‹ Des syphilides vulvairesChapitre 3 sur 18 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Je me propose d^étudier dans ce travail toutes les manifestations de la syphilis constitutionnelle qu'on peut renoontrer à la vulve, mais je m'attacherai surtout à bien décrire les accidents de la période dite secondaire de la vérole. Ces lésions semblent avoir été assez sommairement décrites jusqu'à présent ; l'injustice avec laquelle elles ont été traitées est surtout frappante si on les compare avec leurs congénères, les syphilides cutanées qu'on a décrites, différenciées et classifiées avec tant de soin. J'essayerai de faire voir que les syphilides vulvaires, loin de pouvoir être réunies sans inconvénient, comme on le fait usuellement, sous la désignation vague àe plaques ou papules muqueuses (1), présentent entre elles des différences aussi tranchées que celles qui séparent les syphilides cutanées. Nous verrons, en efïet, que ces lésions varient à beaucoup d'égards : par leur constitution anatomique, par leur aspect, par leur époque d'appari-

(1) Sj/nonj/mte ; Gondylomes, plaques muqueuses, pustules plates, pustules humides, tubercules plats, humides, muqueux.

tion, par leur résistance aux ressources de la thérapeutique, et surtout elles diffèrent sous le rapport des lésions non syphilitiques avec lesquelles on est exposé à les confondre.

Si les syphilides vulvaires n'ont pas appelé toute l'attention qu'elles semblent réclamer, ce n'est pas certainement parce que leur étude ne présente pas d'intérêt. La vulve est la région où les manifestations locales de la vérole sont le plus fréquente^; c'est là qu'on les voit apparaître d'abord, souvent avant la disparition du chancre qui les précède à peine ; c'est là qu'elles continuent à récidiver avec une opiniâtreté désespérante , accompag'nant tous les autres accidents de la maladie, c'est là, enfin, que la diathèse continue quelquefois à s'affirmer, quand elle paraît avoir épuisé son action sur le reste de l'économie.

Ces accidents ont en outre, en vertu de leur situation, une importance capitale, par suite du dan^^er spécial qu'ils offrent pendant toute la période secondaire; je veux parler de leur contagiosité^ admise universellement aujourd'hui.

Quelques considérations préHminaires sur la région de la vulve nous donneront l'explication des analogies et des dissemblances qui existent entre les syphilides vulvaires et les syphilides cutanées. Les téguments des organes génitaux externes de la femme varient suivant les points où on les élu-

die. La face externe des grandes lèvres présente un revêtement cutané, tandis que la face interne des g'randes lèvres, les petites lèvres, le clitoris et le reste de la vulve sont recouverts d'une muqueuse partout en contact avec des parties voisines et habituellement humide, baig-née par les excrétions multiples physiologiques et patholog'iques qui sont sans cesse déversées à sa surface.

Ces conditions d'humidité et de juxta-position. des parties nous expliqueront les nombreuses différences que présentent les syphilides chez différentes femmes, et chez la même femme suivant ses conditions de santé, les exig'encesde son état, etc. Parieur fiction irritante, aidée de l'incroyable incurie qu'on rencontre dans les basses classes, ces sécrétions vulvaires, vag^inales et utérines semblent faire appel, pour ainsi dire, auxmanifestationsdeladiathèse. Ces conditions, spéciales à la temme, nous rendent compte de la rareté relative des syphilides g^énitales chez l'homme; elles nous expliquent aussi les différences qu'il y a à cet ég*ard entre la pratique de la ville, chez les g*ens qui ont des habitudes de propreté , et celle de l'hôpital de Lourcine en particulier.

J'appuierai cette étude sur des observations que j'ai recueillies dans le service de M. Fournier, à l'hôpital Lourcine, et sur celles qui m'ont été communiquées par mon excellent collèg»ue et ami Curtis.

Qu'il me soit permis d'exprimer ici, à mon trèscher maître M. Fournier, toute ma gratitude pour les excellents conseils qu'il a bien voulu me donner ; si, en effet, je réussis à combler en partie une lacune reg'rettable dans l'histoire de la syphilis, c'est à lui qu'appartient le mérite de l'avoir signalée.

DES SYPmiDES VULVAIRES

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