‹ Des systèmes en médecine, et de leur influence sur le traitement des maladies. Discours servant d'introduction au cours de thérapeutique et de matière médicale, de la Faculté de Médecine de Montpellier, pour l'annee 1827Chapitre 18 sur 18 · SUR LES CATARRHES · texte numérisé non relu

SUR LES CATARRHES

dégénère promptement en hjdropisie. Dans un autre endroit , il observe que les enrouemens des vieillards , les pesanteurs de tête , et les évacuations catarrhales auxquelles ils sont trèssujets, admettent rarement une complète et véritable coction ; car les remèdes convenables dans ces maladies n’agissent sur eux que trèsimparfaitement ; et la matière pituiteuse se régénère en plus grande quantité, quelle ne peut être cuite et assimilée aux humeurs vivantes. Les passages où il revient sur le même sujet, et toujours dans le même esprit, sont très-nombreux , comme ne peuvent l’ignorer ceux qui se sont donne la peine de lire avec quelque attention les ouvrages de ce grand homme : ils le sont même trop pour qu’il fût convenable de les rassembler dans ce moment.

Chez les modernes , Gedéon Harvée , qui a fait un ouvrage curieux sur les fraudes des médecins , et un autre plus instructif sur Y utilité de la méthode expectante en médecine ? remarque , avec raison , qu’un grand nombre de lièvres catarrhales, bien loin d’exiger un grand appareil de remèdes, ne demandent que le repos.,

la douce chaleur du lit , et un régime sévère ; et qu’elles se terminent d’elles-mêmes par une évacuation plus ou moins abondante , mais presque toujours vraiment critique , de la poitrine, du fond de la gorge, ou seulement du nez. 11 nie sur-tout que l’impression du froid ou de l’humidité soit la seule cause de ces fièvres. Hoffmann' a décrit une fièvre catarrhale bénigne, dont la solution se faisait par une diarrhée critique et par des urines laiteuses, qui déposaient un sédiment rougeâtre. ïl observe aussi qu’il y a des personnes , d’ailleurs bien portantes , qui sont attaquées deux ou trois fois par an d’une fièvre catarrhale dépuratoire , par laquelle la nature renouvelle en quelque sorte leur santé.

D’après l’idée que tous les catarrhes sont dus à des répercussions subites de la sueur ou de la transpiration, la plupart des médecins modernes les ont regardés comme des maladies inflammatoires, ainsi que les rhumatismes, qu’ils rangent dans la même classe, en se fondant sur les mêmes motifs. Cette opinion me paraît devoir être également restreinte dans les deux cas.

sur les catarrhes, etc.

Assurément il y a des rhumatismes , sur-tout parmi les aigus , qui présentent des signes inflammatoires éyidens , sur-tout au moment de leur invasion , sans doute aussi quelques rhumes, sur-tout parmi ceux de poitrine , doivent être , à leur début , traités par la méthode qu on appelle antiphlogistique ou rafraîchissante : mais il n y a pas de temps et de pays où les hommes soient plus exposés aux rhumes , que les temps et les pays humides , et point encore où l’emploi de cette méthode soit ordinairement aussi pernicieux.

Ce que je dis ici des rhumatismes et des rhumes y n’est pas moins vrai des catarrhes de la vessie et de ceux des intestins. C’est d’après les effets du traitement , et non d’après des théories anatomiques, si souvent illusoires, qu’il faut juger de leur caractère. La méthode inverse ^ qui consiste à calquer les traitemens sur certaines apparences qu’offrent les organes après la mort ( apparences qui peuvent dépendre de causes si variées) , a toujours été, depuis qu’on veut fonder exclusivement la pratique sur les dissections , la source de beaucoup de fautes et

cle malheurs. Bordeu s’était déjà plaint et même moqué de cette habitude où sont quelques hommes de l’art de voir des inflammations partout où se présentent sur le cadavre , des injections sanguines et des rongeurs. Antoine Petit , l’un des plus grands praticiens de l’école de Paris, et qu’on ne peut pas soupçonner d’avoir méconnu la réelle et véritable importance de l’anatomie , s’en est expliqué non moins librement. 11 est sûr que les injections sanguines qu’on trouve souvent après la mort , à la surface , ou dans l’intérieur de différens organes f sont loin de prouver toujours une inflammation préalable ; souvent elles sont plutôt un symptôme de faiblesse et d’inertie, que d’accroissement maladif de ton et d’action ; et lors même qu’elles sont la suite d’une irritation notable de la partie , il ne s’ensuit pas toujours , à beaucoup près , que cette irritation ait été vraiment inflammatoire, et que le système dit antiphlogistique ait dû faire la base du traitement.

Je ne me propose point d’entrer ici dans le détail des considérations , beaucoup plus étendues qu’on ne le pense d’ordinaire , auxquelles

SUR LES CATARRHES j etc* 2J

donne lieu l’étude attentive des differens catarrhes dont la vessie peut être affectée , et de ceux bien plus varies encore qui vicient les fonctions des intestins. Je crois pourtant devoir observer en passant , que dans le catarrhe de la vessie , sur lequel nous n’avons encore que des vues incomplètes de curation, on doit presque toujours, même lorsque les adoucissant sont clairement indiques, leur associer les toniques doux; et que le seul moyen qui, dans ce cas , ait produit des effets réellement efïh* caces, est l’emploi d’un dérivatif, qui passe avec fondement pour imprimer à cet organe un mouvement particulier et très -vif d’irritation, sur-tout lorsqu’il agit sur lui d’aussi près : car c’est par l’application d’un large vésicatoire à l’intérieur des cuisses, que mon célèbre ami M. Boyer, dont l’exactitude et la scrupuleuse véracité sont si connues, a guéri, chez un homme avancé en âge, cette maladie caractérisée par tous ses phénomènes et confirmée par le temps. J’observe aussi que la dyssenterie , qui comprend sous sa dénomination générique les principales variétés des catarrhes intestinaux, cède souvent ,

OBSERVATIONS tout-à-coup et comme par enchantement, à des remedes tires de la classe des vomitifs ou des purgatifs héroïques, et de celle des toniques, et meme des stmiuîans le plus généralement reconnus pour tels ; quoique d’ailleurs je n’ignore point quelle peut, dans certaines

circonstances, exiger un traitement tout contraire , meme lorsque la douleur est peu vive , et que la nature de 1 irritation semble cherehei a se rendre méconnaissable aux regards du praticien.

Quant aux fièvres catarrhales, j’ai déjà dit cpie leur plus ou moins de danger dépend de la nature de la fievre. C’est principalement vers elle que 1 attention doit se diriger; et dans le ii alternent , il s agit bien moins de combattre le catarrhe , que d’aller au-devant de tous les phénomènes pen lieux , propres à la maladie avec laquelle il se trouve compliqué. Les soins particuliers qu il exige sont d’ailleurs si simples en eux-memcs , que , pour en prévoir et tracer toutes les indications , il suffit d’avoir bien saisi 1 esprit de celles qui se présentent dans tou? rhume un peu sérieux.

sur les catarrhes, etc. 29

Je reviens donc aux rhumes proprement dits, dont je m’occupe ici plus spécialement.

Quelques rhumes graves sont annoncés d’avance , par des alternatives vives et continuelles de frissons courant le long de l’épine du dos , et de chaleur générale sèche et brûlante; un plus grand nombre par de légères lassitudes , la pesanteur de tête , et une impression habituelle de froid ; presque tous par la pesanteur de tête, la crispation de la peau, une plus grande sensibilité au froid , particulièrement au froid humide , un sentiment d’embarras et de gonflement, soit du nez et de l’arrièrebouche, avec éternuemens fréquens ; soit des bronches et de tout le pouîmon , avec toux vive et sèche. Quelquefois le rhume s’annonce ou commence par une légère douleur de gorge, ou par l’écoulement d’une humeur acre et tenue qui distille du voile du palais, de la luette, et de toutes les parties supérieures de l’arrièrebouche. Dans ce derniers cas, la toux se manifeste sur-le-champ avec une impression d’acreté qui se répand dans la poitrine , le long des divisions bronchiales; et lenchifrènement ne tard©

So

pas à s’établir. Dans le premier, l’enchifrènement et l’embarras de la poitrine peuvent tarder quelque temps à paraître , et laisser croire que le malade n’a qu’un simple et léger mal de gorge : mais ils paraissent enfin , soit ensemble , soit successivement ; et la durée du rhume semble presque toujours proportionnelle à l’intervalle de temps qui sépare l’établissement complet , et en quelque sorte coordonné de ses divers symptômes. Il n’est pas rare de le voir commencer par un vif picotement dans les sinus frontaux , dans le nez , ou dans quelque point particulier de la poitrine : mais quelle que soit la manière dont il débute , l’observateur attentif ne tarde pas à remarquer un certain éclat humide des yeux, même lorsque le reste du visage est abattu , et , si la poitrine est fortement prise , la rougeur circonscrite des joues , deux signes qui , pour l’ordinaire , accompagnent et caractérisent les dispositions et les affections consomptives de cet organe.

L’enchifrènement est suivi d une abondante distillation y pour parler comme les anciens , d’une humeur limpide , tenue et souvent fort

SUR LES CATARRHES, etc. 5l

âcre. L’engorgement du voile du palais , du fond de la bouche, du larynx et des bronches, détermine également des crachats écumeux et liquides , mais plus filans que l’humeur qui coule du nez , et que fournit la membrane dite pituitaire. Plus la matière de ces excrétions est abondante et tenue , plus elle est âcre et corrosive : elle l’est quelquefois au point d’excorier non-seulement la membrane muqueuse qui la verse , mais aussi la peau des lèvres ; comme les larmes, dans certain cas, entament, en les sillonnant, les paupières inférieures et la peau des joues. Son abondance et son degré d’âcreté dépendent de la nature et du degré de l’irritation • iis en sont l’exacte mesure. II paraît même que cette propriété corrosive des humeurs sécrétées par les membranes muqueuses peut tenir uniquement à l’action de ces dernières, vicieusement augmentée , ou à leur irritation , puisqu’on la produit pour ainsi dire à volonté par l’application des irritans artificiels. La matière des crachats , presque toujours plus muqueuse et moins tenue, est aussi pour l’ordinaire moins âcre et moins caustique ; il n’est pour-

tant pas extrêmement rare de voir la langue , le palais, et le fond de la gorge excories, ou couverts d’aphtes, par l’impression qu’elle fait en suintant , ou lors de son passage ; on a même

vu les crachats entraîner des lambeaux (i) de la membrane intérieure des bronches ; et l’inspection anatomique a plus d’une fois offert dans leurs divisions et à l’entrée du larynx, ou sur l’épigiote, des délabremens notables, qu’on a rapportés avec fondement à la même cause* Quant aux aphtes, qui paraissent être des pustules de la membrane muqueuse , ou des dégénérations de son tissu , ils sont si communs dans les rhumes , qu’il n’est pas de médecin qui n’ait eu cent fois l’occasion de les observer et d’en suivre le cours.

