IO O B S ER Y A T X O N S
ce sujet , passons à l’histoire des faits qui s V rapportent; car, dans tous les genres, ce sont toujours les faits qui doivent nous servir de guides ; les idées générales théoriques en doivent être une expression abrégée , et les vues de traitement une conséquence directe et nécessaire dans un bon ordre de déduction.
Quelques écrivains modernes ont prétendu que les affections catarrhales étaient devenues plus fréquentes dans les derniers siècles. Thiery (i) sur-tout, dans la prévention , qui du reste ne lui est pas particulière, que l’espèce humaine se détériore physiquement de
plus en plus , par les progrès même de la civilisation , s’est efforcé d’établir que ces affections n’étaient devenues communes que depuis le catarrhe épidémique et malin de i5io, dont Mézerai nous a laissé l’histoire , et que V allé— viola rappelle en parlant de celui de 1077. Il est vrai qu’avant ce rhume de i5io , qui prit le nom de coqueluche 9 parce qu’il s’emparait de la tête , des épaules , du dos , des reins ,
(x) Médecine Expérimental?.
SUR LES CATARRHES, etc. II
et les couvrait comme un long coquelachon , nous n’avons d’histoire régulière et complète d’aucune épidémie catarrhale. Il est également vrai qu’entre i5io et on trouve encore
celle de 1 558 ^ qui fut très-funeste ; puis viennent celle de i58o, que Bockeiins , Suau 9 médecins de Paris , et quelques autres ont décrites avec beaucoup de soin; et celle de 1891^ dont parle Sennert , laquelle parcourut toute l’Allemagne, Enfin y sans nous arrêter aux catarrhes épidémiques du dix-septième siècle 9 nous les voyons se rapprocher en quelque sorte progressivement dans le dix - huitième , depuis celui de 1 7 1 2 , sur lequel C amer arias a fait une dissertation , jusqu’à ceux qui paraissent avoir régné dans presque toute l’Europe pendant les dernières années du même siècle et les premières du dix-neuvième. Je ne nie point ces faits ? iis sont consîans : mais je ne pense pas qu’on* puisse les attribuer aux causes que T hier y leur assigne; et je serais sur-tout bien éloigné d’admettre les conséquences qu’il a cru pouvoir en tirer.
Comment s’étonnerait-on que les anciens ne
nous aient point laissé d’histoires complètes d épidémies catarrhales, quand celles des autres épidémies le sont elles-mêmes si peu , depuis Hippocrate , jusqu’à la renaissance de la médecine en Europe, ou plutôt jusqu’au moment ou 1 imprimerie eut établi des communications promptes et reguheres entre les savans des différens pays ? Encore même les épidémies d Hippocrate n offrent— elles que le tableau des maladies qu i! avait observées dans telle ou telle ville , et tout au plus dans un territoire très-borné. On sait que de son temps les relations de pays à pays étaient peu faciles , que les nouvelles parvenaient difficilement de 1 un à l’autre , et que personne n’était assez au fait de ce qui se passait dans les pays même les plus voisins du sien , pour en tracer un tableau general et fidèle. Les épidémies pestilentielles étaient à-peu-près les seules dont la terreur commune épiât soigneusement la première apparition , fit connaître rapidement au loin les dangers , et suivît avec attention la marche et les progrès. Je ne conclurais donc pas du silence des anciens sur les épidémies
SUR LES CATARRHES, CtC. ï 5*
catarrhales , qu’elles sont une maladie nouvelle; et comme les causes que leur attribue Thiery, continuent d’agir avec une force toujours croissante, je suis d’autant moins porté à partager son opinion, que depuis le catarrhe de i5io, qui était accompagné d’une fièvre maligne trèsfuneste, les épidémies catarrhales subséquentes, jusqu’à celles des années 5 , 4 et 5 du siècle dix-neuvième, paraissent avoir diminué progressivement de danger, et dans une sorte de proportion analogue à celle du rapprochement de leurs époques respectives. Il faut pourtant excepter les catarrhes compliqués d’angines gangreneuses ; car ceux-là sont toujours graves ; et lorsqu’ils deviennent véritablement épidémiques , ils moissonnent un grand nombre de malades, et laissent après eux de longs souvenirs de terreur.
À ce sujet on peut observer que la gravité et le danger du catarrhe sont toujours relatifs à la nature de la fièvre dont il est compliqué : ainsi, les fièvres catarrhales épidémiques ont dû se conduire de la meme manière que les autres épidémies, dont la culture perfectionnée, les
progrès de la civilisation , de la police des villes , et les habitudes de propreté , devenues de jour en jour plus générales , ont diminué successivement y et dune manière si frappante « la violence et les effets.
Mais pour revenir aux anciens , la preuve que les catarrhes n étaient pas moins fréquens de leur temps qu’aujourd’hui , c’est qu’ils les ont observés et décrits avec l’attention la plus minutieuse ; ils ont meme établi entre eux des distinctions qui nous paraissent subtiles; enfin, leurs plans de traitemens, tracés avec tant d’art et de soin , annoncent toute l’importance qu’ils attachaient à ce genre de maladie , et l’habitude où ils étaient de l’observer chaque jour.
