‹ Des systèmes en médecine, et de leur influence sur le traitement des maladies. Discours servant d'introduction au cours de thérapeutique et de matière médicale, de la Faculté de Médecine de Montpellier, pour l'annee 1827Chapitre 16 sur 18 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

u écrit suivant a pour objet de présenter îe résultat d’une suite d’observations , commencées depuis plus de vingt-cinq ans. Je Fai resserré dans le moins de pages qu’il ma été possible , sachant trop , par ma propre expérience, combien la patience et le temps des lecteurs ont besoin d’être ménagés i j ai seulement tâché d’être clair , ce qui me paraît encore plus indispensable que d’êtrè précis.

Cet écrit ne peut rien apprendre aux maîtres de Fart ; il ne peut intéresser en aucune manière ceux qui cherchent de savantes théories^ il n’est pas fait pour les gens du monde , car la lecture des livres de médecine -pratique leur est toujours nuisible, soit pour eux - mêmes , soit pour les personnes qu’ils se jugent en droit de

droguer à leur fantaisie : il ne convient et ne peut être utile qu’aux jeunes praticiens. J’espère qu’en effet il pourra leur suggérer quelques vues pour le traitement d’un genre de maladie qui se présente chaque jour, et dont en général on néglige beaucoup trop de prévenir les dangereuses suites. Ceux qui se donneront la peine d’observer attentivement la nature , retrouveront sans doute les mêmes choses que j’ai vues ; car elle est uniforme dans sa marche : mais il n’est pas inutile de savoir d’avance ce qu’on doit regarder. Quand je n’aura: s fait que leur épargner des tâtonnemens, je serais suffisamment récompensé d’un faible travail ; et mon but serait rempli.

SUR

LES AFFECTIONS CATARRHALES

Et pai ticuhei ement siiv cgIIgs cjm sont connues sous Igs noms do rhumes de cerveau gî de rhumes de poitrine.

A' on Jingendum , sed inveniendum »

Bac.

Les anciens médecins n’avaient point ignoré quel rôle important les affections catarrhales jouent parmi les maladies dont peut être attaqué le corps humain ; et ils avaient tracé pour leur traitement des plans sages et fondés sur l’observation. Ils s’étaient fait > il est vrai , sur ce* qu’ils appelaient le catarrhe, des vues théoriques , erronées à plusieurs égards ; car il est impossible d’admettre avec eux qu’il a sa source dans le cerveau ; qu’il dépend d’une intempérie à laquelle certaines circonstances rendent ce viscère spécialement sujet ; enfin, qu’il découle

de la cavité du crâne , pour se porter de lâ sur diverses parties du corps plus ou moins éloL gnées de cette source primitive : mais ils avaient observé les causes occasionnelles et déterminantes de cette maladie , ses phénomènes caractéristiques , sa marche , sa terminaison , ses résultats , avec une sagacité et une exactitude qui ne se trouvent guère que dans les tableaux tracés par ces habiles observateurs,

A la renaissance de la médecine en Europe , leurs dogmes furent sans doute adoptés avec trop peu de choix et de critique. Les savantes mais illusoires théories de Galien sur les humeurs , détournèrent trop long-temps les meilleurs esprits , et même les plus grands admirateurs d’Hippocrate , de la véritable méthode hippocratique ; et les écoles , au lieu de s’atta- .cher à l’étude réfléchie du premier de tous les livres, du seul fidèle, de la nature, que .tous les autres doivent avoir seulement pour but de nous apprendre à mieux interroger , s’affermissaient d’autant plus dans leurs préjugés galéniques , qu’un futile appareil d’érudition et de raisonnemens subtils en rendait chaque jour le

SUR LES CATARRHES, etC. 5

ridicule et 3’ absurdité de plus en plus méconnaissables à leurs yeux. Cependant, guidés par des observations très-sures , quoique rapportées a de vaines doctrines, leurs plans de traitement étaient loin d’être aussi fautifs qu’on pourrait l’imaginer ; du moins les vices qu’on peut y reprendre avec raison , sont-ils étrangers à ceux des systèmes qui dominaient alors • et plusieurs de ces mauvais théoriciens furent des prati^» ciens sages et heureux.