Toutes les maladies aiguës qui ne sont pas directement mortelles , présentent dans leur cours trois périodes bien distincts : celui d’irritation, celui de coction , et celui de crise. Les rhumes simples, qui ne deviennent mortels que par leur complication avec des fièvres dange-

(i) Ces lambeaux me paraissent avoir, en général, le «aractère aphteux.

reuses ? ou par leur changement en certaines maladies fatales , comme la phthisie ? l’hydropisie, l’œdème du poumon ; les rhumes simples , dis-je , suivent la même marche, se divisent egalement en trois temps bien caractérises ? et se terminent par une crise , avec ou sans évacuation sensible , qui rétablit et quelquefois améliore l’ordre antérieur des fonctions. La durée totale des rhumes , et la durée respective de leurs différens temps y ne sont point toujours les mêmes ? à beaucoup près. Quelques rhumes sont si légers , que la chaleur du lit peut du soir au matin , les faire passer à l’état de coction ; et qu’au bout de deux ou trois jours ? le malade n’y pense déjà plus. D’autres fois > au contraire , les temps d’irritation et de coction se prolongent ; et la maladie , sans passer même à l’état de catarrhe chronique , n’est pas encore terminée au bout de plusieurs mois. Il arrive aussi qu’à une courte période d’irritation , succède une coction très-lente , - et des évacuations du nez > de la gorge ou de la poitrine , qui tantôt semblent ne pouvoir trouver de fin , et tantôt paraissent répondre bien mieux à la

54 observations

rapidité du premier temps , qu’à la marche tardive du second. Enfin , une longue irritation n’annonce point infailliblement une coction pénible des crises incertaines, ou des évacuations prolongées ; et l’observation nous montre quelquefois que le retour à la santé peut alors avoir lieu sans coction , comme sans évacuation sensible.

Ces diverses circonstances , qui tiennent à celles de la maladie , c’est-à-dire aux causes qui l’ont déterminée, à la constitution de l’air, à la nature de l’épidémie régnante , aux habitudes et à la disposition des individus , méritent d’étre soigneusement pesées ; car il ne faut pas, dans tous les temps et chez tous les malades, traiter les rhumes de la meme manière , même quand ils présenteraient ces faux caractères d’uniformité qui , dans tous les genres , trompent si souvent les observateurs superficiels. Il est d’autant plus nécessaire d’y donner une sérieuse attention , que les règles de conduite qui en résultent sont également applicables à beaucoup d’autres maladies aiguës et chroniques , dont le cours ne peut être bien saisi , et

SUR LES CAT ARRHES, etc. 55 dont les conversions en d’autres maladies ne sauraient être prevues d’avance , ou même simplement remarquées à propos , si Ton ne s’est fait un fidèle tableau des rapports que peuvent avoir entre elles les diverses périodes de la maladie primitive , et des lois suivant lesquelles se . font les passages d’un état du corps à un autre état plus ou moins différent.

Dans les rhumes , qui font l’objet particulier de cet écrit , le temps d’irritation se marque par la ténuité et l’âcrete des humeurs qui suintent de la membrane muqueuse : à mesure que l’irritation diminue , les crachats et les mucosités du nez s’épaississent. Lorsqu’ils ont atteint ce degré de consistance qui demande un certain effort pour leur excrétion , on peut regarder la coction comme achevée ; et le rhume se termine alors quelquefois par une diarrhée légère , par un flux d’urines chargées d’un sédiment , tantôt blanchâtre et furfuracé, tantôt présentant l’aspect d’un nuage muqueux, d’oit tombe au fond du vase comme une poussière briquetée ; mais plus souvent la terminaison s’opère par F évacuation Je crachats tenaces,

et de mucosités du nez et des sinus , plus tenaces encore , et qui ne sortent que difficilement. A cette époque , les éternuçmens , qui étaient devenus rares du moment où la coction avait commencé 9 n’existent déjà plus ; la toux* qui d’abord avait été vive et sèche , est molle et grasse \ quelque direction que prenne la crise y la peau reprend sa souplesse ; et une véritable sueur , ou une transpiration plus abondante , annonce que l’ordre de ses fonctions est rétabli.

On sait que dans les premiers temps des maladies aiguës de poitrine , désignées par le nom de pleurésie et de péripneumonie , les crachats rayés de filets sanglans sont de bon augure ? et qu’au moment qu’ils deviennent rouilles ( c’est - a - dire ressemblans par leur couleur à de la rouille de fer ) et qu’ils sont facilement expectorés au milieu d’une moiteur halitueuse , ils annoncent la coction y la crise et une prompte guérison. Ces crachats rouillés se montrent quelquefois dans les gros rhumes , sur-tout lorsqu’au début ils ont été sanglans : mais pour l’ordinaire , ils sont simplement

Jaunâtre, ainsi que les mucosités du nez ; et leur évacuation, pourvu qu’elle ne soit pas trop difficile , n’en termine pas moins avantageusement la crise. Ceux qui sont blanchâtres indiquent une coction pénible et lente ; ceux qui ressemblent à du lait caillé dont les grumeaux seraient liés entre eux par une mucosité tenace , ne laissent aucun doute sur la prolongation du mouvement critique ; et ils annoncent l’incertitude ou la faiblesse de son impulsion. On en voit un exemple frappant dans les coqueluches r ou l’état convulsif trouble toutes les opérations de la nature , et retarde presque indéfiniment la terminaison de la maladie. Tout le monde sait que le£ crachats y présentent ce dernier aspect ; et les observateurs attentifs doivent avoir reconnu qu’ils sont d’une blancheur d’autant plus remarquable que l’état convulsif est plus violent.

Dans les catarrhes invétérés , l’expectoration , après avoir été long-temps blanchâtre , devient quelquefois plus foncée , prend un aspect comme sanglant , et présente une multitude de points briquetés répandus sur une mucosité >

SB

tenace , mais sans aucune apparence de coc^ tion. Quelques médecins croient voir dans ces crachats des signes d’inflammation lente et secrète du poumon : mais cet organe est alors dans un état de fonte particulière , auquel il faut opposer de bonne heure un sage traitement. Le régime antiphlogistique , et sur-tout les évacuations de sang , y précipitent la fin des malades , qui périssent œdématiés.

Quand on a l’habitude de voir et de traiter des phthisiques , on ne peut guère se tromper ni sur le caractère ni sur l’odeur de leurs crachats : l’odeur des sueurs est sur-tout remarquable dans les phthisies essentielles , qu’elle sert particulièrement à distinguer de celles qui ne sont que le symptôme ou la suite de certaines affections stomacales , ou des obstructions du foie 5 du mésentère, etc. Dans les rhumes forts et prolongés , il survient souvent des crachats et des sueurs qui peuvent être ou n être pas l’ annonce d’une phthisie menaçante , mais dont le caractère est plus difficile à reconnaître : car, quoique leur odeur soit peu marquée d’abord , ils peuvent être le premier indice d’un danger

sur les catarrhes, etc. og

imminent ; et quelquefois, quoique très-suspects, iis sont uniquement le résultat de la longue durée du catarrhe et de l’affaiblissement des fonctions de l’estomac et de celle du poumon: Dans plusieurs circonstances , le tact le plus exercé suffit à peine pour garantir le médecin des plus graves erreurs ✓

Dans toutes les maladies de poitrine , îa nature et la marche des sueurs méritent îa plus sérieuse attention : les sueurs colliquatives intermittentes ont plus d’une fois , à leurs premiers accès , été prises pour une évacuation critique ; d’autres fois aussi , l’on a regardé comme énervantes et dangereuses celles qui terminent chez les personnes faibles les rhumes longs et mal traités. En général , les sueurs nocturnes doivent être suspectes ; cependant , si le pouls conserve pendant leur durée une plénitude suffisante , avec la mollesse et l’ondulation soutenue qui caractérise ces mêmes sueurs , quand < elles sont favorables; et, ce qui est bien plus décisif encore , si les forces se trouvent relevées par l’effet même de cette évacuation , on peut hardiment les déclarer critiques et salutaires,.

confondu quelquefois ces granulations sans consistance , avec les petits tubercules ronds que , dans un genre particulier de phthisie , on remarque souvent au milieu des crachats.

Ici , je crois devoir exprimer sans détour mon sentiment sur une opinion généralement reçue dans le public , et qui paraît même ne laisser presqu’aucun doute parmi les praticiens : je veux parler du caractère purulent qu’on attribue à l’expectoration dans toute phthisie confirmée. Je suis loin de partager cette opinion : on dit tous les jours y je le sais , qu i! n y a pas encore ou qu’il y a du pus dans les crachats de tel ou tel malade ; et le pronostic est déterminé par le jugement qu’on adopte sur cette circonstance particulière. Pour moi , je l’avoue, il m’a presque toujours été bien difficile de reconnaître un véritable pus dans les crachats des phthisiques ; j’oserais même à peine affirmer que j’y en aie vu quelquefois ; quoiqu assurément j’aie traité un grand nombre de ces malades , et à toutes les époques de la maladie , et que j’aie été consulté par un plus grand nombre encore ? qu’on en croyait ou qui

SÜR LES CATARRHES, eîC. 0

en étaient réellement attaqués , ou enfin qui

menaçaient de l’être dans un temps plus ou *

moins éloigné* Les vomiques renferment du pus véritable : celui qui prépare les cicatrices des blessures pénétrantes de la poitrine , et celui des empyèmes précédés d’inflammation , offrent des caractères qui ne sont pas équivoques ; mais il n’en est pas de même du pus qu’on s’imagine , depuis Hippocrate , voir dans les crachats de tous les phthisiques , et qu’on suppose toujours formé par la suppuration inflammatoire des bronches et du poumon.

Bennet avait déjà observé que dans les cadavres des phthisiques on ne trouvait souvent aucune trace d’ulcération , ni même d’érosion ; que la substance du poumon était détruite , et tous les rameaux des bronches affaissés et repliés les uns sur les autres , sans que leur membrane parût entamée. Dehaën , qui , depuis , a plusieurs fois eu l’occasion de faire la même remarque , en a conclu que dans certains cas la suppuration peut avoir lieu dans la substance du poumon , sans communication avec les voies aériennes, et le pus être résorbé par les vaisseaux sanguins.

dans lesquels, suivant son opinion il roule avec

les autres humeurs , dont il altère la masse

comme un ferment putride. Les évacuations puriformes que la nature opère quelquefois d’eile-même dans les suppurations dorsales ou Sciatiques y et la bouffissure y en apparence purulente , qu’on observe chez beaucoup de phthisiques , lui faisaient juger que la chose devait en effet se passer ainsi ; mais cette théorie (i) ne me paraît pas admissible dans l’état actuel de nos lumières ; elle est d’ailleurs inutile à l’explication d’un phénomène que la prévention a pu seule empêcher de reconnaître et d’observer bien plus souvent.

Quoique je ne doive énoncer qu’avec beaucoup de réserve une opinion qui contrarie , au moins en quelques points , celle de tant d’hommes éclairés , j’ose néanmoins ; d’après les observalions les plus nombreuses et les plus attentives ,

(r) Je ne nie pas que des re'sorbtions purulentes puissent avoir lieu ; mais la manière dont elles s’opèrent est encore trop mal connue 5 et , d’ailleurs , elles n’ont aucun rapport avec les alterations des différentes humeurs produites par la consomption du poumon, et avec les sédimens puriformes que les urinegdéposent quelquefois alors.

avancer qu’il n’y a que très-rarement du pus véritable dans les crachats des phthisiques , et que la matière qui les compose est dans le commencement la matière nutritive , pure ou mêlée avec d’autres humeurs qui l’altèrent ; et dans les derniers temps , cette même matière mêlée avec la substance du poumon , que la maladie met dans un état de fonte (i) particulière (sui generis ) : et j’ajoute que cette fonte ou consomption de l’organe respiratoire , présente différent aspects et différentes indications au médecin, suivant la nature de la cause qui l’a déterminée, et suivant le caractère de toutes les circonstances qui peuvent influer sur sa marche et précipiter ou retarder son cours. Assurément la matière de l’expectoration n’a point toujours le même aspect et les mêmes qualités ; les crachats de la phthisie catarrhale ne ressemblent point à ceux de l’hépatique , ni ceux de la mésentérique à ceux de la scorbutique (2) ;

(1) Il en est de la fonte du poumon comme de celle du foie: les crachats des phthisiques ne sont pas plus du pus véritable que la matière du flux hépatique.

