‹ Des suites eloignees des traumatismes du crane et de leur traitement par la trepanationChapitre 25 sur 40 · TROUBLES DES FACULTES INTELLECTUELLES T · texte numérisé non relu

TROUBLES DES FACULTES INTELLECTUELLES T

qu’à dix ans, était fort intelligent. Il reçut un coup à la tête, qui avait déterminé un enfoncement du crâne au niveau de la substance lambdoïde. Il perdit la mémoire, puis toutes les autres facultés, et tomba enfin dans une démence complète.

Obs. XXXII. — B., trente-quatre ans, paralysie générale à forme démente. Il avait deux ans quand sa bonne le laissa tomber dans l’escalier ; il fut grièvement blessé à la tête. Il est resté faible d’intelligence, et a été incapable de suivre les classes du collège. Il n’a pu faire qu’un copiste, à grand’peine (Christian).

d) Perversion intellectuelle .

C’est la catégorie des cérébraux dont parle Lasègue. L’intelligence se développe irrégulièrement; les individus restent bizarres, impulsifs, incapables d’un travail soutenu, etc.

Obs. XXXIII. — Jeune homme de la campagne, sans antécédents héréditaires, présente depuis plusieurs années et à intervalles variables, des accès de délire qui durent de plusieurs semaines à quelques mois et pour lesquels il a été plusieurs fois interné. Ces accès sont caractérisés par des impulsions violentes, des idées de grandeur et de satisfaction, etc. Dans l’intervalle, il est laborieux, tranquille, mais toujours en gardant une haute idée de son intelligence et de son instruction, et en se montrant assez arrogant pour son entourage. A quatorze ans le malade avait fait une chute grave sur la tête (Christian).

Obs. XXXIV. — M., soixante ans, berger; à l’âge de quatre ans ; il avait reçu un violent coup de serpe sur la tête ; la cicatrice en est manifeste. Cet homme a été de tout temps regardé comme un cerveau fêlé, et, dans son village, il était l’objet des moqueries et des mauvais tours de chacun. Vers l'âge de vingt ans,

il commença <à montrer de l’exaltation religieuse, s’attribua le don de prophétie, se mit cà prêcher, laissant pousser ses cheveux et sa barbe, s’affublant d’un costume bizarre. Gela ne l’empêchait pas de gagner sa vie en gardant les troupeaux. Avec les progrès de l’âge, le délire s’accentuant, M. devint dangereux et il fallut le séquestrer (Christian).

e) Troubles de la mémoire.

Il est rare de les observer comme suite éloignée du traumatisme, lorsqu’ils sont isolés. Les faits qu’on a décrits sous le nom d’amnésie traumatique sont des phénomènes immédiats ou secondaires et ne peuvent entrer dans notre étude L

Le plus souvent, dans le cas qui nous occupe, la mémoire a baissé peu à peu en même temps que toutes les facultés intellectuelles. Nous verrons toutefois (observ. XLlll) que le petit malade trépané à l’Hôtel-Dieu avait perdu le souvenir de tout ce qui s’était passé depuis l’accident jusqu’à la troisième opération.

On a vu parfois se développer, à la suite des coups ou des chutes sur la tête, ce phénomène particulier qu’on a appelé automatisme ambulatoire . Nous no Lisons que citer le fait. Le plus souvent on a affaire à un accident secondaire plutôt que tertiaire ou tardif. L’automatisme est d’ailleurs rattaché le plus souvent à l’epilepsie, affection qui rentre dans notre deuxième catégorie de faits.

Les affections qui peuvent être sous la dépendance de

1 Rouillaud, Étiologie des amnésies, thèse de Paris, 1885. — Consulter les Annales médico-psychologiques, passim.

lésions consécutives aux traumatismes crâniens sont surtout la paralysie générale et l’épilepsie j cette dernière conduit souvent à la folie, à la démence confirmée.

a) Paralysie g énérale ,

Obs. XXXV. — Un capitaine, au siège de Metz en 1870, fut renversé sans connaissance par un boulet qui lui rasa la tête, d’ailleurs sans aucune lésion apparente. Il reprit son service, mais soutirant beaucoup de céphalalgie; en 1880, il mourait de paralysie générale(î). L’autopsie ne révéla d’ailleurs aucune par ticularité pouvant se rattacher à l’accident (Christian).

Obs. XXXVI. — Un ancien sous -officier, qui avait fait la campagne de Grimée, et avait été blessé à la jambe, était devenu employé des ponts et chaussés. En 1871, à l'âge de trente-huit ans il tomba accidentellement du haut d’un mûrier et se contusionna la tête. Il eut un mal de tête affreux; pendant vingt jours, il ne put ni marcher, ni tenir un objet quelconque, la main étant paralysée, Au bout de vingt jours seulement, il put s’habiller seul. Les douleurs de tête persistèrent, quoique moins violentes, mais l'intelligence s’affaiblit, la mémoire se perdit, et le malade, atteint de paralysie générale, dut être placé dans un asile, où il mourut subitemenl en 1874, de la rupture d’un anévrisme de l’aorte (Christian).

Obs. XXXVII. — J, trente six ans, dans l’enfance, avait fait une chute violente sur la tête ; l’intelligence s’était peu développée. Paralysie générale. — Mort de péritonite.

