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mouvement autocratique de la nature dans les mal adies; il se moquait des idées du vieillard de Gos sur ces mouvemens, sur la coetion, sur les crises £ il appelait ta médecine d’Hippocrate ? une méditation sur la mort.
Âsclépiade supposait le corps de l’homme composé de petits corps d’une figure différente, qui laissent entre eux des pores ou espaces qui sont euxmemes de forme et de grandeur diverses. Ces pores contiennent d’autres petits corps ou d’autres matières qui , y passant et repassant sans cesse , y éprouvent une sorte de circulation (i).
La santé dépendait de la juste proportion hvppezpiot des pores avec les matières qu’ils reçoivent, et auxquelles ils donnent passage.
La maladie résultait, au contraire, de la disproportion apsrpîa entre les mêmes pores et ces matières.
Asclépiade attachait beaucoup d’importance dans l’étiologie des maladies, à l’obstacle que peuvent rencontrer les atomes, et à la stase qui en provient, evazccG tç.
Cette hypothèse s’accordait avec l’opinion d’Erasistrate, qui déduisait l’origine des maladies de l’affection des solides et de l’épanchement des fluides rzGcpeuTtzoicriç (2).
(1) Histoire de la médecine par Daniel Le Clerc , seconde partie, liv. ni , chap. vi , p. 398.
(2) Histoire de la médecine par Kurt Sprengel , t. 11 , sect. 5 , cliap. 1.
Âsclépiade en tirait la même conséquence que le médecin d’Alexandrie ; celle que les humeurs sont le siège , non de la cause prochaine , mais seulement de la cause occasionelle des maladies , à la production desquelles elles ne peuvent contribuer que d’une manière indirecte. ^
Cette hypothèse de la stase , reproduite par les médecins mécaniciens , est devenue la principale hase de la théorie qu’ils ont donnée de l’inflammation, de la fièvre et des autres maladies. Tant il est vrai que la faiblesse de notre esprit nous ramène souvent dans le cercle resserré de quelques idées, d’où nous avons peine à sortir.
L’énoncé des principes sur lesquels repose la doctrine d’ Asclépiade suffit, sans doute, pour vous faire préjuger le peu de progrès que dut faire, à cette époque, le traitement des maladies. Il est évident qu’une Thérapeutique établie sur une étiologie aussi hypothétique , ne pouvait présenter que des vues ou fausses , ou extrêmement bornées.
Les maladies, ne reconnaissant d’autre cause que l’obstacle que rencontraient les atomes et la stase qui en provenait, le médecin de Pruse se proposait seulement de rendre les pores plus ouverts, et de faire circuler plus librement les sucs et les petits corps qui entretenaient la maladie par leur séjour ou stase.
Les moyens qu’il employait pour atteindre ce but, n’étaient pas plus étendus que les vues d’après
lesquelles il se dirigeait dans la détermination de
ses indications curatives.
|] est impossible de réduire toutes les causes des
maladies à un principe unique , l’altération du mouvement que la matière dont se compose le corps vivant peut éprouver. Cette matière et les forces qui 1 animent, sontsusceptibles de diverses lésions , dont Asclépiade ne tenait aucun compte. Comment aorait-il pu distinguer les indications tliei apeutiques qui se rapportent à tous les états morbides ^ et assigner tous les moyens propres, à les combattre ?
Galien.
Galtev , de tous les médecins de l’antiquité , celui qui joignait à l’esprit le plus brillant , les notions les plus approfondies sur toutes les branches de Fart de guérir , ne put se contenter des opinions des diverses sectes qui régnaient de son temps, et de ce qu’elles enseignaient comme les principes éternels de Fart. Galien lut Hippocrate , et le compara à la nature. Il fut frappe de 1 exactitude des observations du divin vieillard , et tacha de rameuei
la médecine dans la route depuis si long-temps délaissée, dans celle de l’observation et de l’expérience. Maison est obligé de convenir, que les efforts de Galien n’aboutirent qu’à la production d’un système , fondé sur les principes philosophiques et physiques de son temps. Barthez dit avec raison , que Galien ne peut être regardé comme le second d’ïüp-
pocrate , dont il n’a été que le commentateur (i).
Possédant toutes les connaissances de son siècle, Galien orna les principes hippocratiques , du vain éclat des lumières qu’il emprunta à la philosophie péripatéticienne et aux sciences physiques.
La médecine d’Hippocrate est la collection des observations qu’il avait recueillies , et des principes qu’il avait déduits de leur comparaison immédiate; celle de Galien n’est presque autre chose qu’un tissu de raisonnemens sur l’influence des quatre elemens, sur les causes occultes , qu’il multiplie à 1 infini ; sur les qualités chaudes , sèches , froides , humides de ces élémens et des humeurs du corps ; sur les degenérations et la surabondance de celle-ci , qu’il regarde comme les seules causes des maladies (2).
Galien, maîtrisé par la force de son imagination et entraîné sans cesse vers la théorie par le caractère de son esprit, ne pouvait devenir aussi bon observateur qu’Hippocrate. Aussi, dans la plupart des histoires de maladies quil nous a laissées, seinble-t-il n’avoir d’autre but que de faire parade de son érudition ou de son habileté dans le pronostic* Les livres de Galien , qui ne contiennent presque aucune description de maladie , écrite avec cette simplicité qui caractérise Hippocrate , et qui est une
(1) Op. cit.
(2) Cabanis , Coup-d’œii sur les révolutions et sur la réforme de la médecine; Leclerc et Sprengel, op. cit.
expression fidèle de la nature, sont beaucoup trop remplis de disputes, le plus souvent, de mots, dans lesquelles brillent les subtilités de la plus fine dialectique (i).
Cependant , la Thérapeutique est redevable à Galien d’une grande partie de ses progrès, et il se vante justement d’avoir perfectionné les méthodes de traitement qu’Hippocrate avait déjà inventées (2). Le premier ouvrage complet sur fart de traiter les maladies , est sorti des mains du médecin de Pergame
Le Methodus medendi de Galien, qui, abstraction faite de ses théories, sera toujours un des plus beaux monumens delà médecine antique, expose les vrais principes de la Thérapeutique. L’auteur y a porté cet esprit d’analyse qui peut seul nous diriger dans l’étude et dans l’exercice de la médecine.
Galien est le premier qui ait reconnu que les maladies se composent d’une ou de plusieurs affections simples , contre lesquelles il faut diriger les indications curatives. C’est donc à lui que remonte la doctrine des élémens (3).
(1) Cabanis , op. cit.
(2) Meclendi methodum primiun ab Hippocrate inventant , deinde a Galeno declaratam , ac absolutam fuisse. Arg. cap, y ni , lib. ix , p. 212 , meth. med. , ed. Chart.
(3) Primurn dicere oportet , quod morbwn appellamus ; secundo loco quot sint universi primi et simplices morbi , et veluti aliormn ele monta ; deinceps vero tertio , quot sint ii qui ex eorum composilione proveniunt. ( De diff. morb. , lib. 1. )
La distinction î a plus importante , celle sur laquelle repose toute la science thérapeutique, a été faite par le médecin de Pergame. C’est la distinction de la maladie et de l’affection (i).
Le sort de Galien a été bien différent dans le cours des siècles. Les Arabes , lui portant un respect religieux, en firent leur idole; et des auteurs modernes ont osé vouer au mépris le médecin le plus savant de l’antiquité. Si l’enthousiasme des uns était exagéré, la critique des autres est trop injuste. Peut-on refuser un beau génie à l’homme qui a exercé sur 1 art de guérir, une influence aussi grande que prolongée ?
Le Système de Galien , qui avait plutôt renversé les opinions medicales de son siecle , que relevé la vraie médecine hippocratique, a régné despoti- •
quement pendant plusieurs siècles dans les écoles et dans la pratique.
Les Arabes qui se bornèrent à traduire et à commenter les livres de Galien et ceux d’Aristote , dont la philosophie avait fourni au premier les principales bases de ses théories, ne pouvaient avoir d’autre système. La médecine, sous les Arabes, fut toute
galénique; elle le fut encore à la renaissance des lettres.
Il faut même le dire pour l’honneur de Galien : il a subi le sort qui est destiné, en général, à tous
ii , cap. vi.
(i) Method. medendi , üb.
les chefs de secte. Les idées qui ont servi de fondement à sa doctrine , ont reçu de la part de ceux qui l’ont adoptée, une extension excessive et exclu, sive qu’il n’avait pas eu , sans doute , l'intention de leur donner.
Les expériences bien faites , les observations recueillies avec exactitude , sont admises de tout le monde et en tout temps , parce quelles sont l’expression de la nature et de la vérité. Les raisonnemens , au contraire, sont sujets à être contestés et détruits , lorsqu’ils ne sont pas la conclusion immédiate des faits. Il n’est pas étonnant que le galénisme , dont les principes s’appuyaient plus sur les raisonnemens que sur l’observation , ait été renversé , lorsque les premiers chimistes 1 attaquèrent.
Les chimistes avaient découvert plusieuis gï ands remèdes, à l’aide desquels ils produisaient des cures miraculeuses. Paracelse , par le moyen de l’opium et des préparations mercurielles, avait guéri des maladies réputées incurables jusqu’à lui.
Ces succès surprenans firent espérer à ces hardis expérimentateurs , que leur art pourrait leur rendre raison de tous les phénomènes qu on observe dans l’économie animale, saine et malade. Bientôt ce qui se passait dans leurs laboratoires , devint pour eux l’image fidèle de ce qui s’opère dans le corps vivant.
Les actes de la vie , les mouvemens organiques de tous les genres ne sont plus que des fermenta-j
( ll )
tions , des neutralisations, des sublimations, des distillations , etc. Les acides et les alcalis, tantôt se combattant avec force , tantôt se neutralisant , déterminent, modifient, ou altèrent la plupart des fonctions (i).
L’humorisme , dont on trouve les premiers rudimens dans les ouvrages du Père de la médecine f et qui est un des principes fondamentaux de la doctrine de Galien , ne pouvait que recevoir de nouveaux développemens , et acquérir une influence excessive par les travaux des chimistes. La théorie des fermens et des effervescences créa de nouvelles altérations dans les humeurs , et le mot âcreté fut prononcé pour la première fois. Alors on spécifia d’une manière plus précise la nature des vices des fluides. Elle fut acide ou alcaline: delà deux classes de maladies , celles qui sont dues à une âcreté acide, et celles qui proviennent d’une âcreté alcaline (2).
