DÉFINITIONS. — CLASSIFICATION. — DIVISION I)U SUJET
Parmi les auteurs qui ont étudié le tremblement, quelques-uns seulement en ont donné une définition.
D’après Jos. Frank (1) , « le tremblement consiste dans une oscillation rapide par laquelle les membres sont continuellement agités en sens contraire par des mouvements égaux de va-et-vient. »
Les auteurs du Compendium (2) donnent le nom de tremblement aux « mouvements musculaires que l’on observe dans une ou plusieurs parties du corps, et qui sont déterminés par les contractions rapides, courtes, incomplètes, involontaires, et souvent égales des muscles
(1) Jos. Frank, éd. de l’Encyclopédie, Paris, 1857, 1. 111, p. 315.
(2j Monneretet Fleury, Compendium de médecine.
de la vie de relation. > Ils l’appelleraient volontiers , disent-ils, l’oscillation musculaire, parce qu’il semble que le muscle hésite continuellement entre la flexion et l’extention complètes.
Dans le Dictionnaire de Nysten , le tremblement est défini « une agitation involontaire du corps ou de quelque membre par petites oscillations compatibles avec l’exécution des mouvements volontaires’ qui n’en continuent pas moins de se produire et qui ne font que perdre de leur précision. »
Ces définitions et plusieurs autres qu’on pourrait citer soiit défectueuses par quelque côté , et il n’y a pas lieu d’en être étonné, si l’on réfléchit qu’il s’agit là d’un symptôme dont les causes, la genèse, les caractères sont variables et souvent mal déterminés.
D’autres auteurs ont ajouté aux caractères objectifs du tremblement la notion du mode pathogénique auquel ils rattachaient ce symptôme : les uns en ont fait un phénomène convulsif, les autres un phénomène paralytique , d’autres un trouble de la stabilité. Il est impossible d’accepter cette nouvelle caractéristique qui n’est peut-être pas applicable à tous les tremblements, en supposant qu’elle le soit d’une façon positive à quelques-uns d'entre eux.
Quoi qu’il en soit, et en retenant parmi les caractères objectifs indiqués par les auteurs, ceux que le langage usuel attribue à tous les tremblements, on voit que dans ceux-ci il y a un mouvement oscillatoire involontaire, rapide, plus ou moins étendu, régulier, rhythmique.
Ces caractères établissent évidemment une distinction nette, en théorie du moins, entre le tremblement d’une part, la chorée et l’ataxie d’au tre part, avec lesquelles on l'a quelquefois confondu : dans la chorée, les mouvements
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volontaires ou involontaires sont irréguliers, désordonnés ; il en est de même , quoique pour des raisons différentes, dans l’ataxie.
Les conditions dans lesquelles on observe le tremblement sont très-diverses , et il est nécessaire d établir plusieurs distinctions.
Dans certains cas, le tremblement ne se montre que dans l’accomplissement des mouvements volontaires : le trembleur, au lieu de produire un mouvement soutenu, en apparence continu, produit une série de saccades plus ou moins étendues; s’il veut, par exemple, porter un de ses membres dans une direction déterminée , au lieu de suivre une ligne directe, il oscille autour de la trajectoire qu’il veut parcourir. Il peut arriver que, pendant le repos ou l’état des muscles nécessité simplement par l’attitude, toute trace de tremblement disparaisse.
Dans d’autres circonstances, c’est pendant le repos que le tremblement se montre : l’individu est étendu sur un lit, par exemple, les membres appuyés, par conséquent dans les meilleures conditions pour garder l’immobilité ; cependant il tremble, et il peut arriver que le tremblement disparaisse ou cesse d’être appréciable pendant l’exercice des mouvements volontaires, bien que le plus souvent ces mouvements tendent à l’exagérer.
Les anciens avaient déjà séparé nettement ces deux variétés de tremblement, et Galien leur avait donné des noms particuliers : il appelle Tpogoç le tremblement qui ne se produit que pendant le mouvement, et Tra),go; celui qui se produit même pendant le repos. Van Swieten maintient la même distincticn sous les noms de tremor et de palpitatio, et, cherchant la raison physiologique de cette différence, il arrive à considérer le tremblement dans le
mouvement comme un phénomène paralytique, et celui qui se produit môme pendant le repos comme un phénomène convulsif. M. Gueneau de Mussy (1) a récemment rappelé ces distinctions qui étaient tombées dans l’oubli et en a fourni une interprétation analogue à celle qui vient d’être indiquée. M. Charcot (2) a également insisté sur ces deux formes du tremblement, mais en attachant plus d’importance à leur valeur clinique qu’à leur signification physiologique.
Antérieurement à ces deux derniers auteurs, M. Guider (3) avait nettement séparé le tremblement qui se produit pendant le repos, et celui qui survient pendant les contractions musculaires nécessaires « soit pour exécuter le déplacement d’un membre ou la translation du corps entier, soit pour maintenir les parties dans leur attitude naturelle. » Nous voyons intervenir ici une nouvelle influence pour la production du tremblement, qu’il faut ajouter aux conditions de repos et de mouvement proprement dit; il semble que le système moteur ait perdu cette faculté de soutenir un mouvement que Barthez nommait la force de situation fixe (Gubler). Quoi qu’il en soit de l’interprétation du fait, sur laquelle je n’ai pas à m’arrêter maintenant, toujours est-il que le tremblement peut être surtout marqué ou présenter des caractères particuliers, lorsque le sujet qui en est atteint se maintient dans une attitude particulière, la station debout, par exemple : dans cette situation, compatible normalement avec l’immobilité apparente, le trembleur est agité de mouvements partiels ou généraux qui doivent être séparés de ceux
(1) Gueneau de Mussy, Gaz. des hôp. 1868, p. 181).
