‹ Des systèmes en médecine, et de leur influence sur le traitement des maladies. Discours servant d'introduction au cours de thérapeutique et de matière médicale, de la Faculté de Médecine de Montpellier, pour l'annee 1827Chapitre 3 sur 18 · L’autopsie cadavérique · texte numérisé non relu

L’autopsie cadavérique

Nous ne saurions mettre en question les avantages Nécessité que la pathologie peut retirer de la physiologie. dec,al!fet la

' 1 J 0 pathologie par

La santé et la maladie n’étant: que des modifi- ja physiologie, cations d’un seul et même état , l’état de vie , il est etcévident que les phénomènes qui appartiennent à l’une et à l’autre, sont liés par des rapports dont la connaissance 11e peut que servir à les éclairer réciproquement , en sorte que la physiologie et la pathologie se prêtent des secours mutuels , ou plutôt ce sont deux parties d’une même science , celle qui s’occupe de la nature de l’homme , de naturel hominis. ( Hippocrate. )

La science de l’homme ne peut être complète que par la considération de 1 universalité des faits qui se rapportent à l’état sain et malade. Cette science , lorsqu’elle étudie les mouvemens , ou les determinations de la puissance vitale, dans la santé, prend le nom de physiologie ; elle s’appelle pathologie , lorsqu’elle considéré les déterminations de cette cause dans les actes qui s’éloignent de l’état normal et qui composent la maladie.

Les applications de la physiologie , c est-à-dire , de l’observation des phénomènes de la vie , considérée dans l’état sain , à l’étude des aberrations que ces phénomènes peuvent éprouver et qui constituent l’état malade , sont très-importantes et même indispensables. Ces applications qui ont été , de tout temps , d’un usage familier pour la plupart des médecins instruits , jettent le plus grand jour sur la nature des maladies , sur les indications thérapeutiques, et sur le mode d’action des médicamens , ainsi que sur les règles de leur administration (i).

Toutes les théories pathologiques sont déduites de la considération de l’état physiologique. Tous les médecins, excepté ceux qui se bornent à un empirisme grossier, partent d’idées physiologiques

(i) Imo verb ex physiologia omnes ante dicti sapicntue prof essores osiendunt , neminem posse morbos commode curare , qui corporis universi natufam non perspexerit.

Galen . Method . medendi. Cap .11, p. 6. t. X . ecl Chart .

pour établir les bases de leurs doctrines médicales; mais tous n ont pas des idées très-saines en physiologie: celles de M. Broussais ne peuvent être regardées comme plus exactes, ni dans les généralités , ni dans les détails.

Barthez a déduit les principes quil nous a laissés sur la science de 1 homme , de la comparaison de tous les faits qui ont été bien observés tant dans la santé que dans la maladie. Il a embrassé , dans sa doctrine, les déterminations de la puissance vitale dans l’état régulier et les désordres qui surviennent dans cet état , ainsi que les déterminations que cette puissance y affecte. Personne n’a porté plus loin que Barthez, les applications des considérations de l’état sain à l’état malade. Sa théorie médicale est toute physiologique. Il pouvait faire ces applications avec d’autant plus davantage , que ses vues physiologiques étaient très-étendues , que sa doctrine sur la nature de l’homme ne se borne pas à l’appréciation d’un seul fait , pris isolément et généralisé outre-mesure , quelle embrasse , au contraire , tous les phénomènes de l’économie vivante, quelle en reconnaît toutes les analogies , et en distingue toutes les différences, en les rapportant à autant de causes expérimentales qu’il y a de faits primitifs différens.

Quelques auteurs modernes, au contraire, font dépendre tous les phénomènes de la vie d’un fait unique, l’excitation ou l’irritation, et d’une seule

cause , la faculté qu’a le corps vivant d’être excité ou irrité par les agens extérieurs , excitabilité , irritabilité. Ils n ont pu exprimer ainsi toutes les analogies et toutes les différences des phénomènes , aussi nombreux que variés , que ce corps présente 9 ce qui les a conduits à créer un système physiologique très-incomplet , sur lequel ils ont elevé des théories pathologiques tout aussi incomplètes , et des méthodes thérapeutiques qui ne peuvent satisfaire à la nature diverse des maladies.

On ne peut rendre raison des phénomènes de la vie par un seul fait auquel on les rapporte tous , et dont on déduit l’existence d une force ou faculté vitale unique. On ne peut réduire toutes les maladies à deux lésions de cette propriété ; on no peut remplir toutes les indications thérapeutiques par deux genres de remèdes. Tel est , neanmoins, le résultat auquel conduisent nécessairement les systèmes physiologiques, dans lesquels on veut ramene r tous les actes de la vie à un seul fait principal , Y excitation ou irritation , à une seule faculté, 1 excitabilité ou irritabilité (i). Tel est le vice radical de

(i) Pour nous borner à une seule objection , l’excitabilité ou l’irritabilité peut-elle nous expliquer les actes par lesquels chaque organe répare ses pertes , ou cet autre acte par lequel chaque appareil sécrétoire change le sang' en un autre fluide , tel que la salive , la bile , etc. ? Quel rapport y a-t-il entre la transformation des alimens en chyme , du chyme en chyle , du chyle en sang , et du sang en la matière de nos divers ©rganes f etc. p et les phenomenes de 1 excitabilits ?

îa doctrine de M. Broussais , qui ne mérite pas plus que toute autre le nom de Physiologique.

La vie et la santé sont, pour M. Broussais , le résultat de l’impression de certains agens sur les organes. Cette impression est ce qu’il appelle excitation ou érection. Si cette impression , ou l’influence des agens extérieurs est trop forte , ou différente de ce qu’elle doit être , il en résulte une sur-excitation ou irritation ; si elle est moindre , il y a un état contraire , un état négatif, une ab-irritation. Ces deux états sont l’origine de toutes les maladies , avec cette différence que l’irritation est un phénomène plus généralement existant, et que la plupart clés maladies sont rapportées à ^ette cause , tandis que le plus petit nombre est entretenu par la faiblesse.

L irritation est une affection des organes vivans? qui a plus d’intensité et moins de régularité que leur action dans l'état normal. C’est cette affection que M. Broussais regarde comme l’origine de presque toutes les maladies.

En établissant ce principe , l’auteur de la doctrine physiologique n’a considéré qu’un point de la question ; il n a examiné qu’une seule circonstance de 1 irritation ; il a mis de coté tous les autres rapports que 1 irritation peut avoir avec les maladies, et ceux que celles-ci entretiennent avec l’irritation. Il n’a reconnu , enfin , qu’une espèce d’irritation ; celle

L’Irritation.

qui a pour caractère anatomique , l'engorgement du système capillaire sanguin , c est-a-dire , 1 n ritalion inflammatoire , ou celle qui se rapproche de cette dernière ; tandis que l’expérience clinique nous en fait distinguer d’autres espèces qui sont caractérisées par des phénomènes propres , et qui sont relatives aux méthodes de traitement diverses dont elle a constaté les bons effets.

L’irritation , ou la modification des forces vitales qui en est le principe , est souvent un élément de maladie, elle peut donc en être une des causes; mais souvent elle est l’effet de causes très-différentes > comme aussi la cause d’effets qui offrént de nombreuses différences.

M. Broussais a négligé toutes ces considérations qui sont, néanmoins, de la plus grande importance pour le diagnostic , pour le pronostic , et poui le

traitement des maladies.

L’irritation n’est , à la rigueur , une irritation simple ou une affection existante par elie-meme, que lorsque les stimulus qui l’ont produite, après avoir exercé leur action , ne laissent dans la partie rien qui puisse altérer ou prolonger ses effets. C’est ainsi qu une solution de continuité chez un individu bien constitué , donnera lieu à une plaie simple dans laquelle l’irritation qui n’est suivie d’aucun autre effet qui lui soit étranger, étant convenablement combattue, sera bientôt guérie , et avec elle la plaie quelle entretient. Mais supposez que l’individu qui aura été

soumis à cette cause d’irritation, soit entaché d’un vice vénérien , dartreux , scrofuleux , etc. , cette plaie, réduite d’abord à l’irritation, dégénère en ulcère plus ou moins rebelle. 11 existe ici une cause intérieure qui dénature les effets de l’irritation primitive , y ajoute une irritation nouvelle produite par la complication de l’un de ces vices qui, dans ce cas , doit fixer toutes les vues thérapeutiques. Ce n’est donc plus une irritation simple qu’on a à combattre , mais bien la cause qui l’entretient , et ce ne sera qu’après la destruction de celle-ci que l’ulcère disparaîtra.

Les stimulans extérieurs peuvent donc produire une irritation; mais celle-ci ne reste pas dans un état de simplicité ; elle reçoit de grandes modifications de l’influence des autres irritans intérieurs, qui varient suivant la disposition du sujet , et qui sont eux-mèmes capables de développer des maladies diverses plus ou moins graves (i).

M. Broussais ne voit , dans toutes les maladies ? que la suite de l’irritation , et les différences qu’il établit entr’elles, se bornent au seul degré d’intensité de l’irritation et de ses effets, ainsi qu’à là diversité du lieu où elle est fixée. Mais il est bien aisé de reconnaître qu’il y a , dans un grand nombre de maladies , autre chose que plus ou moins d’inten-

(i) Voy. Mémoires de médecine , etc. ; par J. B. E. Demorcy- Delletre.

sité dans l’irritation, et que la plupart présentent des différences bien reelles dans la nature , ou la cause de l’irritation et de ses effets , différences qu’on ne saurait tirer du seul degré de l’irritation et du siège quelle occupe; différences bien autrement importantes , puisqu’elles deviennent la source des seules indications curatives vraiment utiles.

En partant des principes de la doctrine physiologique , on est obligé de confondre des affections morbides qui n’ont aucun rapport entr elles , et qu il est très-essentiel de distinguer , si l’on veut adopter des vues saines de Thérapeutique. D’après ces principes , le rhumatisme et les tumeurs blanches des articulations se trouvent confondus dans le meme genre de maladies, sous le nom d 'arthrites, soit aiguës , soit chroniques , et dépendent de 1 irritation plus ou moins vive des articulations. On leur oppose la même méthode de traitement, cest-a-oire , les émissions sanguines locales plus ou moins réitérées , les applications émollientes , etc. , qui , dans tous les cas, paraissent également indiquées aux sectateurs de la nouvelle doctrine. Peut-on réunir des objets aussi disparates? Le traitement des tumeurs blanches des articulations offre-t-il les mêmes indications que le rhumatisme inflammatoire? Quelle analogie y a-t-il entre une tumeur scrofuleuse du genou et un engorgement inflammatoire de cette même articulation, qui peut se presentei dans quelques espèces de rhumatisme? Car il faut bien savon

que les rhumatismes ne sont pas tous de la même nature.

Dans ies affêctions scrofuleuses , tous les systèmes organiques sont dans un état de langueur et d’iner— tie; la force tonique des vaisseaux capillaires sanguins , est au-dessous de l’état normal , le système lymphatique est lui-même dans l’affaissement. Un des caractères principaux de ces maladies est la faiblesse , et on ne peut les guérir , ainsi que l’observation le démontre tous les jours , que par l’usage des toniques et des excitans. S’il survient de l’irritation pendant leur cours , elle est passagère , et il ost bien rare qu elle prescrive l’usage d’une méthode anti -phlogistique, telle que pourrait l’exiger une irritation inflammatoire existante par elle-même.

Je ne nie pas que l’inflammation ne puisse se joindre quelquefois à 1 état scrofuleux. Il s’agit alors de déterminer dans quel rapport se trouvent ces deux affections. Lorsque l’inflammation acquiert une prédominance marquée sur les scrofules , elle constitue un élément de plus qu’il faut traiter, comme s il existent indépendamment du vice scrofuleux»

L inflammation devient, dans cette circonstance,, un sujet d indication thérapeutique: ce qui n’empêche pas , quand elle a été calmée , qu’il ne faille s occuper des médications relatives aux scrofules.

En admettant que l’irritation concoure à la formation de quelques maladies , on est forcé de con- Yenii que 1 irritation a , sur la constitution en général

et sur les organes en particulier , des effets qm varient suivant la disposition où se trouvent cette constitution et ces organes, et que ces eflets deviennent eux-mêmes des élémens morbifiques de natuie diverse , qui doivent fixer toute l’attention du médecin , puisqu’ils fournissent des données principales pour un traitement différent. On sait que l’irritation amène la fluxion, la congestion, l’inflammation , l’altération des humeurs , celle des

solides, etc.

11 importe de savoir aussi , que l’irritation développe des accidens qui sont en rapport avec les diverses périodes des maladies \ que linitation ne peut se soutenir au même degré dans toutes ces périodes ; que s’il y a irritation dans la première , cette irritation décroît à mesure que la maladie avance vers son terme, et que sur la fin , il succède le plus souvent un état de faiblesse , qui est e n raison de la vivacité de 1 irritation ou de la reaction antécédente.

11 n’est pas moins essentiel de reconnaître , que l’irritation n’est pas , dans toutes les occasions , un état identique , qui soit susceptible de céder aux mêmes moyens curatifs. L’irritation nerveuse ne saurait être confondue avec l’irritation inflammatoire. Les remèdes qui calment la première sont nonseulement insuffisans pour combattre la seconde , mais encore ils ajoutent à son intensité. Les antispasmodiques, les narcotiques ne saui aient etie

assimilés , dans leurs effets, aux anti-phlogistiques.

Ce serait donc s’abuser d’une manière fort étrange, si 1 on ne considérait dans le plus grand nombre des maladies que l’irritation , et si l’on ne voyait dans ce phénomène qu’un état toujours permanent , toujours identique, provenant toujours d’une seule cause , toujours suivi des mêmes effets , toujours enfin susceptible d’être traité avec un égal succès par les mêmes moyens thérapeutiques.

L influence que les organes digestifs exercent sur licence 3e toute 1 économie vivante , est connue depuis long- *' de

temps. La plupart des médecins anciens et modernes rin'e5liD 8réleont parlé des forces épigastriques, et du rôle essen- i°eür m "Xaw tiel que 1 estomac remplit dans letat de santé et de “uqueuse sur maladie. Ce n’est donc point une chose nouvelle ciue '°nte ‘ e““°' l’importance de l’action attribuée à cet organe sur tout le corps ; mais ce qui est nouveau , c’est d’en déduire la plus grande partie des principes de la Pathologie et de la Thérapeutique. Les médecins, guidés par le véritable esprit d’observation , avaient réduit cette influence à ce qu’elle a de réel et de bien prouvé , et ils n’avaient pas été au-delà du résultat des faits, pour établir que le mobile de toute lapathologie est la connaissance des affections gastriques. L’étude de ces affections est fondamentale et la plus importante de tout le système pathologique, pour M. le docteur Broussais qui regarde 1 estomac avec l’intestin grêle , comme le siège" dan

orand nombre de maladies , et notamment de toutes les fièvres.

L’observation de quelques faits avait déjà appris que la fièvre peut dépendre , dans certaines circonstances, d’une irritation inflammatoire de l’estomac et des intestins ; mais l’idée n’était encore venue à aucun médecin de tirer de ces faits une proposition aussi générale, que celle qui, donnant l’exclusion à toute autre cause productrice de la fièvre, en fixe d’une manière invariable le siège et 1 origine dans ces organes , en la rapportant toujours à la gastroentérite.

