LEGROS
sions, j’insisterai seulement sur leur terminaison. On voit des faisceaux nerveux nombreux et volumineux'pénétrer dans ces tissus et se répandre dans les trabécules, et pourtant ce n’est pas là le siège d’une sensibilité spéciale, serait-ce seulement pour animer les faisceaux musculaires des cloisons ! Mais nous avons constaté leur extrême rareté; ils ont, en effet, un autre but, et dans plusieurs préparations, nous avons vu ces nerfs se perdre sur les artères ; l’abondance des filets nerveux est en rapport avec la richesse des éléments contractiles de ces vaisseaux, et cela seul pourrait faire deviner le rôle important qu’ils sont appelés à jouer dans l’érection.
La gaine fibreuse dans laquelle sont contenus les éléments divers dont nous venons de parler, et qui est constituée surtout par des fibres lamineuses et quelques éléments élastiques ne fait réellement point partie des tissus érectiles, elle les enveloppe de toute part et son usage principal est de limiter la distension des aréoles; aussi a-t-on vu le tissu spongieux faire hernie pendant l’érection à travers des éraillures de la membrane fibreuse.
Si, après cette esquisse rapide des éléments qui constituent les tissus érectiles, nous jetons un coup d’œil d’ensemble, nous voyons que ces tissus sont caractérisés par des vacuoles qui communiquent, d’une part, avec les artères, de l’autre avec les veines ; on a voulu reconnaître dans ces vacuoles une dilatation ; des veines, quelque chose d’analogue aux sinus, dont ils n’ont pourtant pas la structure, un plexus veineux, comme l’a dit M. Cruveilhier.
Il appartenait à M. Robin de montrer leur nature véritable ; en étudiant d’une façon plus approfondie la structure des organes érectiles, et surtout en suivant leur développement, M. Robin a démontré que les aréoles étaient des capillaires énormément dilatés; ainsi disparaissait cette apparente anomalie de vaisseaux artériels allant s’ouvrir directement dans les veines sans passer par des capillaires. 1
J’ai fait quelques recherches d’anatomie comparée qui confirment pleinement cette opinion ; pour cette raison, et puis aussi
pour faire connaître des organes sur lesquels j’ai fait quelques expériences, je m’étendrai un peu sur leur description.
Lorsqu’on examine l’appareil érectile de la tête de quelques gallinacés, les coqs, les dindons, on chercherait en vain l’aspect aréolaire des corps caverneux; le tissu érectile, dans la crête, par exemple, au lieu de former le centre de l’organe, comme dans la verge, est situé à la superficie ; il fait partie du derme, c’est lui qui forme ces grosses saillies papillaires sur la crête et une grande partie de la tête du coq, c’est lui qui, recouvert d’une couche épidermique transparente, donne à ces parties une couleur d’un si beau rouge.
Si l’on porte sous le microscope une de ces saillies papillaires, on voit un réseau de capillaires d’un diamètre inégal, mais toujours supérieur à Celui des capillaires des autres régions et à celui des artérioles qui leur donne naissance; l’épaisseur de cette couche vasculaire varie avec les points observés, elle est généralement de trois dixièmes de millimètre.
Cesvolumineux capillaires, très-fréquemment anastomosés, sont souvent plus larges que longs ; on constate par places des anastomoses très-ténues qui les font communiquer entre eux.
Si, parla pensée, on exagère leur diamètre, on a les aréoles des corps caverneux ; mais tandis que la nature de ces aréoles ne pouvait.être dévoilée quegrâce à une grande perspicacité, ici, au contraire, le doute n’est pas possible, et un examen même superficiel apprend que ce sont bien les capillaires dilatés qui constituent le tissu érectile.
L’étude des parties centrales de la crête ne montre rien de pareil, mais on y rencontre de la graisse, de nombreux faisceaux de tissu lamineux, une substance amorphe demi-liquide des fibrescellules éparses et non réunies en faisceaux et un peu de tissu élastique;, ce qui attire surtout l’attention, c’est le volume des troncs artériels et leur richesse musculaire; la. tunique moyenne forme un cylindre très-résistant constitué principalement par des muscles lisses; ce sont ces troncs artériels qui, restant béants dans les coupes, ontpu faire croire à des lacunes, mais je le répète, il n’y a point de tissu érectile dans la profondeur.
Après une injection bien réussie de la crête d’un coq, on voit des artères volumineuses cheminer de chaque côté de la masse centrale de l’organe et, après un trajet assez court, diminuer rapidement de volume et se diviser en ramuscules qui se rendent à la périphérie ; ces branches sont llexueuses sans présenter cependant l’état spiroïde des artères de la verge ; arrivés à quelques millimètres de la périphérie, ces vaisseaux s’anastomosent entre eux et forment un premier réseau à mailles larges situé immédiatement au-dessous de l’appareil érectile; c’est de ce réseau que partent des artérioles qui s’épanouissent en capillaires volumineux, plus volumineux que les branches qui leur ont donné naissance.
Notons que tous les vaisseaux artériels ne se rendent pas au tissu érectile ; quelques-uns servent à la nutrition de l’organe, mais ici, comme dans la verge, ils sont très-petits et pauvres en fibres musculaires de la vie organique.
Cet appareil est loin d’être aussi développé que celui des tissus spongieux des organes génitaux de l’homme, ce n’est pour ainsi dire qu’une ébauche, aussi manque-t-il de la plupart des éléments accessoires qui accompagnent ces derniers.
La gaîne fibreuse qui limite la distension des corps caverneux est remplacée ici par une portion du derme et une couche assez résistante de cellules épithéliales stratifiées, et c’est vainement que l’on chercherait une disposition analogue à celle du tissu élastique et des fibres-cellules des aréoles.
Les nerfs qui se distribuent à l’appareil érectile de la tète des coqs et des dindons sont fournis surtout par le grand sympathique comme pour les organes de la génération ; ils sont de même très-nombreux et vont se ramifier principalement sur les artères.
Dans les premières périodes de développement des corps caverneux, on trouve une disposition assez semblable à celle delà crête des coqs ; la trame aréolaire n’est alors représentée que par des capillaires énormes; seulement dans les organes génitaux de l’homme le tissu se développe, tandis que chez le coq il reste à l’état embryonnaire.
Les parties érectiles de la tète du dindon ont beaucoup d'analogie avec celles de la tète du coq ; on voit, comme chez ce dernier, un réseau superficiel formé de capillaires dilatés ; mais l’appareil est déjà plus parfait, et ces capillaires, qui reçoivent des artérioles très-fines, sont tellement volumineux que par l’insufflation et la dessiccation, on a véritablement l’aspect d’une trame aréolaire. Les artères, fort larges, ont des parois encore plus épaisses douées d’une grande puissance contractile. Nous retrouvons dans différents points, la caroncule, par exemple, des artères hélicines analogues à celles des corps caverneux, mais pas plus ici que dans la verge, cet état spiroïde n’indique une fonction spéciale; il permet simplement aux vaisseaux de s’accommoder aux mouvements d’allongement et de rétraction de cet organe.
Il est probable que la structure du tissu érectile spécial que nous venons de décrire, se rencontre fréquemment chez les animaux ; nous n’avons pas fait assez de recherches en anatomie comparée pour en citer de nombreux exemples ; nous en signalerons un, cependant, qui nous a paru intéressant et qui montre bien qu’en fait de tissu, l’uniformité des types est absolue et que les variations apparentes sont dues aux différents degrés de développement.
De chaque côté de l’orifice anal des salamandres, on trouve deux replis de la peau peu apparents, pendant une grande partie de l’année, mais volumineux et turgides au moment de la ponte des œufs et de leur fécondation ; ces replis sont en partie constitués par d’énormes papilles contiguës; les papilles les plus petites ne contiennent quelquefois qu’une seule anse vasculaire, mais le capillaire qui la forme est d’un calibre insolite; les plus volumineuses ont un réseau capillaire analogue à celui de la crête des gallinacés.
Il est probable qu’en poursuivant ces recherches, on trouverait, entre les capillaires ordinaires et les aréoles des corps caverneux, de nombreux intermédiaires.
Ainsi quelle que soit la complication apparente du tissu érectile, nous voyons que sa nature nous est dévoilée surabondamment par sa structure, par l’embryogénie, par l’anatomie comparée ;
c’est toujours un réseau de capillaires plus ou moins dilatés, et l’on serait peut-être autorisé à ne pas le décrire comme un tissu spécial, mais comme une modification des vaisseaux capillaires.
Il est des tumeurs assez communes que l’on a réunies sous le nom de tumeurs érectiles, bien que souvent leur texture ne rappelle en rien celle des tissus de ce nom -, cependant nous trouvons que les nœvi materni présentent avec eux une analogie frappante, surtout si on les compare à l’appareil érectile des coqs et des dindons, uniquement constitués, comme nous l’avons vu, par la dilatation et les anastomoses fréquentes des capillaires.
Il est évident que la ressemblance n’est pas absolue et que l’on ne trouvera pas là certains éléments essentiels pour un organe érectile ; la trame élastique et la puissance contractile exceptionnelle des artères font défaut ; mais ne sait-on pas que la plupart des tissus accidentels, des tissus pathologiques ne représentent que très-imparfaitement les tissus sains ; les chondromes, les adénomes, etc., ne sont jamais que du cartilage ou des éléments glandulaires plus ou moins modifiés.
La présence des renflements sur le trajet des capillaires, les cavités accidentelles pleines de sang en communication avec les vaisseaux accusent simplement la résistance insuffisante des parois et des tissus ambiants, et je ne vois pas les motifs qui empêcheraient de considérer ces tumeurs comme des tissus érectiles à l’état embryonnaire.
S’il est facile d’assigner à certains appareils érectiles des usages déterminés, il faut reconnaître que, dans bien des cas, leur utilité nous échappe complètement. Dans la verge de l’homme et de beaucoup d’animaux, où la trame érectile atteint |une grande perfection, la fonction physiologique prend une importance capitale et se lie si intimement à la propagation de l’espèce que celle-ci est impossible sans son concours.