Les chimistes ne remontant pas à la cause productrice de la prédominance , de l’effervescence et de l’altération des fluides , et négligeant en entier 1 action des solides , ne voyaient dans le corps de 1 homme qu’un mélange d’humeurs continuellement en fermentation , en distillation, en précipitation, etc.
(1) Cabanis, op. cit.
(2) F rançois de le Boë Sylvius fut le fondateur du système chémiatrique , auquel Paracelse et Van-Helmont avaient déjà préparé les esprits.
Cfétait des diverses dégénérations chimiques de, ces humeurs et de leur mélange vicieux, quils dérivaient la cause de toutes les maladies. Ils eurent la témérité de faire l’application de ces hypothèses au traitement des maladies , sans se douter un seul instant qu’elles fussent dénuées de vérité.
Quelques faits isolés, des expériences étrangères à l’étude de la vie , et des idées ie plus souvent erronées , suffirent aux chimistes pour établir des conclusions générales, d’après lesquelles les principes d’action dans l’économie vivante et les causes des maladies leur paraissaient si simples et si faciles à reconnaître , qu’ils n imaginaient pas comment on avait pu être si long-temps à les apercevoir.
Les indications thérapeutiques, ainsi que les moyens propres à les remplir , n’étaient pas , pour eux , plus difficiles à déterminer. Il ne s’agissait que de combattre les acrimonies acides ou alcalines des humeurs , ou de les expulser du corps.
Dans l’administration des remèdes que prescrivaient ces vues curatives , les chimistes ne tenaient aucun compte des mouvemens que la nature affecte dans les maladies ; iis ne faisaient nulle attention aux périodes de ces dernières. Les signes essentiels des affections morbides , leurs complications diverses , les lésions des organes qu’elles pouvaient intéresser, la différence des constitutions épidémiques, le tempérament du malade, et tant d’autres circonstances non moins importantes a consicieiei , nen-
traient pour rien dans les données de leur Thérapolitique.
Que pouvait -on espérer d’esprits préoccupés d idées spéculatives , presque toujours en contradiction avec l'expérience clinique?
Les progrès que la chimie a faits de nos jours , étaient trop éclatans , pour que la médecine ne cherchât pas encore à tirer parti de cette science. Ses applications à fart de guérir ont été renouvelées. Cependant , malgré le mouvement rapide que les chimistes modernes ont imprimé à cette branche des connaissances humaines , malgré les efforts tres-louables , sans doute , de quelques médecins pour rendre les découvertes chimiques directement utiles en médecine , nous sommes forcés de convenir que les faits chimiques comparés avec quelques phénomènes de l’économie vivante , saine et malade, sur lesquels ils jettent une vive lumière, ne sauraient suffire pour servir de base à un système physiologique, pathologique et thérapeutique complet (i).
^0 Si la chimie ne peut prêter des hases solides a la science des indications , elle lui a été de la plus grande utilité sous le rapport des moyens qu’elle emploie. La Thérapeutique doit aux travaux des premiers chimistes , les diverses préparations mercurielles , antimoniales et autres ; l’usage de l’opium que les galenistes rejetaient de la pratique , en disant qu’il épaissit les humeurs. Elle doit aux chimistes modernes , non seulement une infinité de nouveaux remèdes, mais encore, et ce
11 est hors de doute que les produits morbides ont des rapports avec des substances dont la chimie sious démontre les propriétés , et trouvent leurs analogues dans les résultats d’opérations chimiques.
qui n’est pas moins important , la juste appréciation et la correction de ces formules bizarres dans lesquelles on entassait , sous un seul et même médicament , une foule de substances qui , se neutralisant par les nouvelles combinaisons qu’elles éprouvaient , faisaient de ce mélange monstrueux , ou un corps entièrement inutile pour remplir les indications auxquelles on le destinait , ou mime un remède dangereux qui produisait des effets contraires à ceux que l’on espérait de son action.
La chimie pneumatique nous a démontré les principes constituans de l’air atmosphérique , et quoiqu’elle n7ait pu s’emparer des miasmes délétères ou contagieux , pour nous en démontrer la composition , elle nous a fourni les moyens d’assainir l’atmosphère, en détruisant ces miasmes par divers moyens qu’ont employés avec tant de succès, Guyton-Mor— veau , Carmichaël Smith et M. Labarraque.
La connaissance des gaz a servi à déterminer les effets qu’ils occasionnent dans l’économie animale ; et en nous éclairant sur les phénomènes de la respiration, et sur quelquesunes de ses lésions , l’asphyxie par exemple , elle nous a procuré les meilleurs moyens d’y remédier , et de rappeler à la vie des individus qu’une mort funeste enlevait autrefois sans ressource.
Enfin , nous avons vu la Matière médicale s’enrichir de nos jours , par l’analyse des végétaux , d’un grand nombre de produits immédiats ou autres de ces substances organiques , qui nous offrent des remèdes aussi précieux par leur activité , que commodes pour leur exhibition.
Mais on peut objecter avec raison que , dans l’état malade , les diverses dégénérations que les fluides ou les solides éprouvent dans leur mixtion chimique , ne sojit pas toujours la cause de la maladie ; qu elles sont souvent l’effet de l’action du principe morbifique et le résultat d’une lésion ressentie par les forces vitales elle-mêmes, et que ce serait en vain que l’on chercherait à neutraliser ou à évacuer ces produits , si l’on négligeait la cause première dont ils dépendent.
Pendant le cours du xvn.e siècle , les explications Systèmes ïatro que la chimie avait données des phénomènes de raa,llematlcius
1? > . . -, , et latro-méca»
économie ammalç , saine et malade , parurent si niqU(N peu satisfaisantes , qu’elles furent rejetées par le plus grand nombre des médecins. Mais les théories que 1 on substitua au système chémiatrique , quoique décorées d’un appareil plus scientifique, n’approchèrent pas davantage de la vérité : je veux parler des systèmes ïatro -mathématique et ïatro -mécanique.
Au xvu.e siècle la géométrie et l’algèbre furent culti vées avec une ardeur et un zèle qui mirent ces sciences à la mode. La philosophie de Descartes régnait presque exclusivement.
Lorsque les médecins virent soumettre au calcul la plupart des grands phénomènes de la nature, ils se crurent autorisés à adapter les memes méthodes d’explication à tous les actes du corps vivant.
La géométrie et l’algèbre furent appliquées à la
médecine , à laquelle Descartes prétendait , que te calcul du mouvement des atomes pouvait donner une certitude vraiment mathématique.
Les ïatro-mathématiciens crurent pouvoir appliquer le calcul aux combinaisons des phénomènes de l’état maladif, et déterminer, dune manière rigoureuse , les effets des agens thérapeutiques.
D’après Sauvages , les calculs mathématiques répandent le plus grand jour sur la vitesse du pouls, sur le froid, sur la chaleur de la fièvre, etc.; on peut expliquer Faction des médicamens , suivant le système des cartésiens , par l’attraction des parties similaires qui ont la même figure et le même volume. C’est pourquoi certains remèdes agissent plus particulièrement sur les viscères , dont les parties ont un poids égal à celui de leurs atomes (i).
Si l’on en croit Pitcarn , une maladie et sa curation présentent toutes les données d’un problème de géométrie ou d’algèbre, et offrent la même certitude que la solution de ce problème. Hoffmann dit, que la médecine s’élève, aussi-bien que la géométrie, au rang des sciences exactes, et qu’elle n’est pas moins susceptible de précision , qu’une branche quelconque des mathématiques.
Il serait sans doute à désirer que les vérités mathématiques pussent prêter leur certitude aux
(i) Chefs-d’œuvre de M.Boissier de Sauvages, par Giliberî» Lyon. 1771-
©bjets dont s’occupe la médecine; mais il y a une si grande différence entre ces deux genres de connaissances : la simplicité des unes est tellement opposée à l’extrême complication des autres , qu’il est impossible de les associer.
Les phénomènes qui font le sujet de l’étude du médecin , sont trop compliqués , pour présenter jamais des données tellement rigoureuses , quelles puissent être soumises au calcul. Ces phénomènes sont trop variables pour qu’on puisse opérer sur eux, comme le mathématicien opère dans ses formules.
En médecine , on est autorisé à calculer ou à prévoir la succession des phénomènes dans tel ou tel ordre , parce qu’une série plus ou moins longue d’observations nous a démontré que cette succession s’est faite ainsi et se fera encore ; mais rien ne nous prouve quelle ne puisse se faire autrement. La médecine comprenant les objets les plus compliqués de la nature , et se composant d’une multitude de faits infiniment variés , et susceptibles de donner lieu à d’immenses combinaisons , il est impossible quelle se promette toujours des résultats uniformes , et quelle atteigne constamment le dernier degré d’évidence. Le médecin est, au contraire, obligé de se borner le plus souvent à recueillir des probabilités qui deviennent d’autant plus vraisemblables, et approchent d’autant plus de la certitude, que les faits sur lesquels elles sont établies , se multiplient davantage.
Pour déterminer les divers degrés de certitude que peut avoir la médecine, il est très-essentiel d’admettre sa division en médecine-science et médecine-art, c’est-à-dire, qu’il faut distinguer dans la médecine une partie dogmatique et une partie pratique ou technique. La certitude de l’une est bien différente de celle de l’autre. La médecine-science , en tant que se composant de principes qui ont été déduits d’un grand nombre de faits bien vus , analysés et comparés , présente autant de certitude que toute autre science d’observation. Mais l’application de ces principes aux cas individuels, ou la médecine-art se fondant sur des analogies , ou des ressemblances qui peuvent en imposer meme (i) aux plus habiles , et opérant sur un corps vivant dont nous ne pouvons pas déterminer , à la rigueur , toutes les affections ou manières d’ètre , ne saurait avoir le même degré de certitude que les dogmes d’après lesquels elle se dirige , ou la médecinescience (2).
(î) Similitudin.es eliam peritis imponunt , Hipp .
