GÉNÉRALITÉS SUR L’ANATOMIE DES TISSUS ÉRECTILES
Je n’ai pas l’intention (le décrire minutieusement l’anatomie des tissus érectiles, et de répéter ce que l’on trouve dans les différents traités ; je me bornerai à réfuter quelques opinions que je crois inexactes ; je chercherai à faire mieux connaître la structure de certains appareils érectiles sur lesquels nos expériences ont été plus particulièrement dirigées, et j’insisterai principalement sur les points qui doivent m’aider plus tard à expliquer la fonction physiologique dont je veux m’occuper spécialement.
Tous les auteurs comparent ces tissus à une éponge, et cette comparaison donne une. assez bonne idée de leur aspect ; c’est principalement sur les pièces insufflées, puis desséchées, que la ressemblance est frappante; on voit alors des cavités ou aréoles que circonscrivent des parois incomplètes; le plus souvent ces parois sont formées de faisceaux isolés, assez fins ; mais dans tous les cas, les aréoles communiquent largement les unes avec les autres.
Mais la description sommaire de l’aspect extérieur d’un organe ou d’un tissu, description dont se contentaient les anciens anatomistes privés de nos moyens d’investigation, ne nous satisfait plus aujourd’hui; sans la connaissance de la structure intime des éléments qui composent l’organisme, l’explication de la plupart des phénomènes physiologiques est impossible.
Les appareils érectiles, tout en conservant leur constitution fondamentale, présentent un aspect et des éléments accessoires variables, suivant les espèces d’animaux sur lesquelles on observe, et suivant les points étudiés dans le même organe.
Prenons pour type le tissu spongieux que l’on rencontre dans les organes génitaux de l’homme et de la femme.
Les cloisons ou trabécules qui séparent les aréoles seraient, d'après la plupart des auteurs, tapissées d’un épithélium semblable à celui des veines; je n’ai rencontré cet épithélium ni sur l’homme, ni sur les animaux ; mais il est facile de voir des noyaux légèrement allongés semblables à ceux que l’on trouve sur les capillaires. Ces noyaux semblent quelquefois faire une légère saillie; ils sont englobés dans une membrane homogène qui est directement en contact avec le sang, membrane transparente et analogue, comme l’a fait remarquer M. Robin, à la tunique de Bicliat qui constitue uniquement les capillaires; notons seulement que son épaisseur est plus grande.
Celte membrane recouvre donc les lames ou les colonnes que l’on a nommées trabécules; celles-ci montrent, à l’examen microscopique, des vaisseaux, des nerfs, du tissu lamineux, de loin en loin quelques fibres musculaires de la vie organique, mais surtout une trame élastique.
C’est ce dernier élément qui forme réellement la charpente du tissu érectile de la. verge ; il est impossible de faire une préparation des corps caverneux, sans rencontrer un réseau de fibres élastiques diversement anastomosées; quelquefois on observe la forme dite lamelleuse de la tunique moyenne des artères.
Il en est tout autrement si l’on veut constater la présence dos fibres musculaires de la vie organique ; ce n’est seulement qu’après de nombreuses préparations exécutées sur différents points que l’on rencontre ces éléments contractiles, réunis ordinairement en un petit faisceau, et on s’explique difficilement l’insistance de quelques auteurs qui admettent leur fréquence. Depuis que M. Rouget a émis une théorie physiologique basée sur la présence de ces muscles, on a cru les rencontrer en abondance dans chaque trabécule, et je trouve dans un ouvrage classique d’anatomie que les fibres musculaires forment les quatre cinquièmes de la trame aréoîaire.
La recherche de ces éléments, qui n’est laborieuse que dans le cas où on veut les avoir isolés et complets, est assez facile, au
contraire, si l’on se borne à reconnaître leur noyau caractéristique. En imbibant d’abord la préparation d’une solution de carmin, lavant ensuite à l’eau distillée et traitant par l’acide acétique, les noyaux des fibres-cellules ne peuvent échapper à l’observateur, et lorsque ce moyen réussit pour les découvrir dans quelques points, rien n’empêche de les constater partout où il s’en trouve.
J’ai examiné à ce point de vue les corps caverneux de l’homme et de différents animaux; il semble y avoir un rapport constant entre la présence de nombreux faisceaux de fibres-cellules et le volume ou la longueur de la verge; chez le cheval, ces éléments musculaires sont fort nombreux, mais, de même que chez l’homme, ils se présentent par place réunis en un petit faisceau; c’est surtout dans les trabécules les plus fines qu’on les rencontre; il y a de ces petites trabécules qui sont uniquement constituées par un faisceau musculaire recouvert de la membrane de Bichat et qui, s’insérant sur des lamelles élastiques assez larges, ressemblent, comme aspect, aux tendons des valvules du cœur ; malgré cela, elles ne peuvent diminuer que dans une très-faible proportion le diamètre des orifices de communication aréolaires, en supposant même une contraction énergique.