Déjà chez la femme, où le tissu érectile est moins développé, la fonction perd un peu de son utilité et n’est plus indispensable
à l’union des sexes 1 , chez quelques animaux inférieurs, des tissus érectiles, fort peu développés, il est vrai, accompagnent les organes externes de la génération, mais ne servent pas à la fécondation qui peut s’opérer sans l’union des sexes-, enfin certains appareils, ceux de la tête des coqs et des dindons, par exemple, ne semblent être qu’un ornement et ne fonctionnent pas à des intervalles plus ou moins éloignés, mais presque constamment sous les influences les plus diverses ; la turgescence du tissu érectile de la tète chez ces animaux n’accompagne pas exclusivement l’acte génésique, mais encore la colère ou la joie.
Quels que soient du reste le degré et l’importance physiologique de l’érection, c’est toujours la même cause qu’il faut invoquer, c’est-à-dire la dilatation par le sang de capillaires plus ou moins modifiés ; c’est une véritable congestion, mais une congestion active qui ne diffère de 1 ’hypérémie des autres régions que par l’exagération du volume des vaisseaux, et de même qu’en anatomie on pourrait décrire le tissu érectile comme une modification des capillaires et non comme un tissu spécial, il est aussi rationnel, comme nous le verrons, de rattacher la fonction aux phénomènes de la circulation dans les capillaires.
Mais il ne suffit pas de savoir que le sang accumulé dans les aréoles des corps caverneux produit l’érection ; c’est un fait incontestable, et on ne songe même plus à réfuter l’influence des esprits animaux admise aux temps fabuleux de la physiologie ; on doit chercher à se rendre compte du mécanisme de l’érection.
Ici nous constatons une grande divergence dans les théories qui ont été tour à tour invoquées, quoique la plupart des auteurs se soient accordés à chercher un obstacle à la circulation veineuse ; les uns ont cru trouver cet obstacle dans les veines, mais pour résister à la pression du sang qui tend à s’échapper, on est frappé de voir des parois veineuses semblables à celles des autres régions, c’est-à-dire peu résistantes et très-dilatables, ce qui les exposerait presque nécessairement à devenir variqueuses.
Kobelt, en s’appuyant sur la contraction de quelques muscles du périnée, laisse supposer que ces muscles peuvent rester en
activité pendant un temps assez long ; il est cependant bien reconnu que les fibres musculaires striées ne peuvent agir d’une façon continue. J’ai électrisé plusieurs fois les ischio-caverneux et les bulbo-caverneux sur des animaux, sans produire l’érection ; ces muscles servent surtout à chasser en avant le sang accumulé dans les parties postérieures du tissu aréolaire, et à augmenter ainsi momentanément la roideur du pénis.
Les muscles à fibres striées doivent donc être éliminés de cette question ; mais il existe autour de la verge, au-dessous de la peau, une tunique analogue au dartos des bourses, renfermant un assez grand nombre de fibres-cellules, que M. Sappey a décrite sous le nom de muscle péri-pénien, et à laquelle il attribue le pouvoir de comprimer les veines pt de déterminer l’érection ; en admettant même une action aussi énergique du muscle péripénien, il n’exercerait sa puissance que sur une faible partie des organes érectiles de l’homme ; le bulbe et les racines des corps caverneux échapperaient complètement à la compression; ajoutons que s’il se contractait fortement, il agirait plutôt en comprimant la verge et chassant le sang des aréoles ; l’électrisation de ces fibres lisses amène une série de mouvements vermiculaires dans la peau du pénis, tout à fait semblables à ceux de la peau des bourses, mais nullement l’érection.
Au lieu de placer l’obstacle au cours du sang dans les veines, un grand nombre de physiologistes, s’appuyant sur une erreur d’anatomie, le font siéger dans les cloisons mêmes des corps caverneux ; M. Rouget a regardé les appareils érectiles comme des organes musculaires, dans lesquels.le sang pourrait être retenu par la contraction des tissus ; c’est ainsi qu’on a mis en cause les fibres-cellules des cloisons, et, chose singulière, tandis que les uns (Kôlliker) attribuent l’érection à la paralysie de ces fibres musculaires qui permettrait aux aréoles de se distendre, les autres (Rouget, G. Valentin, etc.) font jouer le principal rôle à la contraction de ces fibres; mais ce n’est pas tout, G. Valentin pense que les muscles en se contractant dilatent les aréoles, et donne de ce phénomène une explication peu intelligible.
La théorie de M. Rouget est plus rationnelle, et a été généra-
lement adoptée; on comprend en effet que la contraction des faisceaux musculaires des trabécules puisse entraver la circulation du sang, mais en tenant compte d’une disposition particulière; si les fibres-cellules étaient nombreuses et irrégulièrement disposées dans les cloisons, le résultat de leur contraction serait complètement différent de celui qu’on leur attribue, et le sang serait chassé des tissus spongieux; mais il n’en est pas ainsi: les faisceaux de fibres-cellules sont disposés, comme nous l’avons dit, de distance en distance, et dé telle façon que leur contraction peut, en effet, amener une certaine gêne dans la circulation, et permettre la distension des portions non-contractiles ; on doit donc tenir compte de celte disposition, sans cependant lui attribuer le rôle principal ; ce n’est, en effet, que dans les organes érectiles très-complets et très-volumineux, que l’on rencontre les fibres-cellules réunies de cette façon, et constituant un appareil plus parfait; dans la verge de certains animaux, dans le tissu érectile de la tête des coqs et des dindons, on ne retrouve plus des faisceaux contractiles ainsi disposés.
Quoi qu’il en soit, on ne peut admettre comme possible l’arrêt complet du sang par la contraction des muscles lisses; on sait que l’altération de ce liquide ne se ferait pas attendre, et la piqûre des corps caverneux d’un animal en érection donne toujours un jet rutilant.
Le courant sanguin n’est donc pas arrêté, il esl même peu probable qu’il soit notablement gêné ; mais alors même que le passage du sang dans les veines de la verge rencontrerait de sérieux obstacles, l’érection n’en serait pas nécessairement la conséquence ; plusieurs fois, chez les chiens, j’ai lié une des deux veines qui sortent du renflementhulbaire, et qui reçoivent le sang de cet organe sans produire de turgescence; en liant les deux veines, ou mieux en serrant toute la verge par une forte ligature passant au-dessous des artères qui continuaient à charrier le sang, j’ai déterminé la turgescence de la verge, mais généralement, après un temps assez long (de quatre à dix minutes), et jamais je n’obtenais une érection aussi complète que dans l’état physiologique ; cependant le courant veineux était tout à fait interrompu, et j’exalggros. 3
gérais certainement la gêne dans la circulation qui, dit-on, accompagne l’érection; la théorie de M. Rouget ne peut donc nous satisfaire complètement.
Je ne dirai rien des raisonnements basés sur la présence dans les corps caverneux des artères hélicines; j’ai cherché déjà à donner la raison de celte disposition commune à plusieurs tissus, et faisant défaut dans certains organes érectiles ; je laisse également de côté l’explication de M. Cruveilhier : « L’érection est un phénomène essentiellement vital. » C’est vrai, les sécrétions, la circulation, toutes les fonctions de l’économie, sont également des phénomènes vitaux ; faut-il donc renoncer pour cela à les éclaircir?
Mais je ne passerai pas sous silence la théorie que M. Robin, s’appuyant sur les précieuses recherches de M. Claude Bernard, a donnée dans ses cours et dans un mémoire lu à la Société de biologie; la paralysie des nerfs vaso-moteurs, qui augmente le calibre des vaisseaux, devenait pour M. Robin la cause de la dilatation des aréoles des corps caverneux par l’afflux plus considérable du sang : c’était un appel à l’expérimentation ; et bien que les observations que j’ai recueillies sur les animaux semblent tout d’abord contraires à cette opinion, on verra que dans le fond, et en interprétant autrement qu’on ne l’a fait l'action des nerfs vasomoteurs, je suis arrivé à modifier simplement une théorie ingénieuse, basée sur la connaissance approfondie de la nature et du développement des tissus, deux choses dont la physiologie ne saurait plus sefpasser.
Oui, l’érection est réellement soumise à l’influence des nerfs vaso-moteurs ; mais ce n’est pas la paralysie de ces nerfs qui la détermine, c’est leur excitation physiologique.
J’ai répété sur des chiens une expérience qui avait été faite sur les chevaux; je sectionnais les nerfs de la verge, et, après la guérison de la plaie, ces animaux, placés auprès d’une chienne en rut, ne pouvaient entrer en érection, bien qu’ils manifestassent des intentions érotiques ; la section de la moelle dans la région génito-spinale ne produit aucune turgescence dans les tissus spongieux ; quelquefois cependant, au bout d’un ou deux jours, il survient de la turgescence; mais alors est intervenu un autre phé-
nomène dont nous parlerons plus lard, une excitation sous l’influence de l’inflammation de la moelle.
Bien que ces expériences fussent assez concluantes, elles exigeaient la destruction non-seulement des fdets du grand sympathique, mais encore des nerfs sensitifs et moteurs ; de plus, on constatait bien que la section des nerfs ne produisait pas l’érection , mais on ne pouvait affirmer que la fonction fût définitivement abolie; heureusement la disposition de certains tissus érectiles de la tête des coqs et des dindons permet de rendre la démonstration complète ; l’isolement des filets du grand sympathique au cou, et surtout la présence des ganglions que l’on peut assez facilement atteindre, simplifient singulièrement l’expérience.
C’est, sur un dindon que j’ai fait le premier essai de ce genre, après m’être assuré des rapports du sympathique, qui ne suit pas chez les oiseaux le même trajet que chez les mammifères ; le rameau principal accompagne l’artère vertébrale, et sur la carotide on a de la peine à constater de fins ramuscules ; le ganglion cervical supérieur, qui reçoit ces ramuscules et la plus grande partie du cordon principal, est situé sur la carotide, à laquelle il est accolé un peu en dedans du pneumogastrique, auquel le rattachent de courtes anastomoses.