Pour peu qu’on soit versé dans leur lecture «
on n ignore pas qu ils se sont particulièrement appliqués à décrire les phénomènes que présentent , et les effets que produisent sur différens organes, les différentes espèces de pituites y qui forment, à proprement parler, la matière des catarrhes. Galien, dans son Traité des lieuse affectés y s’étend avec la complaisance d’un malade guéri, sur celle que Proxagoras avait
SUR LES CATARRHES j CtC.
caractérisée par l'épithète de vitrée , parce quelle offrait l’apparence du verre fondu : il rapporte qu’après l’avoir observée plusieurs fois sur d’autres , il fut attaqué lui-mème toutà-coup d’une violente douleur intestinale qui simulait la colique néphrétique, et que par l’effet d’un lavement d’huile de rhue , il rendit j avec les efforts les plus douloureux, une masse considérable de cette pituite : il ajoute quelle produit toujours au passage un vif sentiment de froid, et que les assistans, s’ils se bâtent d’y porter le doigt à sa sortie, en reçoivent la meme impression ; ce qui ne permet pas de douter que sa température ne soit trèsinférieure à celle du corps humain. Cette pituite est celle qu’un médecin moderne se félicitait d’avoir retrouvée; quoiqu’en effet le véritable réinventeur bit Diderot , auquel cette découverte avait coûté de longues et cruelles souffrances.
Enfin, sans parler des circonstances particulières où les crachats sont salés, acides, sucrés , amers , etc. , circonstances que les anciens ont
(i) Par infusion, sans doute.
lg OBSERVATIONS
reconnues avec beaucoup de sagacité , et de-(i) * * 4 erites avec beaucoup d’exactitude, ils avaient remarqué le caractère contagieux de certains catarrhes (i) ; et cela seul doit porter à penser que les catarrhes épidémiques n étaient pas rares de leur temps. Car quoique les maladies épidémiques qui t iennent a des causes ex te— rieures et générales ne soient pas la meme chose que les maladies contagieuses, qui peuvent quelquefois etre produites par les miasmes émanés d’un seul individu , il est sui que les médecins les ont confondues tres-long-temps j et cette même confusion se trouve encore dans les écrits de quelques auteurs modernes , observateurs , du reste , exacts et attentifs.
On croit assez généralement aujourd’hui que tous les catarrhes sont causés par la répercus-
(i) Us connaissaient le catarrhe adynamîque et gangreneux qui est très-commun dans ce moment ; leur Esculape en était mort avant d’être divinisé : c’est du moins ce qu’on peut raison-
nablement conclure du passage de Suidas. Etre frappé de là foudre et l’être de la gangrène ont été plusieurs fois exprimés par le même mot. Au reste , peut-être , Esculape n’a-t-il jamais réellement existé ; mais la maladie dont on dit qu’il moiv*
j:ut était assurément ponnue ? sur-tout des médecins.
Sun LES CATARRHES, etc. \j
Sion subite de la transpiration, ou par l’action lente de l’humidité, qui dérange cette excrétion nécessaire , en affaiblissant l’action organique de la peau. 13 n y a pas de doute que la transpiration répercutée ne produise plusieurs désordres graves dans l’économie animale : il est également vrai que les rhumes et les fièvres catarrhales se déclarent souvent à la suite d’un passage brusque du chaud au froid, sur-tout quand 1 atmosphère froide se trouve en meme temps chargée de vapeurs humides. Il est enfin constant, d’après l’expérience de tous les siècles, que l’humidité, sur -tout l’humidité jointe au froid, et plus encore celle des pays ou des temps chauds, en dégradant toutes les fonctions digestives et assimilatrices, influent d’une manière directe sur la production des affections catarrhales , aussi bien que de plusieurs autres maladies qu’on ne regarde point comme du même genre. Mais cette cause n’est pas la seule à beaucoup près : les hémorrhoïdes irrégulières, différentes éruptions , les rhumatismes chroniques, etc., peuvent -être remplaces par des flux muqueux , et même par des catarrhes de la
poitrine ou du cerveau : certaines habitudes de faiblesse et de mobilité du système nerveux se trouvent souvent accompagnées d’une disposition catarrhale , quelles entretiennent , et qui , de son côté , contribue à rendre leur guérison plus difficile : enfin , presque toutes les circonstances énervantes rendent les hommes, meme les plus vigoureux , plus sujets à toute espece de rhumes ; et chez les individus plus faibles , elles les produisent quelquefois immédiatement.
