J. Séglas, Soc. méd. psych., Séance de novembre
sence des faits, admettre des obsessions hallucinatoires.
Deux cas seraient alors à distinguer :
lo Ou bien l'idée obsédante s'accompagne d'une hallucination qu'elle provoque {obsession hallucinatoire) -,
2° Ou bien l'hallucination a une existence indépendante, avec tous les caractères communs aux obsessions en général (hallucination obsédante).
L'hallucination obsédante et consciente peut n'intéresser que les centres perceptifs communs (hallucinations visuelles auditives communes, olfactives...)- Mais de plus (et c'est là ce qui a trait plus particulièrement à nos recherches actuelles), elle peut intéresser les centres de la fonction langage (hallucinations verbales auditive, visuelle, motrice d'articulation et même graphique).
Nous n'en citerons pour le moment qu'un exemple : G..., âgé de quarante ans, est issu d'une famille dans laquelle les antécédents psychopathiques sont très accentués. Lui-même a bégayé et pissé au lit très tard, sans avoir jamais présenté aucun symptôme d'épilepsie. Il est d'une intelligence faible; il a fait jadis des excès alcooliques. Mordu en 1884 par un chien, il fut atteint depuis de craintes angoissantes à la vue d'un de ces animaux. Il ne peut traverser un pont sans angoisse et sans avoir des idées de se jeter à l'eau. En 1886, il devint onomatomane, obsédé à tout propos par les mots « m...., put..., et il faut, dit-il, que cela parte ». Après il est soulagé, mais tout honteux de ce qu'on a pu l'entendre. Dans la rue, il s'entend très souvent appeler par son nom et d'une façon si nette qu'il se retourne (hallucination verbale auditive). Cela lui donne un coup dans l'estomac et comme un vertige. Il a conscience parfaite de son état. Il a, de plus, des symptômes très accentués de neurasthénie.
•il
TRO UBLES
Nous voyons nettement, d'après cela, que les hallucinations verbales peuvent se montrer avec le même cortège de phénomènes qui accompagnent d'habitude les idées obsédantes.
De plus, l'histoire de ce malade nous montre la proche parenté de ces hallucinations avec une catégorie plus spéciale d'idées obsédantes.
En effet, au point de vue nosographique, en nous fondant sur l'analyse attentive des malades, nous sommes amenés à penser que toutes ces hallucinations verbales, obsédantes et conscientes, doivent prendre place dans le cadre du syndrome décrit par MM. Charcot et Magnan sous le nom d'onomatomanie '. Car elles ne représentent que des faits différant d'intensité et non de nature. Chez l'onomatomane ordinaire obsédé par un mot, l'image verbale éveillée reste dans le langage intérieur. Chez le malade à hallucinations verbales obsédantes, cette image est devenue assez intense pour s'extérioriser sous forme hallucinatoire.
D'ailleurs, comme nous devons étudier aussi les troubles du langage dans l'onomatomanie, un exposé rapide des différents aspects sous lesquels ils peuvent se présenter nous fera mieux comprendre l'affinité étroite, sinon la parenté absolue, qui relie à l'onomatomanie les hallucinations verbales obsédantes et conscientes.
Des troubles de la fonction langage dans V onomatomanie. — On distingue habituellement cinq variétés cliniques d'onomatomanie :
Variété 1. La recherche angoissante du mot ;
1. Charcot et Magnan, De l'onomatomanie (Arch. de neurologie, 1885).
Variété 2. L'obsession du mot et l'impulsion irrésistible à le prononcer ;
— 3. Signification particulièrement funeste
attribuée à certains mots prononcés dans la conversation ;
— 4. Influence préservatrice de certains mots,
poussant à les prononcer;
— 5. Impulsion à rejeter par suite d'efforts de
crachement un mot devenu un véritable corps étranger chargeant l'estomac.
Mais plutôt cpie de rechercher dans chacun de ces cas les troubles du langage, il nous semble préférable, pour cette étude psycho-physiologiquerpe, de grou toutes les variétés d'onomatomanie en deux classes : l'onomatomanie simple et l'onomatomanie associée. Occuponsnous d'abord de l'onomatomanie simple, c'est-à-dire dans laquelle l'obsession ou l'impulsion verbale est dégagée de toute idée surajoutée. Elle peut résulter alors soit d'un affaiblissement des images verbales, soit d'une exagération de ces mêmes images. Voyons d'abord le premier cas.
Ces images verbales peuvent dépendre des centres psycho-sensoriels ou psycho-moteurs du langage.