11 est difficile d’atteindre le tronc principal au cou sans voir survenir des hémorrhagies très-graves, mais on parvient sans trop de peine à enlever le ganglion supérieur; je fais à la peau une incision horizontale immédiatement au-dessous de l’extrémité postérieure du maxillaire inférieur; on rencontre là une couche dé tissu érectile, mais l’hémorrhagie, très-faible du reste, s’arrête sans peine; on distingue alors nettement la branche de l’os hyoïde; on coupe les muscles superficiels immédiatement audessus de cette branche; il faut alors laisser le bistouri et écarter ou déchirer les tissus avec des instruments mousses, et l’on ne tarde pas à voir l’artère carotide et le pneumogastrique qui servent de guides pour découvrir le ganglion, que l’on arrache , avec des pinces, s’il est impossible de l’enlever avec de petits. ciseaux recourbés.
La plaie est réunie avec deux points de suture, et l’animal guérit parfaitement si l’opération n’est pratiquée que d’un seul côté; si l’animal est de petite taille, la branche de l’os hyoïde gêne beaucoup : on peut la réséquer; les mouvements de déglutition sont alors gênés pendant quelques jours.
A peine,sur le dindon, l’ablation du ganglion était-elle exécutée de cette façon du côté droit, que je vis la moitié correspondante de la tête pâlir; je mis d’abord ce phénomène sur le compte de l’excitation produite par l’opération; la plaie fut suturée, et l’animal, mis en liberté, se hâta de boire et de manger.
Le lendemain, je constatai que la moitié correspondante de la tête avait encore pâli; elle avait cessé d’être verruqueuse; la température n’était pas plus élevée; il y avait un peu de rétraction du globe oculaire et l’orifice palpébral semblait plus allongé; le diamètre de la pupille n’avait pas été modifié; la caroncule était pâle et flasque du côté droit, elle était déviée à gauche par la paralysie du faisceau de fibres musculaires de la vie organique qui se trouve dans cet organe.
Lorsqu’on excitait l’animal, la moitié gauche de la tête devenait d’un rouge intense et l’autre moitié restait pâle; enfin, je constatai que la section des filets du grand sympathique qui se rendent aux tissus érectiles empêche complètement l’érection, et donne un résultat tout à fait opposé à celui que l’on obtient pour les autres tissus qui sont congestionnés par une semblable opération.
Au bout de cinq semaines, au mois d’octobre 1865, je montrai ce dindon à la Société de biologie; il présentait au même degré que le premier jour le phénomène que nous avons décrit, et il ne fut douteux pour personne qu’il y avait des exceptions aux lois qui régissent habituellement les nerfs vaso-moteurs; les partisans de la doctrine de M. Rouget pourraient voir, dans cette expé- 7 rience, une preuve nouvelle pour la théorie qui s’appuie sur la contraction des fibres lisses des cloisons, si nous n’avions pas montré que dans l’appareil érectile de la tête des gallinacés, la disposition est toute spéciale et ne peut se prêter à cette explication.
Pourrait-on admettre, comme je l’ai cru d’abord, une sorte d’antagonisme entre l’action du grand sympathique Sur les dernières ramifications artérielles et son action sur les veinules, l’excitation du nerf dilatant les artérioles, tout en contractant les veinules, et sa section ou sa paralysie produisant un effet contraire? Les parois veineuses sont bien faibles et bien pauvres en fibres musculaires lisses lorsqu’on les compare aux parois artérielles, et si elles reçoivent quelques filets nerveux, ce qui n’est pas douteux, elles en reçoivent assurément bien moins que les artères; il faut encore abandonner cette hypothèse.
Quelque temps après la présentation de ce fait à la Société de biologie, l’un des membres de la Société, M. J. Michon, absent au moment de ma communication, mit en doute les conclusions que je tirais de l’effet produit sur certains oiseaux par l’ablation du ganglion cervical supérieur, et même, si j’ai bien compris le compte rendu, la réalité de l’ablation; je dois dire que j’avais soigneusement étudié l’anatomie de la région sur laquelle je devais opérer, et que l’examen microscopique du ganglion extirpé a été fait; du reste, l’opération est plus minutieuse que difficile. M. Michon pense que la vascularité peut être modifiée par la lésion des vaisseaux pendant la recherche; assurément l’expérience ne se fait pas sans écoulement de sang, on lèse nécessairement des capillaires, mais avec de la patience on évite fort bien d’ouvrir les vaisseaux artériels, même ceux d’un calibre assez fin ; de plus, au bout de cinq semaines (et nous verrons que le phénomène peut durer plus longtemps), la circulation collatérale suppléerait certainement aux vaisseaux oblitérés; du reste, nous avons lié la carotide d’un coq sans produire dans la crête la pâleur qu’amène l’extirpation du ganglion.
Le principal argument de M. Michon est celui-ci : « L’action du » grand sympathique à la région cervicale supérieure doit se » manifester par des phénomènes de vascularisation, des phéno- » mènes de calorification et des phénomènes pupillaires.» Et plus loin : « Pour que ces expériences soient rigoureuses, il faut avant » tout observer l’action sur la pupille, et c’est seulement lorsque
» cette action aura été constatée que l’on pourra ajouter plus de » confiance à la manifestation des autres phénomènes (1). »
Il est vrai que je n’ai pas obtenu de vascularisation, ni par conséquent d’élévation de température ; c’est précisément le point sur lequel j’insiste. Quant au phénomène pupillaire, il est facile de comprendre pourquoi on ne l'observe pas chez les oiseaux dans les expériences sur le grand sympathique, il suffit de connaître la structure de l’œil de ces animaux : l’iris et le muscle ciliaire, au lieu d’être constitués par des fibres musculaires lisses comme chez les mammifères, présentent des fibres striées, des fibres de la vie animale ; rien d’étonnanl dès lors que le grand sympathique n’agisse pas sur des muscles soumis à la volonté, et de fait on voit sans peine que les oiseaux contractent ou dilatent volontairement leur pupille sans que la lumière ou l’obscurité interviennent dans le phénomène ; c’est encore pour cette raison que la belladone, qui agit spécialement sur le sympathique, est sans influence sur l’iris des oiseaux.
Je regrette presque de m’être appesanti sur cette petite discussion, mais je tenais d’autant plus à détruire ces objections que l’observateur qui les a faites est plus consciencieux et que je regarde cette expérience comme très-importante.
J’ai répété plusieurs fois cette opération tantôt sur d’autres dindons, tantôt sur des coqs, et j’ai toujours observé le même phénomène; chez les coqs, la pâleur de la joue et du tissu érectile qui entoure les paupières est très-marquée, elle l’est un peu moins à la crête et cesse quelquefois dans cet organe après quelques semaines ; il est probable que les vaisseaux du côté non opéré arrivent à suppléer en partie ceux qui sont paralysés par la section du sympathique; une autre précaution est encore nécessaire pour le coq : il faut observer l’animal en liberté après l’opération; lorsqu'on cherche à le maintenir, la différence de coloration est à peine marquée ou même elle ne l’est pas du tout, car
(1) Comptes rendus des séances et mémoires dç la Société de biologie , t. II de la
série, 1865.
alors l’animal effrayé cesse momentanément défaire fonctionner son tissu érectile, et l’on constate un résultat analogue à celui qu’on obtiendrait en enlevant les ganglions cervicaux de chaque côté ; pour le dindon, qui est moins farouche, cette précaution n’est pas indispensable, mais il est toujours préférable de l’observer en liberté et surtout lorsqu’il est irrité.
Au moment où j’écris cette thèse, je possède encore un dindon chez lequel l’ablation du ganglion a été faite il y a près de quatre mois, et la pâleur du côté opéré contraste toujours avec la. rougeur de l’autre côté; la caroncule reste déviée et l’orifice palpébral déformé.
J’ai tenté une fois sur un coq adulte et deux fois sur de jeunes poussins d’enlever les ganglions cervicaux supérieurs de chaque côté, mais ces animaux ont de suite présenté de grands troubles dans leur circulation et leur respiration ; leur voix devenait rauque et ils succombaient au bout de deux ou trois jours ; dans les trois cas les poumons étaient pleins de pus. Je pense que dans ces accidents il faut tenir compte des tiraillements que l’on est obligé de faire subir au pneumogastrique pour extraire le ganglion qui lui est presque accolé.
Afin de constater l’influence que le grand sympathique pouvait avoir sur le développement du tissu érectile, j’ai enlevé, dans les premiers jours du mois d’août, le ganglion cervical supérieur gauche à un poussin âgé seulement de quelques jours et ne présentant que les rudiments de la crête. Pendant les trois jours qui ont suivi l’expérience, il y eut un peu de chaleur du côté opéré, chaleur que l’on doit sans doute attribuer à la cicatrisation de la plaie ; au bout de ce temps, il n’y avait aucune différence entreles deux côtés; les paupières seulement recouvraient un peu plus le globe oculaire du côté opéré, comme c’est d’ordinaire. Ce poussin, élevé à la campagne, survécut à la lésion que j’avais produite, et sa crête ne tarda pas à se développer ; mais à mesure qu’elle grandissait, elle s’inclinait de plus en plus du côté droit ; aujourd’hui c’est-à-dire quatre mois après l’opération, la crête est complètement inclinée et pendante sur l’œil droit, qu’elle vient recouvrir ; et notons que les poussins de la même couvée et de la même
espèce que celui-ci ont la crête parfaitement droite; on remarque en outre que cet organe est atrophié et aminci surtout à sa partie postérieure; il n’y a pas de différence de coloration notable,mais les papilles sont moins développées du côté opéré; la joue gauche était, il y a un mois, un peu plus pâle que la droite, aujourd’hui on voit à peine cette différence de coloration ; il me semble aussi que la crête est moins inclinée et l’orifice palpébral moins déformé ; on peut supposer qu’il y a un commencement de régénération des éléments nerveux détruits. Ce coq a été montré à la Société de biologie le 8 décembre de cette année.
Nous voyons dans cette dernière observation que le grand sympathique influe certainement sur le développement du tissu érectile, et que sa paralysie ou sa section ont pour résultat d’en troubler le développement ; l’inclinaison de la crête est due sans doute à l’absence des fibres musculaires lisses qui se trouvent normalement dans l’épaisseur de l’organe, et qui, se montrant d’un côté seulement, ont peu à peu produit la déviation.
