‹ Des températures basses centralesChapitre 12 sur 28 · PHYSIOLOGIE · texte numérisé non relu

PHYSIOLOGIE

La température de l’homme peut subir quelques variations sans que la santé soit troublée, mais ces variations doivent se tenir entre des limites étroites ; si elles franchissent ces limites dont l’intervalle ne dépasse guère un degré, l’individu sort de l’état physiologique pour se trouver dans des conditions anormales ; par conséquent il y a perturbation vitale, et toute perturbation peut entraîner un danger.

Or, la chaleur du corps 11e peut se maintenir à un degré à peu près constant que si la production et la dépense du calorique s’équilibrent d’une façon parfaite. C’est le privilège des animaux supérieurs d’arriver, en entretenant cet équilibre, à s’isoler presque complètement des variations du milieu extérieur et à s’en abstraire le plus possible pour accomplir , dans un milieu intérieur à température constante, les actes multiples de la nutrition.

Mais, cette régulation n’est parfaite qu’ autant que l’homme a conservé ses fonctions ou ses appareils intacts. S’il est malade, et si les échanges nutritifs sont entravés ou pervertis par le fait de l’état morbide, ou bien si les influences nuisibles du monde ambiant sont au-dessus de sa force de résistance, la régulation est troublée, et la température s’élève ou s’abaisse.

Pour qu’elle s’abaisse, il faut : ou bien que la production cle chaleur soit insuffisante, on bien que les pertes de calorique subies par l’économie soient exagérées. Dans l’un comme dans l’autre cas, il y a déchéance de l’individu et impuissance manifeste à réagir : c’est une faillite de l’organisme, c’est un état qui ne sera compatible avec la vie qu’autant qu’il ne se prolongera pas longtemps.

Production insuffisante, pertes exagérées de la chaleur produite, toute la question des abaissements de température est dans ces deux termes. Mais alors, pourquoi ces chutes de température survenant tout-à-coup, et faisant place bientôt à une hyperthermie plus ou moins accentuée, et cela d’une façon variable et capricieuse? Ces dépressions accidentelles prouvent qu’une perturbation soudaine s’est produite dans l’économie : c’est alors la puissance régulatrice qui est en défaut.

1° Production de la chaleur. — Ce sera un des plus beaux titres de gloire de Lavoisier, d’avoir prouvé que la chaleur produite dans les corps vivants est le résultat d’une combustion : « Les animaux qui respirent, dit-il, sont de véritables corps combustibles qui brûlent et se consument. » L’être animé n’échappe pas aux lois qui régissent la matière, et s’il fait du calorique, c’est parce que son organisme est le siège de combinaisons chimiques capables d’en produire. Mais où se font ces combustions, et comment se font-elles ?

Lavoisier tendait à faire du poumon le foyer calorifique de tout le corps. Spallanzani, William Edwards, et surtout Stevens, Hoffmann et Magnus prouvèrent que les réactions chimiques qui produisent et entretiennent laça-

lorification peuvent s’effectuer dans toute l’étendue du torrent circulatoire.

Loin de s’échauffer dans son passage à travers le poumon le sang, au contraire, doit s’y refroidir (Cl. Bernard) et cependant la fixation de l’oxygène sur les globules sanguins dégage une certaine quantité de chaleur.

Il faut donc chercher ailleurs les foyers de la calorification. Or, on peut dire : « que l’origine de la chaleur est partout, et que la calorification n’est pas une fonction d’un organe spécial comme la digestion, la phonation, la circulation, etc., mais une faculté générale appartenant à tous les tissus doués de la vie, dans lesquels s’accomplissent des phénomènes dénutrition. » Cl. Bernard). Tous les organes font du calorique, et ils en produisent d’autant plus qu’ils fonctionnent plus activement.

Ainsi, la contraction musculaire s’accompagne toujours d’un dégagement de chaleur ; lorsque le système nerveux central fonctionne activement, le sang revient plus chaud par les jugulaires (Schiff) ; il s’échauffe encore en traversant une glande en activité. Il n’est pas, en somme, une fonction qui ne s’accompagne d’un dégagement de calorique.

