DIVISION ET PLAN GÉNÉRAL DU SUJET
Envisagée dans son ensemble, la question des troubles du langage chez l'aliéné ne laisse pas d'être fort étendue et très complexe. Aussi importe-t-il d'avoir des points de repère afin de ne pas s'égarer ou s'exposer à des confusions. A cet effet, nous avons essayé de dresser quelques tableaux synoptiques nous permettant d avoir une vue d'ensemble sur le sujet dont nous allons aborder 1 étude, sorte de cadre dans les grandes lignes duquel nous distinguerons les principales variétés de troubles de langage chez l'aliéné.
Nous devons avertir le lecteur qu'il ne faut pas chercher la une classification dans le sens rigoureux du mot mais un simple groupement destiné à servir de guide dans l'exposé de la matière. Sans doute, en clinique les choses ne sont pas aussi nettement caté^ "sees et différents troubles du langage, séparés ^ ^centreront juxtaposés chez le même'indfvidu lus" notre classement, comme presque tous d'ailleurs l'eut-,1 être sujet à critique et nous pourrions nous-
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même y faire des objections. Mais cependant nous croyons que, tel qu'il est, il peut rendre des services en fixant les faits dans la mémoire. La connaissance clinique des malades fera aisément justice des incorrections inévitables d'un schéma descriptif.
Quelques explications préliminaires feront mieux saisir les raisons qui nous ont amené à adopter ce groupement. Tout d'abord rappelons-nous qu'il n'y a pas que la parole articulée qui nous serve à communiquer avec nos semblables, mais, qu'à côté du langage parlé, nous avons encore pour exprimer nos pensées le langage écrit et le langage mimique.
Il y a doue là déjà matière à une première distinction en :
lo Troubles du langage parlé;
2° Troubles du langage écrit ;
30 Troubles du langage mimique.
De plus, si l'on se reporte au tableau ci-dessous, on voil que les (roubles du langage parlé comportent trois grandes divisions. En voici la raison applicable d'ailleurs à ceux du langage écrit.
; 1» Résultant de troubles inlellec- I tuels.
Parlé ! 2° Résultant de troubles de la I fonction du langage, ( ^1" Troubles de la parole.
Des troubles, chez l'aliéné, du langage.
lo Résultant de troubles intellcc tuels.
Écrit { 2o Résultant de troubles de la fonction du langage.
30 Troubles de 1 écriture.
C'est un fait psychologique généralement admis aujourd'hui que le mot n'est que l'auxiliaire de l'idée, qui peut exister sans le mot qui la représente, et se fornie d'habitude avant lui et sans lui. Nous en avons
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tous les jours des exemples frappants chez l'enfant.
L'idée d'un objet résulte simplement de l'association de différentes images produites par des. impressions sensorielles diverses localisées dans les centres perceptifs communs : image visuelle donnant la forme, la couleur de l'objet; tactile, révélant ses contours, sa consistance, etc. ; mais, en tout cas, cette idée peut se constituer indépendamment du langage.
Souvent un enfant quji ne parle pas encore manifeste par des gestes, par des cris, le désir qu'il a d'un objet spécial et bien déterminé dans son esprit. En vain lui en présente-t-on d'autres, il se détourne, crie plus fort, s'agite, pleure, jusqu'à ce que l'on arrive h comprendre ce qu'il veut, et en le lui donnant on voit bien, à sa satisfaction, qu'il a obtenu ce qu'il désirait. Cet enfant avait donc l'idée d'un objet déterminé et cependant il ne sait pas parler. Cet exemple suffit, il nous semble, pour montrer que l'idée est bien indépendante du mol; cependant, lorsque plus tard ce môme enfant aura appris à parler, ce sera par le langage parlé qu'il traduira ses idées; une nouvelle fonction se sera alors développée, la fonction du langage. Les idées auront désormais une étiquette et cette étiquette c'est le mot.