“(2) Ejusdem quippe morbi varia atque varia in aliis atque tiliis corporibas signa apparent :■ quod efjîcit ut ars nostra plane sit çoyuçiy.v} conjecturahs non auiem anodetY.Tt'/.v) , démonstrativa. Oportet enim multa avvrsy.y.ou&sd’a.t , id, est , probabilibus quibusdam rationibus atque apparenlibus signis colligere , non autem caroiïetxTMcâç et <jvkkoqiçiy.ü>ç , démonstrative et sullogutice concludere , ac si aliter contingere non possit in Socrate atque in Sophronisco ; varice enim sunt humorum ideœ , varice
La secte des ïatro-mathématiciens ne se contenta pas de soumetti e tous les actes de la vie à la rigueur de ses calculs. Il fallait , pour que ces actes pussent se prêter aux méthodes mathématiques , établir entî eux et les autres phenomenes de la nature, une analogie , que les grandes découvertes qu’on venait de faire paraissaient manifester. Ces découvertes qui, par l’importance excessive qu’on leur donnait, semblaient devoir renouveler toutes les sciences médicales et les porter au dernier terme de la perfection, ne firent , au contraire, qu’en retarder les progrès. Ce sont elles , en grande partie , ou plutôt c’est l’abus de leurs applications qui produisit les théories empruntées à la physique générale et à la mécanique , pour expliquer les fonctions et les maladies du corps de l’homme.
Avant que le célèbre Harvey eût prouvé le mouvement circulatoire du sang , avant que les injections de Swammerdam et de finis ch eussent rendu sensibles aux yeux les séries sans cesse décroissantes des vaisseaux qui charrient les différentes humeurs animales , la mécanique et l’hydraulique n avaient joue aucun rôle dans la médecine •
spirituum , varice corporum , varice moi borum ; quee omnia imputais artem nostram clifjicillimam reddunt et immensam plane. Ballon, cons. p. iSg. t. II. cons. XLVI . Yoyez aussi Barthez , Discours sur le génie d’Hippocrate; et M. Lordat f Exposition de la doctrine médicale de Barthez.
Biais depuis cette époque , les lois de l’impulsion , de l’équilibre , celles des frottemens et des résis» tances, etc., fournirent à la secte des ïatro-mécaniciens les principes de leurs théories médicales.
Le médecin mécanicien , ne voyant dans le corps de l’homme qu’un assemblage de conduits communiquant entr eux , a fait dépendre toutes les maladies des obstacles qui pouvaient s’opposer au libre passage des humeurs dans ces vaisseaux , et de la stase ou de l’arrêt des fluides. Il a fondé toutes ses indications curatives sur la nécessité d’enlever ces obstacles, et n’a proposé, pour les remplir, que des moyens capables de faire circuler facilement les humeurs. On vit alors se reproduire les opinions d’Erasistrate et d’Asclépiade.
Ne considérant que les changemens survenus dans le mécanisme du corps , négligeant les altérations qu i! peut subir dans le mélange de ses parties, et ne pouvant s’élever jusqu’aux forces spéciales qui l’animent et aux lésions dont celles-ci sont susceptibles , le médecin mécanicien pouvait-il embrasser , dans ses théories , tous les phénomènes morbides, et présenter des vues thérapeutiques saines et applicables à tous les cas ?
L’ordre que j’ai adopté pour l’exposition des
Systèmes en médecine, me conduit à traiter des
doctrines qui ont tiré leurs principes fondamentaux
de quelques phénomènes de l’économie vivante auxquels on a donné une influence exœssive et exclusive.
L’examen analytique des phénomènes que présente le corps vivant, comparés avec ce qui se passe dans la matière brute, fait reconnaître que le premier jouit de propriétés ou forces spéciales , par lesquelles il tend sans cesse à résister à l’impression destructrice des agens extérieurs, et à se maintenir dans son état d’intégrité; que lorsque cet état vient à être diversement altéré, il s’excite en lui des mouvemens qui ont pour but de le rétablir dans sa constitution primitive et normale.
Voilà ce que dit l’observation; mais elle dit aussi que ces mouvemens ne sont pas toujours suffisans et bien dirigés , et que si l’on comptait constamment sur leur résultat avantageux, on serait entraîné dans des erreurs graves et funestes aux malades. Cependant, la doctrine des Naturistes est fondée sur les efforts toujours utiles d’un principe actif et doué de prévoyance ( Stahl ).
Hippocrate est le premier qui ait admis dans l’économie animale l’existence d’un agent conservateur qu’il a désigné sous les divers noms de Nature , de Chaleur innée , d Impetum faciens , etc. Les Naturistes ont pensé avec lui que le corps de rhomme est animé d’un principe particulier, distinct de la matière qu’il vivifie.
Naturistes,
Ce principe dirige tous les actes de la vie dans Tétât sain et dans 1 état malade. Dans ce dernier il se livre à des mouvemens propres , par lesquels il combat et change les causes morbifiques; tout Fart du médecin doit consister à suivre ces mouvemens et à les aider. Les actes dont ils se composent sont soumis à des règles: les évacuations qui les suivent, les eliangemens qui en proviennent, affectent un certain ordre et sont assujettis à des périodes fixes. De là, la théorie de la cochon, des crises et des jours critiques.
La Mature est le premier des médecins. Tel est le dogme sacré prononcé par le divin vieillard. Ce dogme , religieusement observé par les Naturistes , les a conduits à donner une extension beaucoup trop grande aux méthodes naturelles de traitement; à celles qui , se rapportant uniquement à la puis» sauce médicatrice de la nature, ont pour objet de préparer, de faciliter et de compléter ses mouvemens salutaires.
Les idées exagérées des Naturistes sur la nécessité et Futilité constante du concours d’un principe conservateur , et sur les avantages qui résultent le plus souvent de la plupart des actes morbides , les ont obligés de prescrire des règles de traitement timides, bornées et insuffisantes. Quel perfectionnement peut-on espérer pour des méthodes thérapeutiques qu’ils regardent comme inutiles , ou dont iis croient pouvoir se passer , d’après la confiance
' excessive qu’ils mettent dans Fautocratîe de la nature ?
Pour s’élever à des vues curatives, exactes et susceptibles d’ètre appliquées à tous les états morbides, il ne suffit pas de reconnaître les rapports que les maladies peuvent avoir quelquefois avec tes intérêts des malades, en servant au rétablissement de leur santé et à leur conservation ; il faut savoir encore qu’il en est qui, loin d’être en rapport avec ces intérêts , ont une tendance entièrement opposée. Il existe, en effet, des maladies qui, en ruinant les forces , soit par la gravité et par les complications de leurs élémens, soit par l’intensité des accidens dont elles s'accompagnent, vont à la destruction et à la mort. Celles-ci appellent impérieusement les secours les plus énergiques de l’art.
Si des maladies simples et peu graves étant laissées à elles-mêmes, peuvent se guérir par les seuls efforts de la nature; si d’autres maladies sont nécessaires pour amener des changemens avantageux dans la manière d’être de certains individus, des expériences comparatives ont appris au médecin à ne pas se borner au simple rôle de spectateur dans un grand nombre de maladies aiguës et dans la plupart des maladies chroniques.
Stahl , dont le système repose principalement sur les déterminations spontanées d’un principe intellte gent et prévoyant , est, de tous les médecins, celui qui a porté le plus loin les dogmes du naturisme.
D’après Stahl , la fièvre , l’inflammation , les hémorragies , etc . , sont autant de moyens que ce principe se ménage, dans le plus grand nombre de circonstances , pour l’élimination des causes morbifiques , afin d’arriver au rétablissement de la santé et à la conservation de la vie.
L’observation a prouvé , sans doute , qu’il est des cas où la fièvre , l’inflammation, les hémorragies, etc., peuvent s’établir et se soutenir pour le plus grand avantage des malades ; mais elle a constaté également que souvent ces maladies, loin d’avoir la moindre utilité, entraînent au contraire les suites les plus fâcheuses.
Il faut alors déterminer quels sont les rapports que ces maladies ont avec telle ou telle modification des forces , des solides , des fluides ou de la constitution , c’est-à-dire avec les élémens morbifiques pour en déduire les indications curatives.
C’est ainsi que tantôt le mode fébrile, le mode inflammatoire, le mode hémorragique, etc., amènent la solution de quelques affections morbides dont ils offrent la crise; tantôt ces modes sont l’effet d’altérations diverses de la constitution qu’il est instant de corriger et de détruire. C’est à distinguer toutes ces circonstances que le médecin doit s’appliquer pour établir son plan de traitement.
Humoristes. On rencontre les premiers élémens de la pathologie humorale et du système des Humoristes , dans
les ouvrages du Père de la médecine. Hippocrate reconnut dans le corps de l’homme l’existence de quatre humeurs principales , la sang , la pituite , la hile et 1 atrabile i chacune de ces humeurs prédomine dans un âge et dans une saison cpii lui paraissent affectes , et devient cause essentielle de maladie , lorsqu’elle dégénère ou quelle se forme dans des proportions excessives. C’est contre les humeurs suï abondantes ou degenerees que la nature dirige tous ses efforts ; c’est à ces humeurs viciées qu elle fait subir une élaboration particulière, la coction; c est à l’expulsion des produits de ce travail , que les mouvemens et les évacuations critiques sont destinés.
Galien adopta en entier les idées d’Hippocrate sur la prédominance et l’altération des humeurs. Il ' associa à ces idées des explications tirées des qualités des quatre élémens , le chaud , le froid , le sec et l’humide. Les quatre humeurs et les qualités élémentaires qui leur correspondent , ont servi de base à toute la doctrine physiologique, pathologique et thérapeutique du médecin de Pergame.
L’Humorisme reçut de nouveaux développement, et acquit la plus grande influence par les travaux des Chimistes. La théorie des fermens et des effervescences créa de nouvelles altérations dans le» humeurs , et spécifia d une manière plus précise la nature des vices des fluides; elle fut acide ou alcaline.
Les Humoristes modernes ont admis, avec Hippo-
craie et Galien , la surabondance et la dégénération des quatre humeurs , comme causes de toutes les maladies. Ils y ont ajouté avec Bâillon la dégénération séreuse ou une sérosité âcre, sérum acre .
Bordeu est, de tous les modernes, celui qui a le plus multiplié le nombre des affections des fluides, qu’il désigne sous le nom de cachexies humorales » Il établit autant de cachexies qu’il y a d’organes notables et de mélanges ou de mixtions principales d’humeurs. Le tissu muqueux est le siège de toutes ces révolutions cachectiques. Il y a une cachexie sanguine , muqueuse, séreuse, bilieuse, splénique, pancréatique , séminale , atrabilaire , laiteuse , urineuse , purulente , gangreneuse , etc.
On connaît le rôle important et presque exclusif que Stoll fait jouer à son humeur hiliforme.
La théorie que Grant a donnée des fièvres est toute humorale. C’est dans la bile claire de la moisson et dans labile épaissie, et plus ou moins dégénérée pendant l’automne, qu’il trouve l’origine de toutes les fièvres , etc.
