‹ Des systèmes en médecine, et de leur influence sur le traitement des maladies. Discours servant d'introduction au cours de thérapeutique et de matière médicale, de la Faculté de Médecine de Montpellier, pour l'annee 1827Chapitre 1 sur 18 · SEUL IMPRIMEUR DU ROI , PLACE LOUIS XVI, N · texte numérisé non relu

SEUL IMPRIMEUR DU ROI , PLACE LOUIS XVI, N

Messieurs,

Je me propose de vous présenter îliistoire des systèmes qui ont régné successivement en médecine, de déterminer l’influence qu’ils ont exercée sur la manière de traiter les maladies, et de vous démontrer la nécessité de ramener la Thérapeutique aux résultats immédiats de l’observation et de l’expérience.

L’intérêt que le sujet de ce discours, ou plutôt de cette introduction , aurait excité , à quelque époque qu’il eût été traité , doit s’accroître dans un temps où quelques novateurs, méprisant les

utiles travaux des grands médecins qui nous ont devancés , prétendent avoir établi la science sur ses véritables fondemens, tandis qu’ils n ont fait qu’enseigner des doctrines restreintes dans leurs vues générales, et nécessairement erronées, parce qu’elles ne reposent pas sur l’examen comparatif de l’universalité des faits observés dans les maladies

et dans leur traitement.

Lorsque vous vous êtes livrés pour la première fois à l’étude de la médecine, vous avez été découragés , peut-être , par le nombre et par la diversité des systèmes qui se sont succédé avec rapidité dans cette science , et qui ont pu vous faire douter de la certitude de ses principes. Mais les systèmes servent à attester seulement, que le domaine de la médecine est grand , et que notre esprit est trop borné pour en embrasser toute

l’étendue.

La science de la médecine est si vaste; les faits dont elle se compose sont si nombreux, si variés et si compliqués, quelle semble surpasser les forces de l’entendement humain. Aussi, n a-t-elle pu être saisie dans ses détails et dans son ensemble, que par quelques hommes d’un génie extraordinaire, que la nature, avare, produit, de loin en loin, poulie renouvellement ou pour le perfectionnement des

sciences.

C’est à ces deux causes : d’un côte, letendue, je dirai même l’immensité de la médecine; de l’autre,

les bornes de notre intelligence, qu’on peut rapporter toutes les hypothèses médicales qui ont paru , et toutes celles qui doivent paraître encore.

Cependant, la connaissance des systèmes est de la plus grande utilité. Les systèmes sont autant de rayons de lumière qui viennent frapper successivement les différentes faces d’un objet , pour les éclairer et nous en faire apercevoir les moindres circonstances; en sorte que tous les systèmes réunis, et réduits à ce qu’ils ont de positif, peuvent nous offrir la collection des notions les plus précises et les plus complètes que nous possédions sur cet objet.

Nous devons étudier les systèmes, en médecins éclectiques; car chacun d’eux est fondé sur un certain nombre défaits vrais , et qui ont été observés, dans le principe, sans aucun esprit de secte.

Les vices des systèmes proviennent de ce que leurs inventeurs ont trop généralisé des faits, d’ailleurs, bien constatés ; qu’ils ont rapproché de ces faits d’autres faits qui n’ont pas, avec les premiers, assez de points de contact pour leur être associés, et qu’ils ont même forcé leurs analogies.

Il résulte d’une étude critique des systèmes , l’avantage infiniment précieux de nous faire bien connaître toutes les circonstances des phénomènes sur lesquels ils reposent, et qui ont servi de base aux théories dont se compose chacun d’eux. On est, en effet, obligé de convenir qu’il n’y a pas eu de système , quelque vicieux ou défectueux qu’il

ait été; de quelque danger qud ait été suivi dans son application exclusive , indistincte et indéterminée ? qui n’ait fourni à Fart des observations intéressantes ? et des vues aussi saines qu utiles dans certains cas.

Cette étude doit nous conduire à cette proposition générale et fondamentale de Thérapeutique :

On ne peut se former une idée parfaitement exacte de tous les états morbides, et déterminer avec précision toutes les indications curatives, qu en choisissant, dans chaque système, ce quila de bien prouvé , et en rejetant les principes trop généraux et exclusifs , qui n’étant que le produit de l’imagination , ou le résultat de la combinaison de faits sans affinité entr’eux, ne peuvent servir de données positives au traitement des maladies.

