle répondu que cela gâterait son teint. Les soldats et les jeunes personnes sortent de cet air renfermé, la nuit, par tous les temps, les unes pour leurs parties de plaisir, les autres pour le service militaire. Les uns et les autres entrent dans un air plus corrompu que celui qu’ils viennent de quitter; soit dans les salles de bal où la foule se presse, soit dans un étroit corps de garde. Les uns et les autres reviennent à la maison ou à la caserne, par l’humidité de la nuit, après que les fonctions de la peau et celles des poumons ont été comprimées par le manque d’air et les émanations de la foule; les uns et les autres soufirent des maladies d’estomac ou de poitrine, et spécialement de la consomption.

Une nourriture malsaine et insuffisante est pour quelques-uns l’auxiliaire de la consomption, car la mode de ne pas manger est encore répandue

parmi les jeunes filles, et elles compensent cette diète ostensible en prenant dans leurs chambres du thé et des gâteaux. Le délabrement de l’estomac est encore augmenté chez beaucoup de jeunes femmes par l’habitude de prendre et de continuer de puissants purgatifs, toujours dans le but de conserver la beauté de leur teint, ou si les progrès de l’épuisement sont déjà très-avancés, de prendre de l’eau de Cologne, des sels volatils ou de l’étber. On ne sait pas assez combien cette habitude est répandue.

Pouvons-nous signaler un régime plus propre à ruiner la santé en général et à semer les germes de la consomption?

La consomption est-elle héréditaire et inévitable ?

On allègue souvent, en preuve de l’hérédité de cette maladie, la fréquence des cas de consomption dans une même famille ; donc elle est inévitable. Il est probable, en effet, qu’une ou deux morts, par suite de consomption, dans une même famille, seront suivies d’une troisième et de plusieurs autres. Cela prouve seulement que le régime de toute la famille a été également mal gouverné, et jl est naturel que ses membres soient successivement atteints par la maladie, comme ils le sont simultanément dans les épidémies des enfants. Mais parce que dix-sept personnes, dont plusieurs

de la même famille, sont mortes pour ayoir mangé à Bradford des bonbons empoisonnés, faut-il en conclure que leur empoisonnement était héréditaire, contagieux, ou résultant d’une prédisposition dans la famille?

-On dit encore : « Nous admettons que le nombre des sujets, morts de la consomption dans l’armée, est de deux et demi pour cent aussi bien que dans la yie civile. » Mais c’est une erreur d’attribuer ces morts au mauvais air dans lequel vivent les militaires, car la maladie est héréditaire dans les familles.

En conséquence, les médecins des armées choisissent pour le service militaire des hommes prédisposés à la consomption et introduisent dans l’armée deux et demi pour cent de recrues, qui ne seraient pas acceptés par les compagnies d’assurances sur la vie.

En résumé, il n’est que trop vrai que le délabrement de l’estomac, la faiblesse de la constitution devenant héréditaires parmi les femmes des classes supérieures, elles sont prédisposées à la consomption en même temps que la famille et la race s’abâtardissent. Le délabrement de l’estomac vient d’un mauvais régime; première cause, la privation d’un air pur; seconde cause plus indirecte, l’oisiveté d’une vie molle; et enfin, l’usage des excitants, une nourriture malsaine, l’abus des

stimulants, des purgatifs et d’autres habitudes énervantes.

Des naissances et des morts dans les districts malsains.

n est généralement reconnu maintenant que la négligence des précautions sanitaires est une cause de maladie pour les individus et les communautés. Mais on ne sait pas, autant qu’on devrait le savoir, que cette négligence, continuée dans les familles, tend à affaiblir l’espèce et finalement à la détruire. On a souvent constaté que les mariages entre proches parents sont une des causes du dépérissement des familles. Mais a-t-on cherché de même à constater que les mauvaises habitudes transmises aux enfants par leurs parents, telles que l’intempérance, l’babitation des localités malsaines, etc., ne tendent pas également à affaiblir la race? La statistique nous fournit des preuves importantes de cette loi, par la comparaison entre les naissances et les morts sur les registres des districts placés dans de mauvaises conditions sanitaires.

Nous voyons sur les registres des districts les plus salubres que le chiffre de la mortalité est peu considérable, et celui des naissances encore moins; tandis que, dans les districts malsains, le chiffre des décès s’élève, et celui des naissances s’accroît dans la même proportion. Ce qui montre combien, dans ces locaütés, le cours ordinaire de la vie est abrégé.

Le tableau des morts et des naissances, durant les dix années de 1841 à 18S0, relevé dans six des plus malsains et six des districts les plus sains de l’Angleterre, que nous donnons ci-dessous, mettra cette loi en évidence.

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