Les humeurs sont pénétrées , comme toutes les autres parties du corps vivant , d’une force diffuse dans toute leur substance, qui fixe et arrête, dans chacune , l’ensemble des qualités qui la spécifient. Cette force, connue sous les divers noms de faculté digestive, de force plastique , de blas alterativum, de ni sus formatims > etc. , est susceptible de lésions. Ce sont ces lésions, ou plutôt leurs produits sen-
sibles? qui constituent les causes matérielles de toutes les maladies , d’après les humoristes.
Les vices des humeurs se rapportent à leur quantité ou à leurs qualités, La surabondance du san<* constitue cette affection qu’on nomme pléthore sanguine ; la diminution de sa quantité est l’anhæmie. La pléthore sanguine est l’effet d’une disposition dans les forces vitales à former une quantité excessive de sang , et à convertir en cette humeur les produits de la digestion , de l’absorption , etc.
L’anliæmie suppose, au contraire, un état de langueur des forces vitales et plus particulièrement un affaiblissement de celles qui président aux actes de l’hématose.
Le sang contient les principes constituans de toutes les humeurs. Les matériaux qui doivent entrer dans leur composition , mêlés avec ceux du sang ? viennent se réunir et se combiner sous l’action spéciale des organes sécrétoires; et de ces combinaisons naissent de nouveaux produits fluides , connus sous les noms de bile, de mucosité, de sérosité de lait , etc.
Parmi les humoristes, les uns n’admettant pas l’influence des lésions des organes sécrétoires, comme cause première de la prédominance des humeurs, supposent que celle-ci peut avoir lieu par l’altération spontanée de la force qui anime les fluides, et qui tend à créer une plus grande quantité de leurs matériaux. C’est ainsi qu’ils reconnaissent des
diathèses , bilieuse , séreuse, muqueuse, etc., qui s'établissent indépendamment de toute lésion survenue dans les organes sécrétoires. ( Grimaud. ) Les autres , se rapprochant davantage de l’opinion des solidistes, pensent que le vice des organes peut concourir à la formation des diatheses , tout en reconnaissant une production spontanée des diverses humeurs, dans une quantité telle que 1 action des organes sécrétoires ne peut suffire a leur séparation, etc. (Bordeu. )
Quoi qu’il en soit , ils admettent, tous, autant de causes de maladies quil y a ne degeneiations d humeurs. Les affections, sanguine , bilieuse, pituiteuse ou muqueuse, sereuse , etc., sont le résultat de la prédominance de chacune des humeurs du corps.
Les fluides sont encore susceptibles d’altérations qui proviennent de la lésion de la force de cohésion qui unit leurs molécules. Le sang et les autres humeurs ont une propriété particulière , par laquelle leurs molécules tendent à se rapprocher ou à s’éloigner. Lorsque cette propriété est vicieusement accrue ou affaiblie , il survient deux altérations principales de leur consistance , l’épaississement ou tendance à la coagulation , et la tenuité ou tendance à la dissolution.
Toutes les humeurs peuvent pécher dans leurs qualités et dans la mixtion chimique des parties qui les composent. Elles contractent alors diverses espèce*
de dépravations. On a singulièrement multiplié le nombre de ces dernières , en admettant une bile érugineuse, une bile poracée , une bile noire , une pituite mordicante, une sérosité âcre, des acrimonies salines , acides , etc.
Enfin, les humeurs sont atteintes d’une altération spéciale dans les vices spécifiques de la constitution , tels que les vices syphilitique , dartreux , psorique, cancéreux , scrofuleux , variolique , etc
h n est pas douteux que les fluides ne puissent concourir , soit par leur surabondance , soit par leui paucitè , soit par leur altération à la production de 1 état malade. Mais vouloir déduire toutes les maladies de cette seule source , pour créer une pathologie toute humorale, c’est s’exposer à rejeter un grand nombre d’autres causes non moins importantes , et aussi dignes de fixer l’attention du médecin , dans le traitement. La Thérapeutique des humoristes ne poursuivant qu’une indication fondamentale , celle qui est tirée du vice des humeurs ( ^ vitio humorum ) est donc très-incomplète.
Bien que, dans l’étiologie des maladies , il soit souvent difficile d’assigner quelles sont des modifications des solides ou des fluides, celles qui , étant les premières en date, ont donné naissance aux autres , 1 expérience a prouvé que ces deux genres d affections pouvaient exister séparément , s’associer sous divers rapports, se combiner, et donner lieu ainsi à des maladies simples , composées ou corn-
Méthodistes et Solidistes.
pliquées. C’est cle la détermination de ces différonscas que le médecin doit s’occuper.
Les Solidistes regardant la vie comme le résultat de l’organisation , ont refusé tout principe d activité aux fluides. Ceux-ci présentant des molécules qui ne sont susceptibles d’aucun arrangement cons-, tant, sont, pour les Solidistes, des substances inertes qui doivent toutes leurs modifications dans 1 état sain et malade , à l’influence énergique des solides. D’après leur hypothèse , la vie s’exerce , et toutes ses révolutions se passent dans le solide, qu à raison de cette manière de le considérer , ils appellent
solide vivant, solidum vivens.
On fait remonter l’origine de la secte des Solidistes à la médecine méthodique , dont Thémison fut le fondateur , et que Thessalus étendit et perfectionna.
11 y a cependant entre ces deux systèmes une différence qu’il importe de remarquer. Ce qui distingue les Solidistes des Méthodistes , c est que les premiers reconnaissent , avec Hippocrate , une force dont les lois ne peuvent être connues que par l’observation des phénomènes propres au corps vivant , et résultant de l’action de cette force sur les solides ; tandis que les autres , n’ayant aucun égard à la proportion de la force élémentaire de ce corps, ne considèrent que la dilatation ouïe resserrement des interstices de ses atomes.
Thémison, ayant trouvé les principes d’Àsciépiade trop difficiles à entendre, chercha une méthode plus facile qui mît la médecine à la portée de tout le monde. Il prétendait que la connaissance des causes des maladies n était pas nécessaire , qu’il était entièrement inutile de descendre à ce que chaque maladie pouvait offrir de particulier , et quil ne s’agissait que de déterminer ce qu’elles offrent de commun. Il ramena à trois faits principaux tous les états morbides , le resserrement , le relâchement et l’etat mixte, strictum , laxum , mixtum.
Il n’y avait donc que trois genres de maladies ; on les rapportait toutes à l’une ou à l’autre de ces trois circonstances. Leur traitement ne présentait que trois indications que l’on remplissait par l’usage des moyens qui relâchent, de ceux qui resserrent , ou par la combinaison des uns et des autres.
Il est évident que les limites de la médecine méthodique sont trop restreintes pour embrasser tous les faits dont se compose l’histoire des maladies et de leurs curations. Les méthodes thérapeutiques ne peuvent se borner à des rapports aussi généraux et aussi exclusifs, que ceux que cette doctrine établit entre toutes les maladies.
Le système des Méthodistes fut reproduit dans le xvi.e siècle f par Prosper- Alpin , et au commencement du xvm. e , par Baglivi , qui en enseigna les principes dans ses leçons , et dans son traité de Fibrd motrice.
L’antagoniste de Stahl , Hoffmann , se rapprochant beaucoup plus des idées de Baglivi , que de celles de Prosper- Alpin , fonda sa théorie et sa pratique sur un nouveau système , auquel on donna le nom de Solidisme . Cependant , le système d’Hoffmann , que Sprengel a assez bien caractérisé en l’appelant Mêcanico - dynamique , ne saurait être considéré comme appartenant au solidisme pur. Il a associé à ce dernier les principes déduits de la mécanique , soumise a l’influence d une force supérieure, et quelques idées d’humorisme, développées d’après les connaissances chimiques.
Cullen , élevé dans les principes de Boërhaave , reconnut par sa propre expérience , après un long exercice de la médecine, que la doctrine du professeur de Leyde donnait beaucoup trop d’importance à des vices purement hypothétiques des humeurs , tandis quelle ne voyait, dans les affections des solides , que des maladies physiques ou des vices de conformation.
Cullen , exerçant envers Stahl une critique trop amère pour être toujours juste, crut que l’admission dans le gouvernement de l’économie animale , d’une puissance intelligente , conduisait à rejeter tout raisonnement physique et mécanique , et qu’une confiance excessive et exclusive dans la prudence prévoyante de cette force , exposait à compromettre le sort des malades , en se bornant à traiter les maladies par l’expectation.
Le professeur d’Edimbourg, bien convaincu do la \érité*du principe établi par Bacon, dans l’aphorisme xxxi de son Novum Orgcimnn (i) , pensa que la medecine était arrivée a une de ces périodes où les exper iences qu on venait de faire sur le système nerveux , et la découverte de nouvelles propriétés vitales nécessitaient la réédification de sa partie dogmatique.
Cullen étudia le système d’Hoffmann ; il combina les idées de ce médecin avec les nouvelles doctrines de Haller sur les forces du corps ; et après avoir exclu toutes les hypothèses déduites , soit des sciences étrangères, soit des vices des fluides, que le professeur de Halle avait admises dans la plupart de ses théories sur la nature des maladies , il foi ma un véritable système du solide vivant (a).
D’après les principes du solidisme , toutes les maladies dépendent des vices du mouvement des solides , qui peut être ou trop fort ou trop faible. Les mouvemens immodérés suscitent le spasme. Lorsque celui-ci s’exerce dans les parties sensibles, il prend le nom de douleur. La lenteur ou la faiblesse des mouvemens constitue l’atonie. Les alté-
(i) Frustra magnum expectatur augmentum in scientiis ex super-mductione et insitione novorum super vetera ; sed ins tauratio facienda est ab imis fundamentis , nisi libeat perpetuo circumvolvi in orbem cum exili et quasi contenmendo progressa. Novum organum , aphor . xxxi.
W Kurt Sprengel , op. cit .
rations clos humeurs, s i! s en présente, dépendent du spasme ou de l’atonie qui les a précédées.
Deux indications principales forment la thérapeutique de toutes les maladies. Il ne s agit que de calmer le spasme et de relâcher les solides , ou de relever le ton et de resserrer les fibres. Les antispasmodiques, les relâchans et les affaiblissans, ou les toniques et les excitans , sont les agens que l’on emploie pour atteindre l’un ou l’autre de ces buts.
