C 1IO
tion de la cause supérieure qui constitue l’unité physiologique de l’animal : elles nous font voir encore que lorsque ces mouve* mens s’opèrent à la suite d’une impression reçue , ils doivent être conçus comme occasionnés par une sorte de perception organique de l’impression , et conséquemment par une espèce de sensibilité locale qui suit jusqu’à un certain point , les lois de la sensibilité de conscience.
Les maladies multipliées qui altèrent le tissu des solides , et qui modifient les humeurs de tant de manières différentes , celles qui donnent lieu à des végétations et à des excroissances ; nous avertissent de ne pas trop restreindre les facultés vitales ; et de ne pas prétendre tout rapporter à la contractilité et à la sensibilité.
3.° Si la théorie des fonctions mécaniques a besoin de quelque éclaircissement , c’est dans la pathologie chirurgicale qu’il faut le chercher. Les viciations de forme et les mutilations altèrent ou annulent les phénomènes de cet ordre , et l’obsèrvation de ces effets est d’autant plus profitable que les défectuosités et les vices sont étudiés dans le même système où l’on a vu la constitution naturelle. Les faits de cette nature
réalisent les suppositions dont Galien use fréquemment pour faire sentir les avantages de la structure de nos organes ; s’il s’est glissé quelque erreur dans cette manière de raisonner , ou si quelque circonstance de l’action organique des parties nous a échappé , quel meilleur moyen de corriger les inexactitudes ou de suppléer au défaut de notre perspicacité , que l’étude des symptômes essentiels des maladies organiques ?
4-° Tout ce que nous possédons de plus certain sur les fonctions hyperorganiques a été puisé sans doute dans la même source. La lésion ou la perte des organes nous en révèle les usages , en exposant à notre observation les dérangemens de l’économie qui sont la suite de ces accidens.
On peut faire ici deux questions : où est la supériorité des connoissances acquises par ce moyen sur celles qu’on acquiert par les vivisections? Ne craignez-vous plus que les effets sympathiques de la lésion d’un organe se confondent avec les effets de la cessation de leurs fonctions ?
Yoici ma réponse. En premier lieu f souvent l’action des parties est si obscure * qu’il est impossible de l’apercevoir , tant
qu’elle s’exerce avec son intensité naturelle ; mais il est des maladies qui l’exaltent au point de la rendre évidente , et la production de ces maladies n’est pas à notre disposition. L’action propre des artères seroit encore un problème, malgré l’ingénieuse expérience de Galien , si dans plusieurs cas d’anévrisme, les pulsations ne se montroient hors de toute proportion avec les battemens du cœur.
En second lieu , il est vrai que les lésions subites ont Tinconvénient que nous avons reproché aux expériences , et ce n’est pas dans ces occasions que paroissent les grands avantages des observations pathologiques.
Mais nous savons que fréquemment dans les maladies locales de longue durée , et sur-tout dans celles qui se forment avec lenteur, les relations sympathiques s’affoiblissent , et les effets de la lésion la plus profonde se réduisent à la cessation ou à la dépravation des usages de la partie , sans aucun mélange de symptômes provenant d’une autre sorte d’influence ; et lorsque l’action sympathique ne s’éteint pas tout à fait , elle cesse du moins d’ètre constante, elle éprouve des redoublemenset des rémissions ou des intermissions complètes , tandis
partout ailleurs. Il ne s’agit plus de déterminer es fonctions hyperorganiques d’une partie , par 1 analogie tirée des fonctions connues de la partie homologue d’un animal, ou d assigner l’utilité d’une telle conformation en observant les effets de Altération de cette structure dans les autres espèces. N avons-nous pas avoué que pour la connoissance des lois dont nous nous occupons maintenant, la considération des formes étoit de nul intérêt , et les raisonnemens a priori impossibles ? N’est ce pas même Ja dessus qu’est fondée la nécessité de cette nouvelle étude ? Quelque ressemblance qu’il y ait entre les organes de l’Homme et ceux de tels animaux , entre son estomac et le leur , son foie et le leur ; si nous convenons une fois qu’il existe un grand intervalle entre e terme de nos connoissances de détail , et les phénomènes généraux que produit la cause de l’unité physiologique dans chaque espece, il est clair que les présomptions d analogie cessent, et que chaque animal doit etre considéré séparément (i).
