INTRODUCTION
La question des sorties à l'essai des aliénés convalescents, bien que récemment posée, a suscité les longues discussions et les controverses passionnées. On la conçoit de prime abord intéressante à plus d’un titre et l’on ne saurait nier qu'elle se présente à notre étude sous un aspect de particulière complexité. Heurtant les unes contre les autres des dispositions souvent contraires, elle apparaît au médecin d’une solution difficile, car elle exige la mise en accord dans un même but de ces différentes dispositions. La pratique, dans les maisons de santé et asiles français, d’un tel système de sorties s’embarrasse de complications légales et administratives qu'il nous faut savoir envisager.
Nous ne croyons pas cependant que là doive longuement s'appliquer notre attention. Il suffit, en effet, de constater que cette mesure a trouvé son origine dans une considération d'ordre purement médical; c’est done sur le terrain médical que doit principalement porter
le débat. Les sorties à titre d'essai constituant avant
tout un mode de traitement des affections mentales, il s’agit de savoir si elles apportent aux aliénés quelques chances de guérison ou même d’amélioration : au médecin de répondre, à la clinique de dicter ses arrêts!
Dans le cas de l'affirmative, elles s’imposent comme une médication bienfaisante dont les praticiens d’asile ont le devoir d’user largement, en dépit des obstacles administratifs et légaux.
En conséquence, c'est le moyen de traitement que notre étude a surtout pour but d'apprécier. Notre maitre, le D' Ritti, ne signifiait-il pas clairement la compréhension du sujet, quand il écrivait en 1902 (1) : « Je n'étonnerai personne d’entre vous, messieurs, en faisant des sorties à titre d’essai de nos malades convalescents,une question essentiellement thérapeutique. »
IL est à croire que les sorties d’essai trouvaient une utile indication dans des cas relativement nombreux de pathologie mentale, car l’efficacité de ce moyen curateur, récemment surgi dans le cadre, restreint de la thérapeutique psychiâtrique fut largement éprouvée dans diverses contrées de l’Europe et du Nouveau Monde. Leur utilité ne parut pas contestable à certaines nations qui l’admirent dans leur législation spéciale,
En France, l’on a recours aux libérations provisoi-
res depuis près d’un demi siècle, mais c'est en marge
lADHA MR ENT: Cinquantenaire de la Sociélé médico-psychos NE NS A des logique. Histoire des travaux de la Société médico psych; 1902
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de la loi qu’on réalise ces mesures, appliquées encore avec une hésitation bien légitime si l’on songe à l’arduité du problème, à la multiplicité des intérêts à sauvegarder et des responsabilités à couvrir.
Nous dirons dans un autre chapitre quelles furent, à ce sujet, dans notre pays, les opinions des aliénistes et des sociétés médicales, en particulier celles de la société médico-psychologique qui, à plusieurs reprises, sur le propos de ces sorties, incita les plus compétents de ses membres aux discussions les plus serrées et les plus minutieuses.
Les praticiens de la Grande-Bretagne, des États-Unis d'Amérique et de France, qui, les premiers, acquirent l'expérience de ces sorties, nous convient à bénéficier du fruit de leurs observations. Nous inspirant de leur manière de voir et mettant à profit les acquisitions de nos aînés, nous chercherons à déterminer dans quelles conditions les sorties d'essai peuvent être les agents d’une thérapeutique vraiment efficace et quelles sont les circonstances les plus favorables à leur mise en œuvre.
Médicalement parlant, nous escomptons enfin la satisfaction de montrer que ces sorties contribuent pour leur bonne part à assurer chez les aliénés convalescents et guéris un équilibre mental d’autant plus affermi qu’elles auront préparé avec tous les ménagements désirables, la réadaptation progressive du malade aux exigences souvent pénibles de la vie sociale.
Il s’agit donc bien ici d'une œuvre de prophylaxie, ressortissant au chapitre de l'hygiène mentale.
S'il est patent que les sorties d'essai se montrent avantageuses, s’il est prouvé que les inconvénients inhérents à une telle pratique ne sont rien au regard des services rendus, il serait souhaitable qu’une loi en consacrât les heureux effets. Sur ce terrain de légalité, s’apaiseront les vieilles querelles et les conflits d’attributions : les hésitations n'auront plus d'excuse: ce sera autant de gagné pour le traitement de l’aliénation mentale,