L’analyse et la comparaison exacte de tous les faits observés au sujet des fièvres , nous obligent à reconnaître que la fièvre peut se présenter sous trois états bien différons , pendant le cours des maladies aiguës et chroniques.

i.° La fièvre , ou cette excitation spéciale du système sanguin qui la caractérise, peut exister par elle-même et indépendamment de toutes les affections diverses , soit générales , soit locales , qui peuvent s y joindre , et qui déterminent telle ou telle espèce de fièvre. Elle peut prendre une prédominance excessive sur les autres élémens qui concourent avec elle , à la formation d’une maladie ; et dans ces deux circonstances , elle constitue une affection simple essentielle , et une source principale d’indications curatives qui doivent être remplies , au moyen des remèdes anti-pyrétiques.

a.» La fièvre se lie à divers états morbides , soit généraux , so.t locaux , dont elle résulte comme un effet de sa cause ; elle n’est alors qu’un symptôme qui ne saurait être le but d’un traitement spécial et qui n est susceptible de céder qU’aux

curatives dirigées contre l’affection emmielle qui 1 entretient : telles sont les fièvres dites essentielles inflammatoires, bilieuses, etc.; les fièvres consomptives ou hectiques qui dépendent d’une phlegmasie c romque , ou de la suppuration de quelque or- ■ gane, et enfin les fièvres symptomatiques de l’inflammation aiguë d’une des parties du corps, parmi lesquelles 1 inflammation delà membrane muqueuse

gastro-d uo dénale n’a pas le privilège exclusif d’exciter la fièvre.

3‘° Enfin » Ia fièvre souvent un mouvement salutaire que la nature suscite pour la solution de

quelques états morbides , un acte constitutif de certaines maladies , par lequel elle amène des révolutions critiques, et que l’art s’est approprié dans un grand nombre de cas , d’après les procédés d’une méthode de traitement empirique imitatrice.

Ces principes , qui sont l’expression la plus rigoureuse de tous les faits bien constatés , fournissent des vues thérapeutiques d’autant plus exactes, qu’elles sont applicables au plus grand nombre d. états maladifs avec fièvre.

Aulopsîe

cadavérique.

L’anatomie pathologique est regardée par M. Brous-, sais , comme le vrai pivot sur lequel roule toute la science de la médecine ; c’est sur les résultats des autopsies cadavériques qu’il a cherché a etabhr les

preuves de toutes ses tliéoiies.

L’anatomie pathologique est d’un grand secours dans toute® les occasions où elle peut nous éclairer:

et le médecin qui veut profiter des ressources que les divers moyens d’investigation lui offrent , ne saurait méconnaître toute l’étendue des services que peuvent lui rendre les travaux anatomiques. Mais en reconnaissant l’importance de ces services , on est forcé de convenir que les connaissances fournies par la nécropsie sont insuffisantes pour établir le fondement de la Pathologie et de la Thérapeu-

ticpie.

Une confiance exclusive dans les recherches anatomico-pathoiogiques a conduit M. Broussais , i.° à rejeter toute affection générale, et à n’admettre que des maladies locales ; 2.0 à regarder l’inflammation comme la cause la plus commune des maladies , et à ne reconnaître qu’une seule espèce de cet état

morbide.

L’auteur de la doctrine physiologique ayant cru avoir déterminé la nature et le siège de toutes les maladies , d’après les traces matérielles qu’elles laissent dans les organes, a prétendu que toutes les maladies étaient concentrées dans la partie sur laquelle elles étaient fixées , quelles étaient toutes

locales ; que leur nature dépendait des altérations des tissus de ces organes , et que ces altérations présentant le plus souvent les caractères de l’inflammation , elles ne pouvaient reconnaître d’autre cause que l’irritation ou l’inflammation. C’est sur

ces principes qu’il a fondé toutes les règles de sa Thérapeutique,

i*° L’observation clinique prouve qu’il est des affections morbides de tout l'individu , et dont on chercherait en vain le siège spécial.

Peut-on rapporter à une lésion locale la fièvre éphémère , la synoque non putride , la fièvre ataxique , la fièvre putride ou adynamique et autres? Quels sont les organes qui sont affectés plus spécialement dans ces fièvres qui intéressent l’ensemble de la constitution ?

Dans les fièvres exanthématiques ( rubéolique , variolique , érysipélateuse , etc. ) , la fièvre est si peu sous la dépendance de l’affection locale, que, lorsque l’éruption est terminée , la fièvre diminue d’intensité ou disparaît même tout-à-fait.

Dans la variole, il est si vrai que l’affection générale est indépendante de la lésion organique ou locale, que celle-ci peut manquer, et la maladie sui vre son cours, et prendre tout son, développement; tandis que 1 affection locale seule , et sans les accidens qui annoncent un état morbide de toute la constitution , n amène pas le travail dépuratoire qui est nécessaire pour préserver de toute infection ulté-

lieure. Les observations de Sydenham , de Borsïerî > de Fouquet , de MM. Clirestien , Reil et autres , attestent que 1 éruption cutanée ne constitue pas toujours l’essence de la variole , et qu’on peut etre exempt de la contracter ensuite , lors même qu on n’a pas eu une seule pustule , pourvu qu’il se soit

déclaré une fièvre variolique. M.Siebert admet 1 existence d’une variole locale et sans fièvre ; celle-ci ne garantit pas de l’infection- Le professeur Fouquet (i) et M. le docteur Clirestien (2) avaient eu plus d’une occasion de constater la vérité de cette proposition , avant l’auteur qui l’a établie.

Le cancer , le tubercule scrofuleux , etc. , peuvent-ils être regardés comme des maladies locales? lis s’étendent à tous les tissus , et quel que soit leur Siège , ils se reproduisent après qu’ils ont été en-

levés.

La goutte , le rhumatisme aigu et chronique ne sauraient être regardes comme des affections locales, et n’intéressant ques les articulations qui en sont tourmentées 5 ce sont des maladies de toute la cous* titution. Leur principe ne se borne pas aux articulations ; il peut porter son action sur tous les organes , et y déterminer des lésions plus ou moins graves. Lorsqu’elles suivent leur marche la plus régulière , elles parcourent successivement toutes

(1) Traitement de la Petite Vérole, etc., par M. Henri Tonquet.

éè) Opuscule sur l’Inoculation , etc. , par M. Clirestien.

!es articulations jusqua ce que leur cause soit entièrement épuisée.

Les symptômes syphilitiques constituent-ils la nature de la maladie, et ne sont-ils pas l’effet d’une infection générale ?

En considérant les maladies comme des affections locales , il ne faut plus que traiter l’organe ; et le désoidre des fonctions de cet organe correspondant à la lésion matérielle de ses parties , il s’agit de diriger les médications contre le dérangement fonctionnel , c est-à-dire , contre les symptômes , sans s élever à la cause qui les entretient , sans déterminer les î apports qu ils peuvent avoir* avec les divers états morbides de la constitution , et avec les efforts que la nature peut tenter pour la solution de ceux-ci. Les cures symptomatiques ou palliatives sont donc les seules qui puissent insulter d’une pareille considération.

On est forcé de reconnaître , d’après le insultât le plus général des faits, que les maladies sont des affections de la puissance vitale , ou de tout l’organisme , en tant que vivant , dont les effets peuvent être exprimés , tantôt dans l’ensemble de la constitution , tantôt dans tel ou tel organe en particulier. C’est ainsi que le vice scrofuleux , le vice cancéreux , letat inflammatoire , en un mot , tous Tes états morbides peuvent se manifester par des symptômes généraux , ou qui intéressent tout le système , ou seulement par des symptômes locaux

qui se rapportent aux désordres des fonctions d’une partie de ce système.

2.0 L’observation clinique démontre, qu’on a attribué à l’inflammation une influence quelle n’a pas dans la production de toutes les maladies après lesquelles on en a découvert les vestiges ; et que cette affection n’est pas toujours de la même nature, et n’indique pas toujours une méthode de traitement identique.

A. S’il est prouvé que sans le secours des autopsies cadavériques , on aurait méconnu des phlegmasies qui se manifestent dans le cours de quelques maladies , et qui souvent deviennent des sources d’indications thérapeutiques essentielles, il n’est pas également constaté que ces lésions exercent sur la génération de toutes les fièvres et de toutes les maladies aiguës et chroniques , l’action excessive et exclusive que l'on voudrait leur accorder.

11 importe , en effet , de remarquer que les traces de l’inflammation , comme celles de toutes les autres altérations cadavériques , n étant aperçues qu après la maladie , on ignore si l’inflammation remonte à l’origine de celle-ci , et en constitue la cause première ; ou si elle n’est qu’un de ses effets secondaires qui , se présentant dans son cours , et à une époque plus ou moins rapprochée de la mort , appartient à l’ordre des derniers phénomènes de la maladie , et n’a , par conséquent , qu’une influence très-bornée, ou même nulle , dans

la constitution de cette maladie. Ainsi donc, quoique l’inflammation dont on a trouvé des vestiges sur les cadavres , dans un grand nombre de cas , puisse etre liée à la nature de la maladie qui a précédé , au point de la constituer en entier , elle peut aussi en être un élément consécutif ou un effet qui , dépendant de la cause première de la maladie, ne doit indiquer d’autre traitement que celui qui est dirigé contre cette cause.

Il est reconnu que l’inflammation est la compagne inséparable de toutes les désorganisations ? et même de toutes les maladies qui durent assez long-temps pour affecter profondément le matériel des organes, et leur nutrition intime; et cependant 1 inflammation est bien loin de constituer la nature primitive , absolue et complète de toutes les maladies , comme le prétendent tous ceux qui se laissent abuser par les apparences cadavériques, Morgagni , dont l’autorité en anatomie pathologique ne saurait être récusée , dit à ce sujet :

« Combien de fois ne m’est-il pas arrivé de trouver dans le cadavre , des marques certaines d’inflammation , quoique je fusse très-assuré que la maladie qui avait précédé était très -différente des maladies inflammatoires.» Page iq5, n.“ ai.

B. L, inflammation n est pas toujours une maladie qui présente des caractères identiques , et qui soit susceptible de céder à une seule méthode de traitement. C’est , au contraire , une maladie dont le

génie peut varier et offrir , par conséquent , des indications diverses et relatives aux différens états morbides dont elle est le produit.

L’inflammation qui est propre à l’érysipèle ne saurait être confondue avec l’inflammation phlegmoneuse. La première est une espèce de phlegmasie superficielle , mobile , qui porte le plus souvent son impression sur les membranes , et ne prescrit pas toujours les émissions sanguines.

L'affection catarrhale peut donner lieu à une autre espèce d’inflammation , dont les vésicatoires offrent le remède le plus sûr , suivant les observations des plus grands praticiens. ( Baillou , Stoll , Prîngîe , Selle , Fouquet , Barthez , etc. )

Stoll , après Hippocrate , Galien , Baillou , Baglivi? a prouvé que l’état bilieux peut déterminer une espèce de péripneumonie qui, bien différente de l’inflammation ordinaire des poumons , contre-indique l’usage de la saignée , et est traitée avec le plus grand succès par les émétiques et les purgatifs.

11 existe des inflammations pulmonaires malignes, ou cacoethes , d’après Baillou, qui, au lieu dune méthode antiphlogistique , prescrivent l’emploi des toniques et des excitans , tels que le quina , le musc , le camphre , etc. , comme l’ont observé Franck , Hush et M. le professeur Broussonnet.

La pustule maligne, la gangrène circonscrite du poumon , que M. Laennec ne regarde pas comme

la simple terminaison d’une inflammation trop intense , l’angine gangréneuse de Fothergill et d Huxham , les fièvres éphémères gangréneuses, dont on trouve des exemples dans Hippocrate, (Epid. lib. i , ægr. ix) , dans Borsieri , et que M. le professeur Broussonnet (i) a vu régner d’une manière épidémique , les effets du seigle ergoté , attestent, d’une manière incontestable, l’existence d’une inflammation qui , ayant pour caractère essentiel la mortification de la partie affectée , mérite de faire une espèce particulière , sous le nom d’inflammation gangréneuse.

Dans cette espèce , la méthode anti-phlogistique est non-seulement insuffisante , mais encore trèsdangereuse, tandis que l’usage des excitans, des toniques, des antiseptiques, est seul capable d’arracher les malades à une mort certaine. La gangrène n’est pas ici la terminaison de la maladie; elle se manifeste dès le début, elle fait partie de ses premiers symptômes , et elfe en constitue le caractère ; l’inflammation vraie , suscitée par les efforts de la nature , ou provoquée par l’art, d’après les principes d’une méthode de traitement empirique imitatrice , peut seule arrêter les progrès de cet état gangréneux.

La gangrène est liée alors à une disposition spéciale du système général , dont l’inflammation

(0 V* Be Gangrène > Dissert, de M. Victor Baîly.

seule ne peut rendre raison. On est forcé d’admettre, avec les Anciens, pour la production de cette espèce, quel qu’ agent inconnu dans sa nature, un principe septique ou délétère , qui frappe de mort les parties sur lesquelles il se dépose.

L’inflammation goutteuse, rhumatismale, etc., a quelque chose de particulier , présente des caractères propres auxquels il importe de faire la plus grande attention dans le traitement.

N’existe-t-il pas des inflammations qui sont subordonnées à l’action des vices spécifiques , et qui trouvent leurs seuls remèdes dans les moyens propres à les combattre ? Telles sont les inflammations , syphilitique, dartreuse, etc. (i).

Toutes les modifications que l’inflammation subit dans ces divers cas , servent à établir des distinctions d’autant plus importantes, quelles deviennent la source d’indications thérapeutiques, essentiellement différentes, et qui sont méconnues par tous ceux qui ne voient dans l’inflammation , rien audelà de Fengorgement des vaisseaux capillaires sanguins (2).

(1) Voyez la thèse de M. le docteur Ribes : Quelques "Réflexions sur V Anatomie pathologique .

(2) Lisez sur la doctrine physiologique, Lettres à un médecin de province , par M. Miquel; et dans la Revue médicale , un article de M. Bousquet , de la nouvelle Doctrine médicale , considérée sous le rapport delà mortalité. Mars , 1827 , p. 461.

L exposition que je viens de faire des divers systèmes qui ont paru depuis les premiers temps de la médecine jusqu a nous, a du vous convaincre que chacun d eux n’a considéré qu’une des faces de 1 objet , qu aucun na embrasse, dans ses théories, 1 universalité des faits qui se rapportent à l’état malade , et qu aucun n a pu établir , par conséquent, toutes les indications thérapeutiques, prescrites par la distinction des affections variées qui concourent à la production et à la formation des maladies.

Dans ces systèmes , on a tache de ramener toutes les alterations morbifiques que le corps de l’homme peut éprouver, à un ou deux états qu’on a déduits exclusivement , tantôt des changemens survenus dans le mouvement , ou dans la mixtion de la matière qui compose ce corps , changemens dont on a cherche les explications dans les sciences physiques et chimiques ; tantôt des affections et des déterminations d’un principe conservateur et doué de prévoyance ; tantôt de la surabondance et de la dépravation des humeurs ; tantôt du resserrement , du relâchement , ou de l’état mixte des solides ; tantôt de la lésion d’une des propriétés vitales qu’on a supposé exister seule , et ne pouvoir pécher que dans sa quantité d’action; tantôt, enfin , des dégradations des organes et de leurs tissus.