(2) Je pourrais parler ausgi des crachats rares, propres à la

niais clans certains cas , dont l’œil ne distingue point tout seul la différence * il est facile de reconnaître que celle des causes et des circonstances leur fait annoncer des degrés de danger* et demander des secours très-différens.

Mon intention n’est point de traiter ici des maladies consomptives du poumon : elles exigeraient elles seules un ouvrage bien plus étendu que ne doit l’être ce mémoire ; et quoiqu’elles aient été l’objet unique ou principal d’un grand nombre de recherches et d’observations ? je ne craindrai pas de dire que , malgré les travaux des hommes les plus éminens cpii s’en sont occupés * elles n’ont peut-être encore été considérées que sous une partie des points de vue nombreux quelles présentent à l’observateur. Mais y quoique je ne veuille entamer dans ce moment aucune discussion à leur sujet ? l’idée que toute consomption pulmonaire est carac-

phthisie nerveuse , et les opposer à l’abondance extrême de ceux qui caractérisent la pb’hisie aiguë , dont Piquer a , Je crois ? lait mention le premier j maladie peu commune, mais qui l’ctait devenue eu Angleterre, il y a vingt-cinq ou trente ans, et qui, depuis la fin du siècle ; parait aussi vouloir s’établir parmi nous.

SUR LES CATARRHES, etc. /{.~j îei isee par une suppuration , produit d’un véritable état inflammatoire , n’a pas seulement empêché de remonter «aux différentes causes dont cette maladie peut etre le résultat , et de la distinguer en ses différentes espèces , dont chacune exige un traitement particulier ; elle a de plus en même temps influé sur la manière de considérer presque toutes les affections de la poiti me , notamment celles dont la phthisie est souvent la suite et le dernier terme ; et elle les a ramenées à un système de traitement insignifiant et sans effet dans le plus grand nombre de cas , et décidément pernicieux dans quelques-uns.

Les vues de théorie et de pratique le plus généralement adoptées sur les affections catarrhales s’en sont particulièrement ressenties ; c’est pour cela que , sans vouloir appuyer ici mon opinion de toutes les raisons qui la motivent , j’ai cru devoir l’énoncer librement , ne dût-elle avoir d autre utilité que de déterminer les praticiens à faire des recherches plus approfondies sur ce sujet. J’ajoute seulement que de véritables états inflammatoires, distingués par leurs

causes , le caractère de leur marche , le degré de leur intensité , peuvent occasionner et occasionnent en effet assez souvent un genre particulier de phthisie ; et que dans les derniers temps de toute consomption pulmonaire , quels , qu’aient été d’ailleurs sa cause et son caractère primitif, presque toute excitation y devenant nuisible , les remèdes les mieux appropriés d’abord peuvent, à cette époque, en précipiter la fatale terminaison ; car malheureusement , pour traiter cette maladie avec un succès complet , il faut s’y prendre de bonne heure ; à mesure quelle fait des progrès , les symptômes se compliquent , les contre-indications se multiplient ; et quoiqu’il ne faille jamais employer des remèdes contraires à son génie primitif , la manière d’appliquer les seuls efficaces devient de plus en plus difficile , et la chance du succès de plus en plus incertaine. En un mol ( et cela paraît presque également vrai dans toutes les variétés de cette maladie redoutable ) , il vaut mieux s’occuper du soin de la prévenir , que se repaître de l’espérance, trop souvent vaine, de la guérir.

Quon me permette cependant encore quelques observations sur la nature des crachats, ou plutôt sur l’apparence qu’ils offrent dans plusieurs maladies qui tendent , plus ou moins rapidement , à la consomption pulmonaire , et notamment dans les affections catarrhales, dont tout le monde convient qu’elle est fréquemment le résultat définitif.

Hippocrate range parmi les crachats suspects , ceux qu’il appelle grandineux , ou semblables à des grains de grêle. Suivant ce grand observateur , ils annoncent la phthisie , et ils ont une tendance très-marquée à devenir purulens. Ces crachats , formés d’une humeur transparente qui se coagule , indiquent du moins un état d’irritation ou d’action augmentée dans les glandes de la trachée et des bronches, ou leurs conduits excréteurs la versent alors en plus grande abondance. J’ai retrouvé ces crachats dans les dispositions catarrhales chroniques , et dans le commencement d’une phthisie particulière , qu’on appelle laryngée , et qu’Hippocrate parait avoir lui-même connue de son temps ; mais je me suis assuré qu’ils n’annoncent pas toujours la con-

somption pulmonaire , ou que du moins ils n’eu sont qu’une menace éloignée , quoiqu ils méritent toujours de l’attention , et que, joints a d’autres symptômes équivoques , ds en éclairent l’obscurité. J’avais cru d abord quils venaient exclusivement des glandes trachéales, et qu’ils n’étaient autre chose que l’humeur bleuâtre dont leurs canaux paraissent habituellement remplis ; mais j’ai reconnu qu’ils viennent souvent des dernières ramifications des bronches, d’ou la toux les arrache avec effort. Ils ne sont ordinairement que de la grosseur d un pois , mais quelquefois ils ont le volume d’une noisette. Les plus petits affectent différentes formes, et présentent des pointes anguleuses : les plus gros sont globuleux ; iis ont quelquefois une queue ressemblante à celle d’une balle de pistolet qui sort de son moule ; iis ont la consistance de l’humeur vitrée de l’œil , et sont traiisparens comme le crystal.

Le même Hippocrate parle de crachats douceâtres , amers , salés ; et il regarde ceux qui donnent l’une de ces impressions au malade, comme les avant-coureurs du crachement

SUR LES CATARRHE s , etc.

de pus et de la consomption. Toutes ces variétés se présentent journellement dans 3a pratique de la médecine ; et l’on doit les noter avec d’autant plus de soin, que chacune nous met sur 3a voie de mieux reconnaître la cause de la maladie „ et fournit des indications particulières pour le traitement.

11 est difficile de ne pas croire que les crachats sucrés sont la matière nutritive elle-même, que les poumons affaiblis , incapabl.es d’agir d’une manière convenable sur le sang , laissent transsuder dans les voies aériennes. Ce qu’il y a de certain , c’est qu’ils sont accompagnés d’un amaigrissement rapide , bientôt suivis d’autres crachats, symptômes de la consomption pulmonaire ; et que les remèdes indiqués alors sont ceux qui relèvent doucement le ton des organes , et sur-tout celui du poumon.

Les crachats amers caractérisent le commem cernent des affections de poitrine dépendantes de celles du foie. Aucun médecin ne peut ignorer que les maladies de plusieurs viscères du bas ventre simulent souvent celles de la poitrine, ou portent leurs effets sur le poumon ,

observations.

avant même que l’organe primitivement affecte présente aucun signe manifeste de dérangement dans ses fonctions. Le foie est un de ceux qui font le plus souvent ressentir et partager leur état par les organes thorachiques : mais quoiqu’il les altère eux-mêmes à la longue , par Faction contre nature que cette affection sympathique leur imprime , il faut d’abord tourner toutes ses vues vers la source et la véritable cause du mal; et lors même que le poumon est déjà dans un état de consomption véritable , il est encore indispensable de prendre en grande considération celui du foie , dont elle n’est qu’un résultat secondaire.

Quant aux crachats salés , on les observe dans des circonstances très-différentes , et qui même n’ont point de rapport entre elles ; voilà pourquoi les anciens médecins en parient si souvent. Leurs premiers disciples chez les modernes paraissent s’en être également occupés avec scrupule ; mais peu- à-peu on a cessé de tenir compte de cette particularité, qui n’a plus été pour beaucoup d’observateurs que le fruit de l’attention minutieuse des malades sur eux-mêmes ,

SUR LES CATARRHES, 6tC. 53

Ou de leur excessive sensibilité ; car les mucosités du uez et de b arrière-bouche ont toujours en effet , sur-tout les premières , un degré de salure remarquable ; et , dit-on , il est ridicule de compter parmi les signes de maladie une qualité des humeurs qu’elles ont aussi dans l’état de la plus parfaite santé. Mais ce n’est pas de cette salure naturelle qu’Hippocrate a voulu parler ; il entend celle dont les crachats , tirés de la poitrine par les efforts de la toux , donnent l’impression au malade, ou celle qu’on observe dans les humeurs qui distillent du voile du palais ou de la voûte du fond de la gorge , et qui est assez vive pour y causer des excoriations douloureuses ; celle-là peut hien , sans doute , être mise au nombre des dispositions pathologiques , ou des symptômes qui méritent toute l’attention du médecin. Ces crachats salés entraînent quelquefois de petits lambeaux de la membrane interne des bronches ; et les humeurs de barrière-bouche, qui présentent la même qualité corrosive, causent souvent à l’embouchure du larynx ou à l’épiglote de légères ulcérations qui déterminent à leur tour, lorsqu’elles ne gué-*

rissent pas promptement, îa phthisie îaryngëe. Cette circonstance et les éruptions psoriques et dartreuses répercutées me paraissent être les causes les plus ordinaires de cette maladie ; je crois même avoir observé que îa salure extraordinaire des crachats et des humeurs qui distillent dans barrière-bouche se rencontre communément avec diverses éruptions mordantes de la peau , et que les excoriations qu’elles causent diffèrent sensiblement des aphtes , et présentent plutôt un aspect dartreux.

Nous avons déjà vu que certains malades menacés de phthisie rejetaient dans leurs crachats des granulations blanchâtres ou jaunâtres. Ces granulations ont assez peu de consistance ; et quand on les écrase , elles répandent une mauvaise odeur. Quelquefois les grains sont entièrement noirs, et ressemblent à de la graine de moutarde. Plus l’odeur qu’ils exhalent est mauvaise, plus le danger est imminent. Je fus y il y a nombre d’années, consulté pour un malade qui crachait journellement une quantité de ces grains noirs ( i ) : heureusement ils

(ï) Il ne faut pas confondre ces grains avec les stries d’tra

SUR LES CATARRHES j etC. 55 étaient sans odeur. Il s’est parfaitement rétabli , et il sert maintenant avec distinction dans nos brillantes armées , ou l’on sait que les fatigues des officiers , et même des chefs , sont peu differentes de celles des soldats.

Outre ces lambeaux membraneux qu’on trouve quelquefois répandus dans la matière de l’expectoration , on y remarque aussi , quoique plus rarement , de petites masses , tantôt charnues , tantôt sébacées , tantôt semblables à des grumeaux de bouillie , qui indiquent des altérations graves, à différens degrés, dans la substance même du poumon. Itlles mont paru toujours accompagnées d’une couleur peu naturelle du visage ; cependant elles n’annoncent pas toujours un pressant danger , à moins quelles ne soient parsemées de filets d’un sang vif et vermeil. Il n’en est pas de même des concrétions topbacees qui se forment dans 1 intérieur des bronches , ou dans le parenchyme

bleu fonce' qui sont assez souvent , sur-tout chez les femmes , répandues dans les crachats 5 ces stries ne sont que des filets de l’humeur que versent les glandes bronchiales. Morgago a trouve*' la même couleur à l’humeur de la prostate.

pulmonaire lui-même (i), et dont la salive (V)* dans certains cas * dépose immédiatement la matière. Leur présence est toujours dangereuse* et leur sortie est presque toujours suivie de crachement de sang* qui bientôt amènent un genre particulier de consomption. Elles sont le plus souvent de vrais dépôts goutteux * ou le produit d'une disposition des humeurs que les accès de goutte ont pour but de dissiper. Au reste * il ne faut pas confondre ces concrétions avec celles que rejettent fréquemment les ouvriers qui battent ou manient le plâtre ; ni sur»» tout avec ces masses pâteuses * dont le centre est formé d’une poussière blanchâtre * et. qu’on observe dans les crachats des meuniers , des fariniers et des boulangers : cette dernière poussière est uniquement de la farine que la salive n’a pas suffisamment pénétrée pour ne faire du tout qu’un globule pâteux.