Mais, si l’on veut pénétrer plus avant dans l’étude des phénomènes, on voit que la question est plus difficile à résoudre qu’on ne l’avait cru d’abord. Pour Lavoisier, la chaleur animale était le résultat d’une véritable combustion dont l’acide carbonique était le dernier terme. Mais,

1 acide carbonique rejeté ne représente, ni tout l’oxygène employé, ni toute la chaleur produite; Lavoisier, et après lui Dulong et Despretz mirent cet écart sur le compte de la combinaison de l'oxygène avec l’hydrogène.

Hulinel. <r.

Le problème est bien plus complexe encore. Dans les échanges nutritifs qui s’opèrent au sein des tissus, il n’y a pas que des oxydations de carbone et d’hydrogène, il y a des transformations incessantes et successives de composés ternaires et quaternaires en produits de plus en plus simples. A côté de l’acide carbonique et de l’eau qui représentent, en dernière analyse, le résultat de la combustion des matières ternaires, il faut placer l’urée, l’acide urique, la créatine, la créatinine, etc., tous les résidus complexes de la combustion des substances azotées.

Il faut tenir compte aussi des catalyses isomériques et des dédoublements qui peuvent dégager du calorique. Restent encore les phénomènes physiques : « Tout mouvement dit Régnault, se traduit par de la chaleur, tout passage dans le sang des aliments qui se liquéfient, change encore la température. Tout frottement sur les vaisseaux amène aussi une production de calorique. En un mot, toutes les parties de l’organisme sont, à chaque instant, productrices de chaleur ou de froid, et la chaleur animale n’est que le résultat de toutes ces causes. »

A vrai dire, en dehors des phénomènes d’ordre chimique, les autres éléments thermogènes ont une importance médiocre et sont négligeables au point de vue spécial auquel nous devons nous placer. Ce qu’il nous faut surtout retenir, c’est que la chaleur animale a sa sourceprincipale, presque exclusive, dans les échanges moléculaires qui s’accomplissent au sein des organes, entre les éléments anatomiques d’une part, et d’autre part le sang et le plasma nutritif, par l’entremise desquels les tissus sont mis en présence de l’oxygène puisé dans le poumon, et des principes ternaires et quaternaires provenant de la digestion.

Ces échanges se résument en deux actes : l’assimilation et la désassimilation qui sont, en somme, les deux facteurs indispensables de la nutrition ; et, comme vie et nutrition sont deux termes connexés, on peut dire que l’entretien de la vie est lié à une production de chaleur. La mise en œuvre d’une fonction se traduit par une suractivité des phénomènes nutritifs, et implique toujours un dégagement plus considérable de calorique.

Ceci posé, il devient facile de comprendre que toute entrave apportée au travail nutritif aura pour conséquence directe une production moindre de chaleur. Mais, hâtons-nous de le dire, il ne suffît pas que la thermogenèse soit légèrement diminuée pour que la température du corps subisse une dépression : s’il en était ainsi, rien ne serait plus commun que l’hypothermie dans les maladies. Il faut, pour ainsi dire, que la source de la chaleur soit tarie. En effet, quand le corps vivant fait moins de chaleur, il en dépense moins et l’équilibre se maintient ; mais, si la production du calorique est tout-à-fait insuffisante, il arrive fatalement une période où les pertes quelque minimes, quelque restreintes qu’elles soient, finissent par l’emporter ; alors, l’organisme est vaincu et l’hypothermie apparaît. Nous nous expliquons ainsi comment les chutes profondes de la température ne sont souvent que le présage d’une terminaison fatale.

Maïs voyons quelles sont les conditions dans lesquelles la production de chaleur diminue.

Pour que les phénomènes de nutrition, et par suite de calorification s’entretiennent d’une façon normale, il faut : 1° que les éléments trouvent dans le milieu intérieur où ils baignent, des principes alibiles qu’ils puissent y pren-

cire par endosmose ; 2° que l’assimilation de ces principes ait lieu ; 3° que le mouvement parallèle de désassimilation s’effectue ; 4° que les produits de désassimilation puissent être rejetés par exosmose pour être entraînés par le sang-, et enfin éliminés.