Il n’a pu résulter de ces considérations isolées, que des théories incomplètes , ou des fragmens de système. Cen est point , en séparant les affections des soli-

des de celles des fluides , les modifications des forces des altérations de l’organisation ; ce n’est point , en considérant les vices de tel ou tel organe, ou meme les lésions de leurs tissus élémentaires, que l’on peut espérer de s’élever a un système general et complet de pathologie , qui exprime toutes les différences et les analogies des phénomènes morbides, et puisse servir de fondement à toutes les indications thérapeutiques. Car celles-ci ne peuvent être que le résultat , ou l’application des principes pathologiques , tirés de la connaissance et de la comparaison de tous les faits observés dans les maladies. Il faut donc, au lieu d’isoler les diverses modifications des forces, des solides, des fluides, de 1 organisation , des organes et même de leurs tissus, les considérer toutes; et en suivant, dans leur étude, les règles d’une méthode analytique sévère , établir les rapports que ces modifications peuvent avoir entr’elles , pour constituer les causes ou élémens des maladies , et pour fournir les bases des indications. Il importe , en effet , de reconnaître que toutes les maladies ne sont pas identiques , qu’on ne saurait les réduire toutes à une ou deux affections , squs des formes diverses. Les maladies se distinguent par un plus grand nombre de circonstances qui spécifient la diversité de leur nature , et exigent des médications

essentiellement différentes.

Les principes de la science thérapeutique ne peuvent être déduits que d’une théorie médicale, qui

embrasse tous les faits dont se compose letat malade Ce n est dans aucune des considérations isolées qui tous ont été exposées , que la Thérapeutique dogmatique et pratique trouvera les indications , qui se rapportent à tous les phénomènes que nous présentent les maladies. Ce n’est point dans l’indication et dans l’emploi d’une ou de deux méthodes de traitement , qui se proposeront de corriger , ou d’évacuer les humeurs viciées ou surabondantes; de ramollir ou de resserrer les solides trop tendus ou trop relâchés ; de rétablir le calibre des vaisseaux et d y favoriser le libre passage des fluides; de reconstituer la composition chimique des parties intégrantes des fluides et des solides; de calmer ou d exciter l’action des forces vitales , qui est en excès ou en défaut , etc. ; ce n’est pas non plus dans l’administration isolée de l’une des classes des remèdes prescrits par chacune de ces indications , qu’on trouvera la solution de tous les problèmes thérapeutiques que nous offre l’observation clinique.

Il faut , pour arriver à la solution de tous ces problèmes , que le inedecin s eîeve à des vues plus etendues , qui , s adaptant à tous les phénomènes maladifs que 1 expérience a constates, et les embrassant dans leur ensemble et dans leurs détails , lui fournissent toutes les sources d indications dont le traitement des maladies se compose. Il est essentiel de savoir qu’il y a plusieurs indications , plusieurs méthodes thérapeutiques, plusieurs médications,

plusieurs actions médicamenteuses, et qu’on ne peut , à l’exemple de certains auteurs , restreindre les traitemens à une ou deux indications, comme l’on ne saurait réduire toutes les maladies à une ou deux affections.

Si Ton consulte l’expérience, si l’on considère la diversité des opinions sur la nature et le traitement des maladies , si l’on tient compte du succès quon ne peut nier avoir été obtenu de l’usage de méthodes curatives différentes et même opposées , on se convaincra qu’il y a un certain nombre de méthodes de traitement, et que meme la différence tranchante des curations peut servir à distinguer tout autant d’états morbides différens. La connaissance de ces derniers est fondée , en partie , sur la distinction des médications qui vient la compléter. Medici antiejuiores ornnein scopum m curatione dirigeâtes tôt morborum constituebant différentiels , quot rnodis curationem eorum variciri necesse erat , ut ubique in Hippocratis doctrina observare licet. ( Prosper Martian. De moi b. Lib. II. vers. 219. )

Un système pathologique et par conséquent un système thérapeutique complet , doit recueillir toutes les données exactes qui sont éparses dans les diverses doctrines qui vous sont connues ; mais il doit aussi élaguer ce qu’ elles ont d’exagéré et d’exclusif. C’est par un choix judicieux des idées saines et des vues solides quelles contiennent, qu’on parviendra à une connaissance , aussi précise qu’il soit

possible de l’espérer, de tous les états morbides , et à la détermination de toutes les médications dont l’observation a sanctionné l’efficacité.

I. La Thérapeutique, Methodus seu ratio medendi, a pour objet de nous diriger dans le traitement des maladies. Elle se compose des indications dont elle est la science. Celles-ci se déduisent de la connaissance et de la considération de toutes les circonstances qui ont précédé , ou qui accompagnent l’état maladif, et de tous les phénomènes morbides bien vus , analysés et comparés. C’est de ces circonstances et de ces phénomènes qu’on tire un jugement ou une induction qui porte à agir de la manière la plus convenable, pour amener la solution ou la guérison de la maladie. Indicaüo est agendi insU

nuah0 Or nuis medendi methodus per indica-

tionem fit. ( Gai.) (i).

I indication sert de base à tous les plans de traitement que nous formons pour la cure des maladies L’indication doit être déduite , non-seulement de examen de la maladie elle-même, et des phénomènes qui la constituent, mais encore des circonstances qui l’ont préparée , amenée et excitée , ou de ses causes 5 des événemens probables qui peu-

(i) Seqmtur autem primum , ac maxime illad , medendi methodus per indication em fit ; nam' experientia sejunctum est, id totum indicaüo Cal. Method. med. cap, VIL Hb. Il

cpiod omnis quidquid ah nominatur.

Thérapeutï^

que ; son 1 et sa eoüj^osi^

tion.

vent en résulter , du tempérament et de la constitution du malade, de son âge, de son sexe, de ses habitudes , de sa manière de vivre ; en un mot , de toutes les données qui, en nous éclairant sur la nature de la maladie, ou de ses élémens et sur ses suites, peuvent nous conduire a la connaissance de la meilleure manière de la traiter , et des modifications quelle doit subir, relativement a toutes les circonstances que je viens d’énumérer.

La Thérapeutique ayant pour but de guérir la maladie, il importe de se faire une idée aussi exacte que possible , de l’etat maladif et de ce qui le constitue.

Maladie. IL Bornés par la faiblesse de nos sens et de notre Ce que c’est, intelligence à la connaissance des qualités extérieures et superficielles des corps , nous ne pouvons les pénétrer en eux-mêmes, pour en déterminer l’essence , ou ce qui contient la raison de leui s qualités® C’est ainsi que dans l’étude des corps organisés et vivans, nous apercevons une succession de phénomènes , une série de mouvemens et d’actes qui nous les font distinguer des autres corps de la nature et de l’observation desquels nous sommes arrivés à l’idée générale de la vie. Mais la vie nous est Inconnue dans son essence ; tout ce que nous savons à ce sujet, se borne à la collection des divers phénomènes qu’on remarque dans les êtres qui sont doués de la faculté de vivre.

Dans la durée totale de l’existence de ces êtres , et plus particulièrement de l’homme qui doit faire le seul objet de nos recherches, nous avons observé que les actes qu’il exécute se succédaient tantôt avec ordre , tantôt avec un trouble qui allait jusqu’à menacer la vie de 1 individu. Nous avons comparé ces phénomènes , et il en est résulté pour nous les idées de santé et de maladie , deux modifications principales d’un seul et même état , l’état de vie.

La maladie ne nous est connue que par comparaison avec la santé. On doit donc définir la maladie, cet état du corps vivant, dans lequel les fonctions qui lui sont propres sont dérangées , et ne s’exécutent point selon les lois ordinaires de la santé*

C est la seule définition que l’on puisse donner de la maladie , ce n est qu’une définition nominale .

Nous ne connaissons donc pas d’une manière directe les modifications vitales qui constituent la maladie. Ces modifications ne tombent pas sous nos sens; elles ne se manifestent que par les effets quelles produisent, par Je dérangement des fonctions , par les symptômes. La maladie est la réunion de plusieurs symptômes .-mais pour avoir une notion précise de la maladie et des phénomènes qui la constituent, il faut s’élever jusqu’à la cause de tous les mouvemens et de toutes les opérations qui s’exécutent clans le corps vivant.

On doit regarder la maladie comme une modifi-

cation de la puissance vitale , qui produit une série d’actes qu’on peut rapporter à plusieurs ordres. Car , ainsi que le dit Barthez , « dans la recherche de la génération des phénomènes morbides , on ne peut s’arrêter à l’altération de la constitution sensible du corps , et l’on est obligé de remonter jusqu’aux affections de la puissance chargée de maintenir ou de conserver cette constitution , et dont l’action affaiblie ou pervertie , a permis ou

opéré une telle dégradation. »

Il faut en excepter , néanmoins , les cas dans lesquels la dégradation ou le vice est introduit par des forces mécaniques supérieures à celles delà vie, telles que les lésions par causes violentes et extérieures. Dans celles * ci meme , lorsqu elles sont établies , la puissance vitale suscite des mouvemens , des actes propres à réparer ces dégradations , comme on le voit dans la formation du cal pour les fractures des os, dans l’inflammation, dans la suppuration, dans la cicatrisation , etc. pour les plaies ou lésions des parties molles (i).

(i) Ces lésions ( lésions physiques ) , dit M. Richerand , ne supposent pas l’état de vie ; on peut les imiter , ou plutôt les

produire sur le cadavre La production des lésions

physiques est donc le plus souvent indépendante de la vie : ses actes ne servent qu’au développement de leurs symptômes. ( Nosographie et Thérapeutique chirurgicales, t. I. p. lxxxiv. Lésions physiques).

{ loi )

Il faut , pour qu’il y ait maladie , que l’unité vitale soit provoquée à des actes insolites , contre nature, ou même fâcheux. Ainsi , dans l’engorgement d’une glande qui constitue le squirrhe simple , il n’y a pas proprement maladie; dans l’embarras ou obstruction d’un viscère qui ne s’accompagne d’aucun dérangement dans les fonctions, il n’y a pas non plus maladie. Il y aura maladie , si le squirrhe dégénère en cancer , si l'embarras du viscère tend à une fonte purulente , ou prend toute autre dégéneration , parce que , dans ces circonstances , la cause de la vie est excitée à produire des déterminations qui sont le principe des phénomènes morbides et du dérangement des fonctions.

Dans le squirrhe , dans l’engorgement d’une glande qui en constitue létat d’obstruction, il y a eu, sans doute, une lésion antérieure de cette puissance qui veille à la conservation de l’intégrité des 01 ganes, lésion dont la suite a été une accumulation de matière nutritive ou autre dans l’organe , et en a oceasioné le développement vicieux ; mais cette lésion antérieure s’est arrêtée , et l’altération organique qui en résulte ne constitue pas une maladie, puisqu’il n’y a pas de dérangement des fonctions ni aucun des phénomènes de réaction vitale qui forme l’état maladif.

L état d’infirmité qui provient de la perte d’un membre ou de la destruction des fonctions de quelqu’organe des sens n’est pas non plus une

Affection*

maladie. Il faut, pour constituer celle-ci, non-seulement le dérangement des fonctions , mais encore une série d’actes suscites par la puissance vitale , qui s’écartent de letat normal.

III. Il importe de distinguer la maladie de l’affection. La maladie résulte du concours de plusieurs symptômes, par lesquels elle se manifeste. L’affection est cette modification de la puissance vitale, ou, si l’on veut, de l’organisme vivant, qui constitue la nature réelle de la maladie , en établit le caractère, et peut seule être la source des indications thérapeutiques fondamentales. La maladie n’est que la manifestation ou l’expression d’un état intérieur qui en est la cause ; celui-ci est 1 affection. La pleurésie, par exemple, est une maladie qui résulte de la réunion de quelques symptômes, tels que la douleur de côté , la difficulté de respirer , la toux , les crachats sanglans , etc. ; mais cette collection de symptômes n’est pas toujours entretenue par la même affection; il peut survenir un grand nombre de circonstances qui fassent varier celle-ci, au point quelle présente des caractères divers, et quelle exige une méthode de traitement différente. Au lieu d’indiquer des saignées répétées , la pleurésie peut se développer sous l’influence de circonstances qui rendent mortel l’emploi des émissions sanguines, et qui prescrivent l’usage de l’opium , de lemétique, des vésicatoires, des diaphoniques,

* ( io3 )

seuls remèdes appropriés aux caractères variés quelle peut offrir. Gela tient à ce qu’il y a des affections diverses qui revêtent la forme de la pleurésie, qui nest ici que la physionomie sous laquelle ces affections se montrent (j). Il faut donc que le médecin se serve des caractères que la maladie présente , pour découvrir l’affection , c’est-à-dire,, cette modification , soit des forces, soit des solides 9 soit des fluides, qui est le principe de la maladie et le sujet de l'indication.

(i) « Il faut distinguer la maladie de l’affection. C’est ici la même distinction que celle que l’on fait dans le monde moral , entre le sentiment et la manifestation qui peut en être faite , et qui constitue la pathognomonie de ce sentiment. Ainsi « autre est la fièvre qui accompagne l’inflammation, autre est la fièvre des prisons , autre est la fièvre de la diathèse bilieuse. Qu’il y ait des gens qui viennent dire que ce n’est pas cela , que la fièvre est identique , et que toute la différence est dans son degré d intensité , qu’elle ne diffère que mathématiquement , qu’il y a peu de fièvre dans un cas et beaucoup dans un autre ! On doit faire autant d’estime d’eux que de celui qui viendrait dire que le rire est partout le même , et qu’il ne diffère qu’en ce qu’on peut rire un peu plus ou un peu moins. Que voit-on de semblable dans le rire de gaieté, le rire ironique, le rire malin , le rire sanglant? Il n’y a de ressemblance, dans tout cela, que lacté de tendre les lèvres et de laisser les dents à découvert; cependant , se trompe-t-on et prend-on le rixe de dédain pour un rire de bienveillance ? Celui qui , dans les fièvres, ne distingue pas les caractères propres à faire reconnaître les diverses affections qui leur donnent lieu , ressemble à 1 homme qui confondrait ces sortes de rire. »

( M. Lordat , Leçons orales de Partitions de médecine. )

"Actes constitutifs de la maladie.

