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Michea, Délire des sensations, Paris

3. Régis, Des hallucinations unilatérales (Encéphale, 1881). i. Seppili, Riv. Sp. di fren., t. XVI, fasc. I, II.

duisent la propre pensée du malade. C'est là le phénomène de l'écho de la pensée dont nous avons déjà parlé. Mais tout à l'heure les hallucinés avaient conscience que c'était un fait pathologique. Il n'en est plus de même maintenant; l'aliéné interprétant ce qu'il éprouve, se plaint qu'on lui vole ses idées, qu'on répète ce qu'il pense, qu'on annonce ce qu'il va faire, ce qu'il éprouve avant même qu'il ait eu le temps de penser : « L'homme, nous disait l'un d'eux, est mis à nu, devenant pour ainsi dire un cristal pour tout le monde. » Il ne voit là qu'une nouvelle preuve à l'appui de ses convictions délirantes; c'est une raison de plus pour lui de se croire entouré d'ennemis, d'espions. Ses tentatives d'explications se bornent à invoquer une action mystérieuse, des moyens surnaturels; mais jamais, à l'inverse des malades conscients de tout à l'heure, il ne se rend compte de la nature subjective des symptômes qu'il accuse.

Les hallucinations verbales auditives peuvent se manifester chez les aliénés sous l'un ou l'autre des aspects que nous venons d'esquisser rapidement. Mais il est des cas où elles revêtent successivement toutes ces formes : d'abord indistinctes, puis se précisant, ne prononçant d'abord que de simples mots, puis des phrases brèves, des monologues, des conversations et arrivant enfin à l'écho de la pensée. Ce développement progressif est presque caractéristique du délire de persécution systématisé hallucinatoire à marche régulière (type Lasègue- Falret). Il semble que le malade fasse petit à petit son éducation d'auditif et qu'il arrive à le devenir à un tel point qu'il ne peut plus penser sans entendre immédiatement sa pensée résonner au dehors à son oreille sous forme d'écho.

Lorsqu'on examine un aliéné qui dit entendre des

voiœ, il est de la plus haute importance de faire des constatations très précises aux différents points de vue que nous venons d'exposer, avant de conclure à la présence d'une hallucination verbale auditive; car la confusion est trop souvent faiteavec d'autres symptômes très voisins tels que l'illusion de l'ouïe, l'interprétation délirante et l'hallucination verbale psycho-motrice.

Dans l'hallucination verbale auditive, alors que tout est silencieux autour de lui,, le malade a la perception nette d'une voix semblant venir de l'extérieur et frappant son oreille comme si quelqu'un lui parlait réellement.

Dans l'illusion auditive, il ne s'agit plus d'une perception auditive sans aucun bruit extérieur, mais de la perception fausse d'un bruit se produisant réellement. C'est ainsi que pour un malade de ce genre, le bruit du vent, le son d'une cloche sera perçu sous forme de paroles. Un autre entend son nom dans le bruit du tonnerre. Ces sons qui ne devraient, en s'adressant aux centres auditifs communs, que réveiller l'idée d'un objet, réveillent au contraire chez lui une image verbale emmagasinée dans le centre auditif des mots. Il arrive aussi dans l'illusion qu'un mot prononcé réellement est mal perçu, comme cela se produisait chez un de nos malades devant qui on parlait de « pièges à loups » et qui entendait « il est jaloux ».

Dans l'interprétation délirante se manifestant à propos de phénomènes auditifs, la perception auditive se fait très correctement, mais le malade donne à ce qu'il vient d'entendre une portée spéciale, un sens particulier en rapport avec le thème de son délire. Une mélancolique entend dans son voisinage le bruit du marteau d'un menuisier réparant une cloison ; elle se

rend bien compte de l'a nature de ce bruit, mais ajoute que c'est l'échafaud que l'on apprête pour son supplice. Un persécuté que nous eûmes à examiner, entend un jour deux personnes, au cours d'une conversation, prononcer cette phrase : « Que voulez-vous qui les attire! » Immédiatement il voit là comme une menace; c'est pour lui une preuve qu'il va être en butte à de nouvelles misères.

En ce qui regarde le diagnostic avec les hallucinations verbales psycho-motrices, nous avons déjà suffisamment insisté sur ces dernières pour montrer en quoi les malades qui en sont atteints, bien qu'ils disent entendre des voix, diffèrent de ceux qui ont des hallucinations verbales auditives.