J’ajouterai qu’après la mort d’un dindon privé depuis plusieurs mois du ganglion cervical supérieur, en injectant finement les artères, j’ai remarqué que les saillies érectiles du côté opéré n’acquéraient jamais le volume de celles du côté opposé. Dans une autre série d’expériences, j’ai cherché à gêner le retour du sang par les veines, soit en liant plusieurs des veines du cou, soit même en plaçant une ligature qui embrassait toute la région cervicale, moins les artères principales et la trachée; par ce moyen, j’ai obtenu une congestion de la crête, de même que j’avais eu une turgescence des corps caverneux par une opération analogue, mais cette congestion était bien différente de l’érection physiologique; en effet, la crête devenait turgide, mais elle était violacée, froide, et non pas rouge et chaude ; lorsque la respiration de l’oiseau est gênée artificiellement ou dans le cours d’une affection des poumons, c’est un phénomène analogue qui survient dans la crête.
Il semble donc, d’après ces expériences, que le mécanisme physiologique de la fonction que nous étudions, ne doit pas être basé sur la gêne de la circulation veineuse ; un obstacle au retour
du sang produit une congestion passive bien différente de l’érection.
Après avoir constaté que la section du sympathique détruisait la puissance érectile, j’espérais obtenir à coup sûr l’érection par la galvanisation des filets nerveux; il n’en fut rien. Plusieurs fois, j’essayai d’exciter le ganglion cervical supérieur au moyen d’une machine à induction dont je variais la puissance ou avec la pince de Pulvermacber, et jamais je n’ai obtenu l’érection pendant l’électrisation ; il me semblait, au contraire, que les tissus pâlissaient, et souvent, au moment où je cessais l’excitation électrique, il y avait une légère turgescence des tissus érectiles, mais c’était un phénomène passager.
J’ai échoué également dans mes tentatives sur les corps caverneux ; c’est en vain que j’ai varié le mode d’excitation électrique sur les nerfs de la verge des chiens. Le seul résultat apparent était une contraction des fibres musculaires lisses des enveloppes de la verge et une certaine rigidité de l’organe sans turgescence.
L’électricité ne réussit pas mieux dans la région génito-spinale de la moelle ; j’arrivais le plus souvent à produire la miction, quelquefois l’éjaculation, mais jamais l’érection ; les résultats furent semblables lorsque j’électrisai le bulbe rachidien.
L’action des agents chimiques sur les nerfs qui se rendent aux tissus érectiles m’a paru très-incertaine ; sur la moelle épinière et sur les filets nerveux de la verge des chiens, l’acide acétique fut appliqué sans aucun succès; sur le ganglion cervical supérieur d'un dindon, l’excitation par un acide amena une légère turgescence dans la légion correspondante de la tète.
La compression des nerfs et de la moelle épinière, lorsqu’elle est prolongée, donne des résultats plus nets; les effets de la compression de la moelle chez les pendus et dans quelques lésions traumatiques de la colonne vertébrale sont assez connus. M. Ségalas, dans un mémoire intitulé : Lettre sur quelques points de physiologie ( Archives générales de médecine, J 824, t. VI, p. 216), rapporte qu’il a pu provoquer l’érection chez des cabiais en excitant la moelle au moyen d’un stylet.
Nous avons, chez des chiens, produit la turgescence artificielle leguos. h
de la verge de deux façons : en agissant sur le système nerveux par l’introduction dans l’épaisseur de la moelle épinière, quelle que fûtla région, d’un corps étranger que nous laissionsà demeure, nous avons vu l’organe se congestionner non pas immédiatement, mais au bout de quelques instants ; il est un moyen plus simple, c’est de placer une ligature modérément serrée sur les nerfs qui se rendent à la verge; en général, le lendemain ou le surlendemain, on trouve une turgescence manifeste des tissus spongieux; cette turgescence est presque continue pendant deux ou trois jours, puis elle devient plus rare, pour cesser après huit ou dix jours ; cette expérience, répétée six fois, a donné quatre fois des résultats positifs. Op comprend que la ligature doit être serrée de manière à exciter le nerf sans interrompre complètement les fonctions d’innervation ; ce serait ici le cas de rappeler ce vieil adage, dont on a peut-être abusé, mais qui est parfaitement vrai dans la question dont nous nous occupons : Ubi stimulus, ibi fluxus.
Nous verrons que les faits pathologiques observés sur l’homme ont beaucoup d’analogie avec ces diverses observations faites sur les animaux.
Tel est le résumé des expériences que nous avons exécutées; il en ressort déjà un fait bien démontré, c’est que les tissus érectiles sont soumis à l’influence du grand sympathique ; mais sur quels éléments agit ce nerf, et comment se fait-il que sa section, qui congestionne les autres tissus, s’oppose au contraire à la congestion de ceux-ci?
Il est indispensable, pour l’intelligence des explications que je veux donner, de revenir sur certains points de la physiologie des nerfs vaso-moteurs, si controversée. Le rôle important que joue la circulation en physiologie et en pathologie justifie l’empressement que chacun a mis à suivre la voie tracée par M. Cl. Bernard, et malgré l’usage et peut-être l’abus que l’on a fait de cette théorie, je chercherai, au milieu des obscurités qui l’entourent encore, le mécanisme de l’érection.
Pour expliquer les différents phénomènes qui se passent dans les artères, il ne suffit pas de tenir compte de leur élasticité, pro-
priété purement passive; leur contractilité joue un rôle bien plus important, surtout dans les petites artères; quant aux gros vaisseaux, ils n’agissent guère qu’en leur qualité de conduits élastiques et vecteurs, aussi voyons-nous les artères volumineuses assez pauvres en éléments contractiles, mais les artérioles sont pourvues, surtout dans certaines régions, d’un appareil musculaire qui leur donne, dans le phénomène de la circulation, une sorte d’autonomie; le sang poussé par le cœur dans l’aorte et les gros troncs vasculaires obéit simplement à l’impulsion qu’il a reçue, mais, arrivé aux artérioles, il subit l’influence d’un nouvel appareil musculaire dont l’action produit plusieurs ordres de phénomènes, et le nom de vaisseaux actifs, que J. Hunter donnait aux artères en général, convient surtout aux artérioles.
C’est ainsi qu’on peut expliquer les variations dans la quantité de sang qui pénètre dans les capillaires et dans la pression que ce liquide fait subir aux parois; ces variations sont nécessairement soumises à l’influence des nerfs qui animent les muscles lisses des vaisseaux, aussi c’est en agissant sur ces nerfs que M. Cl. Bernard a jeté un si grand jour sur cette question; les observations sur lesquelles s’appuie l’illustre physiologiste ont été répétées par tous les expérimentateurs, et il ne peut venir à l’esprit de personne de contester leur rigoureuse exactitude, l’interprétation des phénomènes observés peut seule donner matière à discussion.
D’après les idées actuellement acceptées, la section ou la paralysie du grand sympathique produisent habituellement une dilatation des vaisseaux et une augmentation peu considérable, du reste, dans la pression du sang; notons que cette augmentation de pression est plus sensible lorsqu’on s’éloigne des gros vaisseaux; il est évident que la dilatation est purement passive, et ne peut se produire que sous l’influence de la pression du sang ; il est impossible de comprendre l’élargissement d’un vaisseau autrement que par l’afflux du liquide qui le parcourt : si les parois résistent peu, la pression les distendra davantage; on se demande en vérité où les fibres musculaires dilatatrices prendraient leur point d’appui pour opérer l’élargissement actif.
Que se passe-l-il donc lorsqu’on, sectionne le grand sympathique, au cou par exemple? On abolit l’une des principales causes qui ralentissent la circulation dans les organes, la contraction de la tunique musculaire des vaisseaux ; dès lors l’élasticité des artères lutte seule contre l’impulsion cardiaque, et, quoiqu’elle réussisse à l’amoindrir, elle ne peut s’opposer à une augmentation de pression qui se traduit par une accélération du mouvement circulatoire, la dilatation des vaisseaux et l’augmentation de chaleur; mais, j’v insiste, la pression n’augmente pas considérablement, elle ne saurait être supérieure à celle des vaisseaux situés au-dessous delà lésion du sympathique; elle serait à peine appréciable dans des régions où les artères sont pauvres en fibres musculaires, surtout si ces artères ont un long trajet, comme au cou des oiseaux.
On sait que si l’on vient à exciter par l’électricité les filets du grand sympathique, on obtient un phénomène opposé; au bout de quelques instants la région sur laquelle on opère pâlit, la température baisse, et l’on cesse de sentir les battements artériels; c’est qu’alors en effet on a déterminé une contraction tétanique des artères qui peut aller jusqu’à l’oblitération; mais faut-il s’en tenir là? et pense-t-on qu’en stimulant violemment un nerf par l’électricité on puisse remplacer l’excitation physiologique? on fait contracter, c’est évident, les muscles lisses des vaisseaux, mais on produit une contraction simultanée et spasmodique; il est impossible, en stimulant de celte façon le cordon nerveux, d’obtenir une série d’actes successifs, comme dans les intestins par exemple, pas plus qu’en stimulant violemment les nerfs de l’œsophage on ne déterminerait le phénomène de la déglutition.
Celte contraction graduée, celle espèce de mouvement péristaltique existe bien réellement dans les vaisseaux pourvus de muscles, et ce phénomène, soumis à l’action des nerfs vaso-moteurs, joue un grand rôle dans la circulation.
Sans se rendre un compte bien exact des causes et du mécanisme de ces mouvements successifs, que l’on retrouve, du reste, dans tous les canaux munis de fibres lisses (intestins, uretères, canal cholédoque, etc.), quelques auteurs anciens avaient adopté
celte théorie que de nouvelles et brillantes expériences ont à tort, selon nous, fait tomber dans l’oubli. Il est vrai qu’on sè basait alors sur des principes erronés, et que les preuves manquaient à l’appui, mais il faut s’étonner qu’aprèsles notions anatomiques si exactes que l’on possède aujourd’hui, on ait laissé complètement de côté celte fonction importante des artères ; j’avoue même que lorsque cette idée m’est venue à l’esprit, je ne croyais pas faire une espèce d’exhumation ; il est vrai que les opinions des anciens physiologistes, plus théoriciens qu'expérimentateurs, négligeant les faits isolés pour mieux embrasser l’ensemble, méritent une certaine défiance, mais cherchons du moins à profiter de leurs découvertes tout en oubliant leurs erreurs.
