CHAPITRE II
L'étude physiologique de la menstruation nous indique qu'à chaque époque menstruelle une vésicule de Graaf se développe, arrive à maturité, se déchire, et expulse l’œuf qu'elle contient. Cette série de phénomènes intimes est accompagnée de l’éruption des règles, qui, elles-mêmes, ne sont qu’un symptôme annonçant la maturité de l’oyule. En même temps se montrent des phénomènes locaux, tels que douleurs ou sentiment de pesanteur dans la région lombaire et le bassin, lassitude dans les jambes, turgescence du côté des seins, avec sensation de picotement ou de chaleur. Chez quelques femmes, le caractère change, les goûts se modifient; elles sont inquiètes, irritables, surtout au moment de l’établissement des règles. Les phénomèênes s’amendent dès que l'écoulement menstruel est établi. 10
Il résulte de ce court exposé que l’ovulation est un acte fondamental dont la menstruation n’est pour ainsi dire - que le réflexe, et les phénomènes généraux qui accompagnent le flux menstruel nous sont une preuve que tout
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l'organisme coopère à l'accomplissement de cette fonction. Aussi la trouverons-nous sensiblement troublée chaque fois que l'organisme sera soumis à des conditions qui le modifient profondément.
= Dans la tuberculose pulmonaire, comme nous avons pu le voir dans le chapitre précédent, les ovaires sont atrophiés, dégénérés, les traces de cicatrices récentes font défaut. Ne soyons pas surpris si nous voyons l’ovulation se faire d’une facon moins active et la fluxion utérine consécutive être moins intense. Il arrivera même de voir cesser l'ovulation et avec elle l’hémorrhagie menstruelle. Quelquefois, au contraire, mais plus rarement, l’ovulation persistera sans menstruation; c’est qu'alors la congestion ovarienne n’aura pas été suffisante pour amener à sa suite la congestion utérine nécessaire pour produire l’écoulement menstruel. Et nous pourrons avoir ovulation sans menstruation, mais non. menstruation vraie sans ovulation (1), ce qui nous amène à dire que la modification pathologique des ovaires et l'ovulation nulle ou incomplète sont les seules causes des troubles menstruels dans la tuberculose pulmonaire. | De toutes les maladies chroniques, c’est certainement celle-là qui apporte dans la menstruation les troubles les plus fréquents et les plus variés. On comprend aisément qu’un antagonisme morbide, assez énergique pour modifier profondément les fonctions les plus immédiatement nécessaires à l’entretien de la vie, vienne influer d’une façon critique sur une fonction accidentelle comme celle de l'ovulation (2). ; | Aussi nos observations nous fournissent toute la série
(4) Gubler. Des Epistaxis utérines. Soc. de biol., Paris, 1863. (2) Trousseau. Clinique de l’Hôtel-Dieu, t. IE, p. 638.
des troubles menstruels: dysménorrhée, règles retardées, règles avancées, hémorrhagies utérines, règles remplacées par l'écoulement d’un liquide d’une autre nature, enfin, aménorrhée. EE
Occupons-nousd’abord de la première de ces altérations. Très fréquente chez les tuberculeuses, le dysménorrhée se rencontre aussi chez certaines femmes qui ont toujours éprouvé des crises douloureuses au moment de leurs règles ; on met alors ces douleurs sur le compte d’une ovarite menstruelle.Mais en dehors de ces cas, nous avons pu observer des femmes atteintes de tuberculose pulmonaire qui, réglées autrefois régulièrement et sans douleurs, avaient vu les phénomènes douloureux se développer depuis le début de leur maladie (Obs. XV, XVI, XXVII, XL).
Dans ce cas, nous attribuons, avec M. Ladmiral, l’apparition de cette dysménorrhée à une phlegmasie des organes génitaux internes, probablement de l'ovaire (1).
Les règles peuvent être avancées (Obs. VII, XXX VIID),
ou retardées (Obs. IV, XVIII, XXXVI, XXX VII, XL). Dans l’un et l’autre cas, nous nous trouvons en présence de malades affaiblies considérablement par tout le cortège des symptômes qui accompagnent la tuberculose (toux, expectoration abondante, sueurs nocturnes, perte d’appétit, diarrhée). Il est évident qu’une femme dans ces conditions pourra difficilement mener à bien le travail vésiculaire , etil arrivera que l'ovulation, pour aboutir, demandera de la part de l’ovaire deux ou plusieurs tentatives ; d’où il résultera une avance, ce qui est rare, ou un retard, ce qui est plus fréquent, dans l'apparition des règles.
(1) Ladmiral. Thèse de Paris.