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Voici ce que nous trouvons au sujet de Despourrins . dans V Histoire de la poésie , par M. Thaïes Bernard ; « Despourrins a composé des chansons patoises qui sont restées populaires. Elles sont écrites dans une langue rude, car en pénétrant dans les montagnes du Béam, l'idiome roman a pris un caractère âpre et concis. 3îais malgré quelques mots prétentieux qui le déparent et qui sont dus à l'influence du dix-huitième siècle , on écoute c^s chants avec ravissement , car on y respire l'air libre de la montagne et les arômes du serpolet et du romarin.»
— M. Mar}- Lafon . dans le chapitre sur les Patois , inséré dans le grand ouvrage Le moyen-âge et la renaissance, cite le cantique populaire qu'entonna Jeanne d'Albret en donnant le jom- à Henri IV :
Noustc Dame Deii cap deii pouii
Ayuclat me a {l'atiuest liore ;
Prcg:ats per me ait Diou dcii ceii
Qu'me bouille bie delioura leii ;
D'u maynat qu'a m'fassie lou doun.
Tout d'inquaû haut dous mounte l'implore.
ÎVouste Dame deii cap dcii poua
Ajudat me a d'aquest hore !
• Tel était le patois béarnais au moyen - âge , avant qu'il ne se fût encore adouci et assoupli dans les vers mielleux de Despourrins. »
Nous copions ici quelques vers de Despoiu'rins . reproduits par M. Mary Lafon dans son Histoire du midi de la France , afin que nos lecteurs aient une idée de l'idiome béarnais.
Nou, nou/poulete, Noun €j doutât Que d'amourète Abés cambial.
Coume es ta bère You be t'aimej Coum soy sincère You b'em trourapey.
Lou betz bisatges Trourapen souben'; Coume lous nuatges Qui bau aii ben
• Non, non, poulette,— Je ne doute pas,— Que d'amou* rette — Tu n'aies changé. — Tu es si belle — Que je t'aimai à la folie , — Je suis si sincère. — Que je me
laiiml tromper de bonne foi. — Les jolis visages — Trompent bien souvent , — Comme les nuages — Que détruit le vent. • ( Trad. de M. Mary Lafon).
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biographie Toulousaine. — M. Mary Lafon fait le plus grand éloge des poésies de Goudouli , et assure quV//?.^ peuvent soutenir la comparaison avec tous les poètes français qui naquirent entre les règnes d'Henri IV et de Louis XV. Ceci paraît assez exagéré, si l'on en juge par les citations qui sont données; comme style et comme pensée, il n'y a rien qui puisse être mis en parallèle avec certaines odes de 3Ialherbe, de Jean-Bte Rousseau , etc. Une lecture attentive des œuvres complètes de Goudouli ( Ramelct Moundi) confirme encore plus dans cette opinion ; or ceci n'enlève rien au mérite de Goudouli.
M. Mar^- Lafon cite d'abord une pièce extraite du Ramelet mundi, dans le genre pastoral ; nous en donnerons un morceau, ainsi que le début de l'ode sur la mort de Henri IV.
Hier, tant que le caiis, le chot e la cabcco Trataon à l'escur de lous menus afas.
Et que la triste neyt per raoustra sous lugras Del grand calel del cel amagabo la mèco ; Un pastourel disio : B'e fay uno gran peco De donna moun amour à qui non la bol pas, A la belo Liris de qui l'arme de glas Bol rendre paiïramcn ma persuto bufcco.
Mentre que soim troupel rodo le coumunal, Yeou son anat cent cops parla li de inoun mal Mes la cruelo cour à la aiitros pastouros. Ah î soulel de mous els, se jamaï sur toun se Yeou podi, fourrupa dous poutets à plasë Yeou faré ta gintet que durarao très houros !
Hier, pendant que les chats huants , les chouettes et la
[chevêche Traitaient de leurs petites affaires dans l'obscurité. Et que la triste nuit pour montrer son e'toile de Ve'ous De la grande lampe (*) du ciel éteignait la mèche^ Un berger disait : j'ai fait un grand pécbé De donner mon amour à qui n'en veut pas, A la belle Liris dont l'âme de glace Veut rendre misérablement ma poursuite inutile, Pendant que son troupeau rodait dans le communal, Moi, j'ai été cent fois lui parler de mon mal, Mais la cruelle court vers d'autres bergers. Ah! soleil de mes yeux, si jamais sur toa sein Je peux sucer (**-) deux baisers à mon contentement Je les ménagerai de façon qu'ils dureront trois heures.
(*) Calel^ en provençal caleou, lampe à queue destinée à être suspendue.
{**^ Fourrupar , sucer , boire , humer. ('Diction.
d Honorât) .là. Diction. Languedocien de Sauvase.