Nous ne remonterons pas jusqu’à Galien, qui, ignorant les principes fondamentaux de la circulation, admettait que le battement des artères était l’effet delà diastole et de la sÿslole de'ces vaisseaux.
Bichat pensait que la circulation, dans les capillaires, n’était plus soumise à l’influence du cœur, ce qui est certainement exagéré ; il plaçait dans les capillaires la force nouvelle qui servait à la progression du sang, ce qui est évidemment faux.
Mais Sénac, dans son Traité de'la structure du cœur, est l’auteur qui s’est le mieux approprié cette idée; au milieu d’erreurs inévitables dans un temps où la notion de la structure et la propriété des tissus étaient dans l’enfance, on rencontre des vues très-ingénieuses; il avait remarqué la richesse nerveuse des vaisseaux auxquels, pour cette raison, il attribuait un rôle important dans les modifications que subit la circulation ; il considérait les artères comme des cœurs véritables doués de la faculté dé se dilater et de se contracter alternativement et sans interruption.
Nous n’irons pas aussi loin que Sénac, nous pensons que la contraction successive et graduelle des artères peut modifier la circulation capillaire, et qu’aux deux phénomènes de paralysie et de contraction tétanique qu’il est facile de produire en agissant sur lés nerfs vaso-moteurs ou qui peuvent se montrer spontanément sous diverses influences, il faut ajouter un troisième plié-
nomène difficile à produire expérimentalement : la contraction successive des parois.
Je cherche en vain les raisons capables de faire rejeter cette explication qui éclaire la plupart des fonctions vasculaires; c’est par des railleries que Magendie, dans ses leçons, cherchait à réfuler les opinions de Bichat sur Faction indépendante des vaisseaux que Ton voudrait regarder, dît-il, comme < des sentinelles dont, la » vigilance n’est jamais en défaut. »
Et pourtant il s’étonne « que la circulation puisse s’effectuer » dans des tuyaux d’un centième de millimètre, et cela d’autant d plus que si l’on veut faire passer de l’eau, ou tout autre liquide » analogue, dans des tubes de verre d’un dixième de millimètre, » on éprouve la plus grande difficulté ; si l’on prend un diamètre d moindre encore, le passage devient presque impossible, quelle » que soit la force d’impulsion que vous employiez.»
Il conclut «quele sang doit posséder des propriétés normales, j liées avec les phénomènes physiques et vitaux, pour passer des » capillaires artériels dans les capillaires veineux. »
On sait, il est vrai, que la nature des liquides peut influer sur lu rapidité de leur passage ; je doute cependant que cette explication lui parut bien satisfaisante, car il revient à plusieurs reprises sur ce sujet, et, apostrophant les auteurs de cette théorie qu’il trouve absurde :
« Vous allez supposer qu’une pompe placée en un point, » pourra lancer le liquide et lui faire parcourir un arc d’une cerï taine étendue, mais qu’arrivé là, il faudra qu’une nouvelle » puissance vienne se surajouter pour lui faire achever la circon- » férence du cercle ! Mais, je le répète, le plus mauvais ingénieur » n’enfanterait jamais un procédé aussi absurde. Il trouverait » bien plus simple d’augmenter la force d’impulsion de la pompe » jusqu’à ce qu’elle fût capable de mouvoir seule le liquide. Sans » doute que la nature n’a point paru susceptible de conceptions » aussi savantes, etc.»
Si j’ai cité textuellement, c’est pour montrer sous quels raisonnements on a voulu écraser une théorie que je suis loin de trouver absurde; je crois que la nature, en se livrant à des con-
ceptions aussi savantes , n’aurait pas atteint son but, qui était de mesurer la pression du sang aux fonctions variables et intermittentes des différents organes ; les recherches faites avec des instruments perfectionnés ont parfaitement démontré que la pression du sang n’est pas égale dans tous les points du système artériel, comme l’avait dit M. Poiseuille, que la pression varie suivant les régions, et est soumise à des influences nombreuses, dont quelques-unes peuvent être provoquées.
Pourquoi, dans les injections sur le cadavre, est-il si difficile de faire arriver aux capillaires des substances très-pénétrantes, même avec une pression deux ou trois fois plus forte que celle du sang, chez l’animal vivant? L’élasticité' n’est pourtant pas modifiée, la contractilité n’existe plus; quel est donc l’obstacle qui est survenu depuis la mort?
Il n’y a pas plus, il y a même moins d’obstacles que sur le vivant, il manque seulement le mouvement progressif des parois artérielles, et cela est si vrai, qu’en injectant une matière colorante, incapable de coaguler le sang, dans les vaisseaux d’un animal, surtout d’un animal à sang froid, dont l’innervation résiste plus longtemps, on peut, sans employer de force, en laissant pour ainsi dire tomber goutte à goutte le liquide, on peut, dis-je, constater que le passage s’opère facilement dans les capillaires.
Si nous jetons un coup d’œil sur le système vasculaire des animaux, nous trouvons sans peine des particularités qui nous montrent clairement l’intervention active des vaisseaux dans la progression du sang et les phénomènes de pression ; il nous suffira de noter quelques-unes de ces particularités.
Chez l’oie, au point où l’artère mésentérique va se diviser, on trouve un renflement contractile, volumineux et allongé; nous avons constaté dans les parois une grande quantité de fibres-cellules, et la cavité offre une valvule incomplète, en forme de spirale; c’est un véritable petit cœur accessoire, dont l’action doit être d’autant plus puissante qu’elle s’exerce sur un point limité et non loin des capillaires; c’est encore un cœur accessoire muni de valvules, cette dilatation d’une portion de la carotide des batraciens que l’on nomme, je ne sais pourquoi, ganglion earo-
tidien ; Hancock a signalé des cœurs accessoires à la racine des grosses artères de 1’ Ommaslreph.es todarus.
On sait du reste que les veines peuvent présenter également des contractions autonomes (grosses veines près du cœur), et même des portions dilatées et contractiles (queue de l’anguille, etc.). Enfin il estfaciie, chez certains annélides, de suivre la progression du sang poussé par la seule contraction des parois vasculaires.
Chez leiVaüs fîliformis, par exemple, dont la transparence est remarquable et le sang d’un beau rouge, on voit, sur les gros vaisseaux qui s’étendent d’une extrémité à l’autre de l’animal, en décrivant de nombreux tours de spire, la contraction, débutant à l’une des extrémités, s’étendre progressivement jusqu’à l’autre extrémité et imiter le mouvement péristaltique des intestins.
Il est bien évident qu’on ne peut songer à assimiler complètement la circulation d’un annélide qui n’a pas de cœur, ou plutôt dont le cœur est remplacé par des vaisseaux contractiles, à celle de l’homme; j’ai voulu citer un exemple qui montre admirablement le mode de progression du sang dans les artères, tel que nous l’entendons; on peut s’en assurer d’autant mieux, dans ce cas, que l’absence du cœur simplifie l’observation; quant aux dilatations que l’on a désignées sous le nom de cœurs accessoires, on n’en rencontre pas chez l’homme, mais on y trouve, surtout dans certaines régions, des vaisseaux si riches en muscles, qu’il n’y a rien de répugnant à admettre qu’au moment où la force initiale, qui chasse le sang, vient à s’épuiser dans les artères, celles-ci, achevant l’œuvre commencée, complètent et régularisent la circulation. Nous pouvons en trouver des preuves dans des expériences dont l’interprétation est restée incomplète; ce sont les expériences mêmes sur lesquelles M. Cl. Bernard et d’autres physiologistes se sont appuyés pour dire que la galvanisation des nerfs vaso-moteurs ralentissait l'afflux du.sang et déterminait une diminution de la pression; or, si l’on admet qu’il existe une contraction autonome et progressive des artères, l’excitation électrique des nerfs devrait produire un effet contraire, c’est-à-dire une pression plus forte et une congestion plus mar-
quée; cependant, dans ces expériences, la pression baisse, c’est un fait certain, mais il faut bien remarquer qu’elle ne baisse qu’après l'action prolongée de l’électricité, c’est-à-dire si l’on produit une contraction tétanique permanente; mais au début de l'expérimentation, on voit, au contraire, survenir des pressions énormes qui méritent d’attirer l’attention ; c’est qu’alors on détermine la fonction physiologique normale, on l’exagère même sans doute; lorsque plus lard le vaisseau est contracté et rigide, on n’obtient plus qu’un phénomène pathologique, la circulation est presque entièrement suspendue.
En analysant les observations publiées dans le premier volume des Leçons sur les propriétés des liquides de l’organisme, par M. Cl. Bernard, nous chercherons à faire ressortir ce fait important.
Dans une expérience sur un cheval (p. 239), on coupe le sympathique au cou du côté droit, et, après avoir constaté divers phénomènes, on note la pression du sang dans l’artère coronaire, on trouve que la pression est de HO à 130 millimètres. « Pen- » dant que l’instrument était appliqué, on irrita le nerf sympa- » thique dans son bout périphérique au cou avec la pince élec- » trique. A l’instant même, la pression constante augmenta de » 140 à 160 en même temps que les pulsations cardiaques de- » vinrent de plus en plus petites et finirent même par disparaître t complètement. »
Ainsi on voit survenir une notable augmentation de pression sans que l’impulsion cardiaque puisse être mise en cause, puisque les pulsations finissent par disparaître.
Après la cessation de l’excitation, la pression revient à 110- 130 du côté droit.