Parmi les premières les plus fréquemment atteintes sont les images auditives. Sans exclure l'image visuelle, nous devons dire que nous n'avons jamais rencontré, pour notre part, de cas où elle fût intéressée dans ce sens. Que voyons-nous alors? le fait capital est que les malades sont généralement obsédés par l'idée de retrouver un mot qui leur échappe, d'où résulte une crise angoissante qui finit quand le mot vient à être retrouvé. Or, si l'on interroge ces individus pour savoir
comment ce mot se retrouve, il en est qui vous répondent très nettement qu'ils l'entendenl à ceanoment dans leur esprit, vibrer à leur oreille intérieure, et c'est alors que le calme renaît. N'y a-t-il pas eu là simplement, comme nousl'avons déjàditplus haut, un fait d'amnésie verbale auditive temporaire, une perte momentanée plus ou moins complète de l'image auditive du mot?
Il est aisé de voir que ces faits ne sont autres que ceux de la variété clinique n° 1 indiquée sous le titre : « Recherche angoissante du mot ».
Dans d'autres cas analogues, et c'est un fait sur lequel nous appelons l'attention, ce n'est plus l'image auditive verbale qui est en jeu, mais bien l'image motrice d'articulation, comme chez un malade que nous avons observé récemment et qui désignait ce phénomène du nom de parole négative. Ce malade, âgé de 20 ans, non fumeur, non hystérique, mais héréditaire, très neurasthénique depuis plusieurs mois, fut pris ensuite d'agoraphobie et d'onomatomanie. Ce dernier syndrome se présentait chez lui sous la forme suivante. Il lui venait tout d'un coup à l'esprit l'idée de prononcer le nom d'un objet qu'il voyait. Mais ce nom, il ne pouvait à certains moments arriver à l'articuler ni haut ni même mentalement. Il avait bien le mot présent à l'esprit, le voyait même, dit-il, comme écrit devant lui, mais ne pouvait arriver à l'articuler même mentalement. Malgré ses efforts, il ne prononçait que des synonymes ou seulement un mot n'ayant de commun que quelques syllabes avec le mot cherché. Puis subitement le mot était articulé et la crise prenait fin
1. J. Séglas, Des troubles de la fonction langage dans l'onomatomanie. (Médecine moderne, n° 50, -1891.)
Nous ne croyons pas devoir soulever de contestations en disant qu'il s'agit là d'un fait d'amnésie verbale motrice transitoire.
Chez certains malades, l'amnésie de chacune de ces images verbales peut n'être pas isolée, comme dans les cas "précédents, mais elle peut intéresser plusieurs images du même mot.
Passons au second cas, où il y a exagération de ces mêmes images.
Comme précédemment, les images verbales intéressées peuvent être de nature psycho-sensorielle ou psycho-motrice.
Lorsqu'il s'agit des images verbales psycho-sensorielles, nous avons affaire à l'obsession mentale simple du mot.
Le plus souvent, c'est alors l'image verbale auditive qui entre en jeu; ce qui d'ailleurs n'a rien d'étonnant, puisque nous sommes pour la plupart des auditifs. Le mot s'impose à l'esprit du malade et son apparition provoque la crise qui ne disparaît qu'avec lui. Si l'on interroge le malade sur ce qu'il ressent pendant ce temps au point de vue particulier qui nous occupe, il répondra que pendant toute la durée de la crise le mot résonne en quelque sorte dans sa tête, sans qu'il le perçoive réellement. Nous avons déjà vu plusieurs malades de ce genre présentant ces phénomènes d'audition mentale pathologique.
11 peut arriver aussi qu'au lieu d'être provoquée par un mot se présentant spontanément à l'esprit du malade, la crise soit provocpiée à l'audition d'un mot prononcé devant lui. L'image auditive verbale, une fois éveillée, ne disparaît pas de suite, mais continue à résonner à l'oreille mentale, comme un écho lointain. Au fond, le
phénomène est le mème.Dnm d'autres ras. plus rares ce n'esL plus l'image verbale auditive, mais l'imagé vasuellequi se trouve éveillée dans la crise d'obsession.
Tantôt ce1 éveil es! spontané ; tantôt rima-., mentale visuelle résulte d'une impression réelle antérieure, comme chez une de nos malades dont la crise d'obsession était provoquée chaque fois qu'elle rencontrait dans une lecture le mot « rage », qui persistait devant ses yeux, sans cependant qu'elle le vît réellement, ajoutait-elle.