(I) Ici comme ailleurs les faits tirés de l'histoire des an, maux ou acquis par les expériences , peuvent être considérés seulement comme moyens de conjecture ou de confirmation. Au reste ,.on est autorisé à prendre
Mais la source où l’on puisera les faits les plus féconds en vérités utiles , c’est encore l’bîstoire de l'Homme malade. Soit que dans une maladie, on considère les aberrations des phénomènes vitaux , soit qu’on y suive la combinaison des actes qui tendent à. ramener l’état naturel , tout nous éclaire sur les lois de l’économie.
Les preuves de cette vérité sont si norn^ breuses , qu’on ne sait se déterminer à choisir des exemples.
La dépendance où la cause générale de l’unité physiologique tient toutes les parties du corps , est rendue évidente par la métaptose successive d’une même affection dans des organes bien différemment constitués. Le rhumatisme , la goutte , le cancer , les affections spasmodiques , fournissent souvent l’occasion d’observer des faits de cette nature.
par-tout les faits les plus conclnans contre les assertions absolues qui intéressent toutes les sciences physiologiques. Quand on a dit , par exemple , que la sensibilité étoit la propriété^ du tissu nerveux , à l’exclusion de tous les autres ; il a été permis de répondre que les zoophytes qui n’ont point de nerfs , ont un sens très-delicat qui les avertit de la présence de leur proie et les détermine aux mouvemens nécessaires pour la saisir.
La faculté que possède le système entier de conserver l’aptitude à produire certains actes dans des temps déterminés, sans que cette aptitude paroisse tenir à aucune circonstance de l’organisation , ni avoir aucun siège particulier; cette faculté , dis je , est sur-tout rendue évidente par des faits pathologiques. Nous citerons pour exemple la disposition à exéuter les accès d’une maladie périodique, après des intervalles d’un calme parfait, et sans la coopération d’aucune cause extérieure à l’agent qui opère; et la coexistence de p1 usieurs dispositions semblables, comme de deux ou trois fièvres intermittentes simultanées, qui entrelacent leurs paroxysmes, opèrent sur les memes organes , chacune en leur temps et avec leurs symptômes propres, sans se confondre , même sans s’embarrasser.
Les efforts médicateurs éclairent la doctrine des synergies, et montrent qu indépendamment des rapports naturels qui existent entre plusieurs organes , et desquéis semble dériver la simultanéité de leur action dans l’état naturel , il s’en établit de semblables entre d’autres organes au moment où le concours de leur action peut être néces-
saire.
La relation entre les besoins et les appétits devient plus évidente , quand les besoins deviennent extraordinaires f et les appétits bizarres. Mais on peut se convaincre aussi que ce rapport n’a rien de nécessaire, et que les appétits ne sont pas l’effet d’une attraction , quand on les voit devenir
bizarres et leur satisfaction être suivie d’inconvéniens.
Si les pressentimens et les suggestions médicatrices de l’instinct nous apprennent le rapport étroit qui existe entre le corps et lEtre pensant, les maladies où ce rapport s’est relâché nous font bien distinguer le moi moral du moi physiologique : telles sont ces fièvres malignes où le" trouble de toutes les fonctions , l’agitation générale , l’altération sinistre de la physionomie annoncent: une destruction prochaine , tandis que le malade n’a plus conscience de ce qui se passe dans son corps , et rend le
.P . P ssurant de ses sensations.
Finissons de crainte d’être entraînés trop loin. Je ne veux plus que faire mention d une objection , pour qu’on ne m’accuse pas de l’avoir dissimulée.
la physiologie doit être la base de la médecine^pratique , comment les faits tirés
de cette dernière pourront-ils servir euxmêmes de fondement aux dogmes physiologiques ?