En parcourant Fliistoire de la médecine, il est aisé de se convaincre combien on s’est souvent éloigné des règles de la méthode de philosopher qu’on doit suivre dans cette science. De tout temps , on a raisonné avant d’avoir bien vu , et l’on a établi des principes avant d’avoir recueilli un nombre suffisant de faits qui vinssent se ranger sans effort sous ces principes. De là, les vices de la plupart des systèmes qui se sont partagé l’empire de la

science.

Cette histoire démontre aussi , qu’on peut attribuer à deux causes, les vices de ces. systèmes.

La première cause se trouve dans les applications que Ion a faites à la médecine, des connaissances fournies par des sciences qui lui sont étrangères.

La seconde cause provient de ce que Ton n’a choisi , dans les phénomènes propres au corps vivant^ que des circonstances dont l’étendue n est pas assez grande pour embrasser, dans leurs limites, tout ce qui se rapporte aux causes et aux curations des maladies.

Dans la première catégorie sont compris les systèmes qui ont cherché leurs moyens d’explication dans les dogmes philosophiques de leur temps et dans les sciences chimiques , physiques et mathématiques.

Dans la seconde, sont classés ceux qui ont pris pour base quelques phénomènes principaux de l’économie animale auxquels on a donné une extension qu’ils ne peuvent avoir.

Les systèmes des naturistes , des humoristes , des méthodistes, des solidistes; la théorie de l’excitabilité , celle du contre-stimulus ; enfin , la doctrine physiologique rentrent dans cette classe.

Le traitement des maladies ayant toujours été déduit des idées vraies ou fausses que l’on s’est faites de leur nature , il est évident que les indications curatives ont dû être tirées des hypothèses qui se sont introduites dans La médecine. La

Thérapeutique a donc reçu des modifications plus ou moins grandes de l’influence des opinions médicales dominantes dans chaque siècle.

Nous avons dit , que la première cause des vices des systèmes en médecine, provient de ce quils ont puisé dans des sciences qui lui sont étrangères , les raisonnemens et les explications qu’ils ont donnes des phénomènes observés dans l'état sain et malade.

Chaque siècle se distingue par un goût particulier qui dirige tous les esprits vers l’étude de certains objets. Les mêmes sciences ne sont pas cultivées de suite avec la même ardeur. Celles qui ont dominé quelque temps, sont remplacées par d’autres. Des découvertes sont faites ; de nouvelles connaissances sont ajoutées aux anciennes. Dans ces études alternatives, toutes les sciences s’accroissent dans leur partie expérimentale ; elles se perfectionnent dans leur partie dogmatique. Les médecins auraient-ils pu rester tranquilles spectateurs de tous ces mouvemens ? Ils ont cherché à appliquer au sujet de leurs observations, des sciences dont ils voyaient les progrès s’étendre et les méthodes se perfectionner. La médecine a donc été assujettie, tour à tour , aux principes des sciences dominantes , et a revêtu la forme des divers systèmes qui ont joui de quelque célébrité dans le monde.

Dès le temps d’Hippocrate, la médecine était déjà

altérée par le mélange des systèmes physiques et philosophiques qui régnaient alors. Hippocrate aperçut tous les inconvéniens qui résultaient de cette association ; il prouva que le corps vivant suivait des lois spéciales , avait des mouvemens particuliers , et qu’il fallait se borner à étudier les phénomènes qu’il présente , sans chercher à les deviner par de vaines hypothèses. Il ramena la médecine dans le cercle des faits qui lui sont propres , et qui peuvent seuls fournir des résultats généraux sur la connaissance de l’homme malade , et des méthodes curatives véritablement utiles (i).

Mais la route que le vieillard de Cos avait tracée et parcourue le premier, fut abandonnée jusqu’à Galien , qui fit d’inutiles efforts pour la reprendre. La médecine fut occupée jusqu’à cette époque par un grand nombre de systèmes, parmi lesquels ceux d’Asclépiade et des méthodistes se font surtout remarquer.

Asclépiade transporta dans la medecine la philosophie de Démocrite, la philosophie corpusculaire ou des atomes, qu'Épicure avait développée et rendue plus complète , et que Lucrèce venait de faire revivre en l’embellissant des charmes de la poésie.

Asclépiade puisa dans cette philosophie les principes de sa théorie. Il expliquait tout par le moyen de petits corps et de petits pores. Il rejetait tout

(i) Barthez, Discours sur le génie d’IIippocrate.

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