Bien que plus rares que les auditives, les hallucinations verbales visuelles se rencontrent encore assez fréquemment chez les aliénés, faisant corps avec le délire. Nous avons rapporté ci-dessus plusieurs exemples. Aussi nous bornerons-nous à relater le fait suivant que nous avons observé chez un persécuté ambitieux interné à l'hospice de Bicêtre et qui montre bien l'aspect particulier que revêtent ces hallucinations interprétées dans le sens du délire. Un jour étant à dîner, il put lire distinctement sur sa lampe en porcelaine les mots : « Je t'aime » qui, pour lui, avaient été envoyés en cet endroit à l'aide d'un miroir. Dans la suite, il a vu de plus en plus fréquemment des lettres par les yeux : il s'est alors, dit-il, habitué à écrire par les yeux et à lancer les mots dans l'espace. Les lettres sortent de l'œil: elles sont jaunes, ont l'apparence de petits caractères d'imprimerie, puis elles augmentent de grandeur en s'éloignant à une certaine distance, après laquelle elles diminuent et blanchissent. Il a pu dès lors par .ce

moyen correspondre de Bicêtre avec certaines personnes de ( llichy et il leur demande ainsi de faire des démarches pour lui obtenir un brevet d'écriture par les yeux. — Ajoutons que ce persécuté qui, à côté de ces hallucinations verbales visuelles, en a d'autres auditives et surtout motrices (voix muettes), est extrêmement visuel. Quand il s'est bien pénétré d'une partie de la cour, par exemple, il ferme les yeux, l'endroit se détache très net en bloc, puis s'efface en fuyant vers l'occident. Cette faculté de visualisation est regardée par lui comme un pouvoir photographique spécial dont il dispose et qui excite la jalousie de ses ennemis. Les photographies sont bien plus belles, dit-il, en fermant les yeux parce que la paupière sert de réflecteur : elles sont alors nettes et vivantes.

Les hallucinations verbales visuelles sont assez fréquentes dans les délires mystiques. Les aliénés voient alors apparaître à leurs yeux des personnages muets et tenant à la main une sorte de pancarte sur laquelle sont tracés des caractères. Un prêtre, atteint d'idées délirantes de cette catégorie, nous disait voir des personnages assez vagues, comme des ombres, lui montrer des lettres grecques étincelantes.

Ces hallucinations verbales visuelles doivent bien se distinguer des interprétations délirantes semblables à celles que l'on rencontre chez certains malades qui échafaudent un système délirant sur certains mots qu'ils disent avoir lus et qu'ils ont lus en effet réellement, dans un journal par exemple, mais auxquels ils attribuent une signification particulière en rapport avec leurs idées.

Les hallucinations verbales motrices et les impulsions verbales peuvent aussi se rencontrer sous tous les aspects

que nous avons étudiés précédemment et incorporées en même temps à un délire de couleur variable.

Un de nos malades, persécuté de teinte mystique, en donne la preuve la plus nette, car il présente réunis les trois degrés d'intensité que nous avons distingués dans ces hallucinations. Il résume d'ailleurs lui-même son délire en disant que ce fut d'abord une obsession qui est devenue une possession de l'individu hanté par les esprits.

« Il y a, dit-il, un verbe intérieur articulé en dedans de la poitrine et dépendant du système sympathique. Celui-là est beaucoup moins accessible à l'ouïe qu'une autre forme de verbe intérieur qui part de la poitrine et s'articule par les lèvres (voix labiale). C'est un verbe subjectif qui parle en vous, indépendamment de vousmême : cela part de la poitrine et fait remuer les lèvres. On comprend ce que dit la voix labiale rien qu'aux mouvements des lèvres et sans articuler rien ni haut ni bas. Quelquefois la voix labiale retentit à l'oreille comme une voix chuchotée. Enfin il y a aussi ce principe qui s'exprime par vos lèvres et alors il y a un langage tout à fait articulé et parfois inintelligible, car on se sent poussé à prononcer des mots dont on ne comprend pas le sens. » Souvent il lui arrive, par suite de cette impulsion, que voulant dire quelque chose, il exprime tout le contraire de sa pensée, « la phrase étant transformée par une impulsion labiale ».

Un persécuté, dont l'observation nous a été communiquée par M. le Dr Boeteau, accusait ses ennemis de connaître sa pensée à 7 kilomètres de distance à « l'aide d'un appareil spécial ». « Chez tout individu, dit-il, chaque pensée s'accompagne de mouvements inconscients de la langue, mouvements extraordinairement

TROUBJ, ES

menus et exacts. De plus, ces mouvements inconscients de la langue provoquent secondairement des vibrations de l'air qui est contenu dans les fosses nasales. De sorte qu'à chaque pensée correspondent certaines vibrations et certains mouvements inconscients de la langue, qui sont aussitôt enregistrés par l'appareil télescope-phonique et qui permettent à vos ennemis de savoir ce que l'on pense. »

Le mécanisme intime du phénomène est bien ici tel que nous l'avons décrit; mais on voit que l'individu a perdu la notion de subjectivité du symptôme qu'il aceuse, l'incorpore à son délire. Il en tirera, par exemple, les conclusions suivantes : qu'il n'est plus le maître de diriger ses facultés à sa guise, qu'on lui communique des idées, qu'on le fait parler malgré lui, qu'il y a en lui un être quelconque qui lui inspire des idées et se sert de ses organes pour les exprimer, qu'on s'appropie sa pensée, qu'il converse ainsi à distance, etc..

