‹ Des troubles du langage chez les aliénés [electronic resource]Chapitre 45 sur 93 · J. Séglas, Ann. méd. psych., 1889, n° de janvier · texte numérisé non relu

J. Séglas, Ann. méd. psych., 1889, n° de janvier

T ROTJ B L ES

de symptômes particuliers qu'il ressent depuis quatre mois. D'abord c'étaient des sifflements dans l'oreille droite, puis insensiblement il a entendu des voix dans les deux oreilles. Au début elles étaient confuses, comme une sorte de chuchotement; maintenant, elles sont distinctes et il reconnaît le plus souvent le timbre de la voix de son oncle. Quelquefois, dit-il, il s'oublie jusqu'à répondre. Lorsqu'il est indécis, ces voix le conseillent. Maintenant, lorsqu'il lit, il entend prononcer ce qu'il lit, comme si quelqu'un lisait à haute voix à côté de lui. Et même lorsqu'il pense, sa pensée est formulée de suite à haute voix à son oreille. Ce phénomène, intermittent d'abord, est aujourd'hui continuel. Il a conscience de la nature subjective de ces symptômes, dit de lui-même que ce sont des hallucinations; mais il voudrait se guérir, parce que cela lui semble très fatigant d'entendre toujours parler sa pensée ou ce qu'il fait, et que cela le gêne beaucoup dans son métier de comptable. Il ne présente d'ailleurs aucune idée délirante.

On voit la netteté que peuvent attendre ces hallucinations verbales auditives, allant jusqu'à reproduire le timbre d'une voix connue. Un autre fait particulier à noter ici, c'est que le malade entend parfois sa pensée comme formulée à haute voix. C'est là ce qu'on appelle l'écho de la pensée. Dans ce cas, ces désordres apparaissent dans toute leur simplicité parce que le malade se rend un compte exact de leur nature toute subjective. Il n'en est plus de même chez les aliénés qui les interprètent à leur façon ; aussi faut-il apprendre à bien les connaître pour les distinguer au milieu de leurs idées délirantes.

Les hallucinations verbales psycho-motrices peuvent

se rencontrer dans les mêmes conditions, le malade se rendant parfaitement compte du caractère pathologique des symptômes qu'il accuse. Comme preuve à l'appui, on peut invoquer l'observation de Tamburini, ayant trait à une jeune femme qui, sans qu'elle fût prévenue par une idée correspondante dans sa pensée, sentait se former dans sa bouche des paroles consistant en injures, sottises, blasphèmes contre elle-même et contre tous ceux qui la regardaient. Ces paroles, elle ne les percevait pas en tant que sensation auditive, mais elle les sentait se former dans sa bouche, comme si elle les prononçait, sans toutefois les prononcer réellement; elle sentait sa langue animée de légers mouvements. Elle était d'ailleurs parfaitement consciente et ne présentait aucun délire.

Un cas, très net encore, bien que plus complexe, est le suivant dans lequel des hallucinations verbales auditives existent d'abord seules, puis surviennent des hallucinations verbales psycho-motrices, les deux ordres de symptômes restant conscients. Il rend bien compte aussi du retentissement que peuvent avoir les uns sur les autres les troubles fonctionnels des différents centres du langage, et du réveil, l'une par l'autre, des différentes images verbales sous le coup du désordre intime qui donne lieu à l'hallucination.

B..., âgé de cinquante-trois ans, se présente à la consultation externe de la Salpêtrière, en septembre 1889. Deux ans auparavant, il a eu des hémorragies nasales graves, à trois reprises, et c'est à cette époque qu'il fait remonter le début des symptômes pour lesquels il vient consulter. C'étaient d'abord de simples bourdonnements d'oreilles, comme le bruit d'une écluse. Plus tard, ces bruits ressemblèrent au cbucbotement d'une conversa-

TKOUBLKS

tion, mais il n'en comprenait pas le sens. En même temps, tous les bruits entendus continuaient à résonner dans sa tête, même ses propres paroles. Plus tard, sont intervenus de nouveaux phénomènes : « Quand j'entends des paroles, dit B..., je recommence à les dire en tète et je les entends alors par l'oreille comme une voix basse; mais de plus, maintenant, je les répète en pensée. J'ai alors quasiment la langue qui veut dire quelque chose et elle ne veut pas s'arrêter. Je bavarde tout le temps en moi-même. Par moment j'ai peur qu'on se moque de moi, parce que je crois qu'on m'entend parler et cependant je ne dis rien. Je tiens quelquefois ma langue tant et plus pour ne rien dire, je ferme la bouche et malgré cela je crois que je dis encore quelque chose. Maintenant, chaque bruit que j'entends, comme le tic tac d'une pendule, cela correspond à des paroles que ma langue veut prononcer. » Pas d'angoisse.

Tout en restant conscientes, les hallucinations verbales peuvent revêtir un autre caractère et se montrer sous la forme obsédante, constituant ainsi de véritables obsessions hallucinatoires, se présentant avec tout le cortège de symptômes habituels aux obsessions en général : caractère obsédant et irrésistible, conservation de la conscience, angoisse paroxystique suivie d'un calme relatif.

Dans un récent travail 1 présenté à la Société médicopsychologique, nous avons essayé de démontrer que, contrairement à l'opinion généralement admise et qui regarde l'absence des hallucinations comme caractéristique des obsessions avec conscience, il fallait, en pré-

Page 1