Nous ne connaissons pas les lois qui règlent les phénomènes intimes d’assimilation et de désassimilation, actes tout chimiques et presque impénétrables ; mais il nous est plus facile d’apprécier les phénomènes physiques d’endosmose et d’exosmose, qui président à l’entrée des matériaux nutritifs dans les éléments et au rejet des cendres de la nutrition. Ces phénomènes tiennent essentiellement à l’état du milieu intérieur, c’est-à-dire du plasma nourricier. Or, le plasma nutritif peut être modifié profondément.

Il peut l’être, quand il ne se renouvelle plus, faute d’aliments, il peut l’être encore quand il ne s’épure plus, et quand les matériaux de désassimilation s’y accumulent. Dans un cas comme dans l’autre, les actes nutritifs sont en souffrance, et la thermogénèse diminue. Longtemps le pouvoir régulateur pourra dissimuler les effets de cette production insuffisante de calorique, mais si les influences nocives persistent, il viendra un moment où la température du corps s’abaissera.

Ici se place donc tout un groupe d’états morbides dans lesquels les températures basses ont pour cause une production insuffisante de chaleur dans l’organisme.

En première ligne nous devons citer Y inanition. Si les animaux soumis à l’abstinence complète sont des mammifères vigoureux, ils conservent d’abord leur température normale ; leurs combustions diminuent cependant parce que le plasma nourricier est de moins en moins riche en

principes assimilables, mais les déperditions se réduisent à leur minimum; c’est à la fin seulement que la chaleur diminue progressivement, et cela jusqu’au moment où le refroidissement n’est plus compatible avec le maintien de la vie.

Si la température ambiante est élevée, les pertes par rayonnement s’amoindrissent et la mort peut être retardée. C’est donc surtout parce que la nutrition des éléments est entravée, faute d’aliments, que la chaleur produite diminue, et c’est, en partie, parce qu’ils se refroidissent que les inanitiés succombent.

A côté de l’inanition nous pouvons ranger certains états morbides qui y aboutissent directement, tels sont les rétrécissements de l’œsophage, et certaines affections de l’estomac.

Si l’organisme éprouve des pertes considérables comme dans les grandes hémorrhagies, dans certaines diarrhées extrêmement abondantes et prolongées, les aptitudes nutritives se trouvent parfois amoindries au point que l’algidité centrale peut en résulter.

Pour que les combustions s’opèrent au sein des tissus, il faut que le sang apporte de l’oxygène. Lorsque l’asphyxie est brusque et causée par un obstacle à la pénétration de l’air dans les poumons, la température au lieu de baisser monte, parce qu’il se produit une réaction pendant laquelle l’oxygène emmagasiné dans les organes est activement brûlé ; mais si elle est lente à se produire un fait inverse peut s’observer.

La température a toujours une tendance à baisser quand les globules sont paralysés dans leur action. Ainsi, dans l’empoisonnement par l’oxyde de carbone, il existe une dé-

pression thermique plus ou moins considérable. Le même fait se présente après l’action toxique de l’acide cyanhydrique qui, de même que l’oxyde de carbone agit surtout sur les hématies.

Si la destruction des globules sanguins n’explique pas tous les effets de certains autres poisons, comme l’arsenic, du moins contribue-t-elle à produire l’hypothermie.

C’est encore aux modifications subies par le milieu intérieur qu’il faut attribuer la dépression thermique qui s’observe dans certains cas de choléra. A la suite d’évacuations al vines abondantes, le sang s’appauvrit en plasma, il devient en quelque sorte trop concentré ; en même temps les éliminations ne se font plus, car la voie rénale est obstruée, car la peau, qui semble paralysée fonctionne mal ; le milieu inférieur est donc profondément modifié, la nutrition se fait d’une façon défectueuse et l’algidité apparaît.

« Dans la seconde période de F Athrepsie, ditM. le professeur Parrot, le sang appauvri, concentré, circule mal et ne remplit qu’imparfaitement ses importantes fonctions. » C’est à cette altération du sang, à l’appauvrissement du plasma qui baigne les tissus que l’on doit attribuer l’abaissement de température si habituel dans cette maladie.

