TREMBLEMENT SATURNIN
Tous les autres appareils moteurs sont intacts.
Aucun désordre de la sensibilité générale ou spéciale ; pas de sensations douloureuses; pas de troubles de la vue.
L’intelligence et la mémoire n’ont pas subi d’atteintes.
La digestion se fait bien; pas de troubles de la nutrition, hormis un peu d’amaigrissement. Le sommeil est souvent interrompu par des réveils en sursaut; pas d'hallucinations.
A l’examen ophthalmoscopique, M. Galezowski trouve seulement le fond de l’œil plus rouge, marbré, et présentant beaucoup de pigment.
Trailemenl. — Iodure de potassium, bains sulfureux, bains de vapeur. Amélioration sensible, la marche redevient facile, et le malade quitte l’hôpital en mars.
Tt'emhlem ent safttrtain. — De l’aveu de tous les auteurs, le tremblement saturnin est beaucoup plus rare que les autres tremblements toxiques que nous avons étudiés. Son existence a môme été discutée : admise sous les réserves les plus expresses par quelques-uns, ou au moins considérée comme peu commune, elle est rejetée par d’autres, qui ont pensé que le tremblement qu’on observe chez les saturnins était imputable à d’autres causes, et particulièrement à l’alcoolisme : on sait, en effet, combien les habitudes alcooliques sont répandues chez les ouvriers, et parmi ceux-ci, les serruriers, les peintres en bâtiments, les fondeurs de caractères, les ouvriers en papiers peints et autres qui manient les préparations de plomb, ne se distinguent pas par des habitudes de tempérance. Si, d’autre part, on considère que le tremblement prétendu saturnin présente la plus étroite analogie de caractères avec le tremblement alcoolique, on verra combien il peut être difficile, dans un cas donné, d’affirmer sa nature, alors que l’alcoolisme, avoué ou supposé, permet de donner au fait une autre interprétation.
Dans une thèse excellente sur ce sujet, M. Ern. Lafont (1) a tenté, en s’appuyant sur quelques auteurs et sur,
(1) Lafont, Etude sur le tremblement saturnin, thèse inaug. Paris, 1869.
dix observations personnelles, de démontrer le tremblement d'origine saturnine et d’en indiquer les caractères. Je lui emprunterai les quelques détails qui vont suivre; mais j’ajoute que je me crois obligé de lui en laisser la responsabilité, les faits d’accidents saturnins que j’ai observés n’ayant pas sur ce point porté la conviction dans mon esprit.
D'après M. Lafont, le tremblement saturnin est habituellement précédé d’une faiblesse progressive qui s’empare des membres; il débute le plus souvent par les membres supérieurs, quelquefois même n’en envahit qu’un seul, presque toujours le droit : les mains sont les premières affectées; plus tard, le trouble musculaire peut devenir général, mais il envahit rarement la tête.
« Le tremblement saturnin ne présente en lui-même aucun caractère qui permette de le distinguer des autres tremblements produits par les intoxications de natures diverses (alcool, mercure, etc.). En effet, lorsque les trembleurs étendent les bras, on remarque des oscillations de va et vient,égales, plus ou moins régulières, d’ une intensité variable suivant les cas, et qui s’exécutent avec plus ou moins de rapidité. Mais si ces ocillations ne présentent en elles-mêmes aucun caractère distinctif, elles offrent cependant dans leur manière de se montrer certaines particularités importantes à noter. Ainsi, elles augmentent fort manifestement par la fatigue, et déplus elles apparaissent principalement et avec plus d’intensité à la fin de la journée (caractère distinctif avec le tremblement alcoolique) (Lafont). »
Le tremblement saturnin, quand il est développé, entraîne une certaine difficulté dans l’accomplissement des divers mouvements, d’autant plus qu’il est accompagné d’une faiblesse musculaire, que M. Lafont a pu
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apprécier à l’aide du dynamomètre, et qu’il attribue à • rinflnence directe du plomb sur l’agent contractile.
L’intensité du tremblement est très- variable ; contrairement à Tanquerel des Planches, pour qui ce n’est qu’un tremblotement bien distinct du tremblement mercuriel, M. Lafont déclare qu’il peut être assez intense, bien que en général il soit moins prononcé que celui de l’intoxication mercurielle.
La contractilité électro-musculaire est conservée dans le cas où le tremblement existe seul. Ce fait est important, en ce qu’il montre que le tremblement des mains n’est pas dû à une paralysie commençante des extenseurs : on sait que, dans cette dernière maladie, la contractilité électro-musculaire est toujours atteinte.
La marche du tremblement saturnin est habituellement lente et progressive, s’exaspérant, comme la plupart des autres tremblements, sous certaines influences (excès, fatigues, contrariétés); quelquefois il peut affecter une forme aiguë et violente chez des individus soumis à des influences très-actives : tels sont les faits rencontrés par Grisolle chez des cérusiers de la fabrique de Clichy, les exemples observés par M. Ladreit de la Gharrière et par M. Archambault chez des ouvrières intoxiquées par la poussière de verre.
Il est presque inutile d’ajouter que le tremblement est souvent précédé ou accompagné des autres accidents dus à l’intoxication saturnine (coliques, paralysie des extenseurs, arthralgie et myalgie, cachexie, etc. ).
Je n’insisterai pas davantage sur ce tremblement qui, pour M. Lafont lui-même, n’a guère de caractères propres, et dont le diagnostic repose principalement sur la recherche des commémoratifs et sur les accidents concomitants; cela peut être suffisant pour le diagnostic
d’accidents imputables, soit au plomb d’une part, soit au mercure d’autre part; cela ne peut suffire pour la distinction entre les accidents alcooliques et les accidents saturnins : les deux intoxications vont trop souvent ensemble, et on ne peut assez se fier aux affirmations ou aux négations des malades. Quant aux caractères distinctifs tirés du moment où le tremblement est le plus fort (le matin chez les alcooliques, le soir chez les saturnins), tirés encore de l’étendue du tremblement, etc., je n’y vois pas une base bien sérieuse pour la distinction à établir. Je crois donc que ce sujet appelle encore de nouvelles recherches.
Mais, si le tremblement saturnin n’est pas peut-être démontré d’une façon indiscutable chez les ouvriers exposés à l’intoxication saturnine dans les conditions où nous pouvons les observer, le rencontre-t-on chez les mineurs? Brockmann (i), cité par B. Sanders, décrit un tremblement qu’il aurait observé chez les ouvriers d’une mine de plomb, et qui ressemble au tremblement mercuriel. Je signale le fait sans pouvoir m’y arrêter davantage.
Treinbic»»t«*nf 8 foaciqates tlivers. — Je ne ferai guère ici qu’énumérer un certain nombre d’intoxications dans lesquelles on observe du tremblement , mais sans que ce symptôme qui , dans la plupart des cas, est un phénomène accessoire, ait une valeur suffisante pour qu’on puisse dire qu’il s’agit vraiment à’ un tremblement .
Dans l’empoisonnement arsenical chronique , le tremblement a été signalé par quelques auteurs et considéré
(1) Brockmann, Die metallurgischen krankeiten de oberharzes,