Ce mot sera lui aussi constitué par différentes images associées entre elles et à celle de l'objet. (Fig. 1.) Vous montrez, je suppose, une cloche à un enfant et la faites résonner à son oreille; vous prononcez en même temps le mot « cloche » ; ce mot répété un nombre suffisant de fois se fixera dans les cellules d'un centre, celui de la mémoire auditive du mot (G A M), et constituer,! l'image auditive du mot associée désormais à l'image concrète de l'objet (I C) qu'elle pourra réveiller et réciproquement.
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Fig. 1. — Schéma de M. Charcot.
IG, centres intellectuels où s'associent les différentes images. — CAC, centre nuditir commun. — CAM, centre auditif des mots. — CVC, centre visuel commun. — CVM. centre visuel des mots. — CLA, centre moteur du langage articulé. — CLE, centre moteur de l'écriture.
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L'enfant qui a entendu ce mot va essayer de le prononcer à son tour, et la première image auditive se répercutera alors sur un second centre, celui de la mémoire motrice d'articulation (G L A), donnant ainsi naissance à une seconde image, celle de la mémoire motrice d'articulation.
Lorsque l'enfant apprend h lire, il se forme alors une nouvelle image, l'image visuelle du mot, dans le centre de la mémoire visuelle des mots (G V M), en rapport avec les deux précédentes et avec le centre d'association des idées (I G).
Lorsque ce même enfant apprend à écrire, il copie un modèle placé sous ses yeux; l'impression visuelle du mot se répercute sur le centre qui préside aux mouvements coordonnés de l'écriture (CLE), et l'image graphique qui en résulte, par suite des connexions s'établissant entre les centres des autres images du mot et le centre I G d'association des idées, pourra désormais être réveillée, non seulement par l'image visuelle, mais par les autres images du mot et par celle d'un objet.
Cette analyse rapide suffit pour rappeler : 1° que l'idée est indépendante du mot qui n'est que son auxiliaire; 2° que le mot, comme l'idée d'ailleurs, n'est qu'un complexus d'images mentales, au nombre de quatre : l'image mentale auditive (mot entendu mentalement); l'image visuelle (mot lu mentalement); l'image motrice d'articulation (mot parlé mentalement); l'image graphique (mot écrit); 3° que ces différentes images du mot sont associées ensemble et à eelles de l'idée, et que par suite elles peuvent toutes se réveiller l'une l'autre.
Ce sont ces différentes images du mot qui, une fois la fonction du langage développée chez nous, servent,
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pendant la réflexion, à donner lin corps à notre pensée et, suivant leur prédominance, nous rangent dans 1rs Catégories dites des auditifs, visuels ou moteurs; c'esl là le langage intérieur.
Entre ce langage et celui qui nous sert à communiquer avec nos semblables, il n'y a au fond qu'une différence, non de nature, mais d'intensité. C'est que le premier, qui nous sert à penser (langage intérieur), est une opération intime, et que le second, qui nous sert à converser avec nos semblables (langage extérieur), suppose une sensation réelle due à une excitation extérieure (audition, lecture), ou un acte effectif (parole, écriture).
Il résulte de tout cela que, pour bien parler, il faut trois conditions principales, nécessaires, indispensables. D'abord, un fonctionnement intellectuel normal, puis la présence rapide h l'esprit des mots ou des phrases correspondant exactement aux idées à exprimer, enfin un mode correct de l'expression au dehors, de la traduction verbale des idées.
Ces considérations préliminaires pourront, nous l'espérons, justifier la division des troubles du langage parlé ou écrit en trois grandes classes :
Dans la première, ils résultent de désordres intellectuels qu'ils ne font que traduire au dehors; mais alors h fonction langage (langage intérieur) reste très souvent intacte, ou bien si elle vient à être atteinte, ses troubles sont intimement liés à ceux des autres opérations intellectuelles.
Dans la deuxième, il s'agit de troubles intéressant principalement la fonction langage.
Dans la troisième, nous rangerons les troubles de la parole articulée, ou de l'écriture.
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