‹ Des Sorties Provisoires a Titre D'EssaiChapitre 28 sur 44 · Dacoxer, Réformes à introduire dans la loi de · texte numérisé non relu

Dacoxer, Réformes à introduire dans la loi de

D le livrer ; nouvel avantage dont profite le médecin, mais qui fait en définitive retour au malade.

Le médecin cependant n’aura garde de laisser échapper ce que la mesure lui réserve de bon. Si on lui reconnaît le devoir de soigner ses malades, si l’on s’accorde à trouver tout naturel le souci qui le tient de protéger l’aliéné et la société, n’y a-t-il pas lieu de souhaïter un allègement à sa tâche ? Il trouvera dans la sortie d'essai un palliatif à ses tracas de chaque jour. Ecoutons ce qu’en pense le D' Hospital : « La propo- « sition d'essai préalable permet à l’aliéniste d’ètre « moins affirmatif, (ce qui est très excusable sur une « question où l’affirmative ne peut être que contingente), « amoindrit sa responsabilité qui est déjà assez écra- « sante comme cela, et l’abrite, en partie du moins, « des tribulations qui, de ce chef, peuvent l’atteindre ; « n’est-ce pas assez que journellement sa vie, ses inté- « rêts, soient menacés... Sevrer tes aliénistes ‘d’asiles « de l’usage de sorties et congés temporaires, c’est en- « traver inutilement la pratique de leur art, nuire au « rétablissement de beaucoup de malades et compli- « quer les choses sans profit pour personne. »

S 4.— A côté des avantages majeursique nous venons de signaler, il en est de secondaires, dont l'importance mérite néanmoins d’être soulignée.

Les sorties provisoires sont une mesure économique au regard des familles, comme au regard des budgets départementaux et hospitaliers.

Beaucoup de familles, en effet, dont les membres sin-

cèrement unis ne s'intéressent plus qu’à la guérison de

leur cher malade, font l’impossible pour assurer à l’aliéné tous les soins que son état exige; elles vont même jusqu'à se gêner pour l’entretenir. Un jour vient, où faute de ne pouvoir faire face aux frais d’internement,.elles se voient dans l’obligation de retirer leur malade.

Il serait peut-être, en ce cas, utile de prévenir ce retrait qui ne choisit pas son moment, en proposant une sortie d'essai ; si elle réussit, c’est autant de gagné pour le malade qui y recouvre la santé et autant d’argent qui revient à la famille.

Il doit rester bien entendu que cette sortie hâtive est de nature à ne compromettre en quoi que ce soit la sécurité du public et la santé mentale du malade.

« Pour les pensionnaires, écrit le D' Hospital, l’asile « Sainte-Marie, toujours très convenable dans ses rela- « tions avec les parents des malades, ne fait pas de « difficulté à abaisser le débet, dans les cas de sorties « provisoires ; et bién que le mois écoulé soit dû, « s’il n’est entamé que de quélques jours, il a égard à « la situation financière des intéressés, quand celle-ci « le mérite. Je suppose maintenant qu’on retire un « pensionnaire guéri, dix jours avant l’échéance du < mois commencé ; quels inconvénients y a-t-il à met- « tre ces dix jours, qui en réalité lui appartiennent, « puisqu'ils sont soldés, sur le compte d’une sortie « d'essai? En tout cas, c’est prudent. »

D'autre part, les préfets et les médecins directeurs s’accordent à déclarer que les sorties provisoires réalisent de notables bénéfices pour le département dont elles allègent d'autant le budget. «Cent malades absents

pendant quinze jours et dont la pension est payée

« fournissent un joli bénéfice; j'appelle sur ce point,

l’attention de mes collègues de province qui sont

directeurs, écrivait le D° Marandon, en souhaitant

qu’à défaut d'autre, cette considération les décide à

ne pas dédaigner la méthode de liberté (1). » Les économies visées sont relatives à la défalcation du prix de journées pendant la durée des congés.

Une telle considération a pu émouvoir les médecins directeurs d’asile au point de les inciter à des essais de mise en liberté. Une réponse de M. Lunier au présideni de la commission d'enquête chargé de réviser la loi de 1838 (2) nous en fait part: «Je dois faire observer « que des essais de ce genre se font dans plusieurs « départements, par l’effet d’une pression budgétaire, « aux approches de la session des conseils généraux. »

Voilà pour le côté financier ; abordons la question du , désencombrement. C’est un des effets de la pratique des sorties d’essai, qui se fera surtout sentir si l’on arrive à donner à l’assistance aux aliénés hors des asiles une grande extension. Sous le couvert de l'essai, les convalescents quittent l’asile ; des malades, au bout de longues années de traitement, tâtent, à leur faveur, le

terrain social, qui trouvent à se refaire à l’existence

1. Dr Maranpox ne MonryeL. Ann, méd.-psych., 1896, 8 série, Calepe7 lt

2. In Procès verbaux des séances de la commission chargée d’étudier les modifications à introduire dans la législation relative aux aliénés. Bertrand, Paris 1872.

PÉTOIRESS

libre. C’est en un mot une guerre de tous les instants à

la chronicité, mère du ruineux parasitisme.

Bien organisé, le système des sorties d'essai, avec

secours en argent « équivaudra à une décharge numé-

« rique des établissements d’aliénés.. Certes il faudra

toujours se résigner à conserver dans les asiles des pseudo-aliénés, des insuffisants, des débiles intellectuels, des infirmes du cerveau, uniquement parce que le corps social n'aura garde de s’en soucier ou parce qu'il sera impossible de les encadrer suffisamment au début, mais il est certain que dans la pluralité des cas il n’en sera pas de mème et que le nombre des espèces défavorables tendra à se réduire au minimum. » (Legrain).

ILest certain qu’il y a lieu de se féliciter qu’on puisse

ainsi obvier à l’encombrement. Ce même désir d'y

apporter remède a rendu certains médecins moins

réfractaires à l’emploi des libérations provisoires.

Le D' Clouston (1) est dans ce cas : « Depuis que je suis arrivé à Morning-Side, déclarait-il en séance de la société médico-psychologique, l'expérience que j'y ai puisée m'engage à me montrer moins timide dans la pratique des sorties d'essai, que je ne l’étais auparavant. Dans un asile qui est toujours sur le point d’être encombré, votre état d'esprit se fait tel qu'il vous amène à mettre plus facilement les malades en liberté. »

La méthode des sorties provisoires, et cette conclu-

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