Voir Allan Kardec, Le Livre des médiums, p
désignait cette prétendue transmission de la pensée du néologisme : faculté veillambulique.
Lorsque à côté des hallucinations verbales motrices il en existe d'auditives, l'antagonisme peut s'établir entre ces deux variétés d'hallucinations. Nous avons publié ailleurs le cas d'une persécutée chez laquelle « l'attaque » se produisait par l'intermédiaire des hallucinations verbales auditives, les motrices représentant le côté « défense ».
Une autre aliénée de même genre entend par les oreilles des voix fortes, nettement articulées, qui lui disent des sottises et des injures. Ces injures sont suivies après un court intervalle d'un mot de consolation, d'un compliment, qu'elle n'entend plus par les oreilles, mais par inspiration, « comme si elle se parlait à elle-même ».
Mlle L... est poursuivie par les injecteurs qui lui disent à l'oreille toutes sortes d'injures. Mais une petite voix intérieure qui part de l'estomac la met en garde en lui disant par exemple : « On cherche à t'empoisonner,. ma mère. » Cette petite voix lui fait remuer la langue et ouvrir les lèvres : elle comprend aux mouvements de la langue. Elle répond souvent à cette petite, voix de même en remuant la langue un peu comme quand on parle bas. Lorsque sa pensée est d'accord avec la petite voix, il lui arrive alors de parler haut. Elle s'est aperçue depuis que, grâce à cette petite voix, elle pouvait prophétiser, dévoiler les voleurs, etc..
Dans tous ces cas les hallucinations verbales auditives et motrices, bien que coexistant, ont une existence indépendante. Mais il peut se produire une sorte de combinaison entre elles par suite d'une réaction d'un centre sur l'autre. Nous avons eu déjà l'occasion de signaler ces cas particuliers. Lorsqu'ils se compliquent
d'idées délirantes, ilsn'ontde spécial que l'interprétation que leur donne le malade.
M. Breitman1 a observé une malade dont l'état mental était caractérisé par un mélange confus d'idées hypochondriaques et érotiques avec impulsions coprolaliques et hallucinations de l'ouïe. Les voix la tourmentent en la forçant d'employer des mots grossiers. Ce sont les voix qui lui dictent ces paroles ; il y a des voix d'hommes et de femmes, existant réellement pour elle, mais que cependant elle ne voit pas. Les mots lui arrivent par l'électricité; si elle ne les répète pas, on lui dit des injures. Elle ne peut se retenir et alors elle prononce avec volubilité les menaces, injures, obscénités que lui font entendre les souffleurs qui lui en veulent.
C'est là une sorte d'écholalie délirante. Le même auteur a rapporté aussi l'histoire d'une autre aliénée qui proférait des mots obscènes parce que des voix venues à travers les murs le lui ordonnent et les lui soufflent à l'oreille. Quand cela la prend, elle perd sa langue qui se meut dans sa bouche malgré sa volonté. Des personnes méchantes la lui tirent par des fils invisibles et les mots partent malgré elle. De plus non seulement on la force de dire à haute voix les mots, mais encore dès qu'elle les a prononcés, elle les entend répéter.
L'excitation du centre auditif du mot qui a donné lieu à l'hallucination de l'ouïe retentit dans ce cas sur le centre moteur d'une façon assez énergique pour provoquer l'impulsion verbale, laquelle, par une sorte de
1. Breitmax, Contribution à l'élude de l'écholalie, de la coprolalic et de l'imitation des gestes chez les dégénérés et les aliénés (Thèse de Paris, 4888).
choc en retour, réveille à nouveau l'image auditive du même mot. Si bien que le mot entendu est répercuté par deux échos différents : le premier dans lequel la malade est active répétant le mot qu'elle vient d'entendre (écholalie), tandis que dans le second elle reste passive entendant le mot sitôt que son émission résonne de nouveau à son oreille.
ARTICLE III Troubles de la parole (Dyslalies).
Pour compléter l'étude des modifications du langage parlé, il nous reste encore à examiner celles qui résultent des troubles de l'expression. Ce sont les modifications de la parole extérieure. Elles peuvent coexister avec les précédentes ou se rencontrer isolément. C'est sous ce dernier aspect que nous les étudierons. Comme elles sont plus connues que celles que nous avons examinées jusqu'ici et ne sont pas en rapport aussi étroit avec les affections mentales, nous ne ferons que les passer brièvement en revue.