Je ne m’arrêterai pas non plus aux crache-

(1) On a vu aussi des Fragmens osseux dans les crachats de quelques phthisiques 3 mais ce cas est rare.

(2) Ce phénomène a lieu par l’augmentation relative et proportionnelle de la quantité des phosphates contenus dans FaîJiumine de la salive } et sur-tout de celui de chaux.

SUR LES CATARRHES, GtC. 07

mens de sang , ils demanderaient des explications et des détails dans lesquels je ne puis entrer ici ; je me contenterai d’observer que , suivant leurs causes et leur nature, ils* présentent des degrés de danger très-différens , et que chaque genre indique un traitement particulier. On ne peut pas confondre le crachement de sang qui se guérit par les vomitifs, avec celui qui demande d’amples et promptes saignées ; ni celui qu’il faut traiter par des toniques , avec celui qui ne cède qu’aux mucilagineux et aux adoucissans : il 11’est pas sur-tout permis de ne point savoir distinguer les crachemens de sang venant de la gorge , soit scorbutiques , soit hémorrhoïdaux , de ceux qui ne sont que le résultat inerte et matériel des saignemens de nez. Je ne les indique ici que parce qu’on les observe souvent dans les affections catarrhales.

Enfin , comme je n’ai pas même la prétention de suivre ces dernières maladies dans toutes les phases qu elles peuvent présenter et dans tous les changemens quelles peuvent subir , ni sur- tout de décrire les circonstances

58 O B SE R Y AT ï O NS

des nouvelles maladies dans lesquelles elles peuvent se transformer , passons au traitement des rhumes proprement dits.

Chez les personnes fortes et saines , les rhumes légers sont ordinairement peu dangereux ; ils se dissipent d’eux-mêmes , si l’estomac n’est pas notablement dérangé. Après une ou deux nuits de moiteur , il se fait une évacuation plus ou moins abondante de mucus des nar~ rines et de crachats qui donnent des signes de coction ; et pourvu qu’on ne garde pas trop long-temps la chambre, qu’on fasse un exercice doux à l’air libre , en évitant néanmoins l’impression du froid et de l’humidité , tout rentre dans l’ordre en peu de jours : quelquefois même on se trouve , après cette légère évacuation critique , plus alègre et plus dispos.

Cependant le fréquent retour des plus faibles rhumes n’est pas sans inconvéniens , soit parce qu’il indique une disposition catarrhale profonde , soit à cause des habitudes vicieuses qu’il peut imprimer à la constitution. Les rhumes de poitrine les moins dangereux dérangent toujours à quelque degré les fonctions d un or-

gane important ; ils peuvent même en altérer à la longue la substance , et y laisser le germe de graves maladies. Les rhumes de cerveau f quoique peu menaçanspar leurs effets directs , méritent pourtant quelque attention de la part du médecin ; et pour l’ordinaire il est utile et convenable de les prévenir, sur-tout chez les personnes dont les humeurs se portent habitueîlement vers la tête. En attirant sur la membrane muqueuse du nez , des sinus , et , par suite, de barrière-bouche , la matière des éruptions dartreuses , psoriques , etc. , ils y produisent souvent une espèce de vésicatoire dont les effets sont incommodes , et peuvent être fort dangereux, en s’étendant de proche en proche jusqu’à l’épigiote et à remhouchure du larynx» Enfin , quand il y a dans les sujets quelque disposition apoplectique , les rhumes de cerveau qui souvent embarrassent la tête entière , augmentent la tendance vicieuse de tous les rnouvemenSj qui caractérise cette disposition.

On ne doit jamais négliger les gros rhumes; ils peuvent produire immédiatement , même chez les personnes les plus saines , de très-

funestes effets. L’extrême sensibilité aux impressions du froid , qui souvent les annoncent d’avance ^ et qui toujours les accompagne à leur début, indique la concentration des mouvemens à l’intérieur , et la suppression , ou du moins le dérangement de la transpiration insensible. La nature semble tracer elle-même le traitement qui convient alors : dans cette première époque , on doit se vêtir et se tenir plus chaudement , et par une petite quantité de boissons tièdes , on tachera d’assouplir la peau et d’j ramener les mouvemens intervertis ; mais il ne faut pas insister sur les moyens qui provoquent la sueur, ni sur-tout garder long-temps le lit ou la chambre loin d’un air libre , ou dans une atmosphère échauffée artificiellement. Rien n’est plus énervant et ne dispose d’une manière plus infaillible à des rechutes réitérées que ces excitations factices à la sueur ; rien n’est plus capable de prolonger le rhume lui-même que la privation d’exercice et d’air frais. La pratique commune paraît fondée sur des vues toutes contraires ; mais je ne crains pas d'affirmer que la prolongation et

SUR LES CATARRHES, etc. 6ï

le renouvellement des maladies catarrhales sont très-souvent le résultat de cette pratique , et que ces vues sont autant d’erreurs , quant aux indications qu’on croit devoir en tirer.

Il est rare que les rhumes de poitrine ou de cerveau soient véritablement inflammatoires ; ils le sont pourtant quelquefois : alors il faut faire promptement une saignée , et ne la réitérer qu’avec beaucoup de réserve. Mais dans le cas où la violence du catarrhe aurait déterminé une métastase rhumatismale, il faut être moins timide sur les évacuations de sang , pourvu toutefois que l’état du pouls et celui des forces le permettent. Le rhumatisme ne se déplace pas facilement de la poitrine ; et pour peu qu’il y conserve du caractère inflammatoire , les irritans révulsifs ou dérivatifs n’agissent sur lui, pour cet objet, d’une manière utile, qu’ autant qu’on a, par la saignée, débarrassé suffisamment tout l’appareil sanguin pulmonaire avant leur application.

Cette métastase du rhumatisme sur la poitrine est un accident très-ordinaire et très-grave. Si l’on n’v remédie pas sur-le-champ, tous les

O E SERT ATI O NS

moyens deviennent bientôt xmpuissans et superflus , et la maladie se transforme en phthisie , en œdème du poumon, en hydropisie de poitrine , dont on ne peut guères alors attendre la guérison , ni des efforts de la nature , ni des secours de l’art.

Les jeunes gens d’une constitution délicate e% mobile , qui ont la peau fine et transparente , le blanc des yeux d’un éclat de perle , les joues colorées, particulièrement autour de la pommette, sont sujets à des rhumes qui demandent nue grande vigilance de la part du médecin. Quand, ces rhumes reviennent fréquemment, sur-tout quand ils sont accompagnés d’un petit crachement de sang et d’une douleur sourde, soit dans tout le poumon , soit dans quelqu’un de ses points particuliers , ils demandent de petites saignée^ faites avec prudence , de loin en loin. Cette précaution, jointe à l’usage d’une eau gommée , suffit ordinairement pour les guérir , dissiper peu à peu la disposition inflammatoire, lente et cachée qui les ramène, et prévenir la phthisie, dont ils sont F annonce éloignée, mais malheureusement trop infaillible»

SUR LES CATARRHES, CtC. , 6 J

Tant que cette disposition dure, les eaux sulfureuses , l’exercice du cheval et les autres toniques du poumon , qu’on ordonne si souvent au hasard , sont presque toujours nuisibles , et toujours suspects. C’est, uniquement lorsqu’on a lieu de la regarder comme entièrement détruite, que ces moyens peuvent être employés d’une manière utile : et dans ce cas on gagne tout en gagnant du temps ; car le progrès seul de l’âge , en donnant plus de consistance à tout l’organe pulmonaire, le rend moins sujet aux congestions sanguines , ainsi qu’à tous les autres genres de fluxions.

C’était sans doute des phthisies du genre de celles dont je viens de parler que Dovar guérissait par de petites saignées, répétées à des intervalles de temps assez courts, et par un régime adoucissant et calmant.

Quoique les rhumes de poitrine imitent quelquefois la pleurésie ou la péripneumonie , et que ceux du cerveau soient accompagnés d’une vive irritation , il ne faut pas , je le répète , en conclure toujours que leur caractère soit réellement inflammatoire : l’expérience m’a

convaincu qu’ils le sont clans notre climat , et notamment à Paris , bien plus rarement que ne le pensent beaucoup de médecins ; et j’ose même établir que le système de traitement le plus usité les perpétue au lieu de les guérir , et que , bien loin d’en prévenir le retour , il y dispose le corps par l’augmentation de sensibilité générale , et par l’affaiblissement des fonctions de l’estomac et de l’organe extérieur, qui en sont l’inévitable résultat. Qu’on me pardonne de revenir plus d’une fois sur le même objet.

La sympathie directe, reconnue par Cullen entre le tissu cutané et le poumon , est réelle et constante ; mais elle n’est pas aussi particulière qu’il paraît le penser. La peau ne correspond pas seulement avec les organes de la respiration , elle est dans un état d’équilibre ou de contrebalancement continuel avec toutes les membranes muqueuses des narines , des sinus , de la bouche , de l’oesophage , de l’estomac , des intestins, de la vessie : ces différentes parties de l’organisation vivante semblent pouvoir se suppléer réciproquement , jusqu’à certain point , dans leurs fonctions y elles partagent

SUR LES C AT ARRHES* etc. 65 toujours les affections les unes des autres ; sur-tout il y a des rapports constans d’action et de reaction entre toutes les membranes muqueuses et l’organe cutané. Mais ceux de l’estomac y soit avec lui j soit avec tout l’appareil pulmonaire , me paraissent les plus frappans. Quand la transpiration se dérange y l’estomac 1|| ressent ? pour ainsi dire , a l’instant même ; et quand la digestion stomachique se fait mal 3 la transpiration ne tarde pas à marcher elle-même avec irrégularité ^ c’est-à-dire quelle se transforme en sueurs débilitantes , ou diminue et se supprime presque entièrement. D’un autre côté ? l’organe pulmonaire a des liaisons si étroites avec 3’estomac , que les affections qui lui sont spécialement propres ? comme la toux? la difficulté de la respiration , les douleurs même qui paraissent avoir leur siège dans l’espace qu’il occupe ? dépendent moins souvent peut-être de son état particulier que de celui des diverses fonctions que l’estomac exécute * et notamment de la première digestion.

Dans presque tous les rhumes , les fonctions de bestomac et celles de la peau sont ,

pour l’ordinaire , également altérées. Assez souvent , c’est la transpiration répercutée qui affaiblit la digestion stomachique ; mais bien plus souvent encore l’affaiblissement de cette dernière avait déjà , d’avance et peu-à-peu , dérangé la transpiration. Si donc il est nécessaire ^|ans les rhumes de se vêtir un peu plus , de se tenir un peu plus chaudement , il est bien ‘ plus nécessaire encore d’observer à table un régime sévère , et déviter soigneusement tout ce qui peut augmenter l’énervation des forces de l’estomac. J’ai connu des personnes qui , d’après cette seule vue , guérissaient leurs rhumes en ne mangeant presque pas dans les premiers jours ; cela suffit en effet pour ceux qui sont légers , et chez les sujets jeunes , sains , et qui n’ont point de disposition catarrhale invétérée. Chez tous, la sobriété est d’une grande importance \ et sans elle , la duree des rhumes les plus simples peut se prolonger indéfiniment.