L’observation de la page 245 est encore plus démonstrative ; on découvre sur un cheval l’artère glosso-faciale droite et on coupe le sympathique du même côté; on obtient avec l’hémodynamomètre, au bout périphérique, 45 à 55 millimètres; au bout central, 100 à 160 ; alors « on irrita le grand sympathique pen- » dant que lïnstrument était appliqué et l’on constata que la j> pression du bout périphérique, primitivement de 50, montait llgros. 5
» à 110 et, en prolongeant longtemps la galvanisation, elle re- » descendait à 80; les oscillations, d’abord de 20 millimètres, » allèrent en diminuant et s’arrêtèrent à 10 millimètres ; la pres- » sion du bout central fut successivement de 140, 80, 100, > 110 millimètres; les oscillations 60, 70, 70, 70. Après quelques •» minutes de repos, on prit de nouveau les pressions et l’on eut : d bout périphérique, 58; on irrita le nerf et cette pression monta » à 64-70 ; les oscillations, d’abord nulles, eurent ensuite 2 mil- » limètres. »
Après un intervalle, on reprend une troisième fois les pressions ,et l’on trouve au bout périphérique 40 millimètres. « On irrita le » sympathique très-haut dans la plaie, la pression monta à » 100-110. »
Dans l’expérience de la page 248, nous retrouvons les mêmes phénomènes; par l’excitation du nerf, la pression dans l’une des tentatives monta de 50 millimètres à 80 millimètres.
On voit, en lisant complètement ces belles expériences que je ne puis citer entièrement, que s’il est exact de dire qu’une excitation prolongée des vaso-moteurs produit un abaissement de pression, il ne faut pas en conclure d’une façon générale que l’irritation de ces nerfs produit toujours ce résultat, puisqu'on peut observer des augmentations de pression qui coïncident, chose remarquable, avec une diminution des oscillations cardiaques. Ce dernier phénomène se passe donc exclusivement dans les vaisseaux influencés par le nerf que l’on excite.
Si l’augmentation de pression avait une durée très-courte, on pourrait croire qu’elle est due à la contraction brusque de l’artère qui chasse le sang, mais cette augmentation persiste trop longtemps pour qu’il soit possible d’accepter une telle hypothèse.
Nous devons nécessairement trouver, si nous sommes dans le vrai, les éléments contractiles des artères d’autant plus développés que celles-ci sont moins directement soumises à l’influence du cœur, et l’on sait qu’il en est ainsi; ce sont les artères périphériques qui jouissent au plus haut degré de la contractilité. Comment expliquer d’une façon satisfaisante la circulation dans les vaisseaux du cordon ombilical si l’on n’admet pas qu’ils jouent à
peu près le rôle d’un cœur? à quoi bon sans cela celte épaisse couche musculaire que l’on trouve aussi bien dans la veine que dans les artères ombilicales, et qui, augmentant du placenta à l’ombilic, comme l’a montré le docteur Gimbert, diminue ensuite progressivement?
Il nous semble que celte simple modification des théories actuelles sur la circulation peut éclairer plusieurs phénomènes qui restaient inexplicables, ou que l’on n’expliquait qu’à force d’imagination. Nul doute qu’en bien des circonstances la paralysie ou l’excitation exagérée des nerfs vaso-moteurs ne puissent amener des troubles circulatoires; mais, outre la dilatation et le resserrement des vaisseaux, on doit admettre la contraction progressive qui est bien réellement leur fonction habituelle; dans la section ou l’irritation électrique du sympathique, on ne fait que troubler cette fonction.
Si l’on se contente des théories actuelles, que de difficultés surgissent de toutes parts? La chaleur qui provoque l’afflux du sang devient un agent paralysant, ou fait un excitant du froid prolongé qui diminue cet afflux ; autour d’une piqûre ou d’un corps étranger, et même après un simple frottement de la peau, vous avez de la rougeur, et vous êtes obligé d’admettre que la stimulation qui a été produite a déterminé, par une action réflexe, une paralysie des vaso-moteurs ; n’est-il pas plus rationnel de dire qu’il se produit autour de la partie lésée une exagération des contractions vermiculaires normales des artérioles; d’ordinaire, en effet, dans les phénomènes réflexes, loin d’obtenir une paralysie par l’excitation des nerfs périphériques, on détermine des contractions ou une activité fonctionnelle quelconque.
Les observateurs qui ont étudié la marche de l’inflammation ont remarqué au début une dilatation et un resserrement se produisant alternativement dans les vaisseaux; n’est-ce pas là tout simplement pousser à l’extrême le phénomène que nous avons décrit.
Les battements que l’on sent dans les parties enflammées, dans les panaris par exemple, sont certainement dus un peu à la sen-
sibililé de la région malade, mais les contractions propres aux vaisseaux doivent avoir leur part dans cette sensation.
Dans le bruit de souffle continu des vaisseaux, le bruit de diable, Aran et quelques autres auteurs reconnaissant qu’un bruit continu ne pouvait être le résultat de battements intermittents, ont cru trouver dans les veines la cause du bruit anormal; la continuité d’action dans les artères permet, sans cette hypothèse, de se rendre compte du phénomène. Que dans certains cas, le bruit de souffle perçu sur le trajet des vaisseaux soit le retentissement des bruits du cœur, c’est probable, mais la contraction des artères, surtout lorsqu’elle est exagérée, peut produire non pas des bruits secs, semblables au claquement des valvules du cœur, mais un murmure continu comme celui que l’on entend dans la chlorose.
Bien d’autres raisons militent en faveur de l’indépendance relative des fonctions artérielles ; beaucoup de pathologistes ont remarqué qu’il ne fallait pas toujours juger de l'état du cœur par la sensation que donne le pouls du malade ou par le tracé sphygmographique; un pouls faible peut coexister avec de violents battements cardiaques en l’absence même de lésions des orifices; de même qu’un pouls fort et vibrant se rencontre quelquefois avec des battements du cœur peu énergiques. On sait le pouls si caractéristique de l’insuffisance aortique, on dit qu’il est bondissant ; Corrigan donne une explication peu compréhensible de ce phénomène, que l’on conçoil bien mieux en admettant une lutte permanente des artères pour permettre au sang de traverser les capillaires ; cette lutte laisse des traces lorsque l’afl’ection dure depuis longtemps, on trouve alors les vaisseaux flexueux et leurs parois épaissies; on a une véritable hypertrophie artérielle, de même que l’on observe une hypertrophie du cœur lorsque les fibres musculaires des artères, devenant incapables d’agir dans les dégénérescences athéromateuses ou par les progrès de l’âge, l’organe central de la circulation est obligé de suppléer à l'insuffisance des contractions vasculaires.
Je pourrais encore faire de nombreuses applications aux sécré-
lions glandulaires intermittentes à la récurrence du pouls, au pouls ondulant, au pouls dicrote, etc., mais je craindrais de m’éloigner entièrement du sujet que j’ai adopté; laissons donc de côté cette digression qui, je l’espère, me rendra plus facile l’explication du mécanisme de l’érection. On devine sans peine que c’est à la contraction autonome des artères que j’aurai recours; pour nous, l’érection est une congestion active, une hypérérnie momentanée qui, au lieu de se produire sur des capillaires ordinaires, se développe sur des capillaires plus ou moins dilatés dans des appareils dont la complication varie suivant leur importance. De môme qu’entre les capillaires ordinaires et les aréoles des corps caverneux de l’homme, on peut trouver de nombreux intermédiaires, de même entre la simple rougeur de la face qui succède à la colère, par exemple, et le gonflement énorme des tissus spongieux de la verge, on rencontre différents degrés de turgescence; on comprend, du reste, que pour distendre les tissus érectiles, il faudra une pression du sang plus forte que pour congestionner un réseau capillaire; aussi la section du grand sympathique, suffisante dans la plupart des cas pour dilaler les petits vaisseaux, est-elle incapable de produire l’érection et empêche même définitivement sa manifestation; il faut que l’activité propre des artères entre en jeu, il faut qu’à l’impulsion cardiaque s’ajoute la contraction autonome des vaisseaux pour .que le sang, chassé dans des cavités le plus souvent anfractueuses et qui offrent de sérieux obstacles à la circulation, puisse réagir sur lès parois et les distendre.
Aussi voyons-nous les artères de tous les tissus érectiles se faire remarquer par leur richesse musculaire ; à la tète des dindons et des coqs, elles sont si volumineuses et si riches en muscles, qu’on pourrait presque les regarder comme des cœurs accessoires analogues à ceux que l’on trouve chez divers animaux; on comprend en les examinant avec quelle force elles doivent chasser le sang lorsqu’elles obéissent à l’action physiologique du grand sympathique.
On s’explique dès lors cette exception aux lois posées par
M. Cl. Bernard dans nos expériences d’extirpation du ganglion cervical supérieur des coqs et des dindons.
J’ai dit déjà combien il était difficile de remplacer l’excitation physiologique du sympathique par une excitation artificielle et par suite la difficulté d’obtenir l’érection par ce moyen ; mais on peut démontrer expérimentalement sinon la réalité, du moins la possibilité du phénomène, tel que nous l’entendons, par une expérience que j’ai répétée plusieurs fois sur la verge des chiens.
Immédiatement après la mort de l’animal, je fixe une canule dans l’une des artères qui se rendent au pénis et je lie les autres (il serait préférable de mettre une canule dans chaque artère, mais l’expérience ainsi faite n’est que plus probante); je laisse les veines entièrement libres et j’adapte à la canule un appareil qui me permet d’injecter de l’eau en variant les pressions ; si je me contente de la pression normale du sang, je n’obtiens rien ; l’eau passe des artères dans les corps caverneux et de là dans les veines sans produire dejurgescence; mais si j’augmente la pression, si je fais supporter au liquide une colonne de mercure de 75 centimètres à l m ,25, suivant l’abondance des pertes qui se font par les artérioles ou les capillaires sectionnés, les aréoles des corps caverneux se distendent et si je maintiens la pression pendant quelque temps l’érection est complète.
Dans ce cas, pas d’arrêt du côtédes veines, pas de contraction des cloisons aréolaires ; il n’y a que les obstacles permanents qui résultent de la disposition des tissus; ilnefaut donc pas chercher cequi peut gêner le cours du sang, mais ce qui peut l’accélérer et rejeter les théories basées sur l’arrêt de la circulation ; on s’est laissé séduire par la simplicité du mécanisme : l’écoulement du sang ne se fait plus ou se fait incomplètement, le liquide s’accumule, la pression augmente, il y a érection; cela paraît tout simple; d’autre part, on fait la ligature des veines de la verge et on voit les corps caverneux se distendre; le fait est réel, après cette ligature les tissus érectiles se remplissent assez lentement, il est vrai, et sans jamais acquérir une grande rigidité, mais enfin il y a turgescence; est-ce là l’érection physiologique? Non, pas plus ici
que pour les capillaires on ne peut assimiler la congestion active à la congestion passive ; aussi touchez la verge après une semblable opération, elle est froide ; voyez la tête d’un coq après la ligature des veines, elle est turgide, mais violacée ; encore une fois, ce n’est pas là une érection physiologique.