Cette difficulté s’évanouit dès qu’on songe que la science de l’économie aui~ male de l’Homme est une ; que pour l’étudier, il faut choisir dans les faits qui la composent ceux dont il est plus facile de tirer des principes ; que la collection de ces principes sert ensuite à expliquer ou du moins à classer tous les autres phénomènes dont l’analyse immédiate eût été trop difficile et souvent impossible. Or c’est 4a for* mation de ces dogmes qui est le but de la Physiologie ( i).
Yoilà dans quel esprit cette science doit être étudiée. Perfectionner l’histoire des faits; assigner ceux qui résultent évidemment de l’organisation , et les rapporter aux lois phy-
(i) Roger Cotes a très-bien exprimé cette manière de procéder, quand il a dit en parlant de ceux qui s’attachent à la philosophie expérimentale .♦ Duplici metkoclo incedimt , Analyticà et Syntheticâ , Naturæ vires legesque virium simpliciores ex SELECT1S quibusdarn phœnonienis per Analysin de Aucun t , ex quîbus deinde per Synthesin reliquorwn constitua tionem tradunt , P r ce fat. in Newtoni Philosoph, riat. Princ. Mathem .
sîques en vertu desquelles ils s’opèrent ; choisir parmi les phénomènes hyperorgani* ques les faits les plus simples , 'dans lesquels tous les autres sans exception puissent aisément se résoudre ; indiquer tous les lieux où ils se passent; déterminer les eondi lions ana** tomiqueset autres, plus ou moins nécessaires à leur exécution , et les lois qu’ils suivent , soit quand ils restent simples , soit quand ils se combinent ; expliquer les faits les uns par les autres, et tant dans le choix des phéno* mènes simples que dans la détermination des conditions et des lois, ne recourir à ceux que présentent les autres Êtres vivans,que comme à des moyens de conjecture ou de confirmation : telle est la marche qu’il faut suivre pour donner à la Physiologie médi* cale toute la certitude dont elle est susceptible.
Si je me suis appesanti sur les instrumens d’investigation, c’est que je désirois de vous convaincre que la Physiologie humaine , privée des secours de la pathologie , est trop incomplète et trop surchargée d’opinions hasardées , pour être d’une utilité réelle; et que les vrais législateurs dans cette science sont , non pas ceux qui ont ouvert le plus d’animaux vivans ou
morts ; mais ceux qui doués d’un esprit philosophique (f), et pourvus des connois^ sances anatômiques les plus exactes, pos* sèdent le mieux cette immensité de faits dont se compose l’histoire de l’Homme saiù et malade.
J’aurois été mal entendu si Ton croyoit que je condamne les moyens de recherche dont il me semble qu’il faut limiter l’usage. Loin de moi le projet de vous détoùrner de l’anatomie comparée et des vivisections: quand je n’y aurois pas reconnu hautement une utilité directe , je vous conseillerois encore de leur consacrer des raomens, comme au divertissement le plus analogue à vos devoirs , çt Je moins capable de vous éloigner des dispositions habituelles où votre esprit doit se maintenir ; le plus propre , en un mot* à vous délasser sans vous désoccuper. Ces exercices seroient au moins pour
(i) Je trouve que M. Exige! s’est bien mal exprimé quand il a dit de Haller, qu 'ilètoit plus grand physiologiste que philosophe ( Idées sur le Geste et l’Action théât. , lettre 18 j. On n’est pas physiologistes pour savoir beaucoup de faits sur l'économie animale , et un ne peut contester à un Auteur l’esprit philosophique sans attaquer son mérite physiologique.
vous ce que la chasse est pour le guerrier.