Je dois pourtant observer ici que certains individus ont un appétit plus vif , lorsqu’ils sont enrhumés , que dans l’état de santé parfaite ; il paraît même qu’en mangeant plus qu’a

f ordinaire , ils digèrent pourtant bien, et que Faction de Festomac est utile à la coction dé leurs rhumes* G es cas sont rares : ils sont analogues a ceux où Fou voit Faction forte du cerveau provoquer et redoubler celle dé Fesfomac. J’ai connu un jeune médecin plein de talent , et sur-tout d’érudition , qui ne pouvait travailler qu’ après un repas copieux» J’ai plu-* sieurs fois entendu dire à M» Turgot , l’une des plus fortes têtes qui aient jamais existé, que le moment de la digestion était celui où il se sentait le plus capable d’une méditation profonde et de tous les travaux d’esprit. Or , il mangeait ordinairement beaucoup. Mais cette distraction des forces , qu’elle ait lieu dans l’état de maladie ou de santé ( car il faut regarder Faction qui s’exerce dans un organe malade $ comme l’emploi le plus complet de toute son énergie vitale), cette distraction débilite d’autant plus la constitution , qu’elle est plus fréquente et plus prolongée , et rien sur-tout n’use plus vite et plus radicalement le système nerveux. Le jeune médécin dont je viens de parler est mort , à peine âgé de trente ans , le poumon

farci de tubercules squirrheux ; et M. Turgot ^ dans toute la . vigueur de l’âge ^ le foie et le poumon remplis de calculs tophacés. Je crois devoir observer encore que les personnes chez, lesquelles plusieurs organes internes essentiels s’excitent ainsi mutuellement , et entrent simultanément en action , ont besoin d’un plus grand exercice musculaire , pour diminuer l’effet de ces vicieuses sympathies , et pour ramener immédiatement à l’extérieur une partie des forces €{ui se concentrent dans l’organe' le moins excité : car c’est d’abord sur lui qu’agit la révulsion. Or ? l’action de cet organe étant directement affaiblie par là , il s’ensuit bientôt que ceux qui sont plus fortement excités perdent indirectement toute la partie de leur action qui n’est que sympathique ; et l’ordre naturel , ou l’équilibre des fonctions ? se rétablit alors de ïui-méme par degrés.

Quand le dérangement de l’estomac y qui accompagne le rhume de poitrine ou de cerveau ^ n’est caractérisé que par le dégoût des alimens -, et qu’il n’y a point lieu de penser que des restes de mauvaises digestions , des glaires

SUR LES CATARRHES, etC»

tenaces , ou des matières bilieuses importunent et fatiguent ce viscère, quelques grains d’ipéeacuanlia , ou quelques tasses d’eau légèrement émétisée, données à distances convenables , suffisent , en provoquant deux ou trois efforts de vomissement , pour ranimer la transpiration ; ou même , en excitant une douce sueur , pour emporter le rhume comme d’emblé , et quelques doses de thériaque , prises le soir en se couchant , en préviennent le retour.

Mais si des matières étrangères surchargent l’estomac, s’il est sur-tout englué de glaires catarrhales , on est obligé de recourir à des vo-> mitifs plus forts, et souvent même de les réitérer. En général , les vomitifs sont plus utiles que les purgatifs dans les affections des membranes muqueuses.; ils le sont particulièrement , malgré les théories boerrhaaviennes , dans les catarrhes du nez, de la gorge et du poumon (i) : les pur- ♦ gatifs , au contraire , y sont presque toujours plus ou moins nuisibles , ainsi que les lavemens : car

(i) C’est Bordeu le père , et non Stoll , comme on le croit généralement , qui a le premier donné les vomitifs dans les esqainancies et dans les maladies aiguës du poumon»

les uns et les autres ont l’inconvénient grave de rappeler les mouvemens vers ! ultérieur , et par conséquent , de déranger Faction de Forgane cutané , dont les sympathies étendues avec l’estomac et les intestins altèrent de plus en plus alors toutes les fonctions digestives. On remarque aussi qu’ils arrêtent ou troublent les codions critiques. C’est peut-être par leur action révulsive vers les organes internes , qu’iîs sont si rarement utiles dans le traitement des maladies hypocondriaques et vaporeuses. En effet j ces maladies dépendent., ou du moins sont presque toujours accompagnées, de concentrations sur difïêrens viscères du bas-ventre : or *

7 jz

les purgatifs , outre Féneçvation qu’iîs laissent apres eux , augmentent cette direction non naturelle des mouvemens , et aggravent le sentiment d’angoisse et le désespoir dont les malheureux malades sont dans ce cas habituellement accablés. *

Au reste , quand on est obligé de purger dans les affections catarrhales , il vaut mieux le faire avec l’eau émétisée , le kermès ou l’ipécacuanba, donnés à petites doses : car, de tous les

SUR LES CATARRHES^ etc. 71

remèdes qui peuvent évacuer par Las , les vomitifs ? et sur-tout les antimoniaux, employés de manière a produire cet effet , sont ceux qui débilitent le moins tout ce système : ils sont aussi en même temps ceux qui dérangent le moins la transpiration , par la faculté qu’ils conservent encore alors, quoiqu a un degré plus faible , de reporter les mouvemens à l’extéçieur.

Aussitôt qu’on est assuré que l’estomac et les intestins sont libres de toute matière corrompue , il faut donner des toniques. Ce temps vient ordinairement beaucoup plutôt qu 011 ne pourrait le penser } il arrive meme assez souvent que les signes d’embarras dans l’estomac et dans tout le tube alimentaire disparaissent sans evacitation sensible , et que le régime nettoie la langue plus utilement que ne l’eussent fait les

purgatifs.

Quant aux toniques généraux , les mieux appropriés sont le quinquina, la theriaque et les baumes. Le soufre et ses préparations naturelles ou artificielles , toniques directs du poumon , conviennent mieux ordinairement dans les maladies chroniques de cet organe ; et l’on n’a

OBSERVATIONS' guère besoin de les employer à la suite de» rhumes, que lorsqu’il est reste dans un état d affaiblissement et d’excessive sensibilité.

Le premier de tous ces remèdes dans le traitement des affections catarrhales est sans doute le quinquina ; mais quand on ne l’a pas donné tout de suite , il faut attendre , pour le mettre en usage , que les crachats présentent quelques signes de coction. J ai connu pourtant un homme qui 1 administrait indistinctement dans tous les i humes et a toutes leurs époques. Ce n’était point un médecin en titre ; mais ses grandes lumières comme physicien ne lui permettaient pas d ignorer les lois et le jeu de l’économie animale , dont il avait appris ce qui pouvait être utile à la direction de sa propre santé : c’était Franklin. Je dois à la vérité de déclarer que je Fai vu traiter ainsi toutes les personnes de sa famille et plusieurs de ses anus, et les guérir constamment en peu de jours. Cependant j’ai trouvé dans une pratique plus étendue , que l’emploi du quinquina demandait souvent beaucoup de précautions ; qu’il n’était utile chez un assez giand nombre de sujets que moyennant

•SUR LES CATARRHE^ ClC. 7 S

des modifications de différens genres ; et qu’enfin , dans certains cas , il était absolument contreindiqué. Chez les personnes sujettes à des concentrations intestinales , il est souvent suspect , et doit être associé à des opiatiques : dans ces circonstances , la thériaque réussit miette. Lorsqu’il y a des obstructions au mésentère au foie , et des dispositions bilieuses habituelles , les baumes > associés aux gommes fétides et à * de petites doses d’extrait de pavot , sont préférables au quinquina : quelquefois même alors il produit de très -mauvais effets. Ainsi donc j. quoique ce remède ne soit guère moins précieux dans le traitement des affections catarrhales que dans celui des fièvres intermittentes et de toutes les autres maladies périodiques , il faut des mains habiles et légères pour le manier avec succès ; et il doit toujours être employé méthodiquement , et non d’une manière empirique ; mais j’affirme en même temps que , lorsque nulle considération de la nature de celle dont je viens de parler ne le contre -indique, et lorsque l’estomac et les intestins sont bien nettoyés, il emporte presque toujours.

comme par enchantement (i), les rhumes les plus opiniâtres * dont il ne reste ? après son usage , qu’un léger enrouement qui se dissipe bientôt de lui-même.

Le bon effet du quinquina et de tous les autres toniques directs doit être souvent pré-» paré par de petites doses d’ipécacuanha , qui stimulent tout le canal alimentaire , et le débarrassent des matières corrompues ou nuisibles qu’il peut contenir. Chez les personnes délicates et mobiles y l’extrait dépouillé de sa résine , dit ipécacuanha corrigé dé Helvétius , est préférable à l’ipécacuanha en nature : il est moins sujet à pincer l’estomac et les intestins.

Je dois ajouter ici que les premières doses de quinquina purgent assez souvent : alors il prépare lui-même et assure l’utilité sans mélange de

son action ; il faut en donner deux scrupules ou ' %

(i) U est vraisemblable que les phthisies dans lesquelles Morton et plusieurs autres médecins illustres ont obtenu de si grands effets du quinquina , étaient du genre des catarrhales, des scrophuleüses , ou dépendantes de la simple débilité du poumon , et qu’elles étaient peu avancées : car dans le dernier période de cette maladie, il est presque toujours nuisible.

SUR LES CATARRHES, etc. J 3

un gros plusieurs fois dans la journée : à dose plus faible , il agit plutôt comme excitant que comme tonique. C’est une particularité de ce puissant remède , qui pourtant ne lui est pas exclusivement propre , d’exciter les mouvemens à dose faible , et de les fixer , de les régler a dose plus forte. Pendant son usage , il faut garder un régime sévère , et faire de 1 exercice. C’est encore une chose remarquée par les meilleurs observateurs , que le quinquina , dans toutes les circonstances auxquelles il est approprié , produit des effets d’autant plus sûrs , qu’un exercice modéré seconde son action : car, alors , bien loin de concentrer les mouvemens à l’intérieur ( ce qu’il peut faire quelquefois lorsque cette direction leur est antérieurement imprimée ) , il les distribue d’une manière plus égale , les rend critiques , et produit souvent des évacuations par les sueurs , les urines ou les .selles, qui complètent et constatent ses utiles effets.

On sait combien sont étendues les sympathies qui unissent la poitrine et tout l’appareil urinaire , y compris les organes de la genei atioix liés avec lui par des rapports bien plus impor-

taos que ceux du voisinage. C'est peut-être parce crue les balsamiques exercent une influence par» ticuliere sur les reins et sur la vessie , qu’ils produisent indirectement des effets si marques sur le poumon. Dans plusieurs maladies de la poi— ii me ils sont d une efficacité et d’une utilité re~ marquabîes : ils exigent seulement daïis leur administration beaucoup de prudence et de sagacité ; car ils deviennent toujours nuisibles dans les états inflammatoires > et presque toujours dans les derniers temps des consomptions idiopathiques. 11 est certain qu’à différentes époques de la médecine on les a trop indiscrètement employés ; les auteurs n’ont pas distingué assez nettement les cas ou leur utilité est incontestable y de ceux ou ils doivent nuire d’autant plus qu’ils ont produit des effets plus avantageux dans les premiers. Leur utilité se manifeste particulièrement dans les affections catarrhales dépendantes de la faiblesse du poumon ? dans les rhumes prolongés y dans ceux qui tiennent à l’imperfection de la digestion stomachique,, à 1 irrégularité des fonctions de l’organe extérieur ^ en un mot y toutes les fois qu’il s’agit de relever

SUR LES CATARRHES, OlC. 77

le ton général , et sur-tout celui de l’organe pulmonaire , vers lequel ils ne manquent jamais de diriger leur action. Je les combine avec les savonneux ? à la manière de Boerrhaave y avec la gomme ammoniaque (1), avec l’extrait aqueux d’opium. Je n’ai jamais eu l’occasion d’observer les heureux effets qu’on attribue à leur combinaison avec le soufre ; et j’avoue franchement que les guérisons de phthisies à leur dernier terme > opérées , dit-on y par le baume de Lucatel , ne me sont pas moins suspectes que celles dont on fait honneur à l’antihectique de Potérius.