( îâe )
Quan del coumu malhur uno nlboul eseuro Entrumic la clartat de moun astié plus bel, Yeou disi quan la mort dans le tail d'un coutel Crouzec lé grand Henric sul libre de jNaturo ; De rouuiecs de doulou mouti armo randurado Fugic del gran soulel la pamparrugo d'or, Per ana dins un roc ploura d'el et de cor Del parterra fraucès la be'lo flou toumbado. Lès fourtunables rels doun lou moundé fa feslo Soun coumo de roubis pousats en roso d'or, Ouu le baient Heuiic tout brassés et tout cor Ero lé diamant qu'oimdrao tout le resto.
— Quand du comnaun malheur une nuée obscure Obscurcit la clarté de mon astre le plus beau, Moi, je dis quand la mort avec le Iranchant d'un cou- Raya le grand Henri sur le livre de Nature, [teau
De buissons de douleur mon âme environnée Fuit du grand soleil la chevelure d'or Pour aller dans un roc pleurer d'oeil et de cœur Du parterre français la belle fleur tombée. Les puissants rois dont le monde fait fête Sont comme des rubis dans une rose d'or Où le vaillant Henri tout bras et tout cœur Etait le diamant qui parait tout le reste.
Ces courts fragments ne peuvent à coup sur faire juger l'œuvre entière de Goudouli , mais prises dans des fragments choisis par M. Mary Lafon. ces strophes ne doivent point être celles que c^t historien a pu trouver moins belles,
( 491 ) et sans parler de la bergerie où interviennent tant de hiboux de différente espèce et où la nuit éteint la mèche de la lampe du ciel. Il nous semble que dans Malherbe ou dans Rousseau, pour ne citer que ceux-ci, il serait bien facile de trouver des strophes infiniment supérieures à celle qu'on a citée où le grand roi Henri, le brave gascon à barbe grise, est assimilé aune fleur qui tombe, comme Malherbe le faisait pour une belle jeune fille :
Et rose elle a vécu ce que vivent les roses L'espace d'un matin.
On pourrait peut-être aussi trouver assez bizarre cette âme qui s'entoure de buissons de douleur et s'en va pleurer dans lin rocher. Pour -^supporter aujourd'hui de pareilles métaphores , pour ne point les blâmer chez Goudouli , on a besoin de penser aux Voiture , aux Scudéri français , de l'époque où il vivait . et aux préciosités de l'hôtel de Rambouillet. On peut donc affirmer que Goudouli n'était point inférieur aux poètes français de son époque et qu'il les imitait, mais cela nous semble dépasser toute mesure, lorsqu'on prétend qu'il peut soutenir la comparaison avec tous les poètes français nés entre les règnes de Henri IV et de Louis XV , et que dans les sujets quil a traités il reste même sans rival ! Xous ne comprenons point pourquoi, à propos de tous les poètes du Midi , on se plaît à établir des supériorités ou des comparaisons qui ne peuvent en définitive convaincre personne que les intéressés dans une question d'amour propre. Nous ne comprenons pas qu'à propos de Bertraad
{ 292 ) d'Alamanon, ou vienne nous dire, dans une histoire grave , qu'il est douteux que Catulle et Ovide aient produit quelque chose de plus délicat et de plus naïvement touché qu'un morceau que l'on cite et dont on donne en même temps une traduction en vers d'après laquelle , à coup sûr. un lecteur n'est point persuadé. {\o'iTVHisl. du midi de la France, tom. II, p. 378).
On a vu le début de l'ode de Goudouli sur la mort
de Henri IV , voici le début aussi de l'ode de Malherbe sur le même sujet :
Enfin l'ire du ciel et sa fatale envie Dont j'avais repoussé tant d'injustes eflforls, Ont détruit ma fortune et sans m'oter la vie, M'ont rais entre les morts.
Henri, ce grand Henri, que les soins de nature Avalent fait un miracle aux yeux de l'univers. Comme un homme vulgaire est dans la sépulture A la merci des vers.
Belle âme, beau patron des célestes ouvrages. Qui fus de mon espoir l'infaillible recours, Quelle nuit fut pareille aux funestes ombrages Où tu laisses mes jours.
C'est bien à tout le monde une commune plaie, Et le malheur que j'ai chacun l'estime sien Mais en quel autre cœur est la douleur si vraie Comme elle est dans le mien ?
( 293 ) On a pu voir dans le cours de notre travail, >I. 3Iistral affirmer que tel fabuliste patois pourrait faire emie à Lafontaine ; ce n'est point là la pensée que l'on a lorsqu'on se hasarde à publier des fables en français. Dans le prologue de son joli recueil ,, M. Villefranche s'exprime ainsi :
Modèle i.\es conteurs, ingénu Lafontaine,
Eternel désespoir de tes imitateurs,
C'est en vain qu'on prétend des sources d'Hippocrène
Atteindre sur tes pas les sublimes hauteurs.
Pégase n'a suivi qu'une fois ta carrière,
Et quand, pour l'y guider, une main téméraire
Lui montre le chemin qu'il parcourut sous toi,
II reconnaît ta trace et recule d'eflProi.
(Fables par M. Villefranche, i854J.