Quand les organes chargés d’éliminer les produits de dénutrition sont profondément altérés et cessent de fonctionner, ces matières s’accumulent peu à peu dans le sang et le vicient; il arrive un moment où cette saturation du plasma empêche les éléments de se débarrasser des résidus de leurs combustions. La nutrition est ainsi troublée dans un de ses actes, et tend à se ralentir. C est là une circon-

stance propre à engendrer l’hypothermie. Telle est sans doute l’origine des températures basses observées dans Y urémie. C’est du moins l’explication qui a été donnée par M. le professeur Bouchard et par M. leDr Debove.

C’est peut-être à une accumulation trop grande de sucre dans le plasma des diabétiques, bien plus qu’à la présence de l’acétone, qu’il faut attribuer les dépressions thermiques si fréquentes chez les diabétiques. Alors, le sucre agirait comme l’urée retenue dans le sang en ralentissant la nutrition des éléments.

Ceci nous conduit à dire un mot de certaines intoxications. Lorsque les principes de la bile, et surtout les acides biliaires qui semblent particulièrement nuisibles sont résorbés, il se produit un trouble de la circulation, peut-être même une altération directe des hématies, en tout cas une modification notable du plasma, qui suffisent pour expliquer la diminution de chaleur que l’on rencontre dans certains cas.

C’est évidemment par l’intermédiaire du milieu intérieur qu’agissent surtout certains poisons comme les acides organiques et minéraux , comme l’ammoniaque, etc. ; mais, outre cette action spéciale, beaucoup d’agents toxiques ont sur le système vasculaire, et par suite sur la régulation thermique une influence dont il faut tenir compte; tels sont l’alcool, le chloroforme, l’éther, etc. Les produits putrides, dont la résorption abaisse la température, n’ont sans doute pas une action plus simple.

Lorsque les organes sont au repos , ils produisent moins de calorique; ce fait pourrait donc expliquer le refroidissement des animaux que l’on soumet à une immobilité complète, mais il faut remarquer aussi que ces

animaux 11e sont pas fixés sur la planchette d’expérience dans leur position naturelle, et qu’ils présentent au froid plus de prise que s’ils étaient debout.

Quand la circulation se ralentit d’une façon notable dans une partie du corps, les combustions perdent de leur activité ; il semble que le sang s’appauvrisse en principes assimilables au contact prolongé des éléments, et se charge outre mesure des déchets de la nutrition. Est-ce ainsi qu’il faut expliquer les dépressions thermiques que l’on rencontre parfois à la fin des affections cardiaques ? Le fait est possible, mais il serait difficile d’affirmer que ce soit là l’unique raison du refroidissement.

Dans tous ces cas, la production du calorique a été entravée parce que les échanges nutritifs se faisaient mal. Lorsque toutes les fonctions sont déprimées, chez les cachectiques, chez les individus plongé ; dans le marasme, chez certains anémiques et surtoi t chez les convalescents (à la suite des maladies graves dans lesquelles ils ont brûlé leurs tissus, sans réparer leurs pertes), la thermogenèse doit aussi se restreindre, et son alanguissement peut causer les abaissements de température que nous avons signalés.

2° Pertes de chaleur. — La première cause de déperdition de chaleur, c’est le séjour prolongé dans un milieu dont la température est très inférieure à celle du corps. Par rayonnement ou par contact, l’organisme perd sans cesse une quantité considérable de calorique, malgré la conductibilité très faible de son enveloppe tégumentaire. Les animaux ont leur pelage ou leur plumage, l’homme a ses vêtements qui le garantissent du froid, de plus il

existe sous le derme un pannicule graisseux qui est peu perméable à la chaleur. Sans ces conditions tutélaires le froid triompherait facilement de la résistance des êtres vivants.