Mais le soufre lui-même ? épuré par la sublimation y et privé par le lavage de tout reste d’acide ? est un des plus grands remèdes qui puissent être employés dans le traitement des maladies de poitrine. Est-ce en stimulant sans irritation l’estomac et les intestins ? et en augmentant la transpiration cutanée ; est-ce par une action directe sur l’organe pulmonaire , qu’il

(1) Quand on ne peut pas se procurer du véritable baume de la Mecque , devenu très-rare ? il faut employer le baume sec du Pérou,

le fortifie , et lui imprime un sentiment , pouf ainsi dire immédiat , de plus grande aisance ? Il est peu necessaire de se décider en faveur de l’une de ces deux opinions , ou de toute autre que la théorie pourrait suggérer. Mais quoi qu il en soit de la cause ou du moyen , les effets sont constans , et je ne balance pas à regarder le soufre comme le tonique spécial du poumon. Ce qui me ferait penser qu’il agit sur lui d’une manière directe, c’est qu’employé en fumigations;, il m’a paru conserver presque toute son * efficacité. Je le fais fondre sans inflammation ? et le malade en respire la vapeur. Le vase de fer qui le contient doit être d’autant moins échauffé que la sensibilité du poumon est plus grande. J emploie aussi de la même manière les baumes naturels , et de préférence le benjoin. On les fait fondre de la même manière sur une pelle chauffée médiocrement : avec cette précaution l’odeur en est agréable, et n’irrite point la gorge. On renouvelle l’opération de temps en temps ; et le malade peut , autant que le médecin le juge à propos, vivre dans une atmosphère parfumée de cette bienfaisante vapeur.

Combiné avec l’hydrogène , ïe soufre est entraîné par ce gaz dans une transformation en fluide élastique aérien ; et , sous cette forme , il se mêle facilement à l’eau. Les eaux hydrosulfurées, naturelles ou artificielles, manifestent une partie des propriétés du soufre : elles raniment les fonctions de l’organe cutané ; les sels que tiennent en dissolution celles que prépare la nature , augmentent leur action sur tout le système abdominal ; et la petite quantité de fer que quelques-unes contiennent en outre ? rend leurs effets toniques plus durables et plus marqués ; mais c’est dans les dispositions catarrhales chroniques , et dans l’état habituel de faiblesse du poumon , soit idiopathique , soit secondaire et dépendant de celui des viscères du basventre , qu’elles fournisssent les plus puissans et les plus utiles secours.

On abuse étrangement aujourd’hui dé l’opium, dans plusieurs parties de l’Europe , pour le traitement d’une grande quantité de maladies. Un système qui les ramène toutes à deux chefs, dont les caractères sont ou paraissent si faciles à saisir , ne pouvait manquer , indépendamment

de ses vices fondamentaux comme. théorie, d'introduire dans la pratique les plus funestes abus,, en dispensant les médecins de presque toute observation (i). Mais il ne faut pas faire rejaillir sur ce remède le blâme mérité par quelques-uns de ceux qui remploient. L’opium est assurément un des plus efficaces et des plus utiles moyens que la nature ait fournis à la médecine : on produit par lui des effets qu’on ne pourrait obtenir d’aucune autre manière. Il est particulièrement utile dans les catarrhes aigus ou chroniques y mais il a besoin d’ètre employé par un médecin prudent. Sydenham lui-même y fut trompé dans le traitement d’une fièvre catarrhale : cet immortel praticien avoue , avec sa candeur ordinaire , qu’il le donna trop tôt ? ainsi que les toniques excitans auxquels il l’associait

(i) Tant que les praticiens observent attentivement, il importe peu qu’ils adoptent tel ou tel système. Tous les systèmes ont eu de bons praticiens ; mais ceux qui favorisent la paresse , trop naturelle à l’homme , et qui nourrissent cette présomption opiniâtre , que les idées générales , faciles à saisir , inspirent toujours à leurs adeptes, ceux-là sont très-dangereux, sur-tout dans un art qui île se perfectionne que par l'étude attentive, et reprise cent fois, d’une foule d’objets particuliers.

Sur les catarrhes, etc. St

Ordinairement dans les cas analogues , avec beaucoup de jugement et de tact.

Peut-être cette heureuse association est-ellè la véritable cause des étonnantes propriétés de la thériaque, qui, dans plusieurs maladies de la poh îrine , et dans un plus grand nombre encore de maladies de l’estomac, ne peut être remplacée par aucun autre remède. En voyant la liste des drogues qui entrent dans la composition et la préparation sans méthode de ce remède , on ne peut que sourire de l’ignorance pharmaceutique qu’il suppose dans son premier auteur ; et la théorie seule nous inspirerait pour son emploi le dédain le plus juste en apparence ; mais au lit des malades , on ne tarde pas à changer d’opinion ; et l’on est bien plus étonné des effets , véritablement admirables , que peuvent lui faire produire des mains habiles et expérimentées.

La thériaque est particulièrement utile à la fin des rhumes, quand l’appétit ne se réveille point, et que le sommeil est troublé par la toux \ elle convient également toutes les fois que la durée des évacuations catarrhales tient à l’imperfection de la digestion stomachique , et qu’l!

s'agit tout ensemble d’achever la coctîon des

crachats , d’en diminuer la quantité , et de ra-

, VJf; v * *

miner la transpiration insensible.

Nous avons dit que les rhumes légers se guérissent ordinairement d’eux-mêmes, et qu’ils n’exigent que quelques petites précautions et beaucoup de sobriété. Quoique je sois très-» éloigné de partager l’opinion des médecins qui regardent le vin comme une espèce de poison , j’ai constaté, par une suite nombreuse d’observations , qu’il est presque toujours nuisible dans les rhumes ; les vins acides y produisent surtout de mauvais effets. Il est vraisemblable que c’est en augmentant la disposition à ce qu’on appelle les aigreurs , qui se manifeste alors dans l’estomac après les repas les moins copieux. Quand l’habitude a rendu le vin nécessaire à la digestion, il faut dans les rhumes préférer les vins amers ou sucrés , ou ceux qui contiennent beaucoup de parties extractives et d’esprit , sauf à les étendre les uns et les autres dans la quantité d’eau qu’ils peuvent exiger pour ne pas agir trop vivement sur le système nerveux.

Les rhumes violens méritent toujours de l’at-

SUR L'ES catarrhes, etc. 83

tention, particulièrement chez les personnes dont la poitrine est faible, qui digèrent imparfaitement , ou qui sont sujettes à des répercussions subites de la transpiration, à des engorgemens des glandes, à des douleurs rhumatismales et goutteuses. Chez les vieillards ils sont presque toujours graves , ou du moins menaçans : la moitié peut-être des personnes qui parviennent à un grand âge périssent de catarrhes opiniâtres ou négligés*,

Le rhume a une odeur particulière, très-facile à reconnaître quand on l’a remarquée une fois , mais qu’il n’est pas plus possible de décrire que toute autre sensation directe. Dans les rhumes légers elle est faible ; elle est forte dans ceux qui sont violens. Les rhumes violens sont presque toujours contagieux } ils paraissent l’être d’autant plus que leur odeur est plus vive et plus marquée. Je n’ignore pas qu’on refuse en général d’admettre le caractère contagieux des rhumes , mais une multitude d’observations ne me laissent aucun doute à ce sujet (i).

Au reste, la dyssenterie, qui n’est elle-même

(i) M. Chavassieu d’Audebert, qui a publie l’anuee dernières

qu\me affection catarrhale des intestins, se propage bien certainement par la contagion ; quand l’irritation se trouve portée à un certain degré, il suffit pour la contracter immédiatement , de sentir de près l’odeur des déjections du malade ; et j’observe que, dans cette odeur, lorsque le faible degré du mal permet qu’on la puisse étudier assez attentivement, on retrouve, au milieu de plusieurs autres odeurs qui la compliquent, celle du rhume, ou de l’affection catarrhale de la membrane muqueuse du nez, de la gorge , etc. ; et j’ajoute que j’ai fait la même remarque sur les urines des personnes attaquées de catarrhes de la vessie ; j’ai cru y reconnaître distinctement, à travers leur impression ammoniacale , cette même odeur particulière , dont l’examen soigneux des rhumes m’avait donné la première notion. Tout me porte même à penser que les maladies contagieuses développent cette propriété , par le moyen de particules odorantes exhalées du foyer , et qui remplissent autour de lui f atmosphère , mais à des distances beaucoup

un bon écrit sur les effets de riuimidite , paraît être dans îa

même persuasion.

SUR LES CATARRHES, etC.

plus petites qu’on ne le croit communément; et ce qu’il y a de singulier , c’est que ces odeurs ne sont pas toujours très-desagréables , ou que du moins leur puanteur n est aucunement proportionnelle à leur danger.

Ce n’est pas seulement l’haleme des malades, ce sont aussi les humeurs évacuées par les crachats, ou celles du nez qu’entraînent les éternuemens , qui font sur l’odorat une impression particulière ; mais cette dernière impression n’est pas la même que celle de Fhaleine. Plus le rhume est violent, plus les humeurs sécrétées sont abondantes , âcres et tenues ; leur odeur est alors si remarquable , qu’elle frappe le malade lui-même. Si l’on présente au feu les linges qu’elles ont imbibés, il s’en exhale une vapeur comme sulfureuse dont ils conservent encore la trace , même lorsqu’ils sont entièrement secs. J’ai connu des individus très-sujets aux rhumes , qui avaient appris â leurs dépens à distinguer ces odeurs , et qui fuyaient par instinct ceux qui leur en faisaient éprouver la plus fugitive impression. J’ai connu entre autres une femme d’iuie sensibilité très-vive , à qui le.

voisinage d’une personne enrhumée communia cpiait aussitôt un léger sentiment de froid.

Nous avons déjà dit que la saignée est moins souvent qu’on ne le pense nécessaire dans les affections catarrhales ; or, elle y est toujours nuisible lorsqu’elle n’y est pas nécessaire. Quand on croit devoir en faire usage , il faut l’employer au début et sans délai y mais soit qu’on l’ait jugée convenable, soit qu’on ait rejeté ses indications, si fréquemment équivoques alors, les vues du médecin, passé les premiers temps, doivent se tourner d’un autre côté.