Dans un système qui doit embrasser l’ensemble des faits observés dans les maladies et dans leur traitement, peut-on isoler les affections des solides , les considérer abstractivement , et ne tenir aucun compte de celles des fluides , auxquels on refuse tout principe d’énergie , indépendant de l’action des solides? Telle est la question que fait naître naturellement l’exposition de la doctrine des Solidistes.
Tout est animé dans le corps vivant ; omnia animantur in corpore animato , dit Hippocrate. Peut-on méconnaître , en effet , que toutes les parties du corps participent plus ou moins des caractères d’une nature vivante?
Cependant , les médecins de la secte des Solidistes nient l’existence des forces vitales dans le sang et dans les humeurs , et prétendent qu’il ne peut y avoir de sentiment et de mouvement , ailleurs que dans les solides , dont l’influence énergique est la seule cause de la manière d’être des fluides. Cette
hypothèse les a conduits à rejeter toute affection humorale primitive , et à n’admettre d’autres causes de maladies que les lésions des solides et de leurs mouvemens : les vices des humeurs ne sont que la suite des premières.
On ne saurait mettre en doute , que les modifications des solides n’aient une influence plus ou moins grande sur celles des fluides ; mais il est également prouvé que les derniers exercent une action aussi forte sur les Solides. Tout est lié dans le corps humain , et il est souvent très -difficile d’isoler les affections des diverses parties qui le constituent.
On doit néanmoins reconnaître , d’après les résultats des faits fournis par l’observation physiologique et par l’expérience clinique, dans les solides et dans les fluides , des affections particulières indépendantes , soit naturelles , soit maladives.
Comment nier l’existence des forces vitales dans les fluides , lorsqu’on voit que tous les organes les plus solides ont commencé par être fluides , et que, dans son principe, le corps vivant n’a été qu’une très-petite quantité de matière liquide dans laquelle il était impossible de distinguer la moindre trace de parties solides? Ce n’est qu’au moyen de substances fluides, que les solides se nourrissent et se développent.
La vitalité des humeurs n’est-elle pas rendue évidente par ces altérations profondes quelles recoi-
vent quelquefois de l’impression d’agens physiques ou moraux , et qui sont trop soudaines pour quon puisse avoir recours , dans leur explication , à l’intermédiaire de Faction des solides qui n’en sont que peu ou nullement affectés (i) ?
« Les éternelles disputes des Humoristes et des Solidistes doivent être terminées, dit M. Lord at , par la considération des affections de la cause conservatrice des solides et des fluides ; par la considération des altérations des uns et des autres , qui sont le résultat de l’impuissance ou des déterminations de cette cause; et par la considération de l’harmonie avec laquelle marchent communément les phénomènes corrélatifs dans les solides et dans les fluides (2). »
Sans admettre avec les partisans exclusifs de la doctrine des Humoristes , la surabondance et les altérations des fluides, comme les seules causes de toutes les maladies , on est forcé de convenir qu’il
(1) Barthez rapporte , dans ses Nouveaux Elémens de la science de l’homme , un très -grand nombre de faits qui attestent , dans les humeurs , la présence de propriétés vitales qui leur sont propres.
I/action des poisons septiques met en évidence la possibilité cTune dégénération putride ou septique spontanée des humeurs, et la nécessité d’une médication antiseptique.
Vov. le Discours d’ouverture du cours de Médecine-légale , par M. le prof. Anglada.
(a) Exposition de la Doctrine médicale de Barthez.
existe des affections des humeurs indépendantes , et sans la moindre lésion , du moins primitive f
des solides.
La surabondance et les altérations diverses du sang , de la bile , de la pituite , de la sérosité , etc. , se manifestent dans un grand nombre de maladies , ou les solides ne sont lésés cpie secondairement.
La sui abondance et la concrescibilité du san,0,
sont évidentes dans les maladies inflammatoires. Les affections adynamiques et scorbutiques offrent les preuves incontestables de Faltération la plus grave du sang et de F affaiblissement de cette force de cohésion , de ce Nexus vital qui, suivant Fouquet, lie entr’eîles les molécules constituantes de cette humeur. On peut dire que , si ces vices du sang’ ne forment pas seuls l’essence ou la cause prochaine de ces maladies , ils en sont du moins des éîémens principaux , et ils fournissent des indications très» essentielles à remplir.
Les dégénérations du sang sont si évidentes dans le scorbut , que M. Broussais est forcé d’en rapporter 1 origine à Faltération de la fibrine de cette humeur. Mais si des faits bien vus obligent à admettre , dans le scorbut , une altération de la fibrine du sang, pourquoi d’autres faits également constatés ne pourraientdls pas conduire à établir, par une induction sévère % d’autres altérations humorales comme cause de maladies ? Ne doit-on pas reconnaître une dégénération de la lymphe ou de
Mbumine , comme lelément d’une grande partie des maux qu’on rapporte à une lésion du système
des vaisseaux lymphatiques (i) ?
La surabondance de la bile , son reflux et son développement dans le sang, son épanchement dans tout le tissu cellulaire du corps et dans celui des organes , la teinte jaune quelle donne aux solides et aux fluides, les diverses dépravations quelle peut subir, sont des phénomènes connus f des causes de maladies plus ou moins graves , et clés sources principales d’indications curatives (2).
L’excellente description de la maladie muqueuse de Gottingue , par Rœderer et Wagler , 1 histoire raisonnée de la maladie de Naples, par Sarcone , ne laissent aucun doute sur la prédominance et les dégénérations de l’humeur muqueuse , ainsi que sur l’existence des maladies variées qui en résultent.
La salive dans Fhydrophobie , la lymphe et le pus dans la syphilis, dans la variole , la vaccine , etc.? contractent une altération spécifique qui les rend capables de propager ces maladies.
Les changemens que les humeurs éprouvent dans
(1) Voyez M. le professeur Baumes , Traité des fièvres rémittentes , etc.
(2) M. Andral vient d’ajouter de nouvelles observations à celles qu’on avait déjà sur le rôle important que la bile joue dans la production de,s maladies. Clinique médicale , etc,, t.iv.
leur mixtion eliimique , et les modifications qui surviennent dans leurs qualités , peuvent donc concourir à la production de maladies diverses et devenir des élémens morbifiques , qu’on ne saurait rejeter en thérapeutique.
« Lorsqu’il s’agit , dit Newton , de fixer le nom- Th”ne bre des forces de la nature , on doit avoir égard 1 Excitabilité, à la différence des phénomènes ; et lorsqu’on trouve cette différence essentielle, il est aussi nécessaire d’admettre des causes ou forces différentes. »
Brown qui assure avoir suivi les principes de la philosophie Newtonienne , paraît ne les avoir pas bien compris , lorsqu’il rapporte tous les phénomènes de la vie à une seule force qu’il désigne sous le nom d’ Excitabilité.
L’excitabilité est la faculté qu’ont les corps organisés et vivans d’ètre affectés d’une certaine manière , ou excités par les agens extérieurs, et de produire des mouvemens qui sont en rapport, non avec la cause irritante , mais avec la force ellemême. Cette faculté dont Brown place le siège dans la pulpe nerveuse , sans rien dire de précis sur sa nature , est le seul agent de tout ce qui s’exécute dans l’économie animale saine et malade. Elle est la même dans tous les organes ; elle ne diffère dans chacun d’eux que par son intensité. L acte par lequel elle se manifeste, est l’excitement , ui* citatio .
L’admission d une cause expérimentale unique , pour l’explication des faits multiplies et divers dont se compose la science de l’homme , est entièrement contraire aux règles de la bonne manière de philosopher. Cette cause ne saurait exprimer toutes les analogies et toutes les différences des actes de la vie. Cette tendance à la simplification prouve des connaissances très-incomplètes , et même une ignorance qui a fait mettre de cote des faits dont l’étude est de la plus grande importance.
C’est de la considération de cette seule force et des lésions dont elle est susceptible , abstraction faite des organes dans lesquels elle agit et des humeurs ? que Brown a déduit tous les principes de sa théorie médicale.
Brown reconnaît des maladies générales et des maladies locales. Les premières sont toujours produites par f augmentation ou la diminution de l’excitement. Elles sont sthéniques dans le premier
cas , et asthéniques dans le second.
Les maladies asthéniques peuvent être également l’effet du défaut ou de la trop grande intensité des irritations. Lorsque la cause est le defaut d irritation 7 il y a accumulation d’excitabilité ou asthénie directe ; lorsqu’il y a eu , au contraire , une surexcitation , l’excitabilité a été épuisée , et l’asthénie est indirecte (i).
(i) Débilitas stimuli defectu nata ? recta nuncupanda est ;
S il n’y a que deux formes générales de maladies ? la sthénique et l’asthénique , il ne peut y avoir que deux méthodes thérapeutiques ? F anti-sthénique ou débilitante ? et la sthénique ou fortifiante et excitante.
Dans le traitement des maladies on ne doit faire aucune attention aux noms qu elles portent , mais uniquement à 1 augmentation ou à la diminution de 1 excitement , pour les combattre par les moyens débilitans ou stimulans.
Le système de Brown peut suggérer les objections suivantes :
i.° L’état des forces a, de tout temps , présenté un des points les plus importans en médecine. Mais il n est pas si essentiel , qu’on doive le considérer exclusivement à tout autre , et qu’il puisse seul' constituer la base de toute la doctrine pathologique et thérapeutique.
On ne saurait se borner à ne voir dans toutes les maladies ? que des lésions dans la quantité des forces. Il y a , dans l’état maladif ? autre chose qu exces ou defaut d action. ïl y a aussi perversion de cette action 7 c est-a-dire 7 qu’il existe des modes vicieux des forces qui doivent être cor-
prœtereà quod nulla noxa posita , sed necessariis vitœ prœsî dus negatis , incidit. ( Elem. med. Brun. xlv. )
Sic exhausta stimula incitabilitas débilitas est , hoc indirects. dicenda , quod non déficiente ? sed super ante stimula nascitar .
{ op. cû. xxxv. )
rigés (i). Peut-on dire qu’il n’y ait que plus ou moins d’action de la part de la puissance vitale , , ou de l’excitabilité de Brown , dans la douleur , dans le spasme , dans l’épilepsie , dans le tétanos ? dans l’apoplexie , dans la paralysie , et dans la plupart des affections nerveuses ? La perversion des actes de cette puissance est évidente dans ces maladies qui sont celles dont l’étiologie semblerait , au premier aspect , se prêter le plus favorablement aux idées Browniennes.
