Baii.lauger, Mal. ment., t. I, p
« Quelques malades, dit-il, ont une sensation auditive bien réelle, mais tout à fait différente des perceptions sensorielles des hallucinés, je veux parler des aliènes qui, en même temps qu'ils croient entendre parler à l'ép'igastre, prononcent eux-mêmes des mots, la bouche fermée... Une femme croit avoir autour d'elle, derrière le cou, dans la gorge, dans la poitrine, des personnes qui ne cessent de lui parler. Souvent, si l'on se tient près de son lit et qu'on ne fixe plus son attention, on entend bientôt un bruit très faible qui se produit dans sa gorge, dans sa poitrine. Si l'on approche de plus près et si l'on écoute, on distingue des mots, des phrases même. Or, ces mots, ces phrases, l'hallucinée prétend que ce sont ses interlocuteurs invisibles qui les prononcent, et c'est en réalité ce qu'elle entend... On peut d'ailleurs mieux s'assurer de ce phénomène en priant cette femme d'adresser une question à ses interlocuteurs invisibles. On entend alors la réponse qui se fait dans sa gorge et sans qu'elle ait conscience que c'est elle qui la fait. Il ne saurait, dans tous les cas analogues, y avoir de doute ; l'hallucination consiste évidemment à entendre des paroles que les malades prononcent très bas, à leur insu et la bouche fermée, et qui semblent, en effet, sortir de la poitrine et de l'épigastre. Les aliénés méconnaissent alors leur propre voix comme on la méconnaît dans les rêves. »
L'absence d'hallucination auditive devient absolument indiscutable lorsque la parole, involontaire et inconsciente, est articulée à voix haute, devenant ainsi perceptible pour l'observateur. Quelque singulier que cela puisse paraître au premier abord qu'un individu puisse parler à haute voix, malgré lui et sans en avoir conscience, et attribuer à d'autres personnes les paroles
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qu'il vient dè prononcer lui-même et qui onl frappé son oreille, le fait n'en existe pas moins. Nous avons pu pour notre pari observer fréquemment ce fail chez une jeune fille internée à la Salpêtrière. Elle se tient ainsi une conversation à elle-même, répondant à des personnages imaginaires qu'elle est persuadée avoir entendus, alors que c'est elle-même qui a parlé à haute voix, sans en avoir aucune conscience. On a beau lui assurer que l'on a entendu sa voix, que l'on a vu ses lèvres remuer, elle se défend énergiquement d'avoir parlé autrement que pour répondre à ce qu'elle a entendu. Ses paroles involontaires et inconscientes sont souvent assez décousues. Voici un exemple :
(Paroles involontaires et inconscientes à voix haute) : « Je suis prêtre... votre père... une femme ensorcelée... pour la jeter au fumier. »
Pendant qu'elle parle ainsi, la malade qui est assise, se détourne et paraît écouter, comme si on lui parlait derrière elle. Puis, elle se lève, se penche du côté où elle écoutait et dit à voix haute, mais sur un autre ton : « Moi, je ne comprends rien, je suis innocente. »
A mon interrogatoire elle affirme n'avoir prononcé que cette dernière phrase. Elle a répondu à ce qu'elle avait entendu ; les autres phrases, elle les avait entendues, mais elle soutient que ce n'est pas elle qui les a prononcées.
Inc. — Madame Dubois !
Consc. — Je ne la connais pas, je suis de la campagne.
Inc. — Saint Thomas est blanc comme la mort
Consc. — Un saint qui m'est apparu ?
De ces quatre phrases, la deuxième et la quatrième (G) sont seules conscientes. « C'est moi qui ai dit ceh. » dit la malade. Les deux autres (I), elle les a entendues,
mais elle nie énergiquement les avoir prononcées, avoir parlé à ce moment, bien qu'elle se soit exprimée à haute voix.
Il est à noter que chez elle les paroles involontaires et inconscientes ne sont pas prononcées avec la même intonation que les autres.
De pareils faits représentent un état parfait de désagrégation delà personnalité, d'automatisme psychologique. Nous n'insistons pas sur leur interprétation, car nous aurons l'occasion d'y revenir à propos d'un phénomène absolument identique et mieux étudié, l'écriture involontaire et inconsciente.
4° Des différents types d'hallucinés. — De tout ce que nous venons de dire sur les hallucinations verbales, il ressort ce fait, c'est que de même qu'au point de vue du langage intérieur on distingue chez les individus normaux, qui se servent pendant la réflexion de telle ou telle image verbale, des types auditif, visuel, moteur; de même on peut, d'après les troubles particuliers de la fonction langage, classer les hallucinés en auditifs, visuels, moteurs.