Ce n'est là que la traduction par le malade de la signification psychologique que nous avons attribuée à ces hallucinations motrices, véritables phénomènes d'automatisme, représentant autant de symptômes d'un dédoublement, d'une désagrégation de la personnalité.

L'histoire de la théomanie et de la démonomanie fourmille d'exemples de ce genre, qu'il s'agisse de la démonomanie interne comprenant les vrais possédés, ceux qui ont le diable dans leurs corps, ou de la démonomanie externe dans laquelle les malades, simples persécutés, n'ont plus avec le diable que des rapports externes. En employant les dénominations usuelles aujourd'hui, nous pouvons dire que ces hallucinations se rencontrent surtout dans les délires de persécution, dans les délires de possession, comme dans les faits

précédents, ou dans la mélancolie, quelle que soit d'ailleurs, dans tous ces cas, la variété de l'idée délirante, mais en général plus accentuées lorsqu'elle est de teinte mystique.

Mlle A... est en butte aux persécutions du diable et des esprits (des francs-maçons sans doute) qui lui parlaient d'abord par l'oreille, lui disaient des injures, des menaces. Maintenant ils parlent intérieurement, au dedans d'elle-même, souvent même ils la font parler malgré elle et dire le mal quand elle pense le bien.

Une autre malade, mélancolique avec idées de culpabilité, perçoit dés voix intérieures qu'elle n'entend pas par l'oreille, s'accompagnant de mouvements des lèvres, l'une qui rappelle des faits passés pour elle ou d'autres personnes et une autre qui la gronde : c'est celle du bien qu'elle n'a pas fait. « D'ailleurs, ajoute-t-elle, il y a toujours en moi deux idées qui se contredisent. » Une voix intérieure lui dit de me dire : « Vous avez aimé une femme qui est le diable ; » et une autre lui dit qu'elle a mal fait de le dire. — « Je suis Jésus en vous, » lui dit une voix au cœur, et une autre répond h la même place : « Tu es ironique. »

Certains malades interprètent ces hallucinations comme une faveur, ils voient là un fait de communication de pensée, une inspiration qui leur vient d'en haut. C'est le cas des théomanes, des prophètes. — Une aliénée que nous avons observée à la Salpètrière se prétendait en relation avec les esprits de divers hommes célèbres. Elle a conversé d'abord mentalement avec eux; ils lui parlaient intérieurement, dans la tète, mais pas dans l'oreille. Elle sentait alors sa langue remuer comme si elle allait parler. Plus tard elle a obéi à cette sollicitation et a commencé à parler sous l'inspiration

des esprits. Elle parle malgré elle, sa voix est plus agréable que d'habitude et ce qu'elle dit alors est admirable. C'est comme une puissance surhumaine qui la fait parler. Lammenais, Paganini, Pinel, parlent ainsi par sa bouche.

On pourrait ranger dans cette catégorie les médiums auditifs, ou mieux intuitifs, qui entendent la voix intime des Esprits dans leur fort intérieur, et les médiums parlants chez qui l'esprit agit sur les organes de la parole et qui disent des choses complètement en dehors de leurs idées habituelles, de leurs connaissances et même de la portée de leur intelligence

Les hallucinations verbales psycho-motrices ne sont pas toujours de même caractère et sont souvent aussi antagonistes, l'une soutenant le pour, l'autre le contre, comme chez la mélancolique dont nous avons parlé tout à l'heure. C'est en quelque sorte la lutte du bien et du mal. Il s'établit alors une véritable conversation intérieure (conversation mentale) participant de tous les caractères des hallucinations motrices verbales. Tantôt le malade n'a nullement conscience qu'il intervienne en quoi que ce soit dans cette conversation à laquelle il ne fait alors qu'assister, et que lui semblent tenir entre eux deux individus ayant pris possession de luimême.

Dans d'autres cas, il a conscience qu'il peut intervenir seulement dans la conversation soit pour la réponse soit pour la demande, et alors il peut arriver qu'il place en dehors de lui son interlocuteur et se figure ainsi qu'il communique à distance avec certaines personnes. Tel était le cas d'un malade de Baillarger qui

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