Mais j’ai voulu que dans l’âge et dans les circonstances où votre esprit doit déférer à l’autorité , vous sussiez qui sont les hommes dont il est plus sûr de suivre le sentiment; j’ai voulu que les études sévères, et sous quelques rapports rebutantes , qui absorberont dans la suite presque tous vos momens, ne vous fissent pas envier le bonheur de ceux qui se livrent à des travaux plus attrayants, et que vous fussiez persuadés qu’il dépend de vous d’arriver plus sûrement au même but , sans quitter la voie où vous marchez ; j’ai voulu enfin que lorsqu’il vous sera permis de vous tracer un plan de recherches , les divers instrumens dont vous emprunterez les secours fussent classés dans votre estime selon leurs services, que les services fussént appréciés sur vos intérêts, et vos intérêts calculés d’après votre destination. Ici comme dans d’autres sciences , certaines questions se résolvent par plusieurs méthodes qui diffèrent entre elles en élégance et en certitude, Malheureusement la plus agréable n’ëst pas toujours la plus sûre. Or s’il est permis à l’amateur , pour qui la Physiolo gie est une science de pur agrément , de
donner îa préférence à des moyens de recherche qui multiplient ses plaisirs , mais qui souvent, au lieu de découvrir îa vérité, ne lui en montrent que l’apparence ; il ne 1 est pas a celui pour qui cette science sert de base a un art , et à l’art le plus redoutable comme le plus salutaire*
De telles maximes, je le sais, sont si contraires à l’esprit du siècle , elles écartent tellement des voies qui mènent à une prompte renommee , qu’il faut bien de la force pour les suivre. Mais vous devez savoir a votre tour que la vérité veut des sacrifices, et qu’elle est une divinité jalouse dont le temple est fermé à celai qui n’a pas eu le courage de renier toutes les idoles.
fin.
a Montpellier,
De l’Imprimerie de Jean - Germain TOURNE L , place de la Préfecture, n.o 216. i8i3.
que les défectuosités de la fonction demeurent toujours les memes ou gardent un rapport exact avec l’altération de l’organe.
5.» Qu’est-il besoin de parler de l’histoire des sympathies ? Toutes celles que ne démontre pas l’observation journalière de 1 Homme sain , ne nous sont connues que par les travaux des praticiens. Tous les effets éloignés d une affection locale ne se découvrent qu’à ceux qui peuvent étudier ces phénomènes chez un grand nombre d’individus diversement disposés , à la suite d’affections très - différentes , pendant un temps assez long pour que les circonstances fortuites puissent réveiller l’activité des relations intimes; qu’à ceux enfin que leurs connoissances pathologiques mettent en état de distinguer dans une maladie compliquée , les phénomènes sympathiques de tout ce qui les embarrasse.
XVI. Quand on connoît , sur les fonctions privées et sur les usages des organes , tout ce qu il a été possible de découvrir, on est encore loin de posséder toutes les lois de l’économie animale. Celles qui restent à étudier sont même pour vous d’une importance supérieure à celles dont nous nous^ sommes entretenus jusqu’ici.
Tout comme avec les matériaux d’un organe composé quelconque, vous n’oseriez vous promettre de le former , par la pensée , tel qu’il dut exécuter toutes les fonctions , et éprouver toutes les affections que vous y observez ; de même , avec tous les organes que vous avez examinés en détail, votre imagination ne parviendroit jamais à composer l’Homme tel qu’il est. Voyez , par exemple , si les faits généraux que je vais citer peuvent se déduire des connoissances acquises sur chaque partie.
Indépendamment des forces vitales qui résident dans chaque partie et qui sont indispensables à sa vie , il y a dans le corps un surcroît d’énergie , qui peut se distribuer egalement , ou s’accumuler dans un endroit et y produire une augmentation d’action et d’autres phénomènes insolites , ou passer successivement d’une partie à l’autre.-*
Quand par une distribution inégale de c:s forces disponibles , il est survenu dans un point du corps une augmentation d’action , ou qu’il s’est établi un état insolite de spasme , de fluxion , ou d’éréthisme quelconque ; une impression extraordinaire produite sur un point éloigné peut, dans certains cas , détourner une partie de l’énergie
employée à cette action ou à cette affection, et égaliser la répartition des forces.
Plusieurs actes du corps vivant ne peuvent s’exécuter que par le concours d’un grand nombre d’organes , entre lesquels on n’aper" çoit aucun rapport anatomique spécial , et dont les actions sont d’ailleurs indépendantes pour plusieurs autres actes ; on peut citer pour exemple la toux , l’éternuement , l’hémorragie active avec frisson. Quand le moment de l’exécution est arrivé, les organes qui doivent y contribuer entrent en action ou simultanément ou successivement avec une harmonie étonnante , et l’acte s’accomplit.