Sans doute diverses causes accessoires peuvent contribuer à l’érection de la verge ; je ne veux pas nier complètement l’intluence des fibres-cellules des aréoles ; peut-être en diminuant de place en place les orifices d’écoulement du sang favorisent-elles la congestion; j’en doute cependant, et dans tous les cas leur action serait bien limitée chez l’homme et tout à fait nulle dans quelques appareils érectiles où l’on ne rencontre pas de fibres musculaires de la vie organique propres à modifier l’écoulement du sang.
Mais ces fibres musculaires ont, sans aucun doute, une autre façon d’augmenter la rigidité, surtout dans les organes érectiles très-volumineux comme ceux de la verge de l’homme, et principalement du cheval où l’on sait qu’elles abondent; en se contractant, elles augmentent la cohésion des différentes portions de l’organe, elles produisent un phénomène analogue à celui que l’on a désigné sous le nom d’érection du mamelon ; bien que dans le mamelon on ne retrouve rien qui rappelle les tissus dont nous nous occupons, on y constate une sorte de durcissement sans augmentation de volume analogue à celui que l’on peut observer sur la verge lorsqu’on l’électrise.
Quant aux muscles du périnée, nous avons dit déjà pourquoi il était impossible de supposer qu’ils pussent déterminer l’érection du pénis ; pour certains appareils érectiles comme ceux des gallinacés, il ne peut y avoir de l’hésitation, puisque ces appareils manquent de muscles analogues ; il faut cependant admettre que les muscles du périnée, s’ils ne déterminent pas la fonction, contribuent à la régulariser ; au moment des contractions intermittentes de l’ischio et du bulbo-caverneux, le sang accumulé dans les aréoles du bulbe et des racines des corps caverneux est lancé dans les parties antérieures de la verge et simultanément les vaisseaux sont plus ou moins comprimés, de sorte que le sang, au moment de la contraction musculaire, ne peut refluer dans ceux-ci.
Il est évident aussi que pendant le coït, la constriction çlu pénis augmente la turgescence, surtout dans le gland ; il n’en résulte pas que la contraction du muscle pénien ou une compression quelconque puisse déterminer le phénomène en l’absence d’autres excitations.
La durée de l’érection physiologique est toujours assez courte chez l’homme, elle peut être plus longue chez certains animaux,
. surtout dans les appareils de la tète des gallinacés, où l’on peut dire que l’érection esL l’état normal ; il est vrai qu’ici la fonction est réduite à de si minimes proportions qu’elle doit exiger un influx nerveux peu intense, et par suite plus durable.
Dès que les causes qui avaient produit l’érection cessent d’agir, le sang contenu dans les aréoles reste soumis à la pression des parois élastiques qui reviennent sur elles-mêmes, et le chassent dans les veines jusqu’à ce qu’une nouvelle excitation reproduise la congestion ; mais l’excitation n’agit pas indéfiniment, il arrive un instant où l’organe doit cesser momentanément ses fonctions; ce repos forcé ferait déjà supposer qu’ij ne s’agit pas ici d’un phénomène dû à une paralysie; du reste, si l’on considère nonseulement l’action isolée des tissus érectiles, mais la fonction génitale dans son ensemble, on voit qu’il est impossible d’attribuer à des causes opposées l’érection et l’éjaculation, deux phénomènes étroitement liés ; et comme il ne viendra jamais à la pensée d’attribuer l’éjaculation à une paralysie du grand sympathique, je crois que même en l’absence d’expériences concluantes il ne faudrait pas admettre que l’érection pût être produite par une paralysie, et l’éjaculation par une excitation du même nerf.
Avec cette manière d’envisager la fonction, on comprendra que nous attachions peu d’importance à préciser les points de l’économie où l’on rencontre des tissus érectiles, et à combattre l’opinion de ceux qui croient reconnaître ces tissus partout où il y a des dilatations vasculaires et des artères hélicines ; il est évident que tous les tissus peuvent se congestionner activement, mais quoique dans l’érection le mécanisme soit le même que dans la congestion, il y a d’assez grandes différences dans les résultats à cause de l'intensité même du phénomène; la congestion peut se
montrer dans tous les tissus vasculaires, l’érection ne se montrera que dans les tissus dont les capillaires seront disposés à cet effet, depuis la simple dilatation jusqu’à cette modification profonde qu’on trouve dans les corps caverneux; laissons donc de côté l’ovaire, l'utérus, le vagin, assimilés par quelques anatomistes aux tissus érectiles que l’on rencontre seulement dans les corps caverneux, la portion spongieuse de l’urèthre et ses dépendances chez l’homme, le clitoris et le bulhe du vagin chez la femme.
On a prétendu pourtant que l’iris était érectile, et toujours en cherchant avec la même obstination un obstacle au cours du sang, on avait dit que le muscle ciliaire pouvait, en se contractant, comprimer les veines qui émanent de l’iris ; sans soutenir que l’iris soit érectile, il faut avouer que des capillaires assez volumineux, disposés en hélice, dans un organe aussi délicat, peuvent avoir concurremment avec les fibres musculaires une certaine influence sur les changements de diamètre de la pupille ; mais il faut, pour soutenir cette opinion, rejeter la compression des veines par le muscle ciliaire. M. Th. Leber a montré par ses belles injections, que les artères et non les veines traversent le muscle de Brucke; cé serait donc la contraction de ce muscle qui, comprimant les artères, amènerait la vacuité des capillaires, et par suite Ta dilatation de la pupille, tandis que le relâchement du muscle permettrait l’afflux du sang et une congestion des vaisseaux, d’où turgescence et redressement des capillaires, d’où rétrécissement. Si cette explication, un peu hypothétique, était absolument vraie, on s’expliquerait aisément l’action du grand sympathique sur la pupille, qui se resserre sous l’influence de la section du nerf, à cause du relâchement du muscle de Brucke, et se dilate lorsqu’on excite le filet nerveux qui détermine la contraction de ce même muscle, et l’oblitération plus ou moins complète des artérioles; on comprendrait également l’action de la belladone qui, loin de paralyser les fibres musculaires lisses, comme on l’a cru, les excite violemment; les instillations d’atropine dans l’oeil agiraient comme la stimulation du grand sympathique, en amenant la contraction du muscule ciliaire-, dans tous les cas, en admettant même qu’il s’agisse ici d’une fonction analogue à
LUGROS. (3
l’érection, il n’y aurait pas d’exception à la théorie que nous avons donnée; ici encore il n’y aurait pas obstacle au retour du sang, mais activité plus grande de la circulation.
Dans certaines variétés de tumeurs érectiles, dans les ‘nævimaterni, par exemple, où nous retrouvons une structure assez semblable à celle de la crête des coqs, en exceptant cependant les artères afférentes, qui ne sont pas aussi riches en muscles, l’érection présente, à peu de chose près, les mêmes particularités que sur ces animaux ; l’absence d’une enveloppe élastique spéciale et de fibres musculaires lisses rend la turgescence à peu près continuelle; le tissu ne ge vide jamais complètement, mais dans certaines occasions cette turgescence augmente; ordinairement c’est sous l’influence de la colère ou d’une passion vive (comme le coq et le dindon) ; quelquefois, chose remarquable, ces tumeurs chez les femmes gonflent à l’époque des règles qui correspond chez les animaux à l’époque du rut et de la congestion des organes génitaux.
Nous pourrions, après avoir parlé du mécanisme de l’érection, étudier cette fonction en elle-même, ses causes, son but, ses variétés, etc., mais cette digression dans le domaine philosophique nous conduirait peut-être un peu loin, et nous préférons aux recherches bibliographiques et aux dissertations périlleuses l’exposition brutale du phénomène ; nous nous bornerons donc à diviser la fonction d’après ses causes déterminanles, et nous chercherons si les faits observés en pathologie confirment nos expériences. Voici la division que l’on peut adopter :
Érectiou physiologique j par stimulation des nerls périphériques.
Érection pathologique ! P“ r stimulation des centres nerveux.
r " 1 I par stimulation des nerfs périphériques.
De toutes façons, l’érection physiologique est toujours un phénomène réflexe, même lorsqu’elle est psychique ; c’est alors quelque chose d’analogue à la contraction de l’estomac au souvenir d’un objet dégoûtant, ou à la sécrétion de la salive quand on songe à une substance acide; je passe légèrement sur la stimulation des nerfs périphériques, en notant seulement qu’il n’est pas
nécessaire que la stimulation soit agréable pour produire l’érection, les irritants, les caustiques peuvent amener ce résultat, et l’on sait que les Orientaux se servent quelquefois clans ce but (le fourmis écrasées.
L’érection, qui s’accompagne toujours d’une sensation voluptueuse lorsqu’elle s’accomplit physiologiquement, peut devenir un supplice intolérable lorsqu’elle est pathologique, dans le priapisme, par exemple, qu’il ne faut pas confondre avec le satyriasis; ce dernier état morbide doit être regardé comme une exagération de la fonction, qui s’aCcoUlplit aVec une fréquence inusitée, mais sans douleur | ajoutons que le satyriasis est dû à une surexcitation générale du système nerveux, landisque c’est Une excitation locâlë qui amène ordinairement le priapisme. Cette stimulation locale peut être d’origine variable, il n’est pas nécessaire qu’elle agisse sur les nerfs mêmes de la verge; il y a entre les fonctions d’innervation (lu réctum, du col de la vessie et du pénis une Sorte de consensus, et l’un de ces organes ne peut être irrité sans réagir plus ou moins sur les deux autres; c’est ainsi qu’il faut expliquer l’action des corps étrangers du rectum ou de la vessie; un calcul volumineux qui pèse sur le col, un gravier dans l’urèthre, l’accumulation de matières fécales durés dans le rectum, produisent l'érection, mais ce n’est pas, comme on l’a cru, en comprimant les veines. Le docteur J. S. A. Dicénla (de Hall, Souabë) a noté que certaines perles séminales coïncidaient avec une Constipation opiniâtre; c’est une preuve de plus que lès fibres musculaires lisses de l’un des organes pelviens ne peuvent se contracter spasmodiquement sans réagir plus ou moins sur les organes voisins.