D'un autre côté on pourrait reproduire ici les distinctions établies à propos des aphasies, suivant que les centres du langage sont atteints isolément ou simultanément. Jusqu'ici nous ne nous sommes occupé que de la première question : mais on sait que si « l'indépendance des différents centres peut être réelle chez certains individus et à un certain âge, ils n'en ont pas moins, comme le fait remarquer M. Ballet, des relations étroites entre eux : ils s'influencent réciproquement les uns les autres à des degrés variables suivant les personnes... Le centre qui est le plus intimement relié au centre auditif est celui du langage articulé. Cela se comprend
aisément puisque quand nous apprenons à parler nous ne faisons que répéter ce que nous entendons. La pathologie met d'ailleurs bien en relief ces relations réciproques des deux ordres d'images qui y sont emmagasinées. » J'ajouterai que, pour ma part, j'ai pu maintes fois constater sur moi-même l'association des images auditives et motrices. Ainsi lorsque je pense à un morceau de musique vocale, j'ai d'abord la représentation mentale des mouvements nécessaires à l'émission des différents sons, et ce n'est que secondairement que se trouve éveillée chez moi l'image auditive. De même que la perte des images auditives entraîne des troubles marqués dans le rappel des images motrices d'articulation, de même une hallucination verbale auditive peut provoquer une hallucination verbale motrice et réciproquement1. Le malade de M. Charcot, en même temps que sa langue remuait, entendait sa voix intérieure qui avait moins de timbre que l'extérieure.
Une de nos malades, hallucinée de l'ouïe et ayant de plus des voix intérieures, présente nettement ie même phénoihène. Elle entend ses voix épigastriques et distingue cependant parfaitement les deux sortes de sensations auditives, et il nous semble qu'un certain nombre des aliénés ayant des hallucinations motrices entendent réellement : les voix ont peut-être moins de timbre, sont moins distinctes, mais il y a cependant une hallucination auditive. D'autres fois l'image auditive peut n'être pas assez vive pour s'extérioriser sous forme d'hallucination, mais peut cependant être éveillée; et c'est peut-être pour cela que les malades, fixant, surtout sur ce point, leur attention, disent qu'ils entendent la
i. Hoppe, Allg. Zeilsch. f. Psych., XLIV, 4-5.
pensée, qu'ils ont des voix intérieures. Tandis que certains d'entre eux présentent nettement les troubles psycho-moteurs que nous avons signalés, sans troubles auditifs constatâmes, d'autres présentent les deux ordres de symptômes associés; l'un ou l'autre pouvant prédominer.
On a encore des exemples de ces associations hallucinatoires chez certains malades qui, outre les hallucinations verbales auditives ordinaires, ont celles de parler à d'autres personnes., sans prononcer réellement aucun son. Il s'agit bien alors d'une hallucination auditive en ce qui regarde la perception par le malade du -son de sa propre voix, mais elle est accompagnée évidemment d'une hallucination motrice verbale quand le malade croit articuler à haute voix une parole qu'il ne prononce pas réellement.
Ces cas d'hallucinations verbales auditives accompagnant les hallucinations motrices doivent être bien distingués de ceux auxquels nous avons fait allusion plus haut et où il n'y a qu'une perception exacte de paroles involontaires et inconscientes, articulées d'une voix plus ou moins haute, mais cependant assez nettement pour pouvoir être perçues par l'oreille.
D'autre part, les considérations précédentes sur les hallucinations motrices et surtout leur association avec des hallucinations auditives entraînent une modification dans la conception générale des hallucinations, comme trouble fonctionnel des centres corticaux.
Si l'état d'excitation capable de provoquer une hallucination intéresse les centres dits psycho-moteurs, elle donnera naissance à la perception de mouvements associés à des sensations correspondantes tactiles et musculaires, en un mot à une hallucination motrice.
Mais si le même processus intéresse les centres des sens spéciaux, celui de la vision par exemple, outre la perception sensorielle pathologique (H. visuelle proprement dite), on aura encore la perception des mouvements de l'œil correspondants, par suite de l'excitation des éléments moteurs connexes déterminant une impulsion motrice vers les muscles de l'œil, accompay née de l'image correspondante du sens musculaire. L'image sensorielle pathologique sera donc accompagnée d'une image motrice.
On retrouve alors la même association qui existe dans la vision normale des formes qui, pour être distincte et complète, nécessite que toute la surface de l'objet se présente dans le champ de vision distincte, ce qui ne peut avoir lieu, surtout s'il s'agit d'un objet assez grand, qu'en exécutant des mouvements de l'œil. La sensation visuelle se trouve ainsi étroitement associée aux sensations fournies par les mouvements de l'œil ou même de la tête.
Le rapport entre les sensations auditives et les mouvements est plus difficile cà saisir, mais n'en existe pas moins. Il se produit très nettement chez certains individus dans l'audition de morceaux de musique vocale, qui deviennent l'origine de mouvements correspondants du larynx.
Rappelons à ce propos que M. Féré a pu constater expérimentalement chez trois hystériques que l'hallucination auditive suggérée d'une lettre, s'accompagnait chez elles de mouvements inconscients d'articulation, coïncidant avec les phénomènes d'audition l.
Les images auditives se trouvent ainsi étroitement