Il est aussi des affections composées telles que l’inflammation, dont les actes élémentaires ( la douleur , la fluxion , la phlogose , etc. ) ne sont pas unis entre eux par des liens nécessaires. Chaque acte peut exister séparément , et leur coïncidence dans ces affections est l’effet d’une cause analogue à celle qui coordonne l’action de plusieurs organes pour produire une fonction composée.
Rangeons encore ici le sommeil , l’accroissement et le décroissement du corps; les modifications générales introduites par la répétition fréquente de certaines sensations , modifications qui constituent les habitudes ,
les maladies constitutionnelles , qui consistent dans une disposition à produire des symptômes locaux, et dans lesquelles on ne peut pas délivrer une partie sans s’exposer k voir des phénomènes semblables se mamiester dans une autre ; la tendance de certains actes à se reproduire à des intervalles périodiques; l’aptitude à développer des affections , telles que la rage , le cancer , qui subsiste pendant un temps indéfini , sans donner aiicun signe de sa présence , et; qu’on ne peut raisonnablement attribuer à aucune circonstance matérielle imaginable; les effets médicateurs ; mille autres phénomènes, et la mort même considérée dans le cas où elle n’est pas due à la lésion des organes les plus essentiels.
Encore une fois, la Physiologie particulière des organes ne nous donne point les moyens de prévoir ni d’expliquer ces faits, soit que les phénomènes intermédiaires , indispensables pour établir la succession , échappent à nos recherches ; soit que les phénomènes observés dans les organes ne soient pas la cause des autres, mais qu’ils soient tous des effets coexistans d’une cause supérieure : quoi qu’il en soit, on est encore bien éloigné du but , quand on s’est borné
( ïi7 )
à l'étude de la vie propre et des usages des organes.
De là naît U obligation d’examiner l’Homme tout entier et de chercher les lois des actes généraux qu’il exécute , par une méthode semblable à celle qu’on a suivie pour ta Physiologie de chaque partie. L’Homme sera donc un grand organe que vous étudierez selon la marche expérimentale et dont vous rapporterez encore les actes à autant de principes d’action qu’il en faudra pour classer les faits.
XVII. Il est possible que ce nouveau point de vue ne vous paroisse pas aussi riant que le premier ; mais il gagne en importance ce qu’il perd en agrément. Les principaux dogmes de la médecine-pratique dérivent de cette manière de considérer l’objet : c’est assez vous en dire.
On s’étonne que la médecine ait marché d’un pas si rapide chez les anciens , et que ses progrès chez les modernes n’aient pas répondu aux travaux de nos Physiologistes fi).
CiJ Quand je parle de la médecine, il «st question du corps de la science, des grand dogmes qui la constituent. Le perfectionnement d’un grand nombre de moyens curatifs , l’invention de quelques autres * n ont guère été, que le développement ou 1 application de règles anciennement connues.
Je crois qu’on en pourroit trouver la raison dans la direction qu’on a donnée aux études à ces diverses époques.
Les Anciens furent assez heureux pour n’avoir pas la liberté de se livrer aux recherches minutieuses de la Physiologie organique. La religion et les préjugés rendirent les connoissances anatomiques prodigieusement difficiles à acquérir : or le goût pour les expériences ne vient que par l’anatomie. Ils lurent donc obligés de se rabattre sur cette Physiologie de l’Homme entier , et de s’y adonner avec d’autant plus de zèle qu’ils n’espéroient rien d’ailleurs. Aussi connurent-ils la plupart des grandes lois de l’économie animale, comme l’individualité physiologique ; l’effet des habitudes ; les forces médicatrices ; l’antagonisme 3 des diverses parties par rapport ! à la distribution des forces disponibles ; les métaptoses; les rapports sympathiques entre certaines régions du corps ; l’influence des âges, des saisons , des climats sur le système des forces; les variétés de la combinaison de ces forces , qui constituent les tempéramens ; les diathèses ou dispositions morbifiques ; les périodes ou les âges des maladies ; la fermentation vitale des hui
meurs , le départ qui s’opère entre celles dont la présence est utile et celles qui sont des produits dépravés ou nuisibles; et beaucoup d’autres laits généraux qu’on doit considérer comme les plus solides fondemens de la médecine -pratique.