Mais, et c'est là un point important1 (car la plupart des observateurs n'admettent pas, avons-nous dit, que les obsessions puissent s'accompagner d'hallucinations), les images verbales ainsi éveillées ne restent pas toujours dans le langage intérieur, souvent elles s'extériorisent et l'on a affaire alors à de véritables hallucinations verbales auditives ou visuelles, de nature obsédante, avec conservation de la conscience.
Dans ces cas, en effet, le processus psychopathique est le même ; et sous le coup de l'éréthisme qui atteint les centres sensoriels du langage, l'image qui y est emmagasinée acquiert un degré de vivacité assez intense pour revêtir l'aspect hallucinatoire.
Ces hallucinations verbales conscientes et obsédantes ne sont pas rares, comme chez un de nos malades âgé de 35 ans, héréditaire neurasthénique qui fut pris ensuite de crises d'inquiétude déterminées par l'obsession de certains mots injurieux ou moqueurs qu'il entendait distinctement alors par l'oreille gauche. 11 reconnaissait d'ailleurs le caractère morbide de ces
-1. Skglas, De l'obsession hullucinatnire et de l'hallucination obsédante. (Soc. vicd. psycho., nov. 4891.)
symptômes et ne présentait aucun délire. M. Ballet > a rapporté en détail un fait semblable d'hallucinations verbales auditives revêtant les mêmes caractères. Nous avons eu aussi l'occasion d'observer une autre malade, une dame de 30 ans, héréditaire, hystérique, atteinte de folie du doute et qui, à trois reprises, vit nettement devant ses yeux une lettre de faire part, bordée de noir, sur laquelle elle lisait distinctement son nom. Cette hallucination, dont elle avait conscience, provoquait chez elle des crises d'angoisse durant quelquefois plusieurs heures.
Dans d'autres cas, ce sont les images verbales psychomotrices qui sont intéressées. C'est alors que, pendant la crise d'onomatomanie, le malade, au lieu d'entendre le mot résonner à son oreille intérieure, dit qu'il lui semble articuler en dedans ; c'est un fait d'articulation mentale se substituant à l'audition mentale que nous avons examinée tout à l'heure.
Si le phénomène est plus accentué, le mot peut être souvent prononcé à haute voix : c'est là l'impulsion verbale. Mais les choses ne se passent pas toujours aussi nettement et le malade perçoit seulement les mouvements d'articulation nécessaires pour prononcer le mot.
Dans des circonstances identiques, on peut avoir affaire à une véritable hallucination verbale motrice avec conscience. L'articulation mentale est si nette pour le sujet que souvent il s'imagine avoir parlé. Un malade de ce genre était obsédé à tout instant par la crainte de prononcer des mots grossiers, compromettants, injurieux, parce qu'il se sentait les articuler si bien, quoique mentalement, qu'il se disait par moments : « Qu'est-ce que je viens de dire, » et ne se rassurait qu'en réfléchis-
i. Ballet, Arch. gén. de mcd., 4888.
sant qu'il n'avait dû rien dire puisqu'il n'avait rien entendu.
Nous avons rapporté jadis à la Société médicale des hôpitaux 1 deux exemples dé ce genré. L'un concernait une jeune fille de 18 ans, atteinte de folie du doute, de crainte des épingles. D'un autre côté, depuis quelque temps, il lui vient à l'idée des mots grossiers ou malveillants qui s'imposent à son esprit, et en même temps elle sent des mouvements dans la langue, « tout comme si elle les prononçait, mais elle ne les prononce jamais, même à voix basse ». Cependant, elle a toujours la crainte de les prononcer et d'être entendue, aussi faitelle tout son possible pour arrêter les mouvements de la langue. Mais tous ses efforts sont vains à ce point de vue et n'aboutissent qu'à des phénomènes d'angoisse : constriction précordiale, bouffées de chaleur à la figure, sentiment de peur très intense. Quand elle laisse les mouvements de ia langue se produire, l'angoisse est à peine marquée. Mais ensuite, elle a toujours la crainte d'avoir parlé, bien qu'elle dise elle-même être sûre de ne jamais prononcer aucun mot, même à voix basse. Aucun phénomène auditif, pas même d'audition mentale.
Il est un point à noter, c'est que les images verbales sensorielles et motrices peuvent être prises en même temps, ce qui donne lieu à la forme dite : obsession du mot avec impulsion à le répéter (Variété 2). Alors, si ce mot, au lieu de se présenter spontanément à l'esprit du sujet, est un mot qu'il vient d'entendre déterminant à sa suite l'obsession et l'impulsion verbale, on a affaire à Yécholalie qui est complète si le mot est pro-