TREMBLEMENTS TOXIQUES DIVERS
comme un précurseur de la paralysie (Barella (1), cité par Spring). Cependant , dans son excellent travail sur l’arsenic , M. Lolliot (2) ne parle de tremblement ni chez les arsenicophages , ni chez les ouvriers mineurs ou chez ceux qui fabriquent des composés arsenicaux.
Dans l’intoxication par le sulfure de carbone , chez les ouvriers employés à la vulcanisation du caoutchouc, on a signalé le tremblement parmi les symptômes divers de l’empoisonnement (Gallard (3) ) ; mais M. Delpech (4) dit ne l’avoir jamais observé et avoir seulement entendu les malades raconter qu’ils en avaient été atteints. Ce tremblement présenterait d’ailleurs quelques analogies avec le tremblement alcoolique : ce serait un tremblotement surtout marqué aux mains , et souvent accompagné de palpitations fibrillaires.
L’usage et surtout l’abus du café ou du thé produisent, outre des palpitations et des symptômes d’excitation nerveuse, des tremblements des membres pouvant même devenir généraux. Dans ses expériences sur la caféine et sur la théine, M. le DrLeven (5) a noté chez les animaux, avec des symptômes de violente excitation musculaire , un tremblement généralisé. M. le DrLatteux d’Espagne (6) a répété ces expériences et a obtenu les mômes résultats.
Chez les buveurs d’ absinthe , on observe un tremblement plus ou moins considérable; mais celui-ci est-il l’effet de l’absinthe ou de l’alcool qui lui sert de véhicule ?
(1) Barella, De l’emploi thérapeulique de l’arsenic ; Bruxelles, 18G6.
(2) Lolliot, thèse inaug., Paris, 1868.
(3) Gallard, Union médicale , 1867, p. 339.
(4) Delpech, Ann. ci’hvgiène et de médecine légale.
(5) Leven, Arch. de physiol . , 1868, p. 179 et 470.
(6) Latteux d’Espagne, Etude clinique et physiologique sur le tremblement, thèse inaug. Paris, 1868.
Fernet. 4
La question ne paraît pas encore résolue. D’après les expériences de M. Magnan (d) sur des chiens, l’essence d’absinthe à faible dose provoque des contractions musculaires brusques, saccadées, des secousses et un état vertigineux; à haute dose, elle amène des attaques d’épilepsie. Il ne s’agit dans ces cas que d’intoxication aigue*
Le tabac est aussi inscrit au nombre des substances qui peuvent amener le tremblement. M. Tardieu (2) a cité deux cas d’intoxication aiguë produite par l’application de feuilles de tabac sur une grande étendue de la surface cutanée; les symptômes furent les suivants : mal de tête, visagé injecté, vertiges, tremblement des membres, nausées et vomissements, pouls accéléré.
Dans des expériences sur lesquelles j’aurai occasion de revenir, M. Vulpian (3) a produit par des injections de nicotine chez des grenouilles des tremblements généralisés. M. Latteux d’Espagne (4) a obtenu les mêmes résultats, soit avec la nicotine, soit avec le tabac en poudre.
L’influence longtemps prolongée du tabac à fumer ou à priser peut-elle amener du tremblement? M. Duchenne de Boulogne m’a raconté le cas d’un médecin qui faisait grand usage du tabac à priser et qui fut atteint de tremblement des membres ; la suppression du tabac fit disparaître ce trouble, mais divers désordres nerveux apparurent (vertiges, travail difficile, diminution de mémoire};
(1) Magnan, Comptes-rendus de l’Académie des sciences, 4 avril
(2) Tardieu, Etude médico-légale sur les empoisonnements, Paris, 1866.
(3) Vulpian, Comptes-rendus et mém. de la Soc. de biologie, 1859, p. 150.
(4) Latteux d’Espagne, loc* cit. , p. 51.