Les modernes au contraire ont cru arriver plus sûrement à la connoissance des lois de l’économie animale par l’examen des organes. Ils se sont donc livrés. aux détails, et ils ont négligé , peut-être dédaigné comme trop empirique cette Physiologie du système total (i). Le perfectionnement de l'anatomie , et l’application aux expériences ont tourné au profit de la pathologie et du traitement des maladies qui consistent dans une aPération anatomique ; mais comme il n’a pas été possible de pousser assez loin l’analyse physiologique pour se mettre en état de rendre raison des grandes lois dont je parlois , et qu il est resté une immense lacune entre ce qu’on
(i) Haller ne semble pas même vouloir lui donner le nom de Physiologie, puisqu’il dit , en parlant de Fernel et de G. Hoffman , si licet sincerum esse de totâ Physiologiâ , t antis viris vix quidquam innotuit. L. c.
âvoît acquis et c® qu il y avoit a expliquer , tous ses travaux n'ont nullement augmenté la certitude des dogmes médicaux (r) , et nous ont toujours laissés dans l’obligation d’étudier directement les faits sur lesquels ces dogmes sont établis.
Il s ensuit delà que l’ordre dans lequel nous avons disposé les matières jusqu’ici n’est pas invariable , et que si l’on vouloit faire précéder la Physiologie organique de celle du système entier , rien ne s’y opposeroit. Peut-etre meme y auroit-il un avantage à prendre ce dernier parti: un grand nombre des phénomènes qui forment l’histoire physiologique de chaque organe , rentreroient dans les lois générales de la synergie, de l’instinct, de l’habitude , etc. En montrant f la chaîne s est trouvée rompue ; il faudroit voir si la continuité s’en conserve en descendant; puisque les lois de la vie locale n ont pas pu nous faire deviner d’avance celles du système entier 9 il conviendrait d’examiner si les lois du système entier ne nous donneraient pas une intelligence plus complète de celles des phénomènes
(i) Fontenelle a ingénieusement présenté cette vérité, dans le dialogue entre Erasistrate et Harvér
locaux ; ou si ces derniers ne proviendroient pas d’une même cause qui suit la même marche dans l’exécution de tous ses actes.
XVIII. Le plus important des résultats qu on obtient en considérant l’Homme sous ce point de vue , c’est que tous les phénomènes vitaux sont liés par une cause secrète qui les produit au besoin, qui n’obéit pas nécessairement aux agens extérieurs qui tendent à les faire naître , mais est déterminée par leur impression ; qui les dispose dans un tel ordre pour le faire concourir à certaines fins , et qui les maintient au de gré convenable à l’opération qu’ils doivent actuellement exécuter. C’est cette unité et cette harmonie qui ont de tout temps frappé les Médecins , et pour l’explication desquelles ils ont souvent admis des causes hypothétiques , telles que des êtres d’une nature intermédiaire entre l’ame et le corps, ou l’action immédiate, non réfléchie et non sentie , de l’Être pensant.
L’inutilité et même les dangers des hypothèses ont été trop bien démontrés pour que je puisse vous conseiller de faire grâce à aucune. Celles même dont les résultats se rapprochent le plus de la vérité * pgr cela seul qu’elles sont hypothèses ,
doivent être bannies. Les faits tous nus , sans explication , valent toujours mieux qu’une théorie fictive.
Quant à la liaison qui existe entre les actes vitaux, sa considération est essentielle, et on ne peut se faire de notions justes sur les lois de l’économie animale , si dans l’expression analytique et générale des faits on néglige les termes qui la représentent. Bien plus, la Physiologie du système total et la pathologie cessent alors d’être des sciences.