L’introduction dans les voies digestives de substances froides qui se réchauffent aux dépens de l’économie, tend aussi à diminuer, dans une certaine mesure, la chaleur du corps. L’air qui pénètre froid dans les poumons et qui en sort réchauffé entraîne avec lui du calorique. Un homme respirant dans une atmosphère à 0°, peut perdre ainsi 142 colories en 24 heures.

D’un autre côté, la surface cutanée et la surface respiratoire sont le siège d’une évaporation incessante qui absorbe une grande quantité de chaleur. L’ évaporation cutanée est liée surtout à la sécrétion sudorale, mais elle se règle sur l’état hygrométrique et la température du milieu ambiant. De plus chaque mètre cube d’air inspiré renferme, en moyenne, de 50 à 60 grammes de vapeur d’eau j l’air expiré en contient 550 grammes (Gréhant) à la température de 35° environ ; il en résulte que l’économie perd par le poumon 200 ou 300 calories par jour.

Ce n’est pas tout encore, certaines combinaisons chimiques qui se font au sein des organes pourraient, d’après Berthelot, absorber de la chaleur au lieu d’en dégager. Enfin, dans le travail musculaire, si la production de calorique est augmentée, une notable proportion de chaleur est consommée pour être transformée en force active, conformément à la loi de R. Mayer. Les muscles usent d’autant plus de chaleur qu’ils produisent plus de travail.

Il est facile maintenant de prévoir les circonstances dans lesquelles la température pourra s’abaisser au-

dessous de la normale par le seul fait de pertes de calorique trop considérables.

Lorsque le froid extérieur est intense, l’homme peut subir un refroidissement qui va parfois jusqu’à la mort ; nous avons d’ailleurs indiqué longuement les conditions dans lesquelles on constate surtout les dépressions thermiques en pareil cas. Après avoir montré que les petits animaux résistent moins au froid que les gros, les trèsjeunes que les adultes, les nus que les vêtus, nous avons cherché à expliquer ce qu’on observe chez l’homme ; nous n’y reviendrons pas ici.

Sous l’influence du froid, les vaisseaux du tégument se resserrent, au point que la circulation de la peau réduite à son minimum, ne permet qu’un contact peu étendu entre le sang et le milieu ambiant. De la sorte les extrémités semblent glacées quand on les touche, mais la quantité de sang qui vient s’y refroidir est très faible et n’exerce qu’une influence légère sur la température centrale. Si, au contraire, les vaisseaux superficiels se dilatent, une grande quantité de sang vient s’offrir au contact du froid, et les déperditions de calorique que lui fait subir le rayonnement augmentent. Ce sang refroidi, retournant au cœur, agit rapidement sur la chaleur centrale, et la déprime d’une façon plus ou moins accentuée.

C’est peut-être ainsi que les choses se passent chez les nouveau-nés œdémateux, chez qui la température subit des abaissements si remarquables. C’est de la même façon qu’on a essayé d’expliquer le refroidissement des animaux vernissés, et les phénomènes algides qui surviennent à la suite des vastes brûlures.

Mais, si ces faits peuvent être contestés, il n’en est pas

moins prouvé que la chaleur du corps est surtout réglée par l’intermédiaire des vaisseaux cutanés qui se dilatent ou se resserrent tour à tour sous l’influence du f système nerveux. C’est en effet du système nerveux que dépend la Régulation de la chaleur animale. Cette proposition n’est plus contestable depuis les travaux modernes et notamment depuis la célèbre expérience de Cl. Bernard sur la section du grand sympathique au cou.

De cette expérience datent nos connaissances sur les vaso-moteurs, et sur leur influence dans la régulation de la chaleur. Ces nerfs peuvent modifier la température du corps en agissant, soit sur les sources de là thermogenèse, soit sur les déperditions du calorique, comme l’a montré M. le professeur Vulpian.