IV. En observant les actes constitutifs des maladies , on est conduit à les rapporter à plusieurs ordres , d’après les différences et les analogies que leur comparaison fait apercevoir.

i ,° Les actes morbides peuvent être en rapport avec les intérêts du malade, et avoir pour but sa conservation et son retour à la santé. Il est des maladies qui amènent un changement avantageux dans la manière d’être de l’individu , au point qu’on peut les regarder comme des opérations utiles , des sortes de fonctions pathologiques. Une inflammation a quelquefois pour objet de chasser une matière hétérogène, étrangère à l’économie vivante; elle peut dépendre de quelque irritation qui suscite une série d’actes synergiques , tels que la douleur , la fluxion, la phlogose, qui concourent à la formation du mode inflammatoire , dont les résultats entraînent la destruction de l’irritation et de sa cause. 11 est des convulsions utiles , parce quelles supposent un effort de tout le système vivant, pour l’expulsion d’une matière morbifique. Chez les enfans , la plupart des maladies éruptives se déclarent après des convulsions plus ou moins violentes , qui ne présentent rien de fâcheux , et qui trouvent leur solution dans l’éruption de l’exanthème. La goutte régulière , les fièvres éphémères , les catarrhes périodiques des vieillards, la fievre intermittente exquise du printemps, etc., sont autant de maladies qui affectent un ordre assez fixe et assez régulier dans

la réunion , ou dans le développement successif de leui s actes, pour avoir un résultat utile aux malades.

Il Iaut néanmoins convenir avec M. Lordat , cjue ces sortes d operations inaccoutumées sont presque toujours suspectes , tant parce que la cause qui les rend necessaires , peut avoir affaibli le principe de réaction , que parce que la marche d’une fonction extraordinaire a rarement la régularité de celles qui s exécutent tous les jours ; et qu’enfin cette espèce de fonction peut vicieusement se continuer, apres la destruction de la cause qui l’a mise en jeu ou excitée , et se prolonger ainsi sans objet et d’une manière indéfinie (i).

2.0 Il est des maladies dans lesquelles on ne saurait méconnaître une série d’actes qui tendent à amener leur solution spontanée. Il a suffi d’observer des malades abandonnes à eux-memes , pour s’assurer qu’il existe dans le corps un principe de réaction , dont les efforts ont pour but la destruction de la maladie, par l’élaboration et par l’élimination d’une matière morbifique.

Les Anciens savaient que le corps vivant n’est point passif dans la maladie , et qu’il existe en lui une certaine activité , par laquelle il cherche à résister aux causes de la destruction qui le menacent. Ils avaient constate ce fait qu’ils désignaient sous divers noms. Les Modernes ont observé cette

(i) Exposition de la doctrine médicale de Barthez.

( io6 )

activité comme les Anciens. Sydenham regarde la maladie comme un effort de la nature qui , pour conserver le malade , travaille de toutes ses forces à rejeter la matière morbifique.

Lorsqu’une cause de maladie existe , lorsqu’il s’est formé une lésion, soit des propriétés vitales , soit des solides , soit des fluides , il s’établit des actes secondaires , des mouvemens dont l’effet est de produire la solution de la cause primitive. Voila un fait qui a été vérifié par l’expérience clinique de tous les temps. Il ne s’agit pas de l’expliquer , en disant avec Stahl , que cette action est prévue et suscitée par la vigilance de famé, toujours attentive à veiller à la conservation du corps , ou avec d autres auteurs, que c’est un résultat mécanique de l’organisation. Cette action existe , c’est une chose certaine; et au lieu d’aller à la recherche de ses causes, n’est-il pas plus utile de se borner à étudier ses effets et à déterminer ses lois, pour en tirer le plus grand parti dans le traitement des maladies ?

On découvre l’activité delà puissance vitale , dans le cours de la plupart des maladies aiguës, et même dans quelques maladies chroniques , d’après les belles observations de Bordeu.

3.° Si l’observation a prouvé qu’il y a des maladies dont les élémens tendent d’eux-mêmes à une solution heureuse, et qu’il en est d’autres dont les actes sont salutaires et même indispensables à la

conservation cle 1 individu , elle a également démontré , qu il y a une autre classe de maladies , dans lesquelles la série d’actes que la nature développe apres la lésion d’un phénomène primitif ou d’une propriété vitale , n’est d’aucune utilité pour la terminaison de cette lésion première , et que le plus souvent même elle la contrarie. Il est des circonstances où les maladies dépendent du défaut d’énergie nécessaire pour l’exercice libre des fonctions, on ne saurait attendre aucun avantage des actes qui les constituent. Le plus grand nombre des maladies chroniques sont dans cette catégorie. La nature ici réagit peu ou mal , et l’on ne saurait compter sur la solution spontanée des affections qui concourent à la formation de ces maladies.

4*° Les maladies peuvent être entièrement opposées aux intérêts du sujet. Leurs actes peuvent provenir d’une propension (naturelle ou acquise ) de la puissance vitale à mésuser de ses facultés, ou à prendre des déterminations sans objet qui , au lieu de tendre à la conservation du système, le fatiguent à pure perte , ou tournent à son détriment et à sa ruine. Les fièvres ataxiques , adynamiques, pernicieuses, typhoïdes , les inflammations gangréneuses , etc., peuvent se rapporter à cet ordre.

On doit conclure des propositions que je viens d’établir , et qui sont le résultat le plus général des faits, que la solution des maladies présente des différences très - importantes, qui sont relatives aux

( ïoS )

divers modes de mouvemens, ou de déterminations qu’y affecte la cause de la vie.

Il est donc prouvé que , parmi les maladies , les unes , utiles ou non , tendent spontanément à une solution heureuse , par l’effet du développement successif de leurs actes; les autres , n’ayant point un progrès qui les use ou les détruise , sont de nature à se prolonger indéfiniment, à ruiner les forces , à dépraver les fonctions essentielles et à causer la mort.

Une semblable maniéré de considérer la maladie nous élève aux notions les plus exactes , que l’on puisse se faire de sa nature et des actes qui la constituent. Cette considération peut seule s’adapter à tous les phénomènes morbides , quelle classe d’après leurs divers rapports d’analogie et de différence , et servir de base aux vues curatives générales que l’état maladif présente, fille nous fait reconnaître et distinguer les cas dans lesquels la cause qui régit tous les mouvemens de la vie , se suffisant à elle -même, suscite et entretient une série d’efforts salutaires , dont la direction a pour but le rétablissement de la santé et la conservation du malade; et les cas dans lesquels ces efforts languissent , sont impuissans , mal dirigés et même vicieux.

Il est facile de juger de quelle importance peuvent être , en Thérapeutique , les données que cette considération générale nous fournit. Elles conduis

sent à observer les mouvemens de la nature , et à diriger toutes nos recherches vers la connaissance de son action , afin de la respecter si elle est régulière, de l’exciter si elle est trop faible, de la modérer si elle est trop forte , et de la régulariser ou de la changer , si elle s’éloigne de l’ordre , et quelle ait une tendance vicieuse. Ce n’est qu après avoir bien médité sur la marche que suit la nature dans les divers états morbides , qu’il est possible de déterminer 1 utilité , 1 insuffisance ou le danger des actes quelle produit, et d établir les indications qui doivent avoir pour but de les favoriser lorsqu’ils sont utiles , de les suppléer lorsqu’ils sont insuffisans , et de les combattre lorsqu’ils sont dangereux.

Il faut donc, pour arriver au meilleur traitement d’une maladie , i.° distinguer les élémens dont elle se compose , cest-a-dire, les affections que la cause de la vie y éprouve; 2.0 déterminer parmi ces affections , celles qui tendent spontanément à une issue favorable , ainsi que les actes salutaires qui sont suscités pour la conservation et le rétablissement du malade ; 3.° reconnaître les élémens qui ont une marche lente ou sont pernicieux , et les actes ou les déterminations qui , s’opposant à leur solution , peuvent aggraver la maladie.

Il résulte de ces principes , que les ressources de la médecin e , ou les procédés de l’art contre une maladie, ne se bornent pas à une seule méthode de traitemènt. L expérience a prouvé qu’il y en avait

plusieurs « pour guérir des sujets qui se trouvent

» être dans un même temps d’une maladie donnée 7 » et qui d’ailleurs sont placés sensiblement dans les » mêmes circonstances. Mais ces méthodes sont » plus ou moins approchantes de la perfection. » C’est ainsi que dans la science de la Médecine 9 » comme dans les sciences mathématiques, le même » problème peut avoir plusieurs solutions qui diffè- » rent par leur élégance et leur brièveté (i).»

Méthodes Thérapeutique , on entend par méthode un

thérapeutiques ensemble de règles , d’après lesquelles on d istribue avec ordre , dans le cours d’une maladie , la série des moyens indiqués par la nature connue de ses élémens, et par les déterminations que la puissance vitale y prend.

Ce n’est pas tel ou tel remède qui guérit , mais bien un concours de moyens que l’on emploie simultanément ou successivement , d’après les actes que la cause de la vie suscite , et d’après l’espèce des affections qu’elle éprouve et qui se succèdent aux diverses périodes de la maladie.

L’empirique ne connaît que des remèdes qu’il emploie en suivant une analogie aussi grossière que trompeuse. Le médecin , celui qui est vraiment digne de ce nom , se dirige dans la curation des maladies r d’après les principes des méthodes qui lui sont

(i) Barthez , Traité des maladies goutteuses. Préface.

fournis par 1 observation , l’expérience , l’analyse e-f l’induction.

Les méthodes de traitement doivent être rapportées à trois classes ; elles sont naturelles , analytiques ou empiriques (i).

Les méthodes naturelles ont pour objet de pré- MéM* parer , de faciliter et dé fortifier les mouvemens oa,uwBe*spontanés de la nature , qui tendent à opérer la solution de la maladie.

On doit avoir recours à ces méthodes dans les maladies où la nature a une tendance manifeste à affecter une marche réglée et salutaire , et surtout dans celles qui peuvent être considérées comme des opérations destinées à combattre un principe morbifique qu’il n’est pas au pouvoir de l’art de détruire. Une attaque de goutte régulière n’indique pas d’autre méthode , que celle qui se propose de favoriser l’élaboration et l’élimination du vice spécifique de la constitution, qui établit la cause de cette maladie. Il s’agit de maintenir la douleur , la fluxion , l’inflammation , et les autres actes élémentaires du paroxysme goutteux , dans un degré capable d aider aux mouvemens excréteurs qui doivent amener la fin de ce paroxysme. Les fièvres intermittentes tierces du printemps, qui , à cause de leurs effets avantageux sur le système , ont été

(i) Barthez , ibidem ,

désignées sous le nom de fièvres dépuratoires, ne présentent pas d’autres indications que celles dont se composent les méthodes naturelles.

Cependant , si les actes d’une maladie qui peut avoir des résultats avantageux , présentaient des anomalies qui risquassent de la rendre ruineuse pour les forces , il faudrait renoncer aux méthodes naturelles et les remplacer par les autres. C’est ainsi que dans le traitement d’une fièvre intermittente qui , ayant d’abord manifesté tous les caractères de la dépuration , se prolonge et tend à dégénérer en une maladie qui n’a plus rien d’utile , on ne doit pas se borner aux méthodes naturelles. Ce n’est que dans les méthodes analytiques ou empiriques y que l’on trouvera les médications relatives aux affections diverses qui peuvent l’entretenir ? ou celles dont l’expérience a constaté les bons effets. Ce que je dis de la fièvre intermittente exquise , s’applique aux autres maladies qui , étant dans le principe des sortes de fonctions, prennent ensuite une dégénération fâcheuse.

Les méthodes naturelles méritent encore la préférence , toutes les fois que l’on prévoit que la maladie peut s’user d’elle-même ,*et que cette tendance à une terminaison spontanée ne peut entraîner de graves inconvéniens. Les praticiens prudens les emploient dans les cas meme, où d’autres méthodes donneraient l’espérance de plus de célérité dans la cure. ïl est reconnu que l’usage de ces dernières

offre rarement autant de sécurité pour la solution complété de la maladie, et quelles sont plus pénibles pour les malades. Quelque brillant qu’ait été le succès obtenu par Galien , d’une forte saignée pratiquée dans le début d’une fièvre synoque qu’il égorgea , comme on le lui disait en plaisantant {jugulastifebrem } , il est plus conforme aux règles de la prudence de laissera elle-même cette maladie, parce que si elle ne dépasse pas une certaine intensité , elle ne présente pas plus de chances défavorables que l’affaiblissement introduit par une évacuation excessive de sang , qui fut , dans cette occasion un remède fortement perturbateur. Quelle nécessité y a-t-il de déployer de grands moyens pour empecher la suppuration des phlegmasies qui n’intéressent pas les organes essentiels? N’est-il pas plus convenable de se réduire à y exciter les mouvemens de «la nature si elle est impuissante , ou à les modérer si elle agit avec trop de violence , en sorte que ses efforts soient soutenus dans un état proportionné à celui de la maladie, et que l’inflammation reste dans ce degré moyen qui peut prévenir toute terminaison vicieuse?

Les méthodes analytiques de traitement d’une MélWîe, maladie sont celles où , après avoir décomposé cette =malrir,s, maladie , et 1 avoir ramenée aux affections essentielles dont elle est le produit , ou aux maladies plus simples qui s’y associent , on attaque direc-

tement ces élémens par des moyens relatifs à chacun d’eux , et proportionnés à leurs rapports de force et d’influence.

Pour bien saisir l’esprit de ces méthodes , il importe de distinguer des maladies simples, des maladies composées et des maladies compliquées (i).

La maladie provient d’une ou de plusieurs affections simples qui , sous le nom d eîémens , nous représentent sa véritable nature ou cause essentielle, et le sujet des indications thérapeutiques fondamentales.

On entend par élément de maladie , toute affection simple que la différence de ses phénomènes analysés, comparés et rapprochés des circonstances antécédentes et concomitantes , y démontre , et qui est assez dominante pour produire ug ordre de symptômes constans et déterminés , et pour indiquer une médication particulière.

Une maladie peut devoir son existence à une ou à plusieurs affections diversement combinées , ou

(i) Scinè solemnis veteribus doctrina ( quœ utinarn nunc esset lu usa ) maxime naturalis est , qui sirnplicis cujusqüe affectus propriam curationem dicunt , prœcipuèque omnium Hippocrates . Medendi namque methodus ad hune modurn bellissimè procédé ir si de singulis simpiieibus seorsum prœceperimus , post deindè de compositis omnibus alleram aliquam methodum indicaverimus » Cal Met ho d, med. , lib. 111. cap . IF .

à la réunion de plusieurs combinaisons fections ; elle est, dans ces divers cas composée ou compliquée.

de ces a£»

? simple j

• La maladie simple est celle dans laquelle il n existe qu’une seule affection qui l’entretient et qui disparaît avec elle , lorsqu’on a mis en usUe les moyens thérapeutiques les mieux indiqués. Cette maladie présente une série de symptômes anamgues , dont la réunion et la succession se rapportent à un seul ordre de phénomènes qui caractérisent 1 affection simple qui en est l’élément. La simplicité de la maladie est confirmée par sa guérison qui

s opéré , en remplissant une seule indication par le même genre de remèdes.

, Lorsclue les affections simples qui constituent les elemens des maladies , se réunissent au nombre de oeux , de trois , etc. , et se combinent entr’elles sous divers rapports , il e„ résulte des maladies composées. On observe clans ces maladies des symptômes qui , ne présentant point le même caractère doivent être dassés et rapportés, chacun, à l’élément ou a affection simple dont il annonce la présence. Il faut alors faire autant d’ordres qu’il y a de synjp

tomes analogues qui peuvent être ramenés à un chef different. On établit ainsi autant d’élémens qu’il y a d ordres de phénomènes; et l’on arrive aux méthodes curatives qui doivent se composer d’autant de genres de moyens, qu’il y a de chefs principaux c.e phénomènes caractéristiques d’affections simples

( ii6 )

diverses, et qu’il y a, par conséquent , de sujets, d’indications differens.