2.0 Il est certain que, dans la curation des maladies , l’état des forces doit fixer d’abord toute l’attention du médecin ; et qu’avant tout , il faut les modérer lorsqu’elles sont trop actives , ou les exciter lorsqu’elles languissent. Mais suffit-il toujours de déterminer si les forces sont dans 1 excitation oü dans la langueur ? N’est-il pas plus essentiel de reconnaître et d’établir les rapports que la sthénie ou l’asthénie peut avoir avec telle ou telle affection morbide , pour diriger contre celle-ci les indications curatives? Car le traitement de 1 excitation et de la faiblesse doit être relatif aux diverses causes qui les entretiennent. Les seuls moyens propres à abaisser ou à relever les forces , sont ceux qui détruisent le principe de leur exaltation ou de leur diminution.
(i) V. M. Lordat, op. cit.
Dumas. Doctrine générale des maladies chroniques.
M. Bérard , Application de l’analyse à la Médecine pratique.
3'° 0n est forcé (,e reconnaître qu’il existe d’autrès indications thérapeutiques , que celles que l’on t emplit par des médications excitantes ou affaiblissantes ; il en est d’autres non moins essentielles celles qui ont pour but de changer le mode vicieux des affections vitales. Les causes des maladies ne se bornent pas à agir en augmentant ou en diminuant les propriétés vitales, elles ont une action particulière qui altère ces propriétés. Il doit donc y avoir autre chose dans l’état maladif, qu’une quantité d’action en plus ou en moins. Le traitement ne peut être réduit à rétablir cette quantité dans un degré moyen.
Les a<?e,ls thérapeutiques ont des effets trèsdifferens , qu’on ne saurait ramener à deux modes 1 excitation et la sédation.
La plupart ont une action spéciale qu’on ne peut dériver de leurs effets immédiats , ou une propriété particulière qui agit directement contre affection morbide qu’elle altère et modifie ; ce qui constitue leur action thérapeutique. Les antispasmodiques ne sont-ils que des excitans ? Peut-on employer indifféremment ces derniers à la place des premiers ? Ceux-ci n’ont-ils pas une action directe contre le spasme , dont leur vertu excitante seule ne saurait rendre raison? S’il en était autrement, pourquoi tout remède excitant ne serait -il pas egalement antispasmodique? L’opium n’a-t-il pas une action calmante, directe et spécifique , qui est
distincte de sa propriété irritante ? Celle-ci est-elle suffisante pour expliquer la première ?
5.o Enfin , d’après la doctrine de Brown , les mouvemens et les autres actes de la vie sont toujours provoqués par une irritation extérieure. Ce principe dont Bordeu est l'auteur , et que Barthez avait combattu si victorieusement, est contraire au résultat des faits qui démontrent, dans la puissance vitale , une activité qui lui est propre , et indépendante , dans un grand nombre de déterminations qu’elle prend , de toute cause irritante.
Ce principe a conduit Brown à donner une trop grande influence, dans la production des maladies, aux causes occasionelles , ou a celles qui résultent de l’impression des agens extérieurs , et à déduire la nature des maladies de celle des agens provocateurs. Toute maladie n’est pas plus l’effet d’une cause déterminante externe , que toute action vitale n’est l’effet d’une irritation. Ces deux propositions sont aussi fausses 1 une que 1 autre.
Le corps de l’homme possède en lui-même la cause ou la raison de toute son activité. 11 y a en lui une spontanéité d’actions et de mouvemens , qui est le principe de tous ses actes , et l’origine de ses maladies. Les accès d’épilepsie ne surviennent-ils pas le plus souvent au moment où l’individu s’y attend le moins , et sans qu’il puisse accuser l’influence delà plus légère cause externe? N’observet-on pas la même chose dans le retour des paroxys-
mes des fièvres intermittentes , et souvent dans leurs rechutes? Peut-on établir la coïncidence de l’attaque de goutte qui se manifeste dans le meilleur état apparent dè santé , avec 1 action de quelque impression excitante extérieure ?
On doit reconnaître, d après l’observation du plus grand nombre de faits , la spontanéité de certaines maladies , c’est-à-dire, la production des phénomènes qui les constituent par les seules forces d’une puissance intérieure , et indépendamment de toute incitation venue du dehors.
Il n’est pas douteux que l’étude des causes extérieures ne puisse nous fournir des données précieuses sui la nature des maladies, IVIais l’investigation de ces causes ne peut suffire pour établir ieui diagnostic d une maniéré certaine , et pour arriver à la connaissance de leur véritable caractère, ainsi qu’à la détermination de leurs méthodes de traitement. Les causes occasionelles n’agissent pas d’une manière rigoureuse et absolue; elles ont seulement une action qui est relative à l’état actuel du sujet qui les éprouve ; la disposition de celui-ci modifie singulièrement le résultat des impressions externes (q). La connaissance d une maladie ne peut
(ï) Voyez Piquer , Las Obras de Hippocrates mas selectas „ Torno tercero. p. «y 3. Tan cierto es , que la disposicion que se encuentra en cada sugeto f hace variar sumamente los e/ectos de las cosas , etc.
Nouvelle doctrine Italienne, ou théorie du contre * stimulus»
s’acquérir que par l’examen du résultat de ces causes, résultat qui est variable, c’est-à-dire , parla collection de ses symptômes essentiels et caractéristiques (i).
Le système de Brown régnait exclusivement en Italie, et y exerçait une influence absolue sur la théorie et la pratique de la médecine , lorsque Rasoi i, à la fin du xvni.” siècle , ayant observé les résultats fâcheux de la méthode de traitement excitante , appliquée indistinctement à toutes les maladies , et surtout à l’épidémie de Gênes , se détermina à faire abnégation des principes de ce système , et déserta , le premier , les rangs du Brownisme. Il reconnut les erreurs du maître, mais il ne les abandonna que pour se jeter dans un autre écueil ; il ne fit que retourner le système de Brown , et transposer les maladies d’une classe dans une autre.
Suivant Brown, les maladies par faiblesse, soit directe, soit indirecte , surpassent de beaucoup en nombre les maladies par excès d’excitement. Basori , au contraire , ne vit que des hypersthénies là où le premier ne distinguait que des astlienies. Le nombre des affections hypersthéniques est à peu près à celui des maladies hyposthéniques ,
(i) Ex ter nam causant ad morbl quidem cogrutionem neceslariam , sed tamen nullam ex ipsa indicaüonem curationis pneberi. Galen. Meihod. med. lib . IV. cap , 111,
comme 97 est à 3 ; ce qui est l’inverse de la proportion fixée par Brown , qui voulait que les maladies asthéniques fussent 97 , et les sthéniques 3 (1).
Partant de ce principe , Rasori a considéré les médicamens qui lui ont paru agir utilement dans les maladies hypersthéniques , comme devant avoir la propriété de diminuer directement l’excitabilité inhérente à la fibre , et d’affaiblir le stimulus qui la met en jeu , d’où sont venus les noms de contrestimulus et de contre-stimulans.
M. Tommasini, à qui la nouvelle doctrine italienne doit une grande partie de ses progrès , lui a fait subir quelques modifications. Au lieu de rapporter toutes les maladies aux lésions qui intéressent la vitalité des organes, Y excitabilité , ou irritabilité hallèrienne , qui, pour les médecins italiens, est la seule force qui préside aux phénomènes de la vie , le professeur de Bologne reconnaît que chacune de nos parties peut être lésée dans ses propriétés physiques ; en sorte qu’il divise les maladies en deux grandes classes, les maladies instrumentales , et les maladies vitales .
Les luxations , les fractures , les hernies, les blessures , etc. , appartiennent à la première classe.
Les lésions vitales embrassent toutes les maladies de la pathologie interne , non-seulement les
(1) Le mot sthénie exprimant l’état normal des forces , a été remplacé par celui d’hypersthénie.
affections dites nerveuses , mais encore les maladies organiques , ou celles qui proviennent d’un dérangement dans la structure moléculaire des organes.
La classe des maladies vitales se subdivise en maladies avec ou sans diathèse .
Les Anciens entendaient par diathèse la disposition du corps à une maladie. La diathèse est , pour M. Tommasini , une affection profonde et durable du corps vivant , en vertu de laquelle une maladie
survit à la cause qui Ta produite.
L’inflammation est une maladie diathésique ; car , quelle que soit son origine , elle suit nécessairement sa marche , sans que rien puisse l’arrêter ou la faire rétrograder; tandis que l’épilepsie , les convulsions, etc., causées par la présence des vers dans les intestins, etc., sont des maladies nondiathésiques , parce quelles cessent aussitôt que les vers sont expulsés. Si la vie est alteree dans ces dernières, elle l’est superficiellement, soit que la cause morbifique n’ait pas agi d’une manière assez intense ou assez continue , soit que le sujet fût exempt de X opportunité , condition nécessaire à l’action de la plupart des causes morbifiques. C’est sur les effets du traitement, plutôt que sur les symptômes , que l’auteur établit le diagnostic des maladies sans diathèse; le prompt succès des agens thérapeutiques doit faire juger de l’absence de la diathèse.
Les maladies non-diathésiques prennent le nom à' irritatives. L’irritation n’est , dans la doctrine des contre-stimulistes , qu’un phénomène passager , ou un symptôme qui cède aux remèdes dirigés contre les diverses causes qui l’ excitent. C’est ainsi que les désordres fonctionnels idiopathiques ou symptomatiques , causés par l’état saburral des premières voies , par les calculs rénaux , vésicaux , et par d’autres états analogues , sont des maladies irritatives . M. Tommasini n’a considéré ici que la cause qui produit l’irritation, et le traitement qui doit être dirigé contre cette cause.
L’inflammation est , au contraire , une altération profonde de l’organisation ; elle a une existence indépendante des causes qui peuvent l’avoir déterminée ; elle a des symptômes et un traitement qui lui sont propres.
' Les maladies diathésiques , quel que soit leur nombre et quelque variées que puissent être leurs formes , sont rapportées , presque toutes , à deux états opposés de l’excitabilité , son excès ou son défaut. Elles sont hypersthéniques ou hyposthéniques.
Il y a aussi un autre ordre de maladies ; ce sont celles qui participent de la faiblesse oii de la force 7 et qui appartiennent tantôt aux affections par excès f tantôt aux affections par défaut de stimulus.