Tous les phénomènes de nutrition sont dans un rapport étroit avec la circulation. Si l’afflux du sang dans un organe augmente ou diminue, les échanges nutritifs, et, par suite, la production de chaleur, s’accroissent ou se réduisent proportionnellement. De même, l’activité fonctionnelle des organes appelle une irrigation sanguine plus abondante . « On peut donc admettre, dit M. Vulpian, que l’augmentation de l’afflux du sang dans une partie du corps, est, d’une façon théorique et générale, une condition qui y favorise et accroît la production de chaleur. Or, la dilatation des artérioles soit par la paralysie directe des nerfs vaso-constricteurs, soit par l’excitation des vaso-dilatateurs et conséquemment par la paralysie indirecte de ces mêmes nerfs vaso-constricteurs augmente évidemment l’afflux du sang dans les organes où cette production a lieu. L’appareil vaso-moteur peut donc exercer par ce mécanisme une influence sur la produc-

tion de la chaleur animale dans telle ou telle partie du corps, ou même, si les circonstances s’y prêtent, dans tous les points du corps. »

Cet appareil peut de même augmenter ou diminuer les déperditions ; c’est principalement en modifiant la circulation cutanée que s’exerce ici son action. Nous avons vu, lorsque l’afflux du sang dans les vaisseaux de la peau est considérable, grâce à leur dilatation active ou passive, les pertes par rayonnement augmenter, l’évaporation cutanée s’accroître et refroidir le corps ; il n’en faut pas plus pour que la température centrale tende à s’abaisser. Au contraire, quand il passe peu de sang dans les vaisseaux de la peau, la chaleur centrale s’élève malgré le refroidissement apparent de la périphérie. « Lorsque vous prenez la main d’un individu, si cette main est froide, c’est qu’il se réchauffe ; si elle est chaude, c’est qu’il se refroidit » (Marey).

Il est facile maintenant de concevoir comment les nerfs vaso-moteurs peuvent intervenir dans la régulation de la chaleur animale : ils exagèrent ou diminuent soit la production, soit la déperdition. Leur action est placée sous l’influence d’excitations venues du système nerveux central ; mais celui-ci agit ordinairement d’après des impressions parties de la périphérie.

De même que l’on avait admis des nerfs trophiques, excitant ou modérant les actes d’assimilation et de désassimilation dont les tissus sont le siège, de même on a pensé qu’il existait des nerfs thermiques, par l’intermédiaire desquels les centres nerveux modifieraient directement la production de chaleur dont les organes sont le siège. Dans cette hypothèse, la thermogenèse pourrait se produire

indépendamment des modifications circulatoires ; elle pourrait même jusqu’à un certain point devenir indépendante des échanges nutritifs qui s’opèrent entre le sang et les éléments anatomiques. Ces nerfs seraient de deux ordres, les uns calorifiques , les autres frigorifiques.

Après un examen approfondi de cette théorie à laquelle s’attache le nom de Cl. Bernard, et une discussion méthodique des expériences sur lesquelles elle a été édifiée, M. Vulpian conclut que l’existence de ces fibres 11’est pas démontrée et qu’elle n’est pas vraisemblable.

Il repousse également l’existence d’un système modérateur de la calorification admis par Tscheschichin et ayant pour fonction de régler les combustions qui s’accomplissent dans l’intimité des tissus, lesquelles tendraient toujours à dépasser le degré physiologique si elles n’étaient pas enrayées par l’appareil nerveux. Pour M. Vulpian, l’influence des centres nerveux sur la calorification s’exerce surtout par l’intermédiaire des vaso-moteurs.

Mais, est-il dans l’axe cérébro-spinal une région qui préside spécialement aux phénomènes de la thermogenèse? Pour Tscheschichin, il existerait deux centres spéciaux : l’un excitateur de la calorification situé dans la moelle allongée, l’autre antagoniste du premier et modérateur, situé dans la protubérance. Par une série d’expériences il essaya de prouver, et plusieurs physiologistes admirent avec lui, que la température tendait à s’élever quand le bulbe était séparé de la protubérance parce que le centre modérateur cessait complètement d’agir. A vrai dire, l’existence de ce centre modérateur est encore loin d’être démontrée, comme le dit M. Vulpian, et c’est aussi la conclusion d’Heidenhain.