Puisqu’il faut parler de cette harmonie, il faut un nom pour en désigner la cause. Ce nom doit être tel qu’il fasse allusion aux effets, et qu’il ne préjuge rien sur la nature de la chose nommée : Principe d'unité , Principe d'harmonie , rempliroient cette condition.
Comme il n’est pas facile de distinguer la cause productrice des phénomènes vitaux d’avec la cause qui les met en harmonie , Barthez a tout exprimé par la dénomination de Principe Vital . Ce mot ne signifie donc dans son langage que la cause , quelle quelle soit , de tous les actes vitaux et du rapport mutuel qui les unit . Quand elle seroit elle-même un résultat , un effet , rien
n’cmpêche de lui donner le nom de principe, puisqu’on la considère seulement en tant qu’elle produit.
Malgré le soin avec lequel Barthez a écarté de sa doctrine toute influence de l’imagination ^ malgré l’attention avec lequelle il a évité les traces de Van-Helmont et de Stahl , pour se conformer aux règles de la philosophie Newtonnienne ; on a dit que le principe Vital est une hypothèse. Mais il n*y a certes point d’hypothèse a assurer que le rapport harmonique des actes vitaux a une cause , et à parler de cette cause comme un analyste parle d’une inconnue dont il énonce les fonctions qui 1 intéressent. Quoi qu’on en puisse dire , cette manière de raisonner est exactement celle de Newton (i).
(i) J’ose meme avancer que l’expression Principe Vital est plus conforme à l’esprit de Newton que le mot attraction , parce qu’elle a un sens moins déterminé. Celui-ci représente une force qui réside dans le corps vers lequel un autre est forcé de se mouvoir. Or , Newton n’osoit rien affirmer sur la nature de la cause de la gravité ou du mouvement centripète , et le mot en disoit plus qu’il ne vouloit. C'est pour cela, je pense, qu’il s’est expliqué plusieurs fois sur ce qu’il entendoit par le mot attraction , notam-
Ceux qui sont étrangers à notre Art ne voient pas quelle utilité il peut y avoir pour la science à rapporter les phénomènes vitaux à un principe inconnu; ils s’imaginënt que ce n’est qu’un moyen d’éluder la recherche des causes , et de masquer l’ignorance. Mais à peine serez vous initiés dans la médecine que cette objection s’évanouira complètement à vos yeux.
Supposons que vous ayez à exprimer médicalement ce qu’est la goutte. Si vous vous permettez des hypothèses , c’est de la peine perdue ; personne n’est obligé de vous écouter. Si vous vous contentez de faire des descriptions décousues des symptômes
ment dans le 3.e livre de l’Optique , quœst. 3i , où il dit .* Quam ego attractionem appello , fieri sanè pot est ut ea efficiatiir impulsu , vel alio aliquo modo nobis ignoto. Hanc vocem attractionis ita hic accipi velitn , ut in universum solummodb vim aliquam significare intellegitur , quâ corpora ad se mutub tendant ; cuicumque demùrn attribuenda sit ilia vis. Je ne crois pas , malgré le sentiment de M. Sigorgne % que ces déclarations aient seulement pour but de ne pas rebuter le lecteur préoccupé d’une autre doctrine , mais bien de rendre la science indépendante de l’opinion, qu’on se feroit de la cause d’un phénomène principal , dont il cherchait à déterminer la part dans plusieurs phénomènes composé*.
par lesquels elle se manifeste , vous aurez manqué à la condition ; vous n’en aurez parlé qu’en historien ; vous n’aurez pas montré la liaison des faits, et sans 1 indication de ce rapport , point de Pathologie. Vous ne serez guères plus avancés, si, à l’imitation de quelques sectes , vous vous bornez à classer vaguement la maladie parmi les névroses, les asthénies, les C4: chexies humorales , les phlegmasies, etc. C’est n’envisager l’objet que par un côté, c’est se mettre dans l’alternative de recourir à l’hypothèse , ou de laisser épars des phénomènes qui sont liés dans la nature.