Dans une espèce d’appendice , le docteur Tommasini rejette, sous le titre de Djnamico - c/u~
miques , les maladies qui dépendent dune altération dans la mixtion chimique des parties ; telles sont le scorbut , les végétations charnues , la formation surabondante de phosphate calcaire, l’acescence des premières voies , etc. ; et sous celui de Dynamico plastiques , les maladies qui sont caractérisées par la tendance à la production continuelle des vers et des insectes , la maladie pédiculaire par exemple.
La classe des hypersthénies est la plus nombreuse ; la plupart des maladies sont hypersthéniques ou inflammatoires ; car ces deux mots sont synonymes dans le système du contre-stimulus. M. Tommasini , après avoir fait la longue énumération des maladies par excès de force , ne désigne pas les maladies par faiblesse. Il se borne à exposer les signes négatifs sur lesquels il se fonde pour les reconnaître. Ces signes sont tirés, i.° de l’absence des symptômes qui peuvent faire soupçonner l’existence de l’inflammation ; 2.0 de la nature des causes , comme la soustraction brusque d’un stimulus nécessaire à l’entretien de la vie , ou l’influence d’agens directement affaiblissans ; et même fait-il observer que, dans tous ces cas, il peut survenir des phénomènes de réaction , en sorte que la maladie passe alors dans la classe des hypersthénies.
N’admettant que deux classes principales de maladies , les contre-stimulistes ne reconnaissent que deux indications et deux genres de moyens propres à les remplir.
Ils distinguent les remèdes par deux actions opposées ; les uns excitent l’irritabilité, ce sont les stimulans ; les autres la dépriment, ce sont les affaiblissans et les con tre-stirn ula n s .
Les maladies par excès de stimulus étant les plus fréquentes, d’après les principes de la nouvelle doctrine italienne , les. moyens affaiblissans et contrestimulans composent presque toute la Matière médicale.
On reconnaît d abord des moyens qui ont une action débilitante indirecte , tels que les émissions sanguines ; et ensuite un très-grand nombre de remèdes auxquels on attribue la propriété d’affaiblir directement et par leur seule impression • ce sont les contre- stimulans. Ceux-ci renferment nonseulement les anti-phlogistiques , les délayans , les mucilagineux, etc. , mais encore les amers, les astringens , les émétiques , les purgatifs , les diurétiques , les emménagogues , tous les narcotiques ( 1 opium excepté ) , le plomb , le fer , le mercure et leurs préparations diverses (r).
En considérant les émétiques , les purgatifs et les autres évacuans , comme des contre-stimulans ,
(i) Prolusione aile lezioni di Clinica medica nelle P. Uni -
versita di Bologna , del prof essore Tommasinù
Il comprend , parmi les contre-stimulans , la plupart des
moyens que la Thérapeutique puise dans le règne minéral, da
quel regno onde non esce quasi sostanza stimulante .
les sectateurs de la tîieorie italienne n ont aucun égard aux évacuations cjui suivent leur administration. Ils assurent que tous ces moyens dépriment les forces par la seule impression qu’ils exercent sur les organes, à la manière de l’eau de gomme , des boissons mucilagineuses , etc. etc. Leur propriété contre-stimulante est pour eux , si indépendante des évacuations qu’ils peuvent produire , que loin de chercher à les faciliter 7 ils s’appliquent à les prévenir.
Toute substance qui réussit ou semble réussir dans les affections hypersthéniques est donc un contre- stimulant.
Si l’on considère que les médecins de cette secte, ‘bien que se dirigeant d’après les memes principes f n’ont pas ,tous, employé les memes moyens, et qui! a subi qu’ils aient obtenu des résultats analogues pour les engager à réunir les médicamens qui leur paraissaient agir d’une manière identique , on ne sera pas surpris de l’étendue excessive de la classe des contre-stimulans. Elle contient , en effet , des substances médicamenteuses prises dans les trois règnes, qui, par leur action bien constatée , nont aucune espèce d’analogie.
Il s’en faut bien que la classe des stimulans soit aussi nombreuse. Les substances auxquelles on accorde la propriété de relever les forces , sont l’opium , le camphre, le vin, 1 alcool, le musc, l’ammoniaque , l’éther, l’acide carbonique , le calo-
riqae , l’électricité , le phosphore et les substances aromatiques. On n’est pas encore d’accord sur la propriété contre-stimulante ou stimulante du quinquina. Les stimulans sont aux maladies de contre* stimulus , ce que les contre-stimulans sont aux maladies de stimulus. Les uns et les autres sont employés comme une espèce de pierre de touche, pour reconnaître le caractère ,1a nature, et jusqu’au degré d’intensité des maladies. Toute affection qui guérit sous l’influence des stimulans , est déclarée asthénique , quels que soient d’ailleurs ses symptômes. La faiblesse est d’autant plus grande, que le malade supporte une plus haute dose de ces moyens. Il en est de même pour les contre-stimulans. La tolérance des agens thérapeutiques, pris dans l’une et dans l’autre classe, est une espèce de thermomètre d’après lequel on juge du degré d’intensité des maladies , beaucoup mieux que par l’observation des symptômes.
Ce en questci tolleranza piu assai che ne sintomi un termometro délia diatesi.
( Tommasini. Dell infiammazione et délia febre continua . )
Les contre-stimuslites admettent des spécifiques d’organes. Les remèdes ont des affinités spéciales
avec certaines parties de notre corps , dans les maladies desquelles ils jouissent d’une propriété directe et particulière.
Le tartrate antimonié de potasse est le spécifique
du poumon et de son inflammation ; le nitre celui des reins et du diabètes ; la gomme-gutte celui du gros intestin et de la dysenterie , etc.
Les doses auxquelles les contre-stimulistes administrent les substances médicamenteuses les plus énergiques , sont telles qu’il semble impossible aux malades de les supporter. Le docteur Borda ne craint pas de faire prendre , en vingt-quatre heures , mi gros de tartre émétique , dans les péripneumomes les plus intenses , etc. ( i ).
Les médecins contre-stimulistes s’attachent moins à raisonner sur les maladies , pour en rechercher les remèdes , qu’à déterminer l’action des remèdes , pour reconnaître le caractère des maladies. Pour
(i) Consultez, sur la Doctrine italienne, Rasori. Storia délia Febre petechiale di Genova , anni 1799* ï^oo.
Dell' azione délia digitale nel systerna vivente ; delV uso délia gomma gotta ne’ flussi intestinali e del nitro nel diabeie ; delle péripneumonie inflammatorie e del curare principalmente col tartaro stibiato.
Tommasini. Ricerche patologiche sulla Febre di Livorna e sulla Febre gialla Americana , i8o5.
Délia nuova Dottrina medica Itahana 1816 - 1817.
Saggio suie Injiammazionne e sulla Febre continua.
Histoire de quelques doctrines médicales , etc. , par M. Foderà.
Exposition de la doctrine de Jacques Tommasini , etc. ; par J.-P. Bousquet. Revue médicale , tom. 7 , 8 et 9.
Exposition sommaire de la nouvelle Doctrine médicale italienne ; par J. Coster.
distinguer la diathèse hypersthénique ou hyposthénique des affections morbides, ils mettent toute leur confiance dans les effets seuls des médicamens^ dont le succès ou l’insuccès leur fait juger de la nature des maladies; c’est ainsi qu’au lieu de dire, diathèse sthénique, ou diathèse asthénique, ils veulent qu’on dise, état maladif curable par les contre-stimulus , et état maladif curable par les stimulus .
Non vuolsi desumere la diatesi dai sintomi d una malattia , o délia debollezza , dira cosi , fisiologica del soggetto : vuolsi desumere d ad indole derimedJt che giovano. In vece di chiamar la diatesi stenica , o di stimolo , ed adoposto diatesi astenica , o di controstimolo , chiamate la prima stato morboso eurabile coi contro-stimoli , chiamate la seconda stato curabile cogli stimoli : vedrete quanto sia vero in pratica , che il maggior numéro di malattie e cumhile colmetodo contro-stimolante. ( Tommasini. )
L’étude des maladies par l’examen du résultat des médications est une chose possible , d’après l’axiome , Curationes morbcrum naturam ostendunt Mais , pour arriver à la connaissance de la nature des états morbides par cette voie , il faut s’attacher plutôt à saisir les véritables indications que présentent les maladies , et à bien déterminer les effets réels des remèdes , qu’à faire triompher des idées théoriques que l’on a préconçues.
Lorsque nous n’avons pu arriver à la connais-
( Cy2 J
sauce de la nature d’une maladie, par inobservation et l’analyse de ses principaux symptômes, comparés avec toutes les circonstances qui Font précédée et qui l’accompagnent, il nous reste un autre moyen d’investigation. Ce moyen , qui est connu dans les écoles sous le titre , a juvantihus et lœdentibus , consiste à faire des essais plus ou moins réitérés de remèdes d une vertu diverse et même opposée. On observe leur action , et d après les résultats avantageux ou nuisibles de celle - ci , on parvient à découvrir l’espèce et le caractère de l’affection morbide que l’on recherche. C’est par des épreuves successives de toniques , d’émolliens , d’émissions sanguines, d’évacuans, etc., et par les inductions que l’on tire des effets de leur application , que la nature de la maladie peut nous être dévoilée.
Ce n’est ici qu’un moyen indirect d’investigation , qu’on ne doit employer qu’au défaut des lumières qui nous sont données directement par 1 examen analytique des phénomènes de la maladie et de ses causes , et dont il importe d’user avec d’autant plus de circonspection , que ce genre d’essais n’est pas toujours sans inconvénient pour le malade. On ne saurait donc , à l’exemple des contre - stimulistes ? négliger la considération des symptômes pour se borner à l’étude des effets des remèdes , et pour déduire de ces derniers seuls nos connaissances pathologiques.
Quelque singulière que puisse paraître la théorie
du contre-stimulus, il est posssible de .se rendre raison du succès qu’on obtient de Fusage d’asnens thérapeutiques si différens dans leur action et classés d’une manière arbitraire , au nombre des contrestimulans , si Ton considère, i.° l’espèce de perturbation, que l’administration de fortes doses de substances médicamenteuses très-énergiques, est capable de produire dans toute l’économie, et qui devient utile en changeant l’ordre et la nature des affections morbides ; 2.0 Faction révulsive ou dérivative que des moyens irritans , portés sur une partie , y déterminent , et qui peut décomposer un état de fluxion qui se trouvera un des élémens principaux de la maladie; 3.° enfin , la métabole plus ou moins heureuse que le remède contre - stimulant opère dans le siège et dans la nature de l’affection morbide.
