En voici quelques extraits
4 octobre -1889. — Braud, châtreuse obstinée contre moi, 220 os de coucouze (parties génitales) et de chaires.
Ensuite il faut citer les impressionneurs d'après déjeuner, qui m'ont décapuchonnée d'une partie de mes os, de crâne, de face, de dessous de face, et de nuque, puis qui m'ont encoliquée ; au point d'avoir éprouvé, des coliques de misérérés etc.
Puis M110 Autoinette Rose, la grande servante, dite la servante almande. Cette femme féroce, et folle, a passée la nuit à défaire 20 os, chaque fois, que les raccommodeurs et les raccommodeuses surtout, dames pleine de charité et d'abnégation et de dévouement à l'humanité I car je suis utile, et non nuisible! chaque fois donc, que nos belles bienfaitrices! me mettaient un os etc.
7 octobre 1889. — Puis l'infâme assassin la tranchiéreuse de têtes ! qui a passée 3 heures à me tranchiérer ! avec un coupetranche qui m'a beaucoup fait souffrir 1 quoique à peine réveillée etc.
8 octobre 1889. — La petite toupie, de la petite arabique, qui a des cheveux à la chien; 400 os ou chaires, etc.
Le singe à Salomon, avec sa petite machine, espèce de fer à souder; rapseuse, de morceaux de fesses, 300 morceaux, etc.
9 octobre 1889. — La carcanteuse de monde, est toujours lambeauteuse acharnée, et demuQeuse déplorable et féroce etc.
Lattigale la micheuse a pleine poigne, et la paralyseuse des Batignolles ; 300 morceaux d'épaules, etc. 2. Ball, Les Écrits des aliénés (Encéphale, 1888).
« Mes nuits » où il dépeignait ses hallucinations' Un autre faisait des chansons politiques dont voici un extrait (fig. 5).
Fig. 5.
Il en est qui font des essais de philosophie, de morale, de sciences, des critiques, des satires. Bien souvent dans leur esprit cela est destiné à fournir la preuve de la rectitude de leur jugement et ne montre au contraire que le manque d'équilibre de leurs facultés intellectuelles.
Une malade du service de M. Falret , atteinte de folie circulaire, a entrepris d'écrire une suite de portraits littéraires qu'elle fait précéder de cette introduction :
i. P. Moheau de Tours, La Poésie chez les aliénés (Ann. de Psych., -1892).
« Si je me suis amusée à vous dépeindre tout cela cher lecteur c'est que je crois en lisant ce petit cahier vous jugerais et verrais si je suis folle ou aliénnée je compte sur votre approbation. »
Un autre joignait cet envoi à ses productions littéraires :
Envoi '
Il faut, docteur, sur la terre et sur l'onde
Mettre en des murs toute la mappemonde,
Vous serez sûr d'avoir beaucoup de fous.
Riez de moi, riez fort à votre aise,
J'ai bonne bumeur et ma gaieté française
Vous dit : « L'auteur n'est pas plus fou que vous. »
M. Régis1 a publié en entier le manuscrit que lui remit un aliéné avec ce préambule : « Ceci est ma propriété personnelle, le fruit de mes études, de mes connaissances spéciales, de mes insomnies et de mes malheurs.
« Je désire que cela'soit détruit aussitôt que possible et ne soit montré à âme qui vive. Il faut laisser les savants français et étrangers tâtonner et ergoter. »
On peut juger par le simple passage suivant si ces prétentions étaient justifiées !
« La terre a été peuplée d'animaux extraordinaires, ainsi que les savants s'accordent à le constater. Vers 4,000 ans avant Jésus-Christ, le bon Dieu, trouvant probablement que ce n'était pas gai sur notre globe, lit Adam et Eve. Darwin et Littré sont enfoncés.
« Quand Caïn est mort, son âme mauvaise, s'est transmise à ses descendants; ceci est pour expliquer la métempsycose ou transmission des âmes. Le déluge peut avoir eu lieu. »
1. Régis, Les Aliénés peints par eux-mêmes. (Encéphale, 188'2 p. 186.)
TK0UBLES
Les testaments mystiques et surtout olographes écrits par les aliénés, peuvent fournir des éléments utiles d'appréciation médico-légale. En l'absence de l'examen direct, l'expert pourra trouver dans ['écriture, la forme, le style, le contenu, des indications précieuses, parfois caractéristiques. Ils peuvent, en effet, porterie sceau de la folie et refléter des désordres mentaux des mieux confirmés. Mais les choses sont loin d'être toujours aussi nettes.
Ainsi que le fait remarquer Legrand du Saulle1, « pour pouvoir se faire une idée très nette d'un