Lorsqu’une maladie composée d’un ou de plusieurs élémens , se réunit a une autre maladie également composée d’une ou de plusieurs affections simples , il en résulte une maladie compliquée.

La réunion delà fievre bilieuse et de la fie vie inflammatoire , celle de la péripneumonie et du typhus nosocomial , celle de la syphilis et du ihu« matisme celle du scorbut et de la vérole , etc. , sont autant de complications de maladies , ou de maladies compliquées. Ces maladies, qui peuvent se résoudre , chacune en ses élémens propres , deviennent , à leur tour , les élémens des maladies compliquées qui naissent de leur association ; elles ont , comme élémens , avec ces maladies compliquées, les mêmes rapports que d’autres affections plus simples ont avec les maladies composées.

Les indications curatives doivent se rapporter à chacune des maladies complicantes, dont la natuie diverse ne peut être combattue avec avantage que par les moyens qui lui sont appropriés.

Il faut distinguer la coïncidence de deux maladies qui marchent concurremment sans être soumises à une influence réciproque , de la reunion intime qui fait que l’une de ces maladies a une correspondance constante d’accroissement , d état et de déclin avec l’autre , et que tous les phéno-

inènes des deux sont coordonnés , comme s’ils appartenaient à une seule. Il ne faut pas confondre ces deux co-existences , la seconde seule mérite le nom de complication.

La coïncidence d une maladie aiguë qui vient se enter sur une maladie chronique, fournit l’exemple de la première espece d association. Telles sont une fièvre , une inflammation , qui se développent pendant le cours d une hydropisie.

La présence simultanée du scorbut et de la syphilis constitutionnelle dans le meme individu s donne souvent l’occasion de constater la différence* qu’il y a entre l’association et la complication. Il est des circonstances où ces deux maladies restent indépendantes 1 une de l’autre , où leurs symptômes bien distincts suivent dans chacune leur marche , cèdent séparément aux traitemens respectifs qu on leur cfppose, sans qu’elles s’influencent réciproquement. Il est d’autres circonstances où ces deux maladies s’unissent pour marcher ensemble, au point qu’il n’est plus possible de les guérir isolément , et que chacune d’elles retient ou rappelle l’autre , quand on l’attaque seule.

Il faut distinguer encore la coïncidence d’affections organiques , ou de maladies dépendantes d’un meme principe intéressant plusieurs organes. On ne peut pas dire qu’il y ait ici complication , c’est seulement une extension de maladie. Il n’y a point de maladie qui ne puisse intéresser divers

organes à la fois , et déterminer cette dernière espèce de coïncidence.

Les organes du bas-ventre et ceux de la poitrine ont été , dans quelques cas , affectés en meme temps de phlegmasie. En ouvrant les cadavres de personnes qui avaient succombé à des maladies consomptives , on a souvent reconnu les traces d’une inflammation lente sur l’estomac et sur les poumons , d’après les témoignages de Morgagni , de Lieutaud , de MM. Portai et Broussais.

Le vice scrofuleux peut affecter à la fois plusieurs organes. C’est ainsi que la phthisie pulmonaire qui est occasionée par l’action de ce vice , marche souvent avec les tumeurs blanches des articulations et les engorgemens des glandes , avec des ulcères et des tubercules scrofuleux sur les extrémités. Il n’est pas de praticien qui n’ait eu plus d’une occasion d’observer des faits semblables. Il n’y a pas ici complication proprement dite ; il n’y a qu’une extension des effets du meme principe morbifique à plusieurs organes.

Il suit de ces propositions , que la cause essentielle et immédiate qui produit et entretient une maladie, analysée d’après les règles que nous avons posées, se réduit en une ou plusieurs affections simples qui sont caractérisées , chacune , par un ordre ou une série de phénomènes analogues.

Les maladies , quelque longue et quelque effrayante que paraisse leur énumération dans des

tableaux nosologiques plus ingénieux que vrais , peuvent, par l’analyse de leurs symptômes principaux et des circonstances qui ont contribué à leur production , c’est-à-dire par les caractères qui en manifestent la nature, se résoudre en un certain nombre de phénomènes primitifs que présente la puissance vitale vicieusement modifiée.

Ces phénomènes, classés d’après leurs différences et leurs ressemblances, nous décèlent divers états vicieux des forces et de l’action vitales , des solides, des fluides et des altérations spécifiques de la constitution , qui sont autant d’affections simples, d’élémens morbifiques, où nous trouvons la vraie nature des maladies , et la base fondamentale de toutes nos indications thérapeutiques essentielles.

Ces affections isolées ou diversement combinées et unies entr elles , agissant sur tel ou tel organe , sur tel ou tel système d’organes, ou sur tout le corps , sont la seule cause expérimentale à laquelle on doive rapporter la formation de toutes les maladies aigues et chroniques.

La théorie générale des maladies , et la théorie d’une maladie en particulier, ne peuvent exprimer que les résultats des rapports de leurs symptômes essentiels et - caractéristiques , avec quelques faits ou phénomènes généraux qui indiquent les lésions des forces , des solides , des fluides , etc. , c’est-à-dire avec les affections simples qui cons-

tituent le principe des maladies , ou d’une maladie donnée.

C’est ainsi qu’après avoir analysé et comparé tous les phénomènes d’une maladie, et les ayant séparés et réunis successivement pour les ramener à des chefs principaux , l’on parvient à établir les élémens ou les affections simples , d’où l’on déduit la cause prochaine et immédiate de cette maladie.

L’application de l’analyse à la médecine ne consiste point dans la formation arbitraire de classifications nosologiques, ou de cadres de maladies que l’on peut multiplier ou réduire à volonté. L’analyse ainsi conçue ne peut servir qu'à l’histoire naturelle des maladies; elle n’est d’aucune utilité dans l’exercice de la médecine , puisqu’elle ne saurait conduire à la distinction clinique des indications. Elle ne distingue les maladies que par leurs différences symptomatiques les plus générales , tandis que la distinction réellement pratique des maladies doit reposer sur des différences essentielles, c’est-à-dire sur les états morbides qui les entretiennent, et qui prescrivent des indications thérapeutiques majeures.

La plus grande utilité que la médecine puisse retirer de l’analyse, est de séparer les affections simples et primitives dont les maladies connues offrent des réunions et des combinaisons plus ou moins compliquées, de suivre l’ordre et l’enchaî-

nement de ces affections simples , cle fixer Fimportance de chacune , et de remonter , s’il est possible 9 à celles qui , étant les premières et les plus essentielles, contiennent les principes et la véritable cause de toutes les autres.

L’analyse thérapeutique ne peut avoir d’autres règles que celles qui nous dirigent dans la recherche et dans la distinction des élémens ou affections simples. Elle doit avoir pour but de bien reconnaître ces élémens, pour arriver à des notions exactes des indications relatives à chacun d’eux , et pour fixer le choix des moyens propres à les combattre. L’analyse appliquée au traitement d’une maladie a donc pour objet de déterminer combien de sources majeures d’indications thérapeutiques peut présenter cette maladie.

Nous avons vu que l’étude analytique des maladies consiste à rapprocher les uns des autres les symptômes que l’expérience nous a fait con-

naître , comme se rapportant à telle ou telle affection simple ou état morbide particulier, et à les diviser en autant de groupes , que l’on trouve dans une maladie de symptômes qui offent un caractère différent , et ont , par conséquent , une signification diverse. Ces groupes de symptômes caractéristiques qui ont une meme valeur pathologique f comparés avec toutes les circonstances qui ont servi au développement de la maladie , qui en ont préparé ou excité la production (causes prédisposantes

et excitantes ) , nous conduisent à la connaissance des états morbides ou des affections élémentaires

qui la constituent , et à la détermination des indications qu’elle fournit.

Lorsque la maladie ne présente qu’un seul ordre de symptômes congénères , elle est simple , et son traitement n’offre qu’un seul sujet d’indication , qui doit se rapporter à la nature de l’état morbide qui constitue son affection élémentaire , et qui est manifestée par une réunion de phénomènes ayant le meme caractère ou la même signification.

Lorsque la maladie offre le concours d’un certain nombre de symptômes différens qui peuvent être ramenés à divers chefs et groupés en plusieurs ordres, elle est composée de plusieurs états morbides , dont il importe de reconnaître l’espèce et de déterminer la prédominance et l’influence réciproque , pour les attaquer simultanément ou successivement , suivant les rapports qu’ils ont entr’eux , par les médications qu’exige leur nature * respective.

Enfin lorsque les réunions de plusieurs ordres de symptômes, constituant tout autant de maladies composées , concourentà la formation d’une maladie, celle-ci est alors compliquée. Dans ce cas, il importe de distinguer s’il y a simple extension ou processus d’affection ou d’état morbide à plusieurs organes , s’il y a coïncidence de maladies , ou bien une véritable complication. Les indications curatives de la

( ia3 )

maladie compliquée doivent être tirées de l’espèce de chaque maladie complicante , et de Fin fluence quelles ont Fune sur l’autre.

Dans toutes ces recherches , il est egalement essentiel de déterminer si les phénomènes particuliers qui se joignent a la maladie principale , ne sont que des affections symptomatiques subordonnées à cette dernière , à laquelle il faut les rapporter. Ces affections n étant alors que l’effet de la maladie, ne doivent point fixer les vues thérapeutiques ; car elles cèdent aux médications indiquées par l’affection principale qui les entretient , si ce n’est dans certains cas qui sont 1 objet de la cure symptomatique ou palliative. '

Dans l’investigation des sources d’indication on doit prendre en considération :

i.° L’influence qu’ont pu exercer sur la production de la maladie toutes les circonstances qui Font précédée , la disposition du sujet au moment où il a ressenti l'impression de ces circonstances ou des agens provocateurs, son âge, son tempérament , sa constitution , son sexe , ses habitudes , son régime , sa profession , le climat , la constitution atmosphérique régnante , etc. ;

a.0 Les liaisons sympathiques de l’organe que l’on présume être affecté d’une manière spéciale ;

3.° Le rapport dans lecpiel se trouvent les phénomènes morbides* et les agens qui les ont produits , ainsi que l’ordre dans lequel ils se sont succédé.

C’est d’après toutes ces données que le médecin peut arriver à des conclusions ou à des inductions qui forment son jugement sur la nature de la maladie, et servent de base à son traitement. Tel est l’esprit qui doit nous guider dans la recherche des sujets d’indication ; telle est la méthode qui peut seule conduire à l’établissement des principes thérapeutiques, ou de la Thérapeutique dogmatique.

Les principes de cette science ne sauraient être déduits, comme nous l’avons prouvé , que d’une théorie pathologique , qui embrasse tous les faits dont se compose l’état maladif. La Thérapeutique ne peut partir de quelques phenomenes isolés et trop généralisés , pour en tirer ses indications et ses médications. Elle ne peut non plus les puiser dans les applications que l’on a faites a 1 etude de 1 homme malade, des connaissances fournies par les sciences

étrangères à cette étude.

Ce n’est que dans lés résultats de l’expérience clinique qu’elle trouvera ses matériaux, ainsi que les données de toutes ses indications. Cette expeiience a prouvé que les altérations de l’organisme vivant qui constituent les elemens de toutes les maladies ,, et contre lesquelles doivent être dirigées nos vues thérapeutiques essentielles, peuvent être ramenées à des états morbides divers , qui proviennent des lésions des forces et de l’action vitales, des altérations des solides, des dégénérations des fluides, et des vices spécifiques de la constitution.

Ces affections simples doivent être combattues directement par les médications qui leur sont propres; i.° lorsque la nature n’opère aucun effort salutaire ; 2.0 lorsqu’elle agit avec faiblesse et lenteur , en sorte que ses tentatives fatiguent le malade à pure perte ; 3.° lorsque les mouvemens naturels ajoutent eux-mêmes à la gravité de la maladie (i). Les indications que l’on doit suivre alors , sont celles dont se composent les méthodes de traitement analytiques ; celles-ci sont d’autant plus convenables , qu’il existe une plus grande composition d’élémens , ou une plus grande .complication de maladies.

Dans la méthode analytique qui est propre ^ chaque composition et à chaque complication , on doit faire dominer la partie du traitement qui est appropriée à chacune des affections composantes, ou à chacune des maladies complicantes, à proportion de ce quelle a plus d’importance respective. Cette importance doit être estimée suivant quelle est plus urgente ou d’un danger plus pressant , et suivant son influence sur les autres affections, ou maladies combinées (2).

(1) Barthez , op. cit.

(2) Primùm natnque in ejusmodi complexu ( composition d’affections ) œstimabis à quo maxime discrimen œgro impen dere videatur. Secundo quid , quœve ex his causœ rationem obtinçant , et quœ ab ipsis efficiantur. Tertio , quai sanarê

Après avoir déterminé la méthode mixte qui convient au traitement de chaque cas composé ou compliqué , il faut encore distribuer les diverses parties de cette méthode , dans l’ordre des temps qu'il est nécessaire ou plus avantageux d’observer pour assurer le succès de son exécution. Ainsi , dans la formation de chacune des méthodes analytiques, il est essentiel de bien distinguer l’ordre d’importance relative des éléments de la maladie composée ou compliquée^ et l’ordre des temps de l’exécution des parties de cette méthode.

De ces principes on peut déduire les règles à suivre dans le traitement analytique des maladies (i).

La première règle est de faire dominer la partie du traitement qui est la plus appropriée à celle des

ante cilla possint , et quœ non possint ; veluti cle ulceribus , quæ unà cum phlegmon is considéré , osteridimus. JJbi namque , à quoquam affectuum non lève periculum instat , ad id quod urget , dirigi primum curantis consilium debet ; ubi aliud officiais est , aliud quod ab eo efficitur , ipsa causa spectanda. jit ubi curarï hoc ante illud non licet , ad id quod ordo dictât , est respiciendum. Enirn verb in eo ad quod urget scopo affectûs magnitudo perpendenda est. Ea triplex est magnitudo , alia quæ ex lœsœ actionis prœstantid spectatur ; alia quœ ex pro-

priâ affectûs essentiel ; et tertia prœter has quœ ex facullate

lœsum corpus gubernante æstimatur In eo verb quod

ordo prœscribit , quid ante epuod , vel quid cum quo , vel quid posl quid sanari possit . Gai. f methocL med, , cap. XII. , lib. Vil.

(1) Bardiez , op. cii»

( Ia7 )

affections élémentaires qu’on juge avoir suscité les

autres, ou exercer actuellement le plus d’influence sur elles.

Prenons pour exemple l’inflammation, que l’on doit décomposer en trois élémens , la douleur , la fluxion et la phlogose .

