DU DÉVELOPPEMENT DU LANGAGE CHEZ LES IDIOTS ET LES IMBÉCILES
Avant d'aborder l'étude détaillée des troubles du langage chez les malades atteints d'aliénation mentale, il est une question qui se pose, celle des particularités que peut offrir chez eux le développement du langage.
Même dans les cas où elle paraît résulter de causes occasionnelles, l'aliénation n'en a pas moins des racines profondes dans la constitution même de l'individu. D'autres fois, elle est en rapport encore plus étroit avec une prédisposition héréditaire, et n'est en quelque sorte qu'une manifestation d'une anomalie de développement psychique. C'est surtout clans ce dernier cas que l'on rencontre toutes les anomalies diverses de développement, psychiques ou somatiques, d'observation assez commune chez les aliénés; et l'on a coutume d'y attacher une signification spéciale, en plaçant les malades qui les présentent dans une classe particulière, assez mal limitée d'ailleurs, dite des dégénérés.
Chez eux, le langage, comme toutes les autres fonctions intellectuelles, peut se développer d'une façon anormale, et cela sera d'autant plus évident qu'on s'adressera aux individus les plus dégradés, les idiots et les imbéciles.
Aussi, bien que cette question ne semble pas rentrer directement dans le cadre de notre sujet, et qu'il y ait
INTRODUCTION
des aliénés chez lesquels le développement du langage puisse s'exécuter d'une façon normale, nous dirons cependant quelques mots des troubles de développement du langage chez les idiots et les imbéciles. Ils se présentent chez eux avec des caractères très accentués, mais peuvent se rencontrer de même, bien qu'à un degré moindre, chez de véritables aliénés dont le délire n'est que la manifestation d'une tare psychique liés marquée, amenant une déviation du type normal de l'espèce.
Les troubles de la parole chez les idiots et les imbéciles n'ont pas été sans attirer de longtemps l'attention des observateurs, et récemment encore, M. Sollier a consacré à ce sujet une intéressante étude Déjà de longue date, on avait essayé d'en faire une base de classification. C'est ainsi qu'Esquirol notamment, se fondant sur l'état de la parole, admettait cinq degrés dans l'idiotie et l'imbécillité.
« Dans le premier degré de l'imbécillité, la parole est libre et facile. Dans le second degré, la parole est moins facile, le vocabulaire plus circonscrit.
« Dans le premier degré de l'idiotie proprement dite, l'idiot n'a à son usage que des mots, des phrases d ès courtes. Les jdiots du deuxième degré n'articulent que des monosyllabes ou quelques cris. Enfin, dans le troisième degré de l'idiotie, il n'y a ni parole, ni phrases, ni mots, ni monosyllabes 3. »
Baser une classification de l'idiotie sur le développement du langage, c'est supposer qu'il peut être corrélatif avec le développement de l'intelligence. Or,
1. Sollier, Psychologie de l'idiot et de l imbécile. Paris, 1891.