Sur la verge du chien, c’est avec beaucoup de peine que l’on constate la présence des fibres-cellules ; elles sont fort rares, mais on sait que leur tissu spongieux, formé de grandes aréoles, n’est pas aussi développé que chez d’autres animaux et qu’il est suppléé en partie par la présence d’un os médian.
D’après Certi, on ne trouve pas de fibres musculaires de la vie organique dans les trabécules de la verge de l’éléphant.
Je ne dirai rien du tissu lamineux que l’on rencontre dans les corps caverneux; il ne présente pour nous aucun intérêt.
J’ai hâte d’arriver aux vaisseaux dont l’étude est indispensable pour conduire à une théorie physiologique raisonnée.
Les artères qui se distribuent aux tissus spongieux de l’homme ou de la femme offrent toutes la même disposition; du tronc principal partent des branches qui cheminent dans l’épaisseur des parois et se divisent brusquement en plusieurs ramuscules qui se
contournent en spirale et viennent s’ouvrir dans les aréoles; ces artères, que Muller appela hélicines et dont la disposition spiroïde avait été mise en doute, sont faciles à reconnaître, mais il n'est pas toujours aussi commode de voir leur terminaison ou plutôt leur abouchement dans les aréoles; Millier pensait qu’elles se terminaient en cul-de-sac; cette erreur s’explique lorsqu’on examine une verge incomplètement injectée ; j’ai vu d’autres fois, même après injection complète, les artères arrivées près de l’aréole diminuer brusquement de volume et se réduire en un vaisseau d’un calibre extrêmement fin; je crois que là aussi on est dupe d’une illusion; l’artériole, par l’extrémité voisine de l’abouchement, laisse échapper une portion de l’injection, s’affaisse et semble passer à l’état de capillaire; il n’en est rien, elle conserve une tunique musculaire puissante jusqu’à l’aréole; là cessent brusquement les. fibres-cellules pendant que la tunique interne se continue avec les parois aréolaires.
On a voulu caractériser les tissus érectiles par cette disposition des vaisseaux en spirale ; on a regardé comme érectiles tous les organes dont les artères étaient hélicines.
En se basant sur ce caractère, on pouvait encore augmenter la liste qu’on adonnée; mais on voit facilement que dans tous les tissus où doivent s’accomplir des changements de volume un peu brusques et où cependant la circulation doit conserver son activité, les vaisseaux en hélice sont de toute nécessité, l’ovaire, l’uLérus, l’iris, reçoivent des artères plus ou moins flexueuses; l’état spiroïde s’observe encore sur les ramifications des vasa vasorum, comme l’a démontré mon ami le docteur Gimbert (1); enfin chez certains animaux, comme les annélides, dont le corps subit à chaque instant de brusques changements de longueur, on voit les gros vaisseaux qui remplissent les fonctions du cœur contournés en hélice.
Les artères des tissus érectiles présentent encore une autre particularité intéressante et sur laquelle on n’a pas assez insisté: je veux parler de leur richesse en éléments contractiles. Je, ne
(1) Structure des artères , thèse inaugurale, 1865.
vois pas de régions de l’économie qui montrent des vaisseaux munis d’un appareil musculaire aussi puissant ef une résistance plus grande; dans les injections, on peut leur faire supporter sans les rompre, une pression douze fois plus considérable que la pression normale du sang artériel ; ce n’est pas seulement dans les gros troncs que l’on observe cette abondance de fibres-cellules, mais jusque dans les rameaux terminaux.
Dans l’appareil érectile de quelques gallinacés, comme nous le verrons bientôt, l’épaisseur de la tunique musculaire est encore plus frappante, et cette particularité ne nous sera pas inutile lorsque nous aborderons la physiologie.
Outre les artérioles qui s’ouvrent dans les aréoles, il y a quelques rameaux plus fins et ne différant en rien, comme texture, de ceux des autres 'régions; ils concourent à la nutrition des trabécules et sont, du reste, peu abondants; ces tissus offrent une infériorité remarquable au point de vue de leur propre vascularité ; cela tient sans doute à la prédominance du tissu élastique qui n’est jamais riche en vaisseaux, et peut-être à cette circonstance que le sang qui baigne constamment les parois des aréoles suffit à leur nutrition, comme le sang contenu dans le cœur nourrit en partie les valvules qui présentent à peine quelques artérioles à leur bord adhérent, et peut même, chez la grenouille, entretenir les phénomènes de la vie dans un cœur complètement privé de vaisseaux.
Les veines, beaucoup moins flexueuses que les artères, ne présentent rien dans leur texture qui nous intéresse particulièrement; elles ne sont ni plus, ni moins riches en fibres musculaires de la vie organique que celles des autres régions; loin d’être disposées de façon à ralentir la circulation, on les voit, vers le bulbe, par exemple, s’aboucher à plein canal, et le cours du sang veineux ne peut être gêné que parla contraction des muscles du périnée; nous verrons bientôt ce qu’il faut en penser.
Les nerfs du tissu spongieux des organes génitaux de l’homme et de la femme ont leur origine dans le plexus hypogastrique et sont constitués, en grande partie, par des filets du grand sympathique; je ne parlerai point de leur trajet et de leurs subdivi-