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• Presque tous les Parisiens célèbres ont commence par être des provinciaux spirituels. Paris envoie aux départements les chapeaux de Barenne, les habits de Blein et les bijoux de Jeannisset. Les départements expédient à Paris ses hommes politiques, ses artistes, ses romanciers, ses écrivains et ses poètes. Je ne vois pas que l'échange soit si humiliant pour ceux qui ont des bourriches d'idées , de talent et de bons mots à troquer contre des cartons de modistes , des caisses de tailleurs et des boîtes de bijoutiers.
« Parmi les provinciaux spirituels, il en est quelquesuns, trop peut - être, qui se sentant irrésistiblement entraînés vers cette ville étrange, aux attrayantes surfaces, aux profondeurs redoutables qui ne crée pas les supériorités de l'imagination et de l'esprit, mais qui les couronne et les consacre , composant son génie et sa gloire
de tous les talents épars — Ces pèlerins de succès ,
ces solliciteurs de la célébrité ne trouvent pas toujours au terme de leur route la récompense à laquelle ils aspirent. Pour un avènement, combien de chutes! Pour un triomphe éclatant , combien de défaites obscures ,
poignantes, entourées de solitude et d'abandon ! —
Heureusement tous les Athéniens de province n'ont pas res ambitions périlleuses . cette funeste idolâtrie de la centralisation intellectuelle. Il en est, et ce sont les plus avisés et les plus sages , qui , au lieu de chercher dans leur talent un motif de quitter leur pays , aiment mieux établir entre leur pays et leur talent une familiarité précieuse, une intimité féconde , un échange d'inspirations et d'enseignements aussi honorables pour celui qui reçoit que pour celui qui donne. Je ne connais pas d'existence plus douce et plus belle que celle de ces hommes d'élite. Tandis que nous courons d'une allure fiévreuse et inégale sur le trottoir de l'inspiration journalière . tandis que nous jetons aux passants les productions hâtives , les équivoques primeurs d'une pensée mûrie au feu de charbon des civilisations corruptrices , ils cultivent , sous le tiède rayon et la rosée bienfaisante , les fleurs naturelles , les fruits savoureux de leur imagination pure et tranquille. ...»
(M. le comte Armand de Poxtmartin).
(Préface de Arles en France, par M. .1. Caxoxge).