Lorsque l’inflammation est sous l’influence de la douleur , que ce dernier élément est ‘encore prédominant , ainsi qu’on l’observe dans le début et même pendant le cours de quelques maladies Inflammatoires, c est contre la douleur qu’il importe de diriger le traitement. Les stupéfians ou narcotiques , en détruisant ce mode vicieux de la sensibilité, sont les seuls moyens capables de prévenir les actes subséquens de l’inflammation , ou d’amener la résolution de cette maladie qui est subordonnée ici à l’élément douleur. Les observations de Sarcone ont prouvé l’efficacité des narcotiques dans les pleurésies nerveuses , ou avec prédominance de l’élément douleur.

Nous avons observé , M. Lordat et moi , une ophtalmie inflammatoire très-intense qui, ayant résisté aux antiphlogistique et aux révulsifs, fut guérie par 1 usage de l’opium à l’intérieur et à l’extérieur, auquel il fallut recourir, à cause de douleurs atroces accompagnées d’accidens nerveux.

La douleur , à mesure que l’inflammation avance, cesse le plus souvent de jouer le rôle d’élément ’ et n’est plus qu’un symptôme résultant de la fluxion

et cle la détention des parties engorgées ; ce n est pas contre elle quil faut agir , mais bien contie le mode fluxionnaire que Ton traitera par les topiques répercussifs , ou par les attractions révulsives et dérivatives , suivant les périodes de la fluxion , et son renouvellement qu’il faut prévenir.

Enfin la phlogose , qui est l’élément propre et caractéristique de Knfl animation , résulte d’une réaction spéciale des vaisseaux capillaires sanguins , qu’il est essentiel de maintenir dans un état modéré qui puisse favoriser la résolution , et prévenir les actes consécutifs plus ou moins fâcheux de l’inflammation , tels que la suppuration , la gangrène , etc. C’est contre cet .élément que sont indiqués les antiphlogistiques, qui se composent des émissions sanguines générales et locales , des emol-

liens , des tempérant, etc.

En distribuant ainsi les divers remèdes qu’indique l’inflammation dans ses périodes , relativement aux éiémens qui y prédominent successivement , on peut se flatter d’en prévenir la formation , ou d en obtenir la résolution ; c£ qu’on ne saurait espérer de l’administration des mêmes moyens employés sans méthode contre l’un de ces éiémens , sans égard pour l’état de prédominance et d’influence des autres.

2.0 Une seconde règle est de combattre l’élément qui , par sa gravité , expose le malade à un danger plus pressant. Dans le traitement des fièvres intermittentes pernicieuses qu’on a désignées sous le

nom de comitatœ , il faut, pendant la durée du paroxysme , mettre en usage tous les moyens capables de détruire l’affection grave qui , à cause du péril dont elle menace les jours du malade , doit fixer toutes les indications thérapeutiques , afin d arriver a la fin du paroxysme , après lequel on s’occupera du traitement de la fièvre elle-meme €n donnant des doses de quinquina suffisantes pour prévenir l’invasion de l’accès suivant.

3.° Une troisième règle prescrit de choisir , parmi les moyens dont on doit faire usage pour remplir les indications des méthodes analytiques , ceux qui peuvent combattre a la fois plusieurs des élémens constitutifs de la maladie. G est ainsi que parmi les moyens attractifs , révulsifs et dérivatifs , qu’indique la fluxion inflammatoire , la saignée mérite la préférence sur tout autre moyen anti-fluxionnaire , a cause de sa double action révulsive et antiphlogistique. La valériane , dans une affection convulsive et vermineuse , ayant l’avantage d’être appropriée contre l’état spasmodique , et contre l’état vermineux , sera préférée à tout autre remède qui ne serait qu’antispasmodique ou qu’anthelmintique.

Dans les méthodes empiriques, on se propose de Méthodes changer la maladie en entier , par des remèdes empiriques, qu’indique le raisonnement fondé sur l’expérience de leur efficacité dans des cas analogues. « Ces

méthodes, dit Barthez (i) , conviennent surtout aux maladies où Ton a lieu de craindre que les mouvemens spontanés de la nature ne soient impuissans pour en opérer la guérison , et dans celles qu’on ne peut décomposer en des élémens bien déterminés , dont on puisse être assez sûr de remplir les indications. Il est absolument nécessaire d y avoir recours dans ces maladies que la nature seule ne guérit point , comme sont la fièvre intermittente maligne , la maladie vénérienne portée à un haut degré , et d autres maladies de ce geme. »

Dans les méthodes naturelles et dans les méthodes analytiques on aperçoit le mode d’utilité des moyens employés , et l’on peut établir le rapport des indications à remplir avec les modifications immédiatement occasionées par ces moyens. Ainsi une irritation provoquée par la saignée ou par quelqû autre attractif, excite une fluxion artificielle qui a pour but de décomposer une inflammation , en détruisant la fluxion naturelle qui est un des élémens de la maladie , et fournit une des indications de la méthode de traitement analytique. Dans la méthode naturelle de traitement d’une fièvre gastrique , l’utilité des évacuans , émétiques et purgatifs , dépend de ce que ces remèdes accélèrent et activent les efforts excréteurs qui doivent

(i) Maladies goutteuses. Préface*

débarrasser les premières voies ? des humeurs qu’un mou\ ement fluxiounaire y accumule.

Dans les méthodes de traitement empiriques , au contraire , on ne peut rendre raison des avantages que l’on retire des moyens qu’elles mettent en usage , autrement que par les bons effets qu’on en a éprouvés dans des circonstances semblables , en sorte que l’esprit ne peut saisir le rapport qu’il y a entre les effets immédiats et primitifs des moyens

administrés d’après ces méthodes, et la guérison de la maladie.

Les méthodes empiriques se divisent en trois espèces , qui prennent les noms d 'imitatrices , de perturbatrices et de spécifiques.

Les méthodes imitatrices sont celles qui tendent Méthodes a déterminer la nature a des actes conformes à iLUJlatnccs'

ceux par lesquels elle guérit souvent des maladies semblables.

Il est facile , d’après cette définition , de distinguer les méthodes imitatrices des méthodes natureües. Dans les méthodes naturelles , on se propose dé favoriser les efforts médicateurs de la nature.

Mais pour cela il faut apercevoir ou prévoir ces efforts, afin de les seconder et de les faciliter. Dans les méthodes imitatrices , on cherche à imiter des actes qui ont quelquefois amené la terminaison de la maladie, bien quon ne voie aucune tendance à une solution spontanée , ou à la formation de ces

Méthodes

perturbatrices

actes. Lorsque l’expérience a prouvé qu’une affeelion s’est jugée à la suite d’un changement qu’il nous est possible de produire , nous imitons le procédé par lequel cette solution heureuse s’est opérée. L’excitation de la fièvre dans les affections nerveuses spasmodiques , etc. , celle de l’inflammation dans les engorgemens froids , muqueux , lents , etc. , rentrent dans la classe des moyens prescrits par les méthodes empiriques imitatrices.

Les méthodes perturbatrices ont pour but de substituer aux affections constitutives d une mal adie , d’autres affections fortes qui peuvent les dis-

siper.

' Des méthodes perturbatrices sont celles qui provoquent simultanément des évacuations , ou des mouvemens dans divers sens, qui, imprimant des secousses opposées , à tout le système , peuvent finir par y rétablir l’ordre (i). C’est la méthode perturbatrice qui tente la guérison des maladies vénériennes et d’autres affections chroniques , par différentes évacuations provoquées en même temps, par les sueurs , les selles, etc. Sydenham et Boërhaa\o ont eu recours à une méthode perturbatrice , lorsqu’ils ont combattu avec succès les fièvres intermittentes d’automne qui étaient opiniâtres , en excitant à la fois des sueurs , des déjections , un peu avant

(i) Barthez , op. ciU

le temps où la fièvre devait revenir. Barthez a triomphe , au moyen de cette méthode, des affections nerveuses les plus rebelles , dont il composait le traitement, de 1 usage alternatif des remèdes temperans et excitans. L emetique donné au moment de 1 invasion d un accès de fièvre intermittente quarte rebelle , a été souvent un moyen perturbateur trèsutile. Une saignée copieuse , faite dans les memes circonstances , a été suivie des meilleurs effets. Une affection morale très-vive , suscitée subitement , au moment de l’invasion d’un paroxysme fébrile , dans le cours d’une maladie chronique , etc. , est encore un des moyens qui appartiennent à la méthode empirique perturbatrice.

Il s’agit , suivant l’esprit de cette méthode , d’exciter une secousse plus ou moins violente , dont les effets n’ont , d’ailleurs, aucun rapport direct avec la nature des affections contre lesquelles on les dirige. L’expérience a constaté que des états morbides différens et des habitudes vicieuses ont disparu à la suite d’un trouble, qui a fortement ébranlé tout le système , et l’on tente de provoquer des commotions analogues à l’aide de divers moyens physiques ou moraux.

Les méthodes empiriques spécifiques , sont celles Méthodes dans lesquelles on administre les remèdes dont sPec,%uê5', i expérience a fait connaître la vertu spécifique pour détruire ces maladies. Ici l’on attaque directement

la maladie par un moyen qui a eu de bons effets dans le plus grand nombre des cas.

L’usage des spécifiques tend alors à produire un changement total de l’état morbifique, par une sorte d’incompatibilité entre la modification constitutionnelle de cette affection, et celle que le corps vivant reçoit de l’impression de ces remèdes ; leur action décompose et dissipe immédiatement la maladie.

Une méthode spécifique attaque la maladie sans aucun intermédiaire ; et feffet en vertu duquel elle guérit , ne peut s’apercevoir que chez ceux en qui se trouve actuellement le mode d affection dont elle est le moyen curatif. Ainsi, la vertu anti-syphilitique du mercure est directe , et ne dépend nullement des autres changemens connus que cette suostance peut déterminer dans les forces vitales. Il en est de même de la propriété anti - périodique du quinquina (i).

Cette classification des procédés , au moyen desquels l’art de guérir procure la solution des maladies, est la plus convenable pour assigner à chacun d eux le genre d’utilité qu’il peut avoir , pour déterminer les cas ou l’on doit donner la preference à l’un sur l’autre , pour en rectifier d’anciens et pour en créer de nouveaux ; en même temps quelle rapporte à des principes bien établis les observations

(i) Barthez , op. cih

thérapeutiques que l’empirisme laisse isolées , et celles que le dogmatisme rejette, comme ne pouvant s’accorder avec ses théories.

Lorsqu’on a reconnu les indications; lorsqu’on a Moyens.5 établi les méthodes et les règles qui doivent diriger dans le traitement ; lorsqu’on a , enfin , décidé l'espèce de modification à produire sur le système vivant, pour changer les conditions contre-nature qui constituent letat maladif, il s’agit de déterminer de quelle manière on peut atteindre ce but , et de choisir les moyens de guérir.

Les moyens que la Thérapeutique emploie pour la cure des maladies, sont pris dans la Diète , dans la Pharmacie et dans la Chirurgie. Ils se divisent donc en moyens diététiques , pharmaceutiques et chirurgicaux. Je ne dois m’occuper que des moyens qui appartiennent aux deux premières divisions.

La Diététique ne se borne point à régler l’usage . Diététique; des alimens , comme Font prétendu les auteurs qui Font définie , l’art d’ordonner la nourriture , ars ordinandi victum . Elle se propose aussi d’examiner Faction de tous les objets au milieu desquels Je malade se trouve placé, et de les faire coopérer à sa conservation et à son rétablissement.

L’Hygiène détermine l’influence que ces objets exercent sur notre corps, en calcule les effets, et prescrit la manière dont on doit en user pour Fen-

tretien de la santé. La Diététique considère le même sujet sous un autre rapport , elle fait concourir les effets de cette influence à la guérison de la maladie.

Les choses qui font la matière de l’hygiène , sont regardées , dans les traités de pathologie , comme les causes les plus générales des maladies. Les qualités de l’air , la succession des saisons , la position des lieux , les climats, la nature des alimens, des boissons, de l’eau , les professions , le mouvement, le repos, les affections morales fournissent l’origine la plus commune des affections morbifiques. Ces agens , soit par leur impression forte et soudaine f soit par leur action plus faible et prolongée sur le corps vivant , le modifient sans cesse , au point d altérer l’état normal des actes qui constituent la vie et la santé. Mais s’il est prouvé qu’ils ne peuvent rompre l’harmonie des fonctions, quen exerçant une. influence telle qu’ils opèrent de grandes modifications, on est forcé de reconnaître , qu’il est possible d’en retirer les plus grands avantages dans la curation des maladies, en écartant ou en provoquant à propos, et en dirigeant d’une manière convenable , l’exercice de leur influence sur les malades (i).

Les Anciens, dont les ressources en matière médicale n’étaient pas aussi étendues que celles des

(i) V. Traité dllygiène appliquée à la Thérapeutique , par xVl. Barbier*

Modernes, faisaient beaucoup de cas des moyens de l’Hygiène qu’ils appliquaient à la Thérapeutique, ïls s servaient comme de secours indispensables au succès de leurs plans de traitement (i).

Hippocrate , Galien , Arétée , Celse , Cœlius-Aurélianus , Alexandre de Traites et autres , en nous transmettant les grands principes de l’art de traiter les maladies, n’ont pas manqué d’indiquer tous les avantages que l’on peut obtenir de l’action bien dirigée des objets extérieurs. Hippocrate nous enseigne que tout doit concourir à la curation de la maladie; le médecin, le malade, les assistans , et les objets extérieurs. Oportet autem non solum seipsum exhibere quce decent facientem , sed etiani œgrotum et pressentes, et quce externa sunt. Aph. i. Sect. i. Les premières et les meilleures règles de la diététique ont été fixées par le médecin de Cos ;

(i) Anciens avaient classe les objets de l’Hygiène dans ce cju ils appelaient les six choses non naturelles » Le professeur Halle les a compris dans six ordres , sous le titre de circum fusa , applicata , ingesta , excreta , gesta et percepta. Une partie de cette classification est empruntée de la division des causes occasionelles des maladies y adoptée par Jonston et par Boèrîiaave ( Institut . medicœ , §. 744 ). Ces auteurs n’avaient admis que les circumfusa > les ingesta , les excreta , les gesta , que les Anciens exprimaient ainsi :

Ta sfoOsv TtpoGiuixTQVToi , quœ extus accidunl ; Ta tt poafspopevK, quœ apponuntur ; Ta xevo upsva, quce vacuantur ; Ta 7roiov/xsva , quœ geruntur . ( Y. Encyclopédie méthodique. )

e’est à lui que nous devons les notions les plu* précieuses sur le régime auquel il faut soumettre les malades dans les affections aigues. Le principe de Futilité du régime délayant et affaiblissant , dont Hippocrate a reconnu le premier , la généralité , a presque toujours été adopté et suivi par les grands médecins. Il vient d etre reproduit , de nos jours ÿ avec une extension qui doit amener souvent des résultats fâcheux , par les applications qui en ont été faites à toutes les maladies et à toutes leurs périodes.

On peut assurer que le traité de victûs ratione in morbis acutis , contient sur cette partie si essentielle de la doctrine médicale , des préceptes qui sont d'une vérité éternelle.

Les Anciens , les Méthodistes surtout , portaient la plus grande attention aux qualités de 1 air , pour les faire contribuer à la guérison des maladies. Ils spécifiaient toujours les propriétés que doit avoir Pair qui entoure les malades; iis le modifiaient pour l'approprier à chaque affection morbifique 9 en le chargeant quelquefois d’émanations particulières.

