CONCLUSIONS
Pour nous résumer, nous dirons que depuis que les progrès de la science ont montré la « supériorité d’une méthode préser- » vant de toute disposition infectieuse et même de ia fièvre, » qui en parait une des manifestations (1), » chaque chirurgien s’est efforcé de surmonter les difficultés qui pouvaient se présenter à lui dans la pratique de ce principe.
Une des principales difficultés à surmonter est celle-ci : trouver un pansement qui soit à la fois un antiseptique sûr et un émollient, un anti-infectieux et un anti-inflammatoire.
Or, nous avons vu, par l'étude rapide que nous avons faite des antiseptiques employés jusqu’à ces derniers temps, que ces substances sont presque toutes irritantes; ainsi l'alcool pur est d’une application douloureuse, il resserre les tissus et retarde la guérison des plaies par la production d’une pellicule formée par la coagulation de l’exudat albumineux.
Étendu, sous forme d’eau-de-vie, ce n’est plus qu’un excitant des surfaces traumatiques, mais nullement un antiseptique.
L’acide phénique constitue à l’état de pureté un produit caustique; à l’état de dissolution, 1l conserve encore des propriétés fort irritantes, à moins que les dissolutions ne soient portées à un degré très élevé, auquel cas on sacrifie le pouvoir antiseptique.
(1) Sédillot : Mémoire sur les fractures des membres par armes de guerre (Archives
générales de Médecine, 1871).
Les sels de mercure, au coutraire, pouvant être employés en solutions très étendues semblent remplir le but que l’on se propose. En effet, on ne rencontre autour des plaies traitées par ce mode de pansement aucune trace de phlyctènes comme dans l'emploi de l’alcool ou d’érythème ainsi qu’il s’en produit à la suite d’une application suivie d’acide phénique, même à faible dose.
De plus, ce pansement n'étant renouvelé que le plus rarement possible, la plaie se trouve à l'abri des irritations extérieures en même temps qu’elle est entretenue dans un état de propreté constante et d'humidité permanente par des arrosages fréquents sinon par l'irrigation continue, tant que les fonctions de nutrition et d'élimination du sujet le permettent.
Dans les cas où le changement du pansement s’impose, la puissance antiseptique du procédé, dispensant le chirurgien de s’entourer des minutieuses précautions, supprimant la nécessité de cette atmosphère suffocante d'acide phénique par les appareils à pulvérisations, précautions nécessaires dans l'application sévère du pansement de Lister, permet au praticien d'agir vite et sûrement.
Enfin un point de vue auquel le médecin de la marine doit aussi songer, le prix de revient du mode de pansement, entre en cause.
Il est hors de doute que les divers modes de pansement employés sous le nom générique de méthode de Lister sont infiniment plus onéreux pour l'Etat ou le patient s’il s’agit de la clientèle civile, que l'emploi des mercuriaux. En effet, sil’on compare les prix respectifs du bichlorure et du biodure de mercure, à savoir : 0,65 centimes les 100 grammes pour le premier et 3 francs pour le second, et les faibles quantités nécessaires pour pratiquer l’antisepsie; et, d'autre part, si l’on songe au prix élevé du protective, du makintosh, de la gaze
phéniquée, etc., on n’hésite pas à reconnaître cette supériorité.
En somme donc, disons, pour terminer, que le mode de pansement dont nous venons de parler a, d’une part, une valeur antiseptique pouvant soutenir la comparaison avec les diverses méthodes préconisées jusqu'ici; il est, d’autre part, d’un prix de revient infiniment moindre qu’elles; il est facile à appliquer, peu compliqué et permet de faire rapidement les pansements. Toutes ces conditions, jointes à la facilité de sa préparation extemporanée et, partant, de son transport, sont de nature à le recommander d’une manière toute spéciale aux médecins de l’armée et de la marine pour la pratique chirurgicale sur les champs de bataille, dans les hôpitaux et sur les navires de l'Etat.
Vu : Le Doyen, A. PITRES.