(l n’est pas possible cependant de nier l’influence des centres nerveux sur la calorification ; mais, par quelle voie se transmet cette influence? Ici encore les expériences sont contradictoires. Tandis que Naunyn et Quincke voient la température s’élever dans certaines conditions, à la suite de la section de la moelle, d’autres, et ce sont les plus nombreux (Cl. Bernard, Pochoy, Riegel, Rosenthal etc.), ont vu survenir une dépression thermique notable. Nous nous contenterons donc de citer ici les conclusions par lesquelles Lorain et M. le professeur Brouardel terminent leur remarquable chapitre sur la régulation de la chaleur : « De ces recherches si délicates et si difficiles à interpréter, il résulte que le système nerveux central, et surtout la moelle et le bulbe ont une influence réelle sur la calorification, mais il semble que cette action s’exerce surtout par l’intermédiaire du système des petits vaisseaux.

C’est ordinairement à la suite d’excitations violentes portant sur les nerfs périphériques, que l’action des centres nerveux sur la production ou la diminution de la chaleurse fait sentir. Les irritations qui atteignent les nerfs sensitifs peuvent abaisser la température du corps (Cl. Bernard, Mantegazza, Heidenhain) ; cependant ces résultats expérimentaux ont été contestés par Riegel et l’on ne doit les accueillir qu’avec une certaine défiance (Vulpian).

Mais il est des cas où certains accidents peuvent agir soit par voie réflexe, soit directement sur les centres nerveux aveo tant d’énergie que la régulation de la chaleur soit profondément troublée, et qu’un abaissement de la température centrale en soit le résultat :

Examinons ce qui se passe dans le choc traumatique . Un traumatisme violent portant sur un membre ou bien sur certains viscères produit un ébranlement considérable du système nerveux ; cet ébranlement retentit d’une façon réflexe sur les vaso-moteurs qui ne tardent pas à être frappés de paralysie; le sang afflueà lapéripbérie cutanée et s’y refroidit, et conséquemment, la température centrale baisse. Nous avons vu que cet ébranlement, se produit d’une façon plus habituelle quand les corps vulnérants atteignent les organes innervés par le grand sympathique, et c’est ainsi que nous avons expliqué les abaissements de température qui succèdent aux plaies pénétrantes de l’abdomen. C’est de la même façon qu’il faut comprendre les dépressions thermiques qui s’observent à la suite d’un étranglement ou d’un pincement de l’intestin, à la suite d’une occlusion intestinale, ou d’une péritonite par perforation, à la suite de violentes coliques hépatiques ou néphrétiques, après une plaie de poitrine et peut-être après une rupture du cœur.

Mais l’ébranlement au lieu de partir de la périphérie nerveuse peut venir des centres eux-mêmes. Le fait est commun dans la commotion cérébrale, mais dans ce cas on peut invoquer une lésion directe portant sur le bulbe ou la protubérance et exerçant sur les origines principales des vaso-moteurs une action immédiate, il n’en est pas de même dans les violentes émotions, qui, cependant, produisent un effet absolument semblable à celui du choc traumatique.

Il est probable que les dépressions thermiques observées dans l’hémorrhagie cérébrale, et même à certains moments

de la méningite tuberculeuse n’ont pas d’autre raison que ce retentissement fâcheux d’une lésion centrale sur les nerfs vaso-moteurs qui se paralysent et cessent de régler la dépense du calorique.

C’est sans doute à un trouble du même genre qu’il faut attribuer les phénomènes de collapsus que l’on observe dans certaines maladies ; mais ici, l’influence de la parésie du cœur joue le premier rôle, et apporte la principale entrave à la circulation. 11 faut peut-être rapprocher encore de ces faits sur lesquels nous avons insisté suffisamment pour n’avoir plus à y revenir ce qui se passe dans certains empoisonnements, lorsque la substance toxique agit sur le cœur. Mais tout est complexe dans l’action du poison. A côté de l’effet produit sur les vaisseaux, il faut toujours tenir compte de l’altération du sang. Ainsi, dans l’empoisonnement par l’alcool, par le chloroforme, par l’éther, par les narcotiques, il est probable qu’à côté de l’influence paralysante exercée par ces substances sur les vaisseaux cutanés il faut placer les modifications du sang si l’on veut se rendre un compte exact de l’hypothermie produite.