On a dit aussi cjue, le matin, la Vessie pleine d’tirine pesait sur les vaisseaux ët amenait une stasé sanguine dans les corps caverneux; riëh idest moins dértiontré : on devrait plutôt incriminer la moëllë épinière cohgëstionnée par le décubitus prolongé ou l’activité plus g'rande des actions réflexes après unë nuit de repos ; oh ne voit pas, en effet, survenir l’érection dans les cas où la vessie est bien autrement distendue, dans les rétentions d’urine par exemple.
Je n’énuinérërai pas toutes lës câuSeg qui peuvent agir pàr la
stimulation involontaire des nerfs périphériques; je citerai seulement les blessures du pénis, les inflammations de la muqueuse du gland, la présénce d’une bougie dans le canal de l’ur'èthrç, l’uréthrite, de quelque nature qu’elle soit ; j’ai pu très-aisément développer l’érection chez les animaux en injectant dans l’urèthre quelques gouttes d’ammoniaque.
Mais l’érection pathologique qui se développe cà la suite de certaines lésions des centres nerveux est bien plus intéressante pour nous, car on voit qu’elle est manifestement le résultat d’une excitation et non d’une paralysie; ce sont surtout les altérations de la moelle qui peuvent déterminer le phénomène. On a beaucoup parlé des lésions du cervelet, c’est ce dernier organe que plusieurs auteurs ont regardé comme le siège des excitations génitales, et ce qui a contribué à accréditer cette erreur, c’est l’observation d’érections consécutives à des lésions ou à des tumeurs du cervelet; mais dans ces cas il y avait en même temps compression ou lésion d’autres portions des centres nerveux. On sait aujourd’hui que Gall s’est trompé en affirmant que le cervelet était l’organe qui présidait à l’instinct de la reproduction; on a démontré l’erreur, mais on n’est pas plus avancé pour la détermination du siège de cette fonction, que l’on ne trouvera sans doute jamais, car cet instinct de la reproduction, de même que la faim et la soif, est un besoin qui résulte de l’organisation même et ne saurait être localisé.
Existe-t-il dans la moelle épinière une région spéciale dont l’excitation produit nécessairement l’érection? Les faits répondent d’eux-mêmes ; on a vu survenir la turgescence de la verge dans des lésions situées en des points différents, et il est impossible d’admettre un centre génito-spinal ; nous trouvons du reste, dans la Physiologie du système nerveux de M. Vulpian, cette opinion nettement formulée : « C’est par abus qu’on a admis un centre » cilio-spinal, un autre génito-spinal; où s’arrêterait-on si l’on » poursuivait jusqu’au bout cette idée de l’existence de centres » différents pour chaque action physiologique spéciale, pour » chaque appareil différent?»
La turgescence des corps caverneux n’est pas rare dans les frac-
tures ou les luxations, presque toujours compliquées de fractures de la colonne vertébrale ; il est même curieux de constater qu’elle se rencontre plus fréquemment dans les blessures iï la région cervicale ou dorsale, que dans celles de la région lombaire où l’on a voulu placer le centre génito-spinal ; le plus souvent celle turgescence se montre dans les cas où la paralysie est incomplète ; quelquefois, cependant, elle s’est développée en môme temps qu’une paralysie complète du mouvement et du sentiment, mais elle est alors intermittente, et le plus léger contact, le moindre ébranlement la détermine. On s’explique aisément ce phénomène, qui paraît étonnant au premier abord ; dans le cas où un fragment de verlèbre a pénétré dans la moelle, ou même comprime simplement cet organe, la présence de ce fragment peut déterminer une surexcitation des portions médullaires non altérées et produire une érection continue; si la moelle est détruite complètement, ou en grande partie, par le traumatisme, la physiologie nous apprend que les actions réflexes vont acquérir une intensité inusitée ; c’est alors que le moindre attouchement de la verge, le frôlement des couvertures, suffiront à la production du phénomène ; l’érection est alors inconsciente, et le malade est tout étonné lorsqu’il s’en aperçoit; par moment, les muscles du périnée se contractent comme si la fonction s’accomplissait physiologiquement; la rétention d’urine accompagne toujours cet état pathologique, non pas que le canal soit devenu inperméable par la turgescence du tissu spongieux de l’urèthre, mais parce que le col de la vessie se contracte sous la môme influence.
Ce curieux phénomène se montre, en général, peu de temps après l’accident, et persiste quelques jours ; lors môme que la paralysie continue, l’érection ne tarde pas à disparaître. Dans le cas où cette légère complication survient après deux ou trois jours, c’est le plus souvent sous l’influence d’une inflammation consécutive de la moelle; je pourrais citer plusieurs exemples choisis dans différents ouvrages, mais comme je ne cherche dans la pathologie qu’un appui pour des expériences physiologiques, je me contente d’apprécier les observations connues ; en voici une cependant qui est inédite et que j’ai recueillie moi-môme dans le
service de M. Laugier, momentanément remplace par M. Guyon ; elle peut servir de type.
B... (Edouard), âgé de trente-quatre ans, peintre en bâtiments, né en Belgique, demeurant rue de l’Ouest, n° 86, entre à l'Hôtel-Dieu, au n° 16 de la salle Sainte-Marthe, le octobre 1865, à dix heures du soir. Il est tombé de l’impériale d’un omnibus, près de l’Hôtel de ville, et on l’a apporté immédiatement, privé de connaissance ; il revient à lui au bout de quelques minutes, et se plaint d’une douleur dans le cou ; il a remarqué qu'il avait beaucoup de peine à faire mouvoir ses jambes, et que sa verge était en érection.
Le 2, au matin, on constate qu’il n’y a pas de saillie anormale à la colonne vertébrale; il y a une paralysie complète de la sensibilité jusqu’aux clavicules, et paralysie très-incomplète de la motilité; l’érection est manifeste. On diagnostique une fracture de la portion-cervicale de la colonne vertébrale (4 e , 5 e ou 6° vertèbre). On applique un collier en carton pour soutenir la tête.
Le 2, au soir, l’érection continue ; le malade n'a pas uriné, on le sonde, et l'on retire quelques gouttes d’urine.
Le 3, au matin, mêmes symptômes; on le sonde et l’on pratique une saignée de 400 grammes.
Le 4, la paralysie de la motilité semble augmenter; la respiration ne se fait plus que par le diaphragme, l’érection Continue.
Le 5, mêmes symptômes; le 6, le malade rend, pour la première fois depuis l’accident, quelques gouttes d’urine ; on le sonde malgré cela, et l’on retire un demi-litre d’urine; l’érection est moins forte. L’insensibilité de la peau est toujours absolue jusqu’aux clavicules ; l’insensibilité splanchnique est presque complète ; il n’a pas été à la selle depuis l’accident.
Le 6, âü soir, il n’y a presque plus d’érection ; la respiration s'embarrasse.
Le malade succombe le 7 au matin ; les draps sont mouillés d'urine, la verge a repris son état normal.
A l’autopsie, on trouve une fracture simple de la 5 e vertèbre cervicale, et Une fracture double qui a détaché l’apophyse épineuse et üfie portion des deux lames de la 6 e vertèbre. Ce fragment a subi Un commencement de rotation sur son axe, et comprime la partie postérieure de la moelle, dont on n’a pas fait un examen approfondi.
Les fraelui-es et les luxations de la colonne vertébrale ne sont pas les seules lésions traumatiques capables de produire l’érection ; on a Vu les blessures de la moèlle par un instrument piquant ou par Une arme à feu déterminer ce symptôme de la même façon. Dans la pendaison on I’oliserve aussi assez souvent, surtout iors-
que le patient ou le malheureux .suicidé a éprouvé une violente secousse ; il n’y a pas lieu ici d’examiner si dans ces cas il y a luxation, ou fracture, ou bien une sorte de diastasis; ce qui est important pour nous, c’est de constater une excitation des centres nerveux suffisante pour amener l’expulsion de l’urine ou des matières fécales, l’éjaculation et enfin quelquefois l’érection.
Dans la décapitation il y a aussi une irritation très-vive des pal lies supérieures de la moelle, mais elle n’est pas assez prolongée pour amener l’érection, et du reste la perte rapide du sang s’y opposerait, mais il y a éjaculation, ce qui est toujours un phénomène du même ordre.
Si l’on voulait énumérer toutes les affections des centres nerveux qui peuvent produire la turgescence de la verge, il faudrait passer en revue la plupart de ces affections; il est à remarquer, et il est facile de se l’expliquer, que les lésions de la moelle produisent plus ordinairement l’érection permanente, tandis que dans les lésions du cerveau on observe une fréquence inusitée des érections, qui ne sont pas continuelles; il y a satyriasis, c’est ce que l’on peut observer dans la période d’excitation de plusieurs affections cérébrales, au début de la paralysie générale par exemple ; plus tard arrive l’anaphrodisie avec les symptômes de paralysie. Deux fois j’ai vu l’érection survenir pendant l’état typhoïde qui accompagne si souvent la réaction dans le choléra.
II est un argument qui a été saisi avec empressement par les auteurs qui ont voulu expliquer le mécanisme de l’érection par une paralysie : on a fait remarquer que quelques paraplégiques avaient des érections, et même du satyriasis; la question est complexe : si la miction et la défécation s’accomplissent régulièrement, la turgescence de la verge est possible, car l’innervation du grand sympathique a été conservée; on connaît l’histoire rapportée par Brachet de ce malade atteint d’une paraplégie, à la suite d’une chute, qui eut deux enfants de sa femme, et, ce qui est encore plus probant, contracta trois blennorrhagies.
D’un autre côté, au début d’une lésion de la moelle qui produit une paraplégie, tant que les tubes nerveux n’auront pas subi de dégénérescence, les-actions réflexes pourront encore se pro-