On trouve dans les écrits des Anciens , la désignation expresse des alimens qu’on doit prendre , ainsi que la prescription de l’exercice ou du repos , du sommeil ou de la veille ; et lorsqu’ils ordonnent l’exercice , ils précisent celui auquel le malade peut se livrer ; iis ne négligent, enfin , aucun des moyens

hygiéniques qui jouissent de quelque action sur le corps.

Ils savaient aussi combiner , dans l’exécution de leurs méthodes de traitement , les moyens de l’Hygiène et les agens de la Thérapeutique, Lorsqu’ils prescrivaient un médicament, ils faisaient concourir au succès de son action , l’air , la nourriture , le mouvement, etc. (i). Ils possédaient, enfin, l’art de décider dans le système vivant , par des moyens divers, des modifications propres à détruire l’état maladif (2).

Hoffmann , parmi les modernes , a parfaitement apprécié tous les avantages que la Thérapeutique peut retirer des moyens de l’Hygiène, lorsqu’il dit: Plurima nullius momenti et exigua videntur , quæ tamen in servandis corporibus et morbis abigendis , incredibili gaudent potentiâ , et talia sunt , quæ sex rerum non-naturaliiim titulo comprehenduntur , quibus si rectè utamur , magna in medicinâ sine medicinâ prœstare possumus. ( Dissert. De motif optimd corporis medicinâ. )

Nous pouvons maintenant appliquer h la Théra^ peutique les moyens de l’Hygiène , avec d’autant plus d’avantages, que les progrès des sciences physiques et chimiques, qui ont pour but de nou^

(1) Galen * Method. med. lib. III. cap . VIII.

(2) V. Cœl. Aurelian. , Morb. chron. lib. I. cap . Corporis hqbitiun çpuîdam mutcuicme rejiciunt.

éclairer sur la nature et sur les propriétés de la plupart de ces moyens, nous ont mis dans le cas d’apprécier toute l’influence qu’ils exercent sur le corps Tivant , et d’en mieux calculer les effets , dans l'état de santé et de maladie.

La considération de la grande influence qu exercent sur nous les objets au milieu desquels nous vivons , et dont l’action tend incessamment à modifier nos organes et les forces qui les animent , doit suffire pour prouver de quelle importance peuvent être ces mêmes objets dans le traitement des maladies , lorsqu’on dirigera avec habileté leurs impressions , de manière à leur faire produire des modifications capables de changer les affections maladives , ou de favox-iser les effets des remèdes qu’indique la nature de ces affections.

Dans l’examen des modifications que le corps vivant reçoit de l’action des objets extérieurs, il importe de déterminer :

i.° Si l’influence des modificateurs n’est pas contraire aux vues que nous nous proposons , dans la cure de la maladie du sujet qui est actuellement soumis à cette influence. Lorsque les mêmes causes qui ont disposé ce sujet à une maladie ou qui l’ont provoquée , continuent d'agir sur lui, il est évident quelles ajouteront sans cesse à l’intensité des accidens morbifiques , et quelles rendront tous les soins du médecin infructueux. L’indication la plus urgente n est-elle pas alors de soustraire le malade à

l’impression des causes actives qui ont amené la maladie , et d’éloigner toutes les circonstances nuisibles (i)? La conduite que l’on tient alors peut seule assurer l’efficacité des moyens que l’on doit mettre ultérieurement en usage.

2.0 On ne doit pas se contenter d’écarter ou de supprimer 1 influence des circonstances extérieures^ et des causes qui pourraient aggraver ou entretenir la maladie. Le médecin doit porter bien plus loin ses vues , relativement aux choses qui font la matière delHygiène. Il fautqu’il changeles qualités actuelles des agens hygiéniques, et qu’il les dirige de manière à déterminer dans le corps malade , des modifications favorables aux intentions quil a, de diminuer les accidens de la maladie et de la guérir. Le médecin doit transformer les agens hygiéniques en moyens thérapeutiques.

La Pharmaceutique nous fournit les moyens pro- Pharaniceafe près à remplir les indications auxquelles la Diété- 4i<*ac* tique ne saurait suffire. Elle se compose de la Matière médicale et de la Pharmacie.

La Matière médicale traite de l’histoire naturelle y physique et chimique des médicamens, de leurs propriétés, des doses auxquelles ils doivent être

(i) Oiruiia vero ex prœsenti statu transmovere , œgrotanti ®pitulatur » Si enim quod morbum facit , non transmo péris t auges cit. ( Hipp. , De locis affectis . )

donnés , de la forme de leur exhibition , ainsi que du choix des organes par lesquels ils peuvent être

administrés.

La Pharmacie s’occupe de la préparation et de la conservation des médicamens.

Action Aéra. Nous avons posé en principe , que l’essence de la peutique des ma’ia(lie nous est inconnue. Cette ignorance nous médicamens. ^ dans rimpossibilité de déterminer la manière

d’agir des moyens curatifs. Nous ne pouvons établir avec exactitude , les rapports que les médicamens ont avec les états morbides qui les indiquent , pour en déduire leur mode d’action. Les affections maladives supposent une lésion des propriétés vitales , ou une altération de l’organisme , en tant que vivant, laquelle est inaccessible à nosmoyens d’investigation. Connaît-on ce qui constitue le scorbut, la syphilis, les dartres , les scrofules , le cancer , et l’inflammation elle-même ? Croit - on avoir donné une idée bien claire et bien exacte de l’inflammation , lorsqu on a dit , que c’est une exaltation des propriétés vitales? L’inflammation nous est aussi inconnue dans sa nature , que toute autre maladie. Nous ignorons quel est le changement qui survient dans l’organisme vivant; quel est le mode vicieux des forces, des solides et des fluides , d’où dérive le mode inflammatoire.

Nous avons déjà prouvé que toutes les tentatives qui ont été faites depuis les premiers temps de la

medecine jusqu’à nous , pour découvrir la nature

ces maladies , sont restées sans succès , et n’ont

abouti qu’à nous présenter des hypothèses plus ou

moins ingemeuses que l’imagination a enfantées et détruites tour à tour.

àous avons prouvé aussi qu’il était impossible de ramener toutes les maladies à deux états viciés de 1 organisation ou des forces qui l’animent ; qu’il fallait , au contraire, reconnaître autant d’affections morbides que l’on remarque de différences dans les caractères essentiels des maladies , et dans les méthodes de traitement II faut, en effet, multiplier ces affections en raison de ces différences ; et même pour peu quil y ait de l’incertitude sur l’identité de deux affections , on doit les considérer comme distinctes, et comme ayant quelque chose de spécial. La connaissance que nous avons de la manière agir des médicamens , est une connaissance tout# empirique; c’est-à-dire, que ce n’est que par un# suite d observations et d’expériences qui ont constate .es bons effets d’un médicament dans un grand nombre de cas analogues , qu’on est parvenu à

déterminer les propriétés de ce médicament dans tel ou tel état morbide.

Les agens thérapeutiques produisent , dans tout e système vivant ou dans les organes en particulier, de vraies altérations qui diffèrent des altérations maladives , seulement par le résultat. Les modifications que ces agens déterminent dans le corps ,

pour y rétablir 1 état de santé , sont des modifications propres que l’expérience clinique a constatées, et qui dépendent de l’impression de ces agens , ou de ce qu’on appelle F action thérapeutique . Ces effets ne peuvent avoir lieu que dans un corps malade ; ils résultent d’une action directe contre l’état de maladie , en sorte qu’on ne saurait toujours en rendre raison par les phénomènes qu’ils occasionnent dans un corps sain, ou dans letat physiologique.

Une bonne Thérapeutique ne peut donc être faite à priori , c’est-à-dire , d’après les théories , que Ton s’est faites de la nature des maladies et de Faction physiologique des médicamens. Elle doit , au contraire , être fondée sur 1 expérience clinique et composée à posteriori .

Le raisonnement doit être subordonné aux résultats des faits recueillis au lit des malades , cai le raisonnement seul n a pas plus fait connaît! e les cas où l’opium , le quinquina , le mercure , etc. , sont indiqués , que la physique et la chimie n’ont servi à déterminer les propriétés médicinales de ces substances (i).

(i) Mon stratum enirn in iis libris est , qui de medicamentis sunt inscripti , in quibus exercitatum esse censui , quisquis ex his commentariis fructum percipiet , nullam ejusmodi facullatem sine experientiâ inveniri ; esset enimprofectofelicitatiscujusdam munus , si quis inspecto lithargyro , nul castoreo , aut cantharide , produits eorum vires intelligent.. \Galen. Method. med. ' lib. JF. cap . 111. )

Il faut donc distinguer dans le mode d'agir des medieamens ? 1 effet thérapeutique qui se rapporte directement à 1 état morbide 7 ou à l’indication ? quelles que soient les explications qu’on puisse donner de cet effet , c est-a-dire , quels que soient les phénomènes physiologiques qui se passent dans un 01 gane ou dans tout le système 5 apres 1 administration de ces médicamens. La considération des phénomènes physiologiques que l’on observe après l’administration des médicamens , ne saurait suffire y dans tous les cas y pour arriver à la connaissance des effets thérapeutiques ; ceux-ci sont des effets propres qui ne se rapportent qu’à l'affection morbide , ou au sujet de l’indication qu’ils sont destinés à remplir.

i.° En partant des effets physiologiques des médicamens , on est conduit à ne reconnaître qu’une seule propriété dans des substances qui en ont plusieurs , et à confondre des remèdes qui ne sauraient être assimilés sous tous leurs rapports. Le quinquina , par exemple , ingéré dans l’estomac % ou administré de toute autre manière , produit ? d’abord , tous les signes d’une irritation plus ou moins vive. Mais peut-on dire qu’il n’a d’autre vertu que celle d’exciter ou de relever les forces f et qu’il n’est anti-périodique , que parce qu’il est tonique? S’il en était ainsi , pourquoi ne pourrait-on pas le remplacer par tout autre remède pris au hasard ? dans la classe des toniques ou des excitans ?

io

Le quinquina jouit de deux propriétés; il esttonîque et anti-périodique , et on ne saurait apercevoir aucune liaison nécessaire entre sa propriété générale tonique, et sa propriété spéciale anti-périodique (i).

On peut en dire autant du mercure , de l’opium et des autres substances dans lesquelles 1 expérience clinique a constaté des effets généraux , et des effets particuliers qui constituent leur vertu propre et

spéciale.

2.0 Si l’on s’en tenait aux effets physiologiques des substances médicamenteuses , on serait obligé de soutenir , contre les assertions de tous les praticiens , l’inefficacité de certains remèdes , parce que de très -fortes doses de ces remèdes , prises dans l’état de santé, n’altèrent pas sensiblement le poids , et ne produisent pas d’effets remarquables. C’est par une semblable raison que M. Alexander a cru ' que le castoreum n’est d’aucune utilité contre les maux spasmodiques. « Mais l’expérience seule , dit Barthez , doit déterminer si le castoreum n’est point spécifiquement adapté à de telles aberrations du système des forces , qui ont lieu dans tel genre de maladie. Or , ce remède a été trouvé généralement utile pour les maladies nerveuses par un très-grand nombre de bons observateurs , depuis Hippocrate et Arétée jusqu a nous (2). «

(1) Y. M.r J. B. Bousquet : Revue médicale, t. IY ,pag. 4*5. Ja) Nouveaux Élémeos de ta science de l’homme.

L observation clinique nous fait reconnaître dans les médicamens des effets généraux par lesquels ils peuvent se réunir et se confondre, et des effets particuliers qui constituent l’action thérapeutique spéciale d’un grand nombre d’entr’eux. Il est certain qu’une substance qui accélère le mouvement circulatoire du sang, qui augmente la force du pouls, et élève la température du corps, est un moyen excitant , tandis qu’une autre qui produit des phénomènes opposés est un moyen débilitant ; cependant on ne saurait conclure que tous les effets de ces substances se bornent à cette impression immédiate et sensible , et quelles ne possèdent pas d’autres propriétés qui constituent leur efficacité contre un état morbide donné , et desquelles résulte leur action thérapeutique propre.

L’analyse des effets des substances médicamenteuses y fait distinguer des propriétés générales ou communes , et des propriétés particulières ou spéciales. Les propriétés générales sont celles d’après lesquelles on a reconnu des remèdes toniques et excitans, et des remèdes débilitans et antiphlogistiques: tous les médicamens qui appartiennent à l’une ou à l’autre de ces classes, se ressemblent , et ils ne présentent d’autre différence que celle qui est relative au degré de leur activité.

Quant aux propriétés spéciales , un grand nombre de médicamens en sont pourvus; elles ont leurs indications propres dans lesquelles il serait impos-

sible de les remplacer , si , comme nous l’avons déjà dit, il n’y avait plusieurs manières de résoudre le même problème thérapeutique , c’est-àdire, plusieurs méthodes pour obtenir la guérison de la meme maladie.

Les propriétés spéciales, lorsqu’elles se. manifestent d’une manière évidente , ne sont autres que les propriétés spécifiques (i).

Si l’on prend le mot spécifique dans son acception rigoureuse ; si l’on n’entend par spécifiques que lesmédicamens qui guérissent toujours et dans toutes les occasions la même maladie, on peut dire qu’il n’y a point de spécifique : car il est presqu impossible de trouver deux maladies parfaitement semblables , deux tempéramens identiques , deux malades enfin , placés dans les mêmes circonstances sous tous les rapports. Une maladie n’est pas d’ailleurs’ réduite toujours à un état de simplicité tel quelle ne présente qu’une seule indication. Lorsqu’elle est compliquée , il faudrait que le remède réunît toutes les propriétés nécessaires pour remplir les diverses indications relatives à ses complications , afin qu’il fut toujours suivi du même succès. S’il n’y a pas de spécifique de maladie , il y a des spécifiques d’affection , et des indications qui peuvent être remplies par des moyens spécifiques. C’est ainsi que l’affection vénérienne est

(i) M. Bousquet , op. cil.

1 objet d une indication dont le mercure est le spécifique. Mais supposez que cette affection ne soit point simple , et quelle se trouve compliquée d’inflammation , de scorbut ou de toute autre maladie, le mercure administré, alors, sans précaution manque son effet, et cela , parce que ce médicament qui n’a d’action que contre le principe syphilitique , exaspère les états morbides qui , dans ce cas , viennent le compliquer.

On entend par remède spécifique , celui qui , par une action dont ne peuvent rendre raison les analogies physiologiques, guérit une affection morbifique donnée , plus souvent que d’autres ' remèdes. Le quinquina , le mercure , etc. , sont des spécifiques. Il ne faut pas exiger qu’un remède spécifique guérisse toujours la meme maladie , sans aucune exception ; car, ainsi que nous l’avons dit, cette maladie peut présenter dans chaque individu des circonstances particulières , connues ou même inconnues et indéterminées , qui annulient l’effet spécifique du remède. C'est d’après un ensemble de faits nombreux et concluans, que l’on doit prononcer sur la spécificité d’un médicament.