Quoi qu’il en soit, les troubles de circulation ont une importance énorme au point de vue de la production de l’hypothermie, et la plupart des abaissements de température que nous pourrions désigner sous le nom de températures basses, par pertes de calorique exagérées, n’ont d’autre cause que des troubles circulatoires. Le fait est bien net quand les animaux se refroidissent à la suite de la section des pneumogastriques.

Mais, dans les maladies si variées que nous avons examiné::, [ilus d’une fois l’hypothermie a eu des causes

multiples. En même temps que la production du calorique diminuait, les dépenses augmentaient ; ainsi les choses se passent dans l’œdème des nouveau-nés. Nous ne pouvons donc montrer d’une façon absolument précise les raisons pour lesquelles la température baisse dans tel ou tel état morbide; il nous suffisait d’avoir tracé ces grandes lignes pour jeter un certain jour sur la question.

Nous ne saurions terminer cette étude sans indiquer en quelques mots l’influence fâcheuse de l’abaissement de la température du corps sur l’économie. Mais, une chose nous frappe tout d’abord, c’est qu’en elle-même l’hypothermie est moins nuisible que l’hyperthermie. « La température, dit Cl. Bernard, peut s’abaisser beaucoup, tout en restant compatible avec la vie. Elle peut descendre chez les animaux refroidis, jusqu’à 20 degrés au-dessous de la moyenne physiologique. »

La résistance au froid est d’ailleurs extrêmement variable suivant l’âge et suivant les individus d’une même espèce ; il est donc très difficile de préciser les Imites de refroidissement qu’un être vivant peut supporter sans que la mort en soit la conséquence.

Les températures basses, quand elles apparaissent chez des individus sains d’ailleurs, mais soumis accidentellement à des causes de refroidissement au-dessus de leurs forces, n’ont pas toute la gravité que leur attribuait Wunderlich. Des individus, dont nous avons cité l’histoire, ont pu guérir sans accidents notables de réaction, après avoir présenté des chiffres thermiques de 26°, de 25° et même de 24°.

Il semble cependant que 20° soit une limite que l’animal Hutinel. r,

à Seing chaud ne puisse guère dépasser sans mourir (Cl. Bernard, Magendie, Walther, etc.). Le réchauffement artificiel dans ces conditions peut faire remonter la température, mais l’animal n’en succombe pas moins. Il peut survivre cependant si l’on a eu la précaution d’entretenir la respiration artificielle pendant le refroidissement (Horvath) .

Tout d’abord l’animal, vaincu par le froid, s’agite, puis bientôt il demeure immobile, et comme frappé de stupeur. Il resté, les yeux ouverts, indifférent à Ce qui sé passe autour de lui, et ne sort pour un instant de sa torpeur que si on l’excite violemment. Ses forces diminuent rapidement, bientôt il Semble comme paralysé et se couche; parfois cependant des troubles réflexes apparaissent, les muscles s’agitent convulsivement, et on peut observer de véritables crises tétaniques. Les battements du cœur et les mouvements respiratoires diminuent de fréquence, rarement ils s’accélèrent, les sécrétions se suppriment. Pendant quelque temps la vie ne semblerait plus exister, si de faibles contractions cardiaques n’indiquaient pas qu’elle n’est point encore complètement éteinte. Après la mort les muscles restent excitables, et les poumons sont fortement engoués.

Chez l’homme, des troubles du même genre apparaissent ; il existe une sorte de stupeur idiote ; l’intelligence est abolie, les forces sont supprimées, et la vie est réduite au minimum. Il est possible que, dans certaines maladies algides, l’influence du froid contribue a produire les symptômes de prostration qui s’observent d’une façon si constante. Mais, quand l’être vivant se refroidit par lui-

même, comme le dit M. le professeur Peter, quand les conditions de réfrigération sont intrinsèques, l’abaissement de température précurseur de la mort est peu considérable, et ce n’est pas tant l’action nocive du froid qu’il faut incriminer que la perturbation profonde de toutes les forces nutritives dont l’algidité n’est que l’expression finale.

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