Mais si vous dites que la goutte est une disposition de la cause de la vie et de l’unité , ou comme certains parlent , de la constitution , à produire , ou continuellement ou par intervalles , une altération déterminée dans les humeurs , et une viciation spéciale dans les mouvemens toniques des solides; que cette viciation est réalisée plus particulièrement dans les parties qui sont actuellement infirmes relativement aux autres organes; que l’état vicieux des forces toniques qui constitue l’état goutteux, est accompagné de douleur et partant de fluxion ; que
( ta6 )
s’il coïncide avec le départ des humeurs , il en résulte un mouvement dépuratoire ; que si la disposition subsistant toujours , on empêche l’état goutteux des solides de s’établir dans une partie , le principe d’unité l’établira dans un autre ; que les lieux où il le place d’abord sont ordinairement tels et tels, mais que les habitudes peuvent dans la suite renforcer ou changer les déterminations ; que les infirmités variables des organes peuvent rendre ambulatoires les déterminations du principe d’unité , mais que nous pouvons les diriger jusqu’à un certain point, en sollicitant une autre distribution des forces disponibles , etc. Si vous parlez ainsi, vous traduisez fidèlement tous les faits, mais vous les présentez dans cette dépendance mutuelle où ils sont réellement; en un mot, vous donnez une doctrine sans hypothèses , et vous fournissez une base à l’Art,
N’en croyez donc point ceux qui taxent d’inutilité cette méthode de philosopher , et restez persuadés , encore une fois , que si dans l’expression analytique des faits généraux qui constituent la science de l’Homme, on omet ce qui rappelle la liaison
harmonique des actes vitaux , il est impos* sible de former les dogmes sur lesquels repose la médecine - pratique (i).
XIX. Il nous reste à dire quels sont les moyens par lesquels on peut selever a rétablissement des lois qui constituent la Physiologie du système entier.
Parmi les faits dont se compose la partie de la Physiologie qui s’occupe de l’analyse des forces vitales , de lusage des parties et des sympathies spéciales , presque tous ceux que l’on nomme hyperorganiques peuvent servir de matériaux , parce qu’en les rapprochant les uns des autres , et en les
(i) Une objection faite à la doctrine de Barthez , c’est quelle induit à réaliser une abstraction , c’està-dire à donner une existence substancielle au principe vital. Mais l’opinion que chacun peut se former là-dessus d’après la totalité des phénomènes t ne fait rien à la solidité de [la doctrine. 11 suffit qu’en posant les dogmes fondamentaux , on se soit tenu à la règle et que le nom de la cause n’ait été employé que d’une manière qui ne préjuge rien sur sa nature. Newton laisse bien percer son opinion particulière 5i2p la cause de la gravite j et cette opinion a fait fortune parmi les modernes. Mais si comme il le croyoit possible , on venoit à prouver qu’elle n’est pas l’attraction, y auroit-il pour cela une idée à changer dans les théorèmes qu’il a démontrés ?
contemplant sons de nouvelles faces , on, découvre entre eux des relations, des liens qu on navoit pas d abord aperçu. Ainsi je crois voir dans le système osseux lui même des phénomènes qui rentrent dans la loi de la synergie , mais qu’un examen superficiel a laissés isolés jusqu’ici.
Il n est pas douteux qu’en examinant toutes les circonstances des phénomènes journaliers les plus apparens , on n’y trouve le fondement de plusieurs lois de l’économie qui ont dû échappera ceux qui ont vu l’Homme en naturaliste. Barthez , dont les Êlemens de la science de l'Homme ont spécialement pour objçt la Physiologie du système entier , en a su découvrir plusieurs tres interessan tes dans 1 histoire du sommeil* dans les phénomènes de la chaleur animale , dans les tables de mortalité. L’instinct , les synergies, l’antagonisme des diverses régions , la sympathie des organes , les habitudes , la tendance aux retours périodiques , et? bien d’autres faits généraux de la même importance , peuvent être établis sur des observations aussi communes.
Il est aisé de pressentir que les faits tirés de l’histoire des animaux doivent être employés ici avec encore plus de réserve qu$
SUR
LES AFFECTIONS CATARRHALES
SUR
LES AFFECTIONS CATARRHALES