Quelques auteurs nient en vain l’existence des remèdes spécifiques. L’expérience est là pour les contredire , et pour prouver la fausseté de leurs prétentions. Les moyens spécifiques offrent les ressources les plus précieuses de la médecine. Quel systématique , après avoir refusé toute spécificité au

Quinquina, ne se hâtera d’avoir recours à ce remède héroïque , s’il est atteint d’une fièvre intermittente pernicieuse ?

On doit admettre deux ordres de spécifiques, des spécifiques d’affection et des spécifiques d’organe.

11 est des substances qui portent particulièrement leur action sur un organe , plutôt que sur un autre. Il est un grand nombre de médicamens qui semblent choisir , parmi tous les organes dont se compose le corps , celui qui leur convient. Aussi a-t-on désigné Cette faculté spéciale dont jouissent ces substances 9 sous le nom de propriété élective.

Il y a donc des propriétés spécifiques d’organe et des propriétés spécifiques d’affection. Celles-ci , relatives non à l’organe , mais à la nature de la lésion , se manifestent, quel que soit le siège quelle occupe. Le quinquina jouit de la même efficacité dans toutes les affections périodiques , quel que soit l’organe malade.

Les auteurs qui assurent que toutes les maladies sont des lésions de l’organisation , ne voient dans les médicamens d’autres facultés que celles de changer et de modifier cette même organisation , et de ramener ainsi les parties malades à leur état naturel , ou à leur structure primitive et normale. Mais il est prouvé que les substances médicamenteuses ont sur le système vivant une action indépendante des altérations organiques qu’ elles peuvent

produire. Les effets instantanés de certains moyens perturbateurs, fournissent un argument bien fort en faveur de 1 action purement dynamique des» remèdes, c est- à -dire, de la propriété qu’ils ont d agir directement sur les forces qui animent la matière organisée , sans amener aucun changement sensible dans celle-ci. D ailleurs, s il existe desagens qui attaquent et détruisent d une maniéré directe la vie , sans atteindre 1 organisation , pourquoi n admettrait-on pas des moyens qui agissent aussi directement sur les forces du corps , pour les modifier de diverses façons ? Car leur action ne se borne pas à exciter ou à affaiblir la puissance vitale. L’action thérapeutique ne saurait être réduite à deux modes généraux, l’excitation ou la sédation De même qu’il faut reconnaître qu’il existe des maladies dans lesquelles les forces ne sont pas seulement modifiées en plus ou en moins , mais dans lesquelles elles sont viciées et dépravées , on doit admettre aussi des médicamens qui ont une action propre contre ces dépravations, qui les détruisent directement par des propriétés spéciales ; et ces propriétés doivent les faire distinguer d’autres reinedes dont ils se rapprocheraient, d’ailleurs, par leurs effets immédiats et généraux.

Si tous les organes étaient immédiatement soumis a notre action , il suffirait de s’occuper de la recherche des moyens nécessaires pour changer leurs

modifications vicieuses ; mais , comme la plupart1 d’entr’eux sont hors de notre portée , i'i faut , avant dVir savoir comment nos moyens pourront les atteindre.

Le corps vivant ne fait qu’un seul tout lie par ]a continuité et par les rapports des parties , et surtout par les forces vitales qui les animent.

11 est des organes principaux qui exercent sur tout le système une influence aussi active qu etendue.

Enfin , certains organes , indépendamment des rapports généraux qui les unissent a tous les auties, ont èntr’eux des relations spéciales plus intimes , qui sont le principe de leurs sympathies.

Il résulte de ces faits, qu’il suffit d agir sur une partie , pour introduire dans toutl organisme vivant, les modifications qu’on a d’abord déterminées dans cette partie ; et qu’en agissant sur un organe qui a une sympathie générale avec tout le système , ou une sympathie particulière avec un autre organe , il est possible d’occasioner dans tout le système , ou dans ce dernier organe , les modifications qu’on a excitées dans le premier.

L’absorption est sans doute un moyen puissant , à l’aide duquel les médicamens sont introduits dans le système vivant, et vont porter successivement dans les organes les modifications nécessaires pour y détruire les causes de leurs maladies. Ce qui prouve cependant que les remèdes n’agissent pas seulement par l’absorption de leurs molécules médicamen-

teuses qui arrivent aux organes , par ^intermédiaire des voies circulatoires, c’est, i.° la promptitude avec laquelle se produisent quelques effets médicateurs, promptitude qui est incompatible avec la nécessité d’un certain intervalle de temps , pour que l’absorption se fasse; 2.0 la manifestation des effets médicateurs sympathiques , lors même que le médicament a été rejeté -au- dehors bientôt après son ingestion , en sorte qu’on ne peut pas supposer qu’il ait eu le temps d’être absorbé; 3.° la différence d’action qu’exerce une meme substance médi-' camenteuse , suivant quelle est ingérée dans Festomac ? on appliquée a la surface extérieure du corps ^ ce qui ne serait pas si elle avait été absorbée; 4.° le defaut de 1 apport entre les effets médicateurs des remèdes , et la quantité de la matière médicamenteuse. Ces effets ne sont pas proportionnés à cette quantité , mais à l’intensité de l’impression ressentie par la surface de l’application.

L’absorption seule ne saurait donc nous rendre toujours raison de l’action thérapeutique des remèdes ; cette action est indépendante de l’absorption de leurs molécules. On est obligé de reconnaître qu outre cette voie , les médicamens agissent en vertu de cette unité d’action et d’affection , qui fait oe tous les organes vivans un système unique , et en vertu des rapports sympathiques généraux ou spéciaux, qui unissent ces mêmes organes entr’eux ou à tout le système,

i.° L’unité d’action et d’affection nous fait concevoir , comment des agens thérapeutiques , dont l’impression ne se fait sentir que sur une seule partie, peuvent communiquer et étendre les modifications qu’ils produisent dans cette partie, à toute la constitution, pour lui faire subir les altérations opposées à celles qui entretiennent la maladie. Tout est lié dans l’économie animale. Le système vivant est un , c’est-à-dire , qu’il y a dans tous les actes de la vie , une unité , une harmonie d action , qui tient sous sa dépendance toutes les parties du corps, et fait quelles se transmettent réciproquement toutes leurs affections dans l’état sain et dans 1 état malade ; consensus unus , conspiratio una , consentia omnia. ( Hipp. )

De même que les maladies doivent être conçues , comme des affections de l’unité vitale ou physiologique, qui en exprime les effets dans 1 ensemble de la constitution ou dans un organe , et qui les manifeste par le dérangement de tous les actes vitaux , ou par le désordre des fonctions départies à cet organe , on doit reconnaître aussi que les medicamens n’agissent qu’autant qu’ils déterminent sur cette unité , des impressions qui s’étendent à tout le système , lorsqu’il est &eneralement a ? qui retentissent en particulier clans 1 organe malade, lorsqu’il existe une affection locale.

Ce n’est qu’en admettant cette unité qui lie entr’elles toutes les parties du corps ? et en forme un

seul système, dont tous les points communiquent et se correspondent , que Ton peut se rendre raison de la manière dont les substances médicamenteuses agissent.

2.0 La connaissance des sympathies , ou des correspondances d’affection qui unissent d’une manière plus particulière certains organes entr’eux , ou avec tout le système , nous éclaire sur Faction des médicamens , en meme temps quelle doit nous diriger dans leur application.

Les sympathies qui lient l’estomac et les intestins a presque tous les organes de l’économie animale , sont la principale cause de l’activité reconnue des moyens introduits par cette voie.

Tous les remèdes donnés à l’intérieur et introduits dans l’estomac et dans les intestins , déterminent sur ces viscères un effet dont tous les organes se ressentent bien, mais auquel l’organe malade est le plus sensible (i).

C’est ainsi que Faction des toniques , des antispasmodiques , etc., se passe d’abord dans le ventricule , et ensuite dans les organes , contre l’affection desquels on les dirige. Il en est de meme pour les lavemens chargés de substances douées de ces propriétés médicamenteuses, dont l’effet se

(i) Consultez Barthez , Nouveaux élémens de la science de l’homme.

répète sympathiquement, de l’intestin sur les parties

affectées (i).

Mais , indépendamment de ces sympathies générales dont quelques viscères principaux sont doués , jl en est d’autres plus particulières entre certains organes. 11 des cas où , sans recourir aux premières sympathies ou aux sympathies générales , on peut décider une modification dans un organe , en agissant sur un autre, avec lequel le premier entretient une correspondance sympathique spéciale. La connaissance de ces sortes de sympathies doit nous guider, pour le choix du lieu où il faut appliquer les moyens destinés à déterminer des altérations importantes. Lorsqu’on veut changer la direction des raouvemens et des humeurs, qui est vicieusement établie vers la matrice , on applique des ventouses sur les mamelles, avec lesquelles on sait que ce viscère est uni par des sympathies étioites.

Ce qui est bien digne de remarque , c’est que les sectateurs d’une doctrine qui fait jouer le plus grand rôle aux actions sympathiques, et surtout aux irradiations consensuelles des surfaces muqueuses gastro-intestinales , sont ceux qui prétendent que les médicamens ne produisent d’effets , qu’autant qu’il y a eu absorption de leurs molécules , et transport de celles-ci dans les voies de la circulation ,

(i) Fr. Hoffmann , De consensu partium , prœcipuo Patho lo°ice et Praxeos fundaniento. Halce. i 7I7> §

qui les transmettent aux divers organes malades. Quoique l’effet des médicamens doive être le résultat d’une impression locale sympathiquement réfléchie sur tout le système , ou sur une de ses parties , pour que l’action imprimée aux forces qui les animent, devienne le principe des phénomènes médicateurs , soit généraux , soit locaux, il faut admettre aussi , que ces moyens modificateurs agissent par l’absorption de leurs molécules , ainsi que le démontre un grand nombre de faits. Mais quelle que soit la force des preuves que ces faits fournissent en faveur de 1 absorption , on n est point autorisé pour cela a dire , que tous les médicamens ne peuvent avoir d’action qu’autant qu’ils sont absorbés.

Les remèdes n’ont pas d’action absolue , nécessaire et rigoureuse. Leurs effets sont relatifs à la manière d’être de tout le système , ou des organes au moment ou on les applique. Cette circonstance fait que les modifications qu’ils produisent, ne sont pas toujours les mêmes , et quelles varient d’après cette disposition générale ou particulière.

L’observation a prouvé que beaucoup de substances médicamenteuses ont des résultats qui, étant en rapport avec la condition actuelle d’un organe ou de toute la constitution , ne sauraient être toujours identiques. L’opium, le camphre , la digitale , etc. , ont produit des effets opposés chez le même sujet , suivant qu’il se trouvait dans un état

de sânté ou de maladie , ce qui doit nous rendre très-circonspects dans les inductions que nous pouvons tirer , pour la détermination des propriétés des substances médicamenteuses ? des expériences

tentées sur l’homme en santé.

Dans l’état de maladie même, les médicamens ont eu des effets différens, suivant que le malade était disposé, de manière à favoriser ou à contrarier leur action. L’opium , chez les individus qui sont tourmentés par la fièvre, n’a d’autre effet que d’ajouter à l’excitation fébrile et d’augmenter l’insomnie. La digitale ingérée dans un estomac irrité , augmente cette irritation qui s’irradie alors à tout le système ; et loin d’être sédative , la digitale accélère le mouvement circulatoire du sang , accroît la chaleur , la sécheresse de la langue , la soif, et devient excitante.

On doit donc reconnaître que les différences dans les effets des remèdes , dépendent non - seulement des différences de doses et de préparations de ces remèdes , mais encore des dispositions diverses ou se trouvent les forces de tout le système , et celles des organes sur lesquels les remèdes agissent direc-

tement

Barthez a expliqué le double effet que peuvent avoir plusieurs remèdes , par la considération de la nature des substances qui entrent dans leur composition , et par la considération de la disposition du corps qui peut se rencontrer dans des conditions variées , propres à favoriser Faction de l’une ou de

l’autre de ces substances. C’est ainsi qu’il rend raison des effets différens et meme opposés de l’opium et du camphre , qui agissent par leurs parties âcres et irritantes, lorsque le corps est disposé de maniéré à se prêter à cette action , tandis que Finfluence de leurs parties calmantes et sédatives prédomine lorsque le corps est dans une condition favorable à 1 action de ces parties. Il a réuni un grand nombre de faits , dont les résultats immédiats conduisent aux principes qu’il a établis sur la double action de ces médicamens (i).

Les remèdes, quoi qu en disent les Solidistes, ont une action directe sur les fluides.

Les humeurs sont susceptibles de modifications vicieuses, dans leur crase ou dans la mixtion intime de leurs molécules constituantes , contre lesquelles 1 expérience clinique a reconnu des agens thérapeutiques directs.

Les medicamens antiphlogistiques ont une efficacité bien reconnue , pour abattre l’incandescence et la raréfaction du sang et des humeurs.

Les remèdes résolutifs ont, sur le sang et les humeurs , une action qui en augmente la fluidité , ainsi qu’il est prouvé par les expériences de Freind , de Schwencke , de Boèrhaave et de Van-Swieten,

(i) Nouveaux élémens de la science de l'homme.

Les médicamens astringens et styptiques opèrent la condensation du sang et des fluides, qui est rendue sensible dans un grand nombre de cas. C’est à cette action qu’on doit rapporter la formation du caiilot, après l’administration de ces remèdes dans les hémorrhagies. S’il n’y avait en faveur de cette assertion un grand nombre d’observations cliniques, on pourrait l’étayer de l’expérience de Schuize.

Les remèdes anti-septiques , anti-scorbutiques , etc. , ont la propriété de changer le mode vicieux du sang et des humeurs , qui est un des élémens des affections putrides, scorbutiques, etc.

On doit reconnaître, enfin, que, dans quelques circonstances, les médicamens peuvent agir par leurs propriétés générales chimiques et physiques.

Tels sont, Messieurs , les principes que je développerai dans le cours de Thérapeutique et de Matière médicale, dont je suis chargé. Les idées générales que je vous ai présentées, acquerront toute la clarté dont elles sont susceptibles , par les preuves sur lesquelles elles seront appuyées. Ces principes sont ceux d une doctrine qui est fondée sur 1 examen comparatif de l’universalité des faits fournis par l’observation. Les théories qui prennent leur origine dans cette doctrine , ne sauraient jamais nous égarer, puisqu’elles ne vont pas plus loin que l’observation , ou plutôt puisqu’elles ne sont que 1 ob-

Ovation elle-même ; tandis que les autres théories se hatant de ranger d avance tous les faits sous des principes généraux , qui ne se rapportent qu a un petit nombre d’entr’eux , ou meme altérant ces faits pour leur faire dire autre chose que ce qu’ils expriment , et pour les plier sous le joug de l’hypothèse déjà établie 7 nous induisent toujours en erreur.

C’est de l’observation qu’est née la Médecine ; ce n est que dans l’observation quelle a pu puiser ses premiers matériaux et ses principes constitutifs, L observation a été et sera toujours le moyen le plus puissant de son perfectionnement ; elle est la seule route que le médecin doive suivre dans la pratique , et le principal instrument de ses succès,

Noster in hoc opéré scopus eo pertinet , ut dilu~ eidè cognoscatur , quantum momenti in medicind ufferat observatio. ( Baglivi. )

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