Ainsi, j’ai connu et traité une femme agee de quarante ans , chez laquelle une petite dartre répercutée avait produit de violens et fréquens accès de lonte catarrhale. Ces accès commençaient par un gonflement subit de la membrane du nez et de l’arrière-bouche, et par des picotemens aigus aux points lacrymaux «. bientôt après il s’établissait par le nez un écoulement d’une humeur limpide presque corrosive , et par les yeux de larmes brûlantes qui laissaient sur les joues , en les sillonnant , des gerçures d’un rouge vif. Elle fut guérie par l’usage des sucs d’herbes, des savonneux et des eaux de Vichy : ces moyens firent disparaître
SUR LES CATARRHES, etc. iq Complètement une obstruction du foie qu’on avait négligée, et que je regardai comme la cause primitive de la dartre et de l'affection catarrhale, produite par sa rétrocession.
J’ai soigné également une autre femme , âgée de cinquante -cinq ans, qui se trouvait dans des circonstances très -analogues. Une dartre quelle avait gardée assez long-temps sur la joue droite , disparut un jour d’elle-même. Elle fut aussitôt remplacée par un vif sentiment de froid dans toute la mâchoire supérieure du même côté; et bientôt il s’y établit, dans l’intérieur de la première grande molaire, qui était cariée , un écoulement d’une eau claire et glaciale (i), que la malade rejetait par gorgées de moment en moment. Cette excrétion , toujours précédée du même sentiment de froid, revenait presque tous les matins , et durait une demi-heure ou trois-quarts d’heure. La malade fut guerie par un vésicatoire que je lui fis
(i) J’ai sous les yeux, dans le moment meme où j’écris ceci, un autre exemple de cet écoulement d’eaux glacées, qui distillent de la mâchoire dans' l’intérieur de la bouche. Ces cas ns sont pas rares j ils doivent être connus de tous les praticiens»
appliquer d’abord derrière l’oreille , et ensuite au bras , et par l’usage prolongé des sucs d’herbes appelées dépurantes. Mais au bout de dix-huit mois ou deux ans, elle eut 1 imprudence de supprimer son vésicatoire, que je lui proposais de changer en cautere. Bientôt apres, elle commença à ressentir dans le bas-ventre une douleur sourde, ou plutôt un poids incommode. C’était un squirrhe de l’ovaire droit, qui, ayant acquis rapidement un volume considérable, dégénéra avec la même vitesse, et fit périr la malade dans les plus affreuses douleurs.
Un homme de cinquante ans venait d’éprouver un long et douloureux accès de rhumatisme goutteux. Après avoir gardé le lit, ou sa chambre, pendant plusieurs mois de 1 hiver , il s’était rétabli lentement et péniblement au retour de la belle saison ,* enfin §es douleurs rhumatismales , après avoir attaqué successivement différentes parties , se terminèrent par un rhume de cerveau, qui a duré près de deux ans , et à la suite duquel le rhumatisme p araît entièrement guéri.
Un homme de mes amis, d’un tempérament bdieux , avait été souvent incommodé d une disposition hémorrhoïdale sans caractère distinct, et sur-tout sans accès critiques : il avait presque habituellement , comme il arrive souvent alors, de petites dartres assee vives , mais cependant fugaces; et sa constitution, originairement vigoureuse, avait été affaiblie par une fievre du genre des ataxiques ou des typhus. A la suite de longs travaux et de vives agitations
morales , il fut attaqué presque subitement d’un rhumatisme aigu , accompagné des douleurs les plus cruelles, qui ne laissaient libre aucune partie extérieure. Cette maladie ne se termina point par une résolution complète : il y eut une métastase qui se dirigea vers le système urinaire ; et depuis cette époque il s’est établi un catarrhe chronique de la vessie ,- plus ou moins abondant , suivant le régime observé et letat de l’atmosphère, mais qui diminué dune manière remarquable , au retour d’un flux îié-
morrhoïdal muqueux qui reparaît de temps en temps.
Je pourrais citer beaucoup de faits an*.
observation s logues ; mais ceux-là me semblent suffisais pour prouver que les catarrhes ne dépendent pas toujours de la même cause , et qu outre celle qu’on regarde comme la seule , plusieurs circonstances peuvent influer sur leur production f et même la déterminer immédiatement.
Peut-être les anciens étaient-ils moins lom de la vérité, quand ils faisaient dépendre les dispositions catarrhales d’une faiblesse particulière des facultés digestives et assimilatrices, ou d’un défaut de coction. La pituite , dit Galien, est humide et froide ; c est î aliment à moitié cuit. 11 ajoute qu’il ne faut point se bâter d’en débarrasser le corps par des évacuans , mais plutôt l’y retenir , pour achever de le cuire par l’usage des stimulans et des echauffans appropriés. Hippocrate regardait ce qu’il appelle la pituite Manche > comme la matière dune espèce de cachexie , due à la seule débilité des fonctions : c’est pour cela qu’il la désignait par le nom de leucophlegmatie , qu’elle a conservé jusqu’à ces derniers temps. Elle commence 3 dit -il, par Ie gonflement pâteux de tout le corps ; et si on ne la guérit de bonne heure , elle