‹ Des Solutions Hydrargyriques et en particulier celles de Bi-Iodure de MercureChapitre 15 sur 16 · EE · texte numérisé non relu

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Un autre point de vue est la briéveté relative du traitement par rapport aux autres modes de pansement employés jusqu’à nos jours.

Enfin le pansement à l’alcool, le pansement de Lister surtout, sont coûteux et par conséquent difficiles à appliquer dans la clientèle pauvre. Nous pouvons donc répéter ici ce que nous avons dit plus haut: l’antis:psie, par le biiodure de mercure, se réalise plus vite et à meilleur marché.

3 Relativement au chirurgien. — Ce mode de pansement, par sa simplicité, nécessite l'intervention d’un nombre d'aides moins considérable. D'autre part, une seule de nos observations relate l’usage du nuage phéniqué par l'appareil de Lucas Championnière. Toutes les autres opérations ont été pratiquées à l’air libre et n’ont pas donné des résultats moins satisfaisants. Nous nous trouvons loin, ici, de tout cet appareil longet coûteux du pansement de Lister qui, même dans nos hôpitaux, est mis avec discrétion et presque arrière pensée, sinous

osons ainsi parler, entre les mains des jeunes étudiants et qui

ne figure encore que dans le matériel chirurgical des transports spéciaux de la ligne de l’Indo-Chine.

La chirurgie possède en outre un mode de pansement en rapport avec l’état actuel de la science et les nouvelles découvertes touchant la nature, la production et la transmission des germes pathogènes qu'il ne s’agit plus seulement d'empêcher d'arriver au contact de la plaie, mais surtout d'empêcher de s'y multiplier, en modifiant la nature de leur élément de culture et de pénétration dans l'organisme, le pus (1).

4 Relativement à la chirurgie d'armée et à la chirurgie navale. — Les faibles quantités nécessaires à la préparation de la solution employée le rendent facilement transportable; et, à

(1) Layet. Cours d'hygiène professé à la Faculté de Médecine de Bordeaux (1887-1888).

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une époque où l'on cherche par tous les moyens possibles à alléger d’une manière pratique le matériel des ambulances de première et de seconde ligne, nous croyons que le mode de pansement dont nous parlons est appelé à rendre les plus grands services tant aux médecins militaires sur le champ de bataille qu’à leurs collègues de la marine à bord des bâtiments de guerre.

Une objection à laquelle nous nous empressons de répondre est celle relative à l'emploi des compresses alcoolisées qui augmentent sans doute et le prix de revient et la difficulté du transport. Mais au besoin on ‘pourrait n’employer qu’une compresse imbibée d'alcool pour trois imbibées de solution hydrargyrique, ou encore utiliser la solution alcoolique au 11300 de M. Rogée (de Saint-Jean-d’Angély) dont nous avons déjà parlé (1) et qui est miscible en toute proportion dans l’eau. Or, en guerre, il est rare que le médecin ne s’établisse pas à proximité d’une source, d’un puits ou d’une habitation où il pourra se procurer l’eau nécessaire pour ses besoins ; d’ailleurs la voilture médicale possède un baril à cet usage et les bidons des infirmiers et des brancardiers peuvent venir ajouter leur contingent en cas de disette absolue de ce liquide.

À bord des bâtiments de guerre, l’eau est fournie à discrétion par des moyens assez puissants de distillation et de distribution pour que l’on n'ait pas à s’en inquiéter.

Inconvénients. — Le seul inconvénient que l’on puisse reprocher au pansement par le biiodure d’hydrargyre, nous l’avons déjà dit, c’est le danger de l’intoxication mercurielle, danger qui pour être devenu excessivement rare n’en existe pas moins. Ces accidents en effet, parfois légers et se réduisant à une salivation spécifique,sont quelquefois graves ettoutautres ; et quoi-

(1) Semaine médicale (voir plus haut).

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pe qu'on ait signalé des stomatites ulcéreuses et même gangréneuses, ce sont en général des symptômes abdominaux qui dominent : diarrhée, coliques, selles sanguinolentes, vomissement, ballonnement du ventre, albuminurie et même anurie.

Ces derniers, quoique accidentels, doivent mettre le praticien en garde contre l’abus de ces antiseptiques, dans certaines circonstances, et c’est surtout de la connaissance exacte de de l’état physiologique ou pathologique du malade que le chirurgien devra tirer des indications utiles (1).

M. Brun, dont nous avons déjà cité le travail sur les accidents imputables aux antiseptiques, insiste sur les lésions viscérales et rappelle que le rein est la voie d'élimination des substances médicamenteuses et que, suivant l’expression de M. le professeur Bouchard, « les maladies des reins rendent toxiques les médicaments actifs, administrés même à faible dose (2). »

Il suffira donc de veiller, comme nous l’avons déjà dit, sur l’état du malade et en particulier sur le bon fonctionnement de son appareil rénal pour n’obtenir que des résultats satisfaisants et neutraliser le danger de l’intoxication mercurielle (3).

Une question qui est encore à l’étude est celle des névrites périphériques consécutives à l'emploi des antiseptiques, névrites dont l’origine n’a pas encore été clairement démontrée jusqu'ici.

Cependant, il résulte d’une communication de M. Pitres, à la Société de biologie (4) (séance du 9 avril 1887) que, d’après de nombreuses expériences, « les nerfs périphériques peuvent » devenir facilement le siège de lésions irritatives par leur sim-

(1-2) Brun : Thèse de Paris, 1886.

(3) Gastinel : Thèse de Lyon, 1888, (4) Semaine médicale, 18817, p. 146.

» ple contact avec des substances, du reste, inoffensives pour » les autres tissus. »

En injectant dans le tissu cellulaire profond, au voisinage d’un gros tronc nerveux, des substances, divisées en solution faible dans l’eau, telles que chloroforme, glycérine, iodure de potassium, etc., M. Pitres a obtenu des névrites d'intensité variable, caractérisées tantôt par une paralysie de la sensibilité et de la motilité, tantôt par une simple abolition de la sensibilité dans les régions innervées par la distribution du tronc irrité.

D’après M. Brown Séquard, il faudrait faire entrer en ligne, comme causes occasionnelles de ces névrites, les modifications dans la constitution chimique des portions malades de l’organisme, l'attraction exercée sur le sang par les lésions des tissus, la suspension momentanée des rapports habituels existant entre le sang et les tissus.

Pour M. le professeur Bouchard (de Bordeaux), la substance, mise en présence des terminaisons périphériques nerveuses dans les plaies, agirait par absorption en desséchant cette portion de la fibre nerveuse, en diminuant par suite son pouvoir de transmission : il se produirait dès lors une sorte de gangrène sèche de la portion terminale du nerf, conséquence de son défaut de nutrition.

Quelle que soit l'opinion à laquelle on s'arrête, on voit qu’en l’état actuel de la question les auteurs sont presque tous d’accord pour attribuer ces accidents à un défaut de nutrition de la portion périphérique du nerf lésé.

Il est vrai de dire que, si, dans quelques cas rares, ces névrites périphériques ont donné lieu à des névrites ascendantes, le plus souvent les symptômes s’amendent et disparaissent même avec la marche vers la guérison des portions lésées.

Quoi qu'il en soit, il est à remarquer que le biodure de mer-

er pr cure provoque moins souvent ou du moins d'une manière moins intense que les autres antiseptiques, ces irritations nerveuses périphériques, soit à cause de son peu de solubilité, soit à cause de l’état de dilution étendue sous lequel on peut l’employer grâce à sa grande puissance antiseptique.

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