Des tremblements
Les troubles du mouvement musculaire sont nombreux et variés; et malgré les progrès incontestables que leur étude a faits, malgré les lumières que la physiologie y a jetées, il reste encore bien des points obscurs que l'analyse n’a pu éclairer. La terminologie elle-même laisse beaucoup à désirer, et de la confusion dans les termes naissent ici, comme ailleurs, de fréquentes confusions dans les idées.
Si l’on veut marquer la place du tremblement parmi les nombreux troubles que le mouvement peut présenter dans les maladies, on est arrêté dès le début par la difficulté de préciser la signification exacte de ce mot en clinique ; et si l’on se tourne du côté de la physiologie pathologique, on rencontre des incertitudes plus grandes encore résultant du défaut de nos connaissances sur les conditions pathogéniques de ce phénomène morbide.
Fernet.
INTRODUCTION
Je dis d’abord que le terme tremblement est mal défini; on l’emploie souvent pour désigner des phénomènes très-différents les uns des autres, et l’on sent si bien cette imperfection qu’on cherche à corriger l’insuffisance du mot en lui adjoignant des épithètes hybrides qui ne sont pas moins défectueuses : ainsi on admet des tremblements choréiformes , tétaniformes , etc. « En l’absence d’une analyse rigoureuse et d’une catégorisation rationnelle des désordres variés que nous offrent les mouvements, il est tout naturel, dit M. Gubler (i), de chercher à en donner une idée superficielle, en désignant ces phénomènes par un mot qui rappelle aussitôt leur ressemblance plus ou moins éloignée avec une affection mieux connue. Mais il ne faut pas oublier que c’est là un expédient à l’usage de notre ignorance, et tous nos efforts doivent tendre à le rendre superflu , en nous fournissant le moyen de mettre sur chaque phénomène morbide la caractéristique qui lui convient. » Ces dénominations complexes ont d’ailleurs souvent l'inconvénient grave d’augmenter la confusion qu’il faudrait éviter : en effet , l’expression de tremblement choréiforme, en môme temps qu’elle désigne un mouvement désordonné, emporte presque l’idée de la nature convulsive du trouble morbide ; or, il ne faut pas croire qu’un mouvement, par ce seul fait qu’il est désordonné, appartient au mode convulsif, car le désordre peut tenir , au contraire , à une paralysie ou à d’autres conditions.
L’analyse physiologique du mouvement et des troubles qu’il peut présenter nous fournira-t-elle une caractéristique du tremblement?
Dans les conditions normales , le muscle à l’état dit de
(L) Gubler, Arch. gén. de raéd., !,* série, t. XV, 1860, p. 701.
repos (1) est dans une situation intermédiaire à la contraction et au relâchement complet ( tonus musculaire). Lorsqu’il doit accomplir un mouvement plus ou moins étendu, le muscle se raccourcit d’une façon en apparence régulière et soutenue {contraction musculaire). En outre , presque tous les mouvements exigent le concours synergique d’un certain nombre de muscles, de ceux qui exécutent le mouvement et de ceux qui le régularisent {synergie musculaire) .
Dans l’état pathologique , ces diverses modalités peuvent présenter des troubles variés : ainsi la contraction musculaire peut être abolie ou diminuée, comme dans la paralysie; elle peut être exagérée, comme dans la'contracture , les convulsions et les spasmes. Les troubles de la tonicité musculaire donneront lieu à la flaccidité ou au contraire à certaines raideurs musculaires (catalepsie?). Les désordres dans la coordination, dans la synergie musculaire , correspondront à l’ataxie.
Paralysie, convulsion, ataxie, troubles moins bien déterminés de la tonicité, tels sont surtout les modes que l’analyse physiologique du mouvement et des troubles qu’il peut présenter permet d’établir.
Mais dans laquelle de ces catégories pourra rentrer le tremblement? Est-ce un phénomène d’ordre paralytique, ou d’ordre convulsif? Est-ce un trouble de la tonicité ,
(4) Le système musculaire n’est jamais, pendant la vie, dans un repos complet: le cœur, les muscles respiratoires, les sphincters continuent de se contracter, môme durant le somtneii le plus profond. Il ne peut donc être question que d’un repos relatif. La résolution vraie des muscles ne se trouve que dans des circonstances particulières: ainsi dans certaines paralysies, dans certains états comateuxD'rofonds, après l’inhalation du chloroforme; alors les membres peuvent être tout à fait fiasques.
INTRODUCTION
est-ce une ataxie? Ou encore est-ce à la fois un trouble de la tonicité et de la contractilité, etc.? Toutes ces interprétations ontété soutenues; nous les discuterons ailleurs. Il nous suffît pour le moment d’avoir établi que la physiologie pathologique n’a pas marqué la place du tremblement, ne l’a pas caractérisé.
Privés d’une notion nette et indiscutée du tremblement, privés aussi d’une base physiologique sur laquelle nous puissions nous appuyer, à quoi nous adresseronsnous pour limiter notre sujet? A l’usage ;
. . . Usus
Quem penes arbitrium est et jus et norma loquendi.
Nous chercherons à donner au mot tremblemcn t, son sens usuel, et à comprendre sous le nom de tremblements les affections qu’on range ordinairement sous ce nom.