§ I. — Elles peuvent avoir des origines différentes. Tantôt elles sont le résultat d'une mauvaise éducation, de l'exercice défectueux de la parole. On a réuni sous le nom général de balbutiement (Kussmaûl) toutes les variétés de dyslalies de cet ordre consistant dans un trouble de la formation littérale des sons. Une étude de détail nous entraînerait trop loin et sortirait de notre sujet; nous dirons seulement qu'une des variétés qu'on rencontre le plus souvent chez les aliénés est celle qui consiste dans la substitution des consonnes douces à des consonnes dures et qui est plus spécialement désignée sous le nom de blésité.
§ II. — Tantôt les dyslalies résultent de malformations congénitales ou accidentelles (bec-de-lièvre de toute espèce, traumatismes, accidents syphilitiques). Suivant
le siège de la malformation on peut les distinguer en laryngée, nasale et palatine, linguale, dentale, labiale. Ces malformations sont importantes à constater, car lorsqu'elles sont congénitales, elles sont autant de stigmates de dégénérescence chez les malades qui en sont porteurs et ont la même signification que toutes les anomalies de développement. Si elles sont accidentelles, elles peuvent fournir des indications utiles au diagnostic, au pronostic, au traitement, comme dans le cas où elles révèlent une affection syphilitique antérieure, des accès épileptiques répétés (déformation du nez, déchirure de la langue, dents cassées), des mutilations volontaires (arrachement de la langue, des dents, déchirures des joues surtout aux commissures des lèvres), des tentatives de suicide (blessures par armes à feu).
| III. — Un autre cas est celui où elles résultent de maladies du système nerveux, central ou périphérique, organiques ou fonctionnelles. Dans ce groupe, c'est la dyslalie de la paralysie générale qui nous intéresse le plus particulièrement. Les modifications de la parole, chez les paralytiques généraux, sont en effet le meilleur signe de cette maladie, le seul même qui soit pathognomonique. Il est bien plus difficile à décrire qu'à reconnaître.
M. A. Voisin 1 a bien analysé ces modifications spéciales et la valeur diagnostique et pronostique de chaque type.
L'hésitation, le traînement de la parole répondent à la paresse intellectuelle, au manque de mémoire; ce sont des signes de la démence comme le faciès sans
1. A. Voisin, Des troubles de la parole dans la paralysie générale (Arch. de méd., -1876).
expression, immobile, comme La lenteur de tous les actes du malade. Le tremblement de la parole, au contraire, rentre dans le groupe des phénomènes moteurs et coïncide avec d'autres tremblements dans la langue et dans les muscles de la face.
D'une façon générale on peut dire que les troubles de l'articulation des mois chez le paralytique consistent d'abord en de simples accrocs à de certaines syllabes, puis c'est de l'hésitation plus prononcée, d'abord intermittente et devenant ensuite continue. Plus tard, la parole est tout à fait coupée, elle prend un caractère scandé et devient ensuite psalmodiée, bredouillée, chevrotante, c'est ce que Duchek appelait la parole « oegophonique » 1 .
En même temps, la voix baisse, prend un son monotone, bas, enroué. La tension des cordes vocales et la dépense d'air est défectueuse. Ainsi, par exemple, le malade dépense tant d'air pour les premiers sons qu'il est de suite à bout d'haleine et obligé de faire appel à l'action des muscles abdominaux pour continuer à parler. Malgré tout, la voix reste basse, et à la fin les malades manquent à la fois d'air et de mots (Zenker)9.
Très facile à reconnaître dans les dernières périodes, l'embarras de la parole du paralytique général est plus difficile à diagnostiquer lorsqu'il n'y a que de rares accrocs.
Ces accrocs, cet achoppement des syllabes sont d'autant plus accentués que le malade parle plus vite. S'il parle lentement, comme en épelant syllabes par syllabes, il pourra arriver à prononcer des mots auparavant impos-
\. Duchek, Prager Vierteljahrschrift, 1851, B. XXIX, p. 32. 2. Zenker, Allg. Zeilschr. f. Psych., 1871, B. XXVII, p. 673.
sibles. II se distingue en cela de celui qui' balbutie et qui ne peut prononcer correctement les mots qu'en les accentuant et très vite.