L’habitude de fonder les vues dé physiologie et de pratique , moins sur l’observation du corps vivant dans l’état de santé et de maladie , que sur des descriptions anatomiques le plus souvent muettes , comme le cadavre dont on les a tirées , et sur des idées mécaniques toujours séduisantes parce quelles sont faciles à saisir , et souvent dangereuses parce qu’on renonce avec peine à ce qu’on s’imagine voir et toucher distinctement : cette habitude , louable à d’autres égards , a fait rejeter par les modernes une foule de ces observations précieuses faites autrefois , que la prévention les empêche d’apercevoir ou de vouloir reconnaître dans la pra-

tique y mais qui frappent tous les jours des yeux attentifs et libres de préjugés. Bordcti s’en était déjà plaint à l’oecasion du sujet même qui nous occupe ; et il crut pouvoir expliquer , par ses belles découvertes sur le système cellulaire plusieurs faits qu’on avait rejetés comme faux y parce qu’ils étaient inexplicables suivant ces idées étroites 9 où l’on ne sait concevoir et croire possible que ce dont on peut ^ pour ainsi dire y toucher au doigt y les causes et leur liaison avec les effets observés.

Au reste , mon dessein n’est point ici de faire de grands frais d’érudition pour défendre les idées des anciens sur le catarrhe et sur les différentes espèces de pituites ? quoiqu’il ne fût peut-être pas difficile de trouver dans les auteurs les plus exacts ? et quoique j’aie fait moimême un assez grand nombre d observations qui se rattachent bien mieux à ces idées, qu’à celles que la plupart des modernes ont cru devoir leur substituer. Mais je suis fort éloigné , je l’avoue , d’adopter des théories fondées sur quelques notions positives trop incomplètes ,

SUR LES CATARRHES, etc. J

-et tirées de sciences que les meilleurs praticiens n’ont cultivées que d’une manière accessoire, et que le premier de tous , sans aucune comparaison , le grand Hippocrate , ignorait prèsqu’entièrement.

Je ne suis cependant pas moins éloigné d’écarter , avec les empiriques absolus , toute vue théorique de la médecine-pratique : il serait même impossible de reconnaître dans les faits qui se présentent , l’identité ou l’analogie avec d’autres faits antérieurement connus , si l’on n’avait point su lier les derniers par des résultats communs , c’est-à-dire par des principes : mais il vaudrait mieux n’avoir absolument aucune théorie , que d’en adopter une démentie par un certain nombre de faits réguliers, ou du moins de ne pas s’en servir avec assez de réserve pour ne point méconnaître , dans ceux qu’on observe pour la première fois, les différences qui peuvent les distinguer de ceux auxquels on imagine devoir les rapporter. Ce que nous disons ici de la médecine est egalement applicable à toutes les sciences d’observation : quand on s’attache aveuglément à ce

qu’on appelle souvent , avec si peu de raison £ les principes , on ne peut que rouler dans le cercle des erreurs ; et les rapides progrès qu’ont

faits , dans ces derniers temps , plusieurs brandies de la physique , sont uniquement dus à ce que les meilleurs esprits parmi ceux qui les cultivent, soumettent chaque jour à l’expérience tous les principes que l’on a crus , ou que meme on croit encore , les plus certains et les plus démontrés»

Quoique les causes des différentes espèces de flux, et les humeurs qui en forment la matière, soient bien plus différentes que ces espèces elles-mêmes, tous les flux en général sont assujétis à-peu-près aux mêmes lois ; et par conséquent , ils sont liés par une théorie commune, aux yeux de l’observateur attentif. Cette théorie paraît avoir été entrevue par Hippocrate et par quelques autres anciens écrivains de médecine ; mais elle n’a commencé à prendre une forme régulière qu’entre les mains de Stahl , qui en a rassemblé et organisé les dogmes épars , en croyant ne tracer peu t-être ue la seule histoire des flux hémor—

rhagiques : elle est devenue plus classique par les travaux de quelques médecins plus modernes , et notamment de Barthez, qui, dans un bon mémoire sur les fluxions , a eu pour objet de l’apporter à quelques points simples les observalions les plus exactes faites sur cette matière , et dont Fécrit , sans avoir peut-être rempli complètement cet objet, me semble mériter fat*-3 tention particulière des praticiens.

Mais je ne traite point ici des fluxions en général ; leur domaine embrasse une foule de maladies absolument étrangères à celles dont je m’occupe, et celles-ci même, je n’entends les considérer avec quelque détail que sous leurs deux formes les plus simples, auxquelles on a plus particulièrement conservé le nom du genre. D’ailleurs, toute théorie quelconque ne doit avoir , aux yeux du médecin philosophe , d’autre importance que celle d’aider la mémoire en liant les faits connus , et de les représenter rapidement à l’esprit pour diriger les raisonneur eus d’induction que l’analogie suggère à l’aspect de tous les objets nouveaux.

Ainsi donc, sans plus long préliminaire sur

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