A l’autopsie, adhérence extrêmement étendue de la dure-mère au crâne, principalement dans toute la longueur de la faux du cerveau. (Christian).

Obs. XXXVIII. — M..., lieutenant d’infanterie, quarantehuit ans. Violent coup de sabre sur la tête, en 1870, — Paralysie

générale. Mort à Gharenton, en 1883, après un séjour de deux ans environ. Pachyraéningite localisée à gauche.

Ces faits sont suffisants, je pense, pour démontrer le rapport de cause à effet entre le traumatisme et la paralysie générale. Du moins, ils sont donnés comme tels par Christian, un des aliénistes français les plus estimés.

b) Epilepsie.

La relation est ici encore moins contestable ; il n’est pas de traité sur l’épilepsie qui ne cite un certain nombre d’observations où l’affection est nettement d’origine traumatique. Nous n’en donnons ici aucun exemple, les réservant tous pour le moment où nous rechercherons les indications de la trépanation. C’est en effet contre l’épilepsie vraie que l’intervention a été le plus souvent pratiquée, dans le cas de troubles mentaux.

Les chirurgiens doivent encore être encouragés dans la voie de l’intervention par les paroles suivantes, tirées d’une revue de Ballet L « Il n’y a pas à proprement parler une névrose à laquelle convienne la désignation d’épilepsie ; il y a des accidents épileptiformes différents quant à leurs modalités cliniques, et tous symptomatiques de lésions cérébrales, de forme, d’étendue et de localisations variables. Tous ces accidents sont sous la dépendance de lésons en quelque sorte grossières, macroscopiquement appréciables... Dans d’autres cas, l’autopsie ne révèle aucune altération macroscopique; mais l’histologie dé-

* Ballet, Epilepsie envisagée au point de vue de sa nature et de son traitement (Ga^. des hôpitaux, 26 juillet 1890).

montre l’existence de lésions interstitielles de la couche grise, qui ont été décrites par Ghaslin ^ sous le nom de sclérose nêvroglique. »

On peut conclure des lignes qui précèdent que toutes les épilepsies d’origine traumatique cérébrale sont justiciables de la trépanation. 11 est bon d’ajouter que, jusqu’à nouvel ordre, les indications et le moment de l’intervention paraissent plutôt du domaine et de la compétence des neuro-pathologistes. lucidemment, disons qu’Erb (d’Heidelberg), au dernier congrès de Berlin, et dans la discussion qui a suivi la communication de Horsley, a douté de l’utilité d’une intervention trop précoce^.

Disons dès maintenant quelques mots de l’automatisme^ pour n’avoir pas à y revenir. La définition de cet état est malaisée à établir. Les auteurs ne sont pas d’accord sur la signification qu’il faut donner au mot qui la désigne^. C’est le plus souvent une manifestation du mal comitial, accompagnée d’amnésie plus ou moins complète. Elle est souvent d’origine traumatique; elle succède alors en général immédiatement au traumatisme crânien. Frenkel en cite un cas qui apparut tardivement sous forme d’accès périodiques. L’observation en est due à M. Dunin, de Varsovie, qui ne l’a pas encore publiée; elle est, dit l’auteur, d’une interprétation difficile. Nous ne pouvons, dans ce mémoire, faire que citer de pareils faits qui sont encore à l'étude et qui ne paraissent pas relever de l’intervention chirurgicale.

1 Comptes rendus de la Soc. de biologie, 1889.

2 Semaine medicale, 20 août 1890.

3 ¥reake\, Étude psycho-pathologique sur l'automatisme, thèse de Lyon, avril 1890.

^ Charcot, Leçons du mardi. — Frenkel.

TROUBLES PATIIOLUGIOUES PERMANENTS

c) Démences confirmées (Manie, délire de persécution.

Folie circulaire, etc.)

G’est le terme final de tous les états cérébraux que nous avons cités. Même dans ces conditions, nous verrons qu’un grand nombre d’auteurs admettent, a priori il est vrai de le dire, que la question de la trépanation doit être agitée, si le malade paraît devoir en tirer un bénéfice, quelque minime qu’il soit, et s’il y a seulement trace d’indication, fût-elle de peu d’importance.

Echevarria^ dit que sur 63 malades atteints d’épilepsie traumatique, plus de la moitié, 23 hommes et 11 femmes, étaient fous.

Deux hommes, après leurs attaques, avaient des accès de satyriasis qui forçaient à les centenir.

Une femme devenait nymphomaniaque ; 8 hommes et 4 femmes avaient des impulsions homicides.

Un homme et 3 femmes étaient kleptomanes ; 3 femmes pyromaniaques; 1 homme et 2 femmes étaient aphasiques; 2 femmes montraient une gêne notable de la déglutition après leurs crises.

La folie peut donc succéder aux diverses formes de troubles mentaux consécutifs à des traumatismes crâniens à plus ou moins longue échéance. On a vu s’écouler jusqu’à trente années entre l’accident et les troubles de l’idéa tion, sans qu’on puisse invoquer l’intervention d’une autre cause®.

1 Echevarria, loco citato.

2 Fait de Gras, de Brest, voir plus loin.

LESIONS ANATOMIQUES

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