On est en général très-occupé de diminuer l’àcreté de la pituite, l’irritation de la toux (i), les picotemens de la gorge ; et, pour cet objet, on prodigue les lochs huileux et mucilagineux , les sucs de fruits doux épaissis, et les pâtes amylacées ; mais tous ces moyens ont î incon—

(i) La violence de la toux est* à la vérité, quelquefois si grande, que la rupture des vaisseaux de la tête paraît inévitable 5 et l’âcreté de la pituite excite de si vives convulsions dans le larynx et dans tout le poumon, q,ue les malades semblent près de périr suffoqués. J’en ai vu qui se levaient tout-àcoup sur leur séant , et qui même s’élançaient de leur lit , pour içlierçîieï à retrouver debout la respiration qui leur échappais

sur les catarrhes, etc ! S J

venient grave d’engluer et de fatiguer 1 estomac, d’augmenter les aigreurs auxquelles il est alors si disposé; en un mot, leur usage, ainsi que celui des boissons adoucissantes , dont on abuse avec tant d’mdiscretion , ne m a guer e paru avoir d’autre effet que celui de retarder la coction des rhumes , et quelquefois de les renouveler : car je ne crains point d assurer, contre l’opinion commune , que les boissons abondantes et tièdes sont toujours nuisibles dans les affections catarrhales , à moins qu elles ne soient impérieusement exigées comme stimulant ou véhicule d une sueur babtueuse et ci îtique , que l’on croit devoir soutenir pendant quelque

temps .

Mais un remède presque toujours utile, et sur lequel on est souvent obligé d’insister , ce sont* les vomitifs. Dans les affections catarrhales opiniâtres, on y revient plusieurs fois avec succes.- La coqueluche , qui est un catarrhe stomacal et convulsif, exige ordinairement leur répétition > à dose convenable pour produire le vomissement, et leur continuation pendant les inters v ailes , à la faible dose qui suffit pour exciter: k

OBSERVATIONS nausée. Les vomitifs, lesopiatiques, les toniques, composent le traitement de la coqueluche ; les incisifs les plus puissans, employés en Angleterre et en Allemagne, ne mont jamais paru nécessaires dans notre climat de Paris et de ses envi- • ■ rons. Quoique des hommes dignes de confiance

aient préconisé les grands effets des cantharides pour le traitement des coqueluches rebelles , je n ai jamais osé, je F avoue , en faire usage dans une maladie ou prédomine le caractère convulsif. Les vésicatoires y conviennent quelquefois , mais c’est moins comme évacuans que par la propriété dont ils jouissent quand ils sont employés avec sagacité, de déplacer les spasmes, en établissant dans le système de nouveaux points d’irritation et de nouvelles directions de mouvemens ( i ) .

Alais 1 aiïection catarrhale dans laquelle les vésicatoires produisent les effets les plus prompts, et les plus sûrs, est celle qui porte sur la gorge , soit que le larynx , ou le pharynx , ou tous les

(i) Dans le ca faillie stomacal , des médecins distingues disent avoir employé avec beaucoup de succès l’eau de chaux ; je n’en aj jamais fait usage dans ce cas.

SUR LES CATARRHES, etc. 8g

deux à-la-fois, y soient intéressés; cest en un mot dans l’angine catarrhale. Dans l’angine inflammatoire, l’application des rubéfians externes n’est utile que lorsqu’on l’a fait précéder par les saignées convenables ; mais cette espèce est bien moins commune que ne le pensent beaucoup de personnes , qui prennent l’irritation et la rougeur du fond de la gorge pour des signes toujours certains d’inflammation. Le fait est qu’on guérit bien plus d’angines par les vomitifs que par les saignées, dont l’imprudente répétition a fait plus d’une fois dégénérer les aphtes en ulcères gangreneux. Dans les angines catarrhales , si les vomitifs n’emportent pas ou ne diminuent pas notablement l’embarras et la douleur , il faut sans tarder appliquer un ample vésicatoire sur le devant de la gorge. J’ai souvent employé ce moyen, et je puis en^garantir Fefïîcacité. Quand la disposition catarrhale est profonde , on trouve quelquefois dans la cloche élevée par l’action des cantharides une quantité considérable de flocons glaireux, semblables à ceux que présente le pus incomplet fourni par les glandes en foute et par les ulcères des scrofuleux : il

9° O B S E RVÂ T I O N S

est alors convenable d’entretenir la suppuration pendant deux ou trois jours ; mais hors ce cas ? du moment que les cantharides ont produit leur effet , on peut panser la plaie superficielle avec le cérat, et hâter immédiatement sa guérison.

Lorsque dans le traitement des affections catarrhales de la poitrine on a heu de croire qu un rhumatisme déplacé les complique et les aggrave , il faut , si 1 on ne juge pas la saignée nécessaire , se hâter d appliquer le vésicatoire sur le point qu’occupe particulièrement la douleur ou l’oppression. Il est d’autant plus près-* sant de recourir à ce remède, que le malade est plus âgé ou d’une constitution plus faible : car s il est jeune et fort, rarement peut-on se dispenser de la saignée ; et les applications révulsives , telles que celles de la moutarde et des autres irritans, aux pieds, doivent presque toujours alors précéder l’emploi des moyens de dérivation. Je vais citer un exemple du premier cas, parce qu il présente une observation curieuse, également digne de 3 attention des physiologistes et des praticiens.

SUH LES CATARRHES, 6tC. Q *

Dans l’hiver de 1800 a 1804? pendant le-* pidémie catarrhale qui le termina , je fus appelé pour un respectable vieillard 5 mon voisin à Auteuil. On me dit qu’il était dans le plus pressant danger : quoique je fusse malade moimême , je me rendis chez lui sur-le-champ. Il avait eu , dans le précédent automne , une vive attaque de rhumatisme, et il en était incomplètement guéri. Je savais cette circonstance. En approchant de son lit, je le trouvai dans un état d’oppression extrême : il pouvait à peine articuler ; son visage était abattu ; et le calme mélancolique et recueilli de ses yeux m’annonça qu’il attendait tranquillement sa fin. Il me dit d’une voix entrecoupée qu’il avait un poids de mille livres sur la poitrine ; qu’il la sentait pressée comme dans un étau. Son pouls était intermittent,’ sa respiration devenait stertoreuse , et faisait en sortant battre les ailes du nez. Je lui fis appliquer un immense vésicatoire sur la poitrine , et donner de petites doses de kermès dans une infusion de bouillon blanc» Le lendemain matin on me fit dire qu’il était beaucoup mieux, et qu’il avait dormi pour la

première fois depuis plusieurs jours. Je n’en fus poiut étonne ; mais voici ce qui parut remarquable au chirurgien qui le soignait conjointement avec moi : en ouvrant la cloche du vésicatoire qui occupait presque toute la partie antei îeure de la poitrine , il la trouva remplie dune gelée tremblante, de la consistance et de la couleur de celle de corne de cerf, et parfaitement semblable a celle que les vésicatoires font transsuder quelquefois des articulations attaquées de rhumatisme , ou de la cuisse et de la jambe dans Vis chias nervosa , traitée suivant la méthode de Cotumnms.

On rencontre quelquefois dans la pratique une espèce de disposition catharrale de festomae qui mérite d’être observée et traitée avec beaucoup d’attention : elle est caractérisée par le vomissement d’une matière limpide et tenace , analogue à celle que les anciens ont décrite sous le nom de pituite vitrée . Cette matière est plus pesante que les simples glaires* mais elle est plongée dans un fluide écumeux et léger. L’un et 1 autre sont à-peu-près sans goût et sans odeur pour le malade; ils nom pour l’obser-

SUR LES CATARRHES, GtC. Cp'

vateur que l’odeur du suc gastrique , qui sans doute s’y trouve mêle en quantité plus ou moins considérable. La présence de cette humeur dans Festomac y produit, non des douleurs vives , mais un pénible sentiment de pesanteur et de froid ; il est accompagné d’une toux sèche et légère, qui, par sa persistance, altère à la longue le poumon , et se termine par une véritable phthisie. Parvenue à ce terme, mon maître Bubrueîl la traitait par des remèdes ap-

propriés à son caractère primitif : il tenait le

malade dans un état de nausée continuelle pendant plusieurs jours, au moyen de petites doses d’ipécacuanha fréquemment répétées ; il le faisait ensuite vomir à plusieurs reprises, et complétait la curation par F usage long-temps prolongé des eaux sulfureuses , et par Fexercice du cheval. Tel est le traitement par lequel il avait guéri plusieurs fois cette espece particulière de phthisie, déjà parvenue à son troisième période. Vraisemblablement c’est la même que

le charlatan cité par Cullen guérissait en Ecosse par l’emploi réitéré des vomitifs.

Pour moi, je n’ai eu l’occasion de traiter que

94 observations

la disposition catharraîe qui la prépare et lü détermine , et je Fai fait par la meme méthode* avec un entier succès. Mais comme cette dis-» position est ordinairement très - opiniâtre , les malades ont ete obligés de faire un long usage de bols où entrent l’ipécacuanha , la gomme ammoniaque, le baume sec du Pérou, et une petite quantité d’opium *

Mon désir et mon intention formelle de rendre cet écrit très -court, comme l’annonce son titre , m’a forcé d’en présenter les vues d’une manière sommaire * et d’écarter, avec le même soin qu’on pourrait mettre à les saisir, les déveïoppemens qui s’y présentent à chaque pas : je n’ai sur-tout fait qu’indiquer l’esprit des traitemens , et les remèdes particuliers qui m’ont paru y produire les effets les plus utiles et les plus sûrs, sans m’arrêter à tracer aucune de ces formules auxquelles le charlatanisme d’un côté et F ignorance de l’autre attachent tant de prix. L’applicatioi de ces remèdes doit être toujours déterminée et dirigée par un médecin prudent. Selon moi les ouvrages de pratique ne doivent être faits aie pour les praticiens :

SUR LES CATARRHES, etc. QO

ceux qui ont pour objet de la mettre a la por^ tée de tous les lecteurs ont causé des maux infinis ; je n’en excepte pas même celui de Tissot. Les personnes qui n’dnt aucune connaissance de la médecine, et qui veulent se traiter elles-mêmes ou traiter les autres d’après des livres , auraient souvent sujet de déplorer leur dangereuse présomption si elles savaient toujours en reconnaître les effets. Ce sont particulièrement les dames chantables , qui devraient bien se dispenser d’administrer aux pauvres et aux malades d’autres secours que ceux d’un meilleur bouillon , d’une meilleure chambre , d’un meilleur lit. Le pauvre sain a besoin de travail ; malade , il a besoin d’être tenu plus chaudement, plus proprement, et soutenu par une nourriture plus restaurante et plus saine. Quand on ne peut pas leur procurer un médecin habile, on doit, comme le dit Sydenham avec toute l’autorité de son nom, se borner à les alimenter , et non prendre sur soi de les médicamenter.

Je n’entrerai donc point dans de plus grands détails sur le traitement des différais cas dont

$£> OBSERVA Tï O h s

j’ai parlé ci-dessus : ce oe sont pas les for*» mules qui manquent au praticien judicieux; ce sont les indications justes pour leur application dont il a souvent besoin.

Voulant éviter la répétition de ce qui se trouve par-tout élans les livres y il ne me reste maintenant qu’à indiquer le régime préservatif, qui me paraît convenir le mieux dans les dispositions catarrhales : c’est ce que je vais faire encore en peu de mots.

Les dispositions catarrhales sont quelquefois héréditaires : on les voit se reproduire dans la même famille, et se caractériser par les mêmes phénomènes, jusqu’à la troisième et à la quatrième génération. Elles semblent en quelque sorte naturelles aux enfans : des digestions incomplètes engendrent cette grande quantité *d humeurs muqueuses dont tous leurs organes sont comme imbibés. Les vieillards sont tourmentés de pituites gutturales , de rhumes et de fluxions : ils meurent souvent étouffés par des catarrhes aigus ou chroniques , dont le principe vivant n’a pas chez eux la force de cuire et d évacuer la matière. Dans l’àge consistant, les

SUR LES CATARRHES, CtC. g J

dispositions catarrhales dépendent ordinaire- ^ ment de la faiblesse des digestions , de l’inertie de la bile , du défaut d’énergie , ou de f’irrégularité qui s’est introduit dans les fonctions de l’organe extérieur. Rien ne les produit aussi dû rectement et ne les entretient d’une manière aussi efficace que la répercussion fréquente de îa transpiration insensible.

