Stéfani, Rio. sp. di. frcn., t. XVII
langue, obligeant celle-ci à répéter continuellement ou à peu près, le mot qui la représente. A côté de ce phénomène, en survient un autre, que je n'ai vu désigné en aucun ouvrage du genre; c'est-à-dire que le mot, d'abstrait qu'il était, semble se matérialiser et produit la sensation que déterminerait, je suppose, le noyau d'une cerise conservé dans la bouche après l'avoir dépouillé de sa pulpe. C'est ce que je nomme la chique nerveuse '. »
Passons maintenant à Y onomatomanie associée. Nous rangeons sous cette étiquette les variétés dans lesquelles le mot acquiert aux yeux du malade une valeur spéciale, se rattache à une idée, à une émotion déterminée. Tels sont les cas du mot nuisible obsédant le malade, du mot préservateur qu'il est obligé de prononcer pour éviter un malheur (Variétés 3 et 4).
On retrouve au fond les mêmes troubles de la fonction du langage que précédemment. Le même individu d'ailleurs peut avoir en même temps l'obsession verbale (par excitation de l'image verbale auditive ou visuelle) et l'impulsion verbale préservatrice (par excitation de l'image verbale motrice d'articulation), comme chez cette femme à laquelle nous avons déjà fait allusion et qui ne pouvait entendre les mots: « Vendredi, malheur, treize », sans corriger leur portée par ces autres: « Samedi, bonheur, quatorze. »
Dans d'autres cas, l'obsession se présente chez l'onomatomane sous la forme d'une véritable idée délirante avec conservation de la conscience. C'est ainsi que nous avons observé une femme qui était atteinte d'idées de grandeur conscientes et obsédantes. Leur formule
i. Dumont de Monteux, Testament médical (1865, p. S 14).
variait peu; c'était: «Je suis reine, ton mari est roi... » et il semble bien qu'il y ait eu là des hallucinations verbales psycho-motrices lorsque la malade nous disait : « Gela vient en moi comme si c'était moi-même qui le disais danslagorge. » Parfois même, elle avait la tentation de le dire tout haut
Mais de plus, il est des cas dans lesquels le malade perd conscience du caractère pathologique du syndrome onomatomanie et l'interprète faussement, disant par exemple que ce sont des ennemis qui lui font entendre les mots obsédants et le forcent à les répéter malgré lui.
Une de nos persécutées a offrait un délire constitué surtout par un état d'onomatomanie faussement interprété et considéré comme le résultat de persécutions de la part d'ennemis imaginaires. « L'attaque » lui pose une question; tant que la réponse n'est pas trouvée, il y a un grand malaise, des tremblements, de l'angoisse, même du vertige. Si elle ne trouvait pas la réponse, elle serait, dit-elle, plus agitée que toutes nos agitées. En cherchant, elle finit par trouver une réponse ; alors le calme arrive parce que la « défense » est maîtresse.
Dans ces cas, ce qui peut distinguer surtout l'onomatomanie des hallucinations verbales ordinaires, auditives ou motrices, c'est l'existence de l'angoisse pendant la crise ou de la satisfaction consécutive.
Dans l'onomatomanie, les troubles du langage peuvent donc intéresser par excès ou par défaut, isolément ou simultanément, touteslesimages verbales, etleur
1. J. Séglas, Des idées obsédantes et conscientes de persécution et de grandeur (Progrés médical, n° 36, 1891).
2. J. Séglas, Des idées délirantes de défense (Médecine moderne, n° 36, 1891).
analyse nous montre qu'ils peuvent même revêtir un caractère franchement hallucinatoire. De plus, il est des cas ou l'onomatomanie faussement interprétée par le malade arrive à constituer un véritable délire.
C'est ainsi que l'examen des troubles du langage dans l'onomatomanie permet d'élargir le cadre de ce syndrôme. Il peut fournir aussi un nouvel appoint au pronostic de la variété d'onomatomanie. A cet égard, il nous a semblé que le pronostic était plus grave lorsque les troubles du langage dépendaient d'un état d'érétbisme des centres moteurs exagérant l'intensité des images motrices au point de provoquer parfois l'impulsion incoercible. Ce dernier symptôme dénote toujours un état dedéséquilibration.dedésagrégation psychologique très caractérisé et s'accentue dans les formes plus profondes de déchéance intellectuelle.
A. Hallucinations verbales avec délire. — Un même individu peut présenter à la fois des hallucinations verbales et des idées délirantes. Il y a alors deux cas à distinguer au point de vue des rapports qui les unissent.
Tantôt il ne s'agit que d'une simple coexistence et les hallucinations, ayant une existence indépendante, se présentent sous l'aspect des précédentes.
D'autres fois les hallucinations et le délire font partie intégrante d'une seule et même affection.
Dans ce cas, le malade, tout en accusant l'existence de ses hallucinations, en les décrivant dans leurs moindres détails de la façon la plus précise, n'a plus conscience de leur nature pathologique ; c'est pour lui un fait dont il ne songe pas à constater la réalité ; il l'accepte, sans discussion et, s'il l'interprète, c'est toujours dans le sens de ses convictions délirantes.
Les hallucinations verbales auditives peuvent se pré-
senter avec une fréquence, une intensilé plus ou moins grandes, dans toutes les vésanies. .Mais il est certaines formes en particulier clans lesquelles elles atteignent un développement tout spécial, surtout dans le délire systématisé de persécution hallucinatoire.
Le fait capital, caractéristique de ces hallucinations verbales, c'est que le malade les perçoit sous forme de mots, de voix venant de l'extérieur frapper son oreille absolument comme s'il avait un interlocuteur qui lui parlât réellement.
Si parfois elles ne donnent l'impression que d'un murmure, d'un chuchotement, elles peuvent aussi devenir nettes, distinctes, bien accentuées, et cela même à un tel point, que leur timbre devient familier à l'aliéné qui reconnaît parmi elles des voix d'hommes, de femmes, d'enfants ou même spécifie que c'est la voix de telle personne qu'il connaît, la voix d'un ami, d'un parent.
L'endroit d'où partent ces voix est des plus variables; elles viennent de la muraille, du plafond, du ciel, de dessous terre ; Berbiguier entendait la voix de Pinel da ns sa cheminée1. Une de nos malades entend la voix de Julien l'Apostat qui sort de son édredon. Bien des hallucinés de cette catégorie bousculent la nuit leur matelas, regardent sous leur lit, ouvrent les portes pour trouver les interlocuteurs invisibles dont la voix leur semble venir de ces différents endroits.
La distance cà laquelle se font entendre les voix est par cela même très variable. Mais souvent, elles semblent venir de très loin. Une persécutée internée actuellement à la Salpètrière assure entendre dans les cours voisines