Les contre-stimulistes admettent des spécifiques d’organes , et des spécifiques de maladies ; mais ils ont beaucoup trop augmenté le nombre de ces remèdes , en accordant la spécificité à des substances dans lesquelles l’expérience clinique ne Fa pas encore démontrée par une série suffisante d’observations bien constatées.
Est-on fondé à assurer que le tartrate antimonîé de potasse soit le spécifique du poumon et de son inflammation, le nitre celui des reins et du diabètes, la gomme - gutte celui du gros intestin et de la dysenterie , etc. , etc. ?
Il faudrait , pour établir une pareille proposition ,
que ces remèdes et une infinité d’autres que Fou classe parmi les spécifiques d’organes et de maladies , eussent , en faveur de leur spécificité d’action , une somme de faits telle qu’on pût les regarder comme guérissant souvent , et plus souvent les états morbides contre lesquels on les dirige , que tout autre remède; et qu’il fut impossible d’expliquer leur vertu par des propriétés générales ou par des analogies physiologiques.
Le titre de spécifique est acquis au quinquina f au mercure et autres moyens de ce genre , par le nombre et par la certitude des guérisons qu’ils ont produites.
On doit reconnaître, sans doute, deux ordres de spécifiques , des spécifiques d’organes et des spécifiques d’affections ou d’états morbides.
i.° Il est bien prouvé qu’il existe des substances médicamenteuses qui portent leur impression plutôt sur une partie que sur une autre ; ces substances , quelque mode qu’on ait adopté dans leur exhibition^ semblent choisir parmi tous les organes celui qui leur convient , et sur lequel elles ont une action spéciale. Le tartrate antimonié de potasse dirige ses effets sur l’estomac , et occasionne le vomissement ; les cantharides agissent sur l’appareil genitourinaire ; l’opium sur le système nerveux , de quelque manière qu’ils aient été administrés. Ces moyens ne sont pas les seuls qui jouissent d’une faculté élective sur certains organes.
a.0 Quoi qu’en disent certains systématiques, 01} ne saurait nier qu’il n’existe des spécifiques d’affections ou des indications qui ne peuvent être remplies que par des moyens spécifiques.
Le caractère de la spécificité est de guérir beaucoup plus fréquemment un état morbide donné , contre lequel elle a une manière d’agir que l’expérience seule a démontrée , et qu’on ne peut rapporter à des propriétés générales bien connues.
Une condition indispensable à l’efficacité d’un remède spécifique, est que l’état morbide contre lequel il est approprié , soit dégagé de toute complication.
C’est ainsi que l’état périodique simple , la fièvre intermittente, qui n’est entretenue que par cet état, présente une indication qui trouve son remède spécifique dans le quinquina. Mais si la fièvre n’est pas simple, si elle est compliquée d’unè inflammation , d’un état bilieux , d’un éréthisme nerveux , de quelque embarras d’un des viscères abdominaux, l’écorce du Pérou , qui n’a aucune action contre ces sortes de complications , loin d’enlever la fièvre , ajoutera à son intensité.
Ce sont ces complications diverses qui restreignent singulièrement le nombre des spécifiques , en s’opposant souvent à leurs bons effets , et qui nous permettent d’établir , que s’il y a des spécifiques dé affections , il n’y a point de spécifiques de maladies . Celles-ci ne sont pas toujours réduites à
une simplicité telle quelles ne présentent qu une seule indication , et l’état morbide qui les entretient n’est pas, dans toutes les circonstances, une affection spéciale qui ne puisse céder qu’à des moyens spécifiques.
C’est d’après ces principes , qu’on doit juger de la prétendue vertu spécifique, dont les contre-s timu- Üstes ont été si prodigues à l’égard d’un grand nombre de substances médicamenteuses.
Il faudrait, pour assurer que le tartrate antimonié de potasse, par exemple , est le spécifique du poumon et de son inflammation ,
i.° Qu’une longue suite d’expériences eût prouvé que cette préparation antimoniale a guéri plus fréquemment et plus sûrement ce genre de maladie , que tout autre agent thérapeutique;
2.0 Que la péripneumonie fût une maladie simple,, et un état morbide toujours identique et sans complication , état cpie le tartre émétique détruisît d’une manière directe , sans qu’on pût expliquer, dans aucun cas , son mode d’action , par des propriétés générales connues.
Mais on n’a pas encore , en faveur de la spécificité de ce moyen , une somme d’observations qui la constatent dans le traitement de l’inflammation du poumon. La péripneumonie n’est pas une maladie simple ; elle est , au contraire , une maladie; composée de la douleur , de la fluxion et de la pblogose ; c’est d’après la prédominance de l’une
ou de F autre de ces affections élémentaires , que la Thérapeutique de cette inflammation doit être dirigée. Enfin , l’inflammation du poumon n’est pas toujours une affection de la même nature et dégagée de toute complication. Il y a des péri pneumonies inflammatoires, catarrhales, bilieuses; il yen a de malignes , etc. Le tartre stibie ne pourrait donc être regardé comme le spécifique de l’inflammation du poumon , qu autant qu il aurait la vertu do combattre et de décomposer directement , nonseulement , les affections élémentaires qui concourent à la formation de cette maladie , mais encore ceile d eti e approprie aux complications diverses., qui lui impriment un caractère essentiel distinct
En autre \ ice radical de la nouvelle doctrine italienne , est de supposer que le corps vivant n’est susceptible que de deux modifications morbides opposées , de n’admettre , parmi les médicamens , que des stimulans et des débilitans , et enfin de donner a l’état inflammatoire une influence excessive et exclusive dans la formation des maladies.
Nous a\ on s déjà montre ia fausseté des deux premières propositions ; nous verrons bientôt que toutes les maladies ne peuvent être ramenées à l’inflammation , comme a leur cause la plus générale , et que l’inflammation elle-même n’est pas toujours une maladie identique * et n’indiquant qu’une seule espèce de moyens.
Doctrine
physiologique
L’auteur de la doctrine physiologique a pris * pour base de son système , l’altération pathologique des tissus et de leurs propriétés vitales , en partant de la considération physiologique de ces tissus et de ces propriétés, que l’on ramène à une seule, la faculté qu’a le corps vivant d’être excité ou irrité. Suivant M. le docteur Broussais , l’examen des parties et des organes du corps de l’homme, dans 1 état de santé , est le terme de comparaison qui doit nous . diriger pour déterminer jusqu’à quel point , dans l’état de maladie, ces mêmes parties ou organes ont été dénaturés , ou modifiés dans les conditions de leur structure normale, et avec elles dans les propriétés vitales qui en dépendent.
Les lésions pathologiques des divers tissus , sont caractérisées par l’augmentation ou par la diminution des phénomènes vitaux. Le premier de ces états est une sub-irritation ou irritation morbide,
le second une ab-irritation .
Le phénomène auquel M. Broussais donne la plus grande importance dans les maladies, est X irritation; c’est sur l’irritation qu’il a établi la théorie de presque toutes les maladies. L’irritation est la cause la plus fréquente de l’état morbide ; elle constitue l’essence des fièvres, des inflammations , des hémorrhagies, de toutes les névroses actives, du plus grand nombre des lésions organiques , etc.
L’ab-irritation entretient les stagnations d’humeurs, d’où naissent quelques espèces de cachexie
séreuse, etc. La diminution d’action du système nerveux occasionne les paralysies ou névroses passives , etc.
Toutes les maladies ^ont locales , il n’existe aucune fièvre essentielle ; c’est l’irritation qui entretient toutes les maladies fébriles , elle a son siège dans la membrane muqueuse gastro- intestinale. Les fièvres , de quelque nature qu’elles soient quelque forme qu’elles revêtent , sont toutes , sans distinction , des affections locales , et des irritations de la membrane muqueuse qui tapisse l’intérieur de l’estomac et de l’intestin grêle. Les symptômes qui se présentent aux diverses époques des fièvres, soit du côté de la tête , soit du côté de la poitrine, etc., ne sont que des effets sympathiques de la gastro-enterite simple ou compliquée , à laquelle les fièvres essentielles des auteurs se rapportent. Toutes les fièvres prescrivent , à quelque période quelles soient parvenues , une seule méthode de traitement , la diète absolue , l’eau gommée et l’application d’un nombre indéterminé de sangsues , sur le pourtour de la cavité abdominale. L’autopsie cadavérique vient à l’appui de cette théorie , et manifeste toujours, suivant M. Broussais, J’engorge» ment des vaisseaux capillaires sanguins, qui se distribuent à la surface de la membrane muqueuse gastro-intestinale.
Les maladies étant ramenées à deux altérations principales des tissus et des forces , l’excès de vigueur
et la faiblesse, X irritation et Xab-irritation ; il ne peut y avoir que deux manières de les traiter , la méthode affaiblissante ou ant<-phlogistique , et la méthode excitante. Les émissions sanguines au moyen des sangsues, les émolliens , les boissons légèrement acidulées , l’eau gommée , le sirop de gomme , et quelques autres substances analogues composent le traitement de l’irritation. Les émétiques , les purgatifs , les diaphoniques , les toniques , les rubéfians , etc. , entrent dans la classe des stimu-
lans , dont la méthode excitante se sert pour coinbattre l’ab-irritation et pour relever les forces. Ces derniers moyens sont aussi employés dans quelques cas contre l’irritation , à titre de révulsifs.
Les remèdes excitans sont prescrits à la dose
la plus petite possible , dans la crainte d’irriter l’estomac; et lorsqu’on les administre , on prend les plus grandes précautions pour s’assurer qu’il n’existe aucune irritation gastrique. On est prodigue , au contraire, des remèdes antiphlogistiques. Le nombre des sangsues à appliquer est infini, les malade s sont inondés de boissons émollientes , etc.
La doctrine de M. Broussais présente les memes vices que nous avons remarqués dans les hypothèses, par lesquelles on a classé tous les faits qui sont relatifs à l’état malade et aux méthodes de
traitement , dans une dichotomie dont les limites sont trop resserrées pour embrasser l’ensemble de ces faits et leurs combinaisons diverses. Cette doc-
( ll )
trine reste donc soumise aux mêmes objections que nous avons déjà opposées à ces divisions dichotomiques.
Nous ajouterons seulement quelques réflexions sur les circonstances auxquelles M. Broussais donné une si grande importance , qu’il en déduit toutes les idées fondamentales de son système. Ces circonstances sont :
i.° La nécessité d’éclairer la pathologie par la physiologie , et de puiser dans celle-ci les principes de toutes les explications pathologiques;