Les dispositions catharrales sont plus ou moins graves , suivant l’âge de l’individu , son tempérament et l’état de ses organes 9 sur -tout de ceux de la poitrine. Chez les enfans , la propreté, l’attention à tenir leurs berceaux et leurs lits bien secs , à ne point leur donner d’aîimens visqueux , et de temps en temps quelques petites doses de sirop d’ipécaeuanha et de quinquina , suffisent pour remédier à cette inertie glaireuse qui se manifeste dans leurs humeurs. Les rhumes les plus simples des vieillards ont toujours besoin d’étre attentivement surveillés. Dans l’âge consistant 3 les catarrhes , même les plus violens, ne deviennent guère immédiatement dangereux que par leur complication avec des fièvres graves ; mais

leurs suites n’en sont pas moins souvent funestes j par la nature des maladies qu’ils déter- ^ minent et laissent après eux.

Pour combattre utilement les dispositions catarrhales , il faut avant tout maintenir dans leur action naturelle les forces de l’estomac , et corriger les vices des digestions par les’ moyens appropries aux diverses circonstances ; il faut soutenir la transpiration insensible et solliciter presque habituellement l’action de l’organe cutané, soit par les gilets de flanelle > soit par des frictions sèches faites sur tout le corps , soit enfin par un exercice doux , ce qui I vaut encore bien mieux. Les sujets faibles doivent avoir soin d’être suffisamment vêtus , surtout aux approches et à la fin de l’hiver. Ils doivent se garantir particulièrement des froids humides. Sydenham avait bien raison de regarder les froids de l’automne et du printemps comme très-pernicieux , et d’assurer que le glaive faisait périr moins de monde que 3a paresse à prendre , et sur-tout la précipitation à quitter, les habits d’hiver. 11 est indispensable , malgré l’opinion de Je an- Jacques , de bien

$ Tl R LES CATARRHES, 6tC. Q9

couvrir les enfans : ou n’habitue jamais au froid ceux qui sont nés faibles , en les y exposant presque nus , comme je l’ai vu faire par quelques parens à idées systématiques ; et les enfans les plus forts ont eux-mêmes besoin d’être suffisamment couverts quand ils ne sont pas en mouvement. Dans l’éducation physique d’Emile , il y a d’excellentes choses : mais il y a des erreurs dangereuses que le respect justement attaché au nom de l’auteur 11e doit pas nous empêcher de relever. Je mettrais encore de ce nombre , son opinion sur l’usage de la viande et du vin , dont sans doute les enfans vigoureux peuvent se passer ; mais qui le plus souvent, et je l’atteste après un nombre infini d’observations , tient lieu de tous les toniques les mieux indiqués. 11 est particulièrement utile chez la plupart des enfans plus faibles , soit pour hâter le développement de leurs forces naissantes et modérer leur excessive mobilité , soit pour retarder l’explosion précoce et funeste de leurs facultés intellectuelles et morales , qu’il faut s’efforcer de retenir dans l’enfance , jusqu’au temps de leur véritable maturité.

I OO e B S E R Y AT I O N S

On connaît l’influence qu’exercent les uns sur les autres les organes de la génération et cetfx de la poitrine ; c’est dans le temps de la plus grande activité des uns > que les autres sont le plus exposés à certaines maladies particuîières , et que ces maladies sont le plus dangereuses. Dans la jeunesse ^ la phthisie pulmonaire j c’est-à-dire plusieurs de ses variétés , sont bien plus menaçantes 3 et leur cours est bien plus rapide qu’à aucune autre époque de la vie.

D un autre côté ? le système lymphatique exerce sur le système pulmonaire une action très-étendue et très-marquée. Les affections des glandes influent toujours plus ou moins sur celles du poumon ; et dans les derniers temps de la phthisie y l’état de fonte du poumon se fait ressentir au système glandulaire ^ jusqu’au point d occasionner quelquefois de vrais bubons , sans qu’il y ait eu précédemment aucun symptôme vénérien.

Ainsi donc , c’est dans la jeunesse ; c’est aussi lorsque le système lymphatique ou glandulaire présente des signes d’affaiblissement dans ses

SUR LES C A T A R R H E S ? etC.

fonctions ; c’est sur-tout lorsque cet affaiblissement se manifeste par des éruptions susceptibles d’ètre facilement répercutées , qu’il faut surveiller attentivement les dispositions catai — rhales chroniques , car si leur duree et la i c— pétition des rhumes altèrent infailliblement les forces du poumon et précipitent la mort chez les vieillards y elles peuvent a chaque instant y et d’une manière très— rapide y se transformer en phthisie chez les jeunes gens. L usage des eaux sulfureuses et l’exercice du cheval sont

les moyens les plus el^caces de prévenir ce funeste changement. On peut aussi quelquefois employer des fondans doux y pour évacuai les

glaires de 1 estomac y ranimer la transpiration y b*

et hâter la coction des rhumes légers y mais y je le répète ? la sobriété y dans ce cas y comme dans beaucoup d’autres y est une précaution qui remplit souvent toutes les vues ? et sans laquelle on emploierait en vain les remedes les plus puissans. ,

Les praticiens Observent que la phthisie laryngée ou trachéale ? si rare aulreiois que 3a première description exacte en a été faite par

Morgagni (i), est maintenant très-commune, et îe devient chaque jour de plus en plus. Je ne fais pas difficulté de l’attribuer à l’audacieuse imprudence avec laquelle les charlatans et les medicastres emploient les préparations mercurielles salines , sur-tout celle qui porte îe nom de sublimé corrosif ( muriate suroxigéné de mercure ). D’ailleurs , cette maladie étant contagieuse , même dans les premiers temps , elle doit se propager avec une promptitude et une facilité funestes , dont il est inutile d’expliquer les raisons.

Bien loin que la phthisie trachéale soit particulièrement propre a la jeunesse, comme plusieurs autres especes de consomption pulmonaire, il parait au contraire qu elle attaque plus fréquemment les personnes d’un âge mûr ; et qu’elle est d’autant plus dangereuse , qu’elle parcourt d’autant plus rapidement ses périodes , que le malade est plus avancé en âge. En general , cependant , elle s’annonce long-temps d’avance, et sa marche est tfrdive ; quelques-

(i) Il paraît néanmoins qu’elle a été connue des anciens , notamment d’Hippocrate et d’Aëtius.

SUR LES CATARRHE S ? €tC.

uns même de ses symptômes , tel que l’altération de la voix et les aphtes , qui ne se montrent que dans les derniers temps des autres phthisies, la précèdent d’un intervalle de temps assez long pour qu’on puisse la prévenir , ou du moins la combattre avec succès. Mais elle est sujette à des rechutes ; et il est assez rare qu’on la guérisse radicalement. J ai connu un vieillard de quatre-vingt-dix ans y qui ? dans 1e cours de sa vie, en avait eu plusieurs attaques menaçantes y et qui toujours en avait arrête les progrès par le seul emploi de la fleur de soufre. Il usait souvent de ce remède dans sa dernière vieillesse 5 par une sorte de reconnaissance ; et pour combattre la disposition catarrhale qui lui en était restée ? il alternait ce remède ? tantôt avec l’opium 5 et tantôt avec le quinquina. L’opimn ? à dose faible , prévenait les assoupissemens profonds auxquels il était sujets et qu il regarda^: comme dangereux. J’ai fait depuis la meme remarque sur d’autres vieillards : la transpiration se répercute facilement chez eux ; et leurs habitudes catarrhales empêchent que 1 organe

extérieur ne conserve y dans ce déclin des forces

internes , son énergie et son activité. Or , le dérangement des fonctions de cet organe porte en général au. sommeil, comme si la nature, par un calcul sage , provoquait alors à dessein celle de ses fonctions qui ramollit directement la peau et ramène au-dehors les mouvemens concentrés vers l’intérieur. Les assoupissemens des vieillards tiennent donc fréquemment à des repercussions subites , ou à des vices de la transpiration; et l’opium reveille alors l’individu en le ranimant : ce qui du reste n’a point de rapport avec le trait souvent cité de Rivière; car ce médecin ne réveilla son malade , au moyen de l’opium, que parce que le remède opéra comme fébrifuge , et coupa l’accès d’une fièvre pernicieuse qui causait l’assoupissement.

Morgagni conseillait , dans les menaces de pbtbisie trachéale ou laryngée , de garder la #b «ambre , d’y respirer constamment des vapeurs balsamiques , et d’user à l’intérieur de pastilles composées avec les baumes qu’il faisait dissoudre et empâter dans quelque matière mucilagineuse. Les fumigations et l’usage interne des baumes sont très-utiles alors : mais il n’eu

SUR LES CATARRHESj etc.

est pas de même de la privation d’exercice et d’air frais ; elle y est au contraire fort nuisible. Ce qui m’a constamment réussi de mieux dans le traitement de cette maladie, c’est ( outre l’emploi de balsamiques sous différentes formes ) l’application d’un vésicatoire volant à la

partie antérieure du cou, les sucs des plantes crucifères ou tétradynames , les eaux sulfureuses , et l’exercice du cheval.

Les aphtes sont une maladie propre aux membranes muqueuses (i); ils accompagnent plusieurs de celles dont nous venons de parler , mais ils n’exigent de soins particuliers que lorsqu’ils sont ou menacent de devenir gangreneux. En général, ils suivent le sort de la maladie principale dont ils dépendent : ils sont quelque-

(i) Les aphtes paraissent être une degêne'ration particulière du tissu de ces membranes : ils ne sont dangereux par euxmêmes que lors qu’ils sont nombreux et serre's. Alors ils interrompent quelquefois toutes les fonctions digestives, et dége'nèrent par l’affaiblissement de l’individu. On les traitait autrefois,, ainsi que les maux de gorge, dont ils sont si souvent une complication, par la me'thode astringente et re'percussive. Cette méthode est en ge'néral suspecte, et plus d’une fois elle a produit les effets les plus fâcheux Sebastianus Nasius, cite par Barthez, en rapporte un exemple frappan t.

Î06 OBSERVATIONS SUR LES CATARRHES, etC.

fois îe symptôme dominant d’une fièvre trèsdangereuse. (Voyez les dissertations de Keltelaër et de M. Auvity sur ce sujet. )

On s’attend peut-être à trouver ici quelques remarques sur l’asthme et sur le catarrhe suffoquant ou férin, mais ni l’un ni l’autre n’appartient aux affections catarrhales : l’un par son caractère périodique , et tous deux par leur nature convulsive, doivent être rapportés aux maladies de l’organe nerveux. Pour dire des choses un peu satisfaisantes, sur cette matière, il faudrait entrer dans un nouveau système d’idées; il. faudrait sur-tout pouvoir le faire avec quelque étendue : et j’ai déjà passé les bornes que je m’étais imposées en commençant cet écrit.

Je le termine donc, en faisant de sincères vœux pour que sa lecture puisse être de quelque utilité. Au milieu de tant de livres qui glacent d’effroi les plus intrépides lecteurs, ce but est le seul qui puisse faire prendre encore la plume à un homme sensé : et quand on n’a, comme moi , que peu à dire, on doit le faire en peu de mots.

Page 1