De plus, le balbutiement porte sur la formation littérale des sons et, dans l'achoppement, chaque son isolé est correct et le trouble ne se rencontre que dans la diction du mot surtout s'il est long. De là l'habitude de faire prononcer aux paralytiques, dont on veut examiner la parole, des mots longs comme « inamovibilité, consubstantiellement, etc. ». En outre, celui qui balbutie, ou blèse par exemple, remplace invariablement un son par un autre; il dira toujours « zeval pour cheval ». Le paralytique qui achoppe brouille à l'envi les sons, les syllabes de son mot; pour artillerie, il dira ratillerie, artrallerie, etc.. Zenker a insisté à ce propos sur cette particularité que le paralytique a d'autant plus de tendance à brouiller les sons qu'ils sont plus voisins les uns des autres. D'après lui, l'intercalation des voyelles s'explique comme moyen de passage d'une consonne à une autre, de même que l'allongement d'une voyelle pour donner aux organes d'articulation le temps d'assurer l'émission de la consonne qui suit.
L'achoppement syllabique doit se distinguer aussi du bégaiement. Dans les deux cas, il y a bien défaut de coordination des syllabes ; mais dans le premier, ce sont les manifestations paralytiques qui prédominent, dans le second, ce sont les manifestations spasmodiques. De plus les modifications du rythme respiratoire qui accompagnent le bégaiement sont absentes dans le premier cas. .. •••
Il ne faut d'ailleurs pas oublier que ces deux troubles de l'articulation des mots peuvent coexister chez . le même sujet. Un bègue peut devenir paralytique général
et avoir par suite de l'achoppement syllabique, et souvent dans ces cas le diagnostic ne laisse pas que d'être assez épineux 1 .
On peut confondre parfois avec l'embarras de la parole de la paralysie générale celui de la sclérose en plaques. La parole est alors lente, traînante, il y a des pauses entre les mots, la langue du malade semble trop épaisse comme chez les ivrognes.
L'épilepsie, elle aussi, détermine à la suite des accès une modification souvent notable dans l'articulation des mots, mais d'aspect très variable, n'ayant rien de caractéristique.
Nous ne ferons que citer pour mémoire, comme causes de dyslalies de cet ordre, les affections bulbaires que l'on peut aussi rencontrer quelquefois chez les aliénés.
Les affections nerveuses périphériques, certaines paralysies faciales, par exemple, amènent également des troubles particuliers d'articulation, mais qui n'ont rien de spécial aux aliénés.
| IV. — Enfin un dernier groupe de dyslalies est celui des laloneuroses spasmodiques . Nous citerons seulement l'aphthongie résultant de crampes dans le domaine de l'hypoglosse et qui est très rare.
Le bégaiement est beaucoup plus fréquent chez les malades des asiles. C'est une névrose spasmodique de coordination*entravant la prononciation des syllabes au commencement ou au milieu du langage jusque-là régulier (Kussmaûl)/Il porte sur les sons liés en syllabes, se corrige en chantant, s'exagère sous l'influence d'une émotion et s'accompagne de modifications du rythme
1. Boiron, Contribution à l'étude du diagnostic de la paralysie générale. Thèse de Paris, 1889.
respiratoire. Les bègues ne sont pas suffisamment maîtres de leur respiration ; l'inspiration n'est pas assez profonde, l'expiration trop rapide, mal mesurée, et ils sont obligés d'aspirer à nouveau au milieu d'un mot.
C'est à l'occasion des consonnes que se produit le trouble de la parole, le bègue n'arrivant pas à donner le pas à l'action musculaire destinée aux voyelles sur celle destinée aux consonnes.
Nous avons vu tout à l'heure en quoi il différait de l'achoppement syllabique. Il se distingue du balbutiement en ce qu'il ne porte pas sur la formation littérale des sons, mais s'adresse à la liaison syllabique. De plus le balbutiement ne s'accompagne pas de phénomènes spasmodiques, de modifications du rythme respiratoire et ne disparaît pas en chantant.
Nous avons déjà eu l'occasion de parler d'un trouble de la parole qu'on confond quelquefois avec le bégaiement, c'est le bredouillement dans lequel les individus sous le coup d'une émotion, d'une surexcitation intellectuelle, précipitent leur langage et passent des syllabes ou des mots entiers. Le point capital qui distinguera un bègue d'un bredouilleur, c'est que ce dernier parlera d'autant mieux qu'il fera plus attention à sa parole, et le bègue d'autant mieux qu'il se laissera plus aller.
La détermination exacte du bégaiement a donc son importance au point de vue diagnostique, surtout lorsqu'il coexiste avec une dyslalie d'une autre espèce. Pris isolément, sa constatation ne laisse pas d'avoir quelque valeur, car on peut le regarder comme une véritable névrose et comme tel il est bon de le noter lorsqu'on le rencontre chez le malade ou chez les membres de sa famille.