(2) Charcot, Gaz. des hôp. 1869, p. 189.
(3) Gubler, loc. ci t., p. 701.
INTRODUCTION
qui se produisent durant le repos ou durant les mouvements de déplacement.
Ainsi repos, mouvement, attitude fixe, voilà trois conditions dans lesquelles le tremblement peut se montrer ; et cette première distinction a une valeur diagnostique réelle.
Le tremblement est quelquefois général, occupant la totalité du système musculaire; mais très-souvent il est partiel, intéressant une étendue plus ou moins considérable. Il peut être limité à un petit nombre démuselés ou même à un seul : chez certains individus, par exemple, on voit un tremblement limité aux paupières d’un côté et qui paraît localisé dans le muscle orbiculaire ; le nystagmus, qu’on peut considérer comme un tremblement, d’autant mieux qu’il coïncide assez souvent avec le tremblement d’autres parties, semble limité aux muscles droits et aux muscles obliques de l’œil; le bégaiement, si on veut le regarder comme un phénomène du môme ordre, intéresserait un plus ou moins grand nombre des muscles qui servent à l’articulation des mots.
Tous les muscles, ceux de la vie de relation au moins, paraissent pouvoir être affectés de tremblement, mais celui-ci est certainement plus fréquent dans quelques-uns d’entre eux, ainsi dans les muscles des membres, dans ceux du cou, dans ceux de la face et de la langue. Dans quelques cas assez curieux, le trouble du mouvement peut porter, dans l’acte de la parole, sur les muscles des parois luoraciques et sur le diaphragme : il en résulte que la parole est entrecoupée, chevrotante, saccadée.
Les muscles de la vie organique, le cœur, par exemple, peuvent-ils être affectés de tremblement? On ne s’est guère préoccupé de cette question, que nous aurons peutêtre l’occasion de soulever.
Le tremblement vrai, le seul que nous ayons envisagé jusqu’ici, intéresse dans leur totalité les muscles qu’il atteint, et dès lors il détermine, dans les parties que ces muscles sont destinés à mouvoir, des mouvements plus ou moins étendus. Mais on doit peut-être en rapprocher les oscillations fibrillaires qui n’occupent qu’une partie des fibres constituantes des muscles; ces oscillations ne doanent ordinairement lieu à aucun mouvement appréciable des membres, si ce n’est quelquefois à de légers mouvements des doigts.
Les désordres que le tremblement entraîne dans les diverses fonctions de la préhension, de la marche, de la parole, etc., peuvent varier depuis la simple incertitude jusqu’à l’impossibilité complète.
La durée du tremblement est extrêmement variable : il est tout à fait passager dans le frisson, par exemple, ou quand il est produit par l’impression du froid ; il est, au contraire, persistant dans la paralysie agitante, dans le tremblement sénile, etc.
Les causes du tremblement sont très-nombreuses, mais imparfaitement connues, car il ne suffit pas d’indiquer les circonstances diverses dans lesquelles ce symptôme peut être observé pour en faire connaître les conditions étiologiques.
L’hérédité a une certaine influence : on voit des tremblements que quelquefois on peut à peine considérer comme morbides, se transmettre héréditairement. L’action des émotions morales vives (peur, colère) est bien connue, et aussi celle du frohl : toutes deux sont très-générales et s’exercent sur tous les individus. On a invoqué la sénilité comme cause d’un tremblement qui serait particulier au vieillard et qu’on a considéré comme presque physiologi-
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que. Ces causes comprennent ce qu’on a appelé le tremblement nerveux et le tremblement sénile.
Le tremblement se montre comme symptôme important clans certaines maladies des centres nerveux (paralysie agitante, slérose en plaques, paralysie generale des aliénés), comme phénomène accessoire dans quelques autres (hémorrhagie cérébrale, ramollissement, atrophie de l’encéphale, etc.).
Dans un grand nombre de maladies diverses, il apparaît comme épiphénomène plus ou moins important (frisson de la fièvre, adynamie des fièvres graves, débilité de causes diverses, etc., atrophie musculaire progressive).
Le tremblement toxique constitue un groupe plus homogène et dont les causes sont mieux établies; nous y trouvons le tremblement métallique (mercure, plomb, arsenic), le tremblement alcoolique, celui que produit l’abus de l’opium, du thé, du café, du tabac, etc.
Ces quelques notions sur le tremblement en général étant acquises, comment comprendre une étude des tremblements? 11 me semble qu’on doii d’abord y admettre les maladies que l’usage a fait désigner sous le nom de tremblements, ainsi le tremblement sénile, les tremblements toxiques; mais il faut y joindre d’autres maladies dans lesquelles le tremblement est un symptôme de premier ordre, ainsi la paralysie agitante, la sclérose en plaques. C’est à l’étude de ces divers tremblements que j’ai l'intention de m’arrêter ; et j’y ajouterai, seulement à titre d’appendice et pour servir au diagnostic, quelques mots sur certains tremblements symptomatiques de maladies du système nerveux et de maladies diverses.
Dans l’impossibilité où je me trouve de donner une
classification des tremblements basée soit sur l'étiologie, soit sur la physiologie ou l’anatomie pathologique, soit sur les caractères cliniques, voici l’ordre arbitraire que je suivrai :
1° Du tremblement sénile;
2° De la paralysie agitante ;
3° De la sclérose en plaques ;
4° Des tremblements toxiques ;
5° Tremblements divers (nerveux, symptomatique, etc.).
Après cette étude, faite au point de vue clinique, je m’occuperai de la physiologie pathologique des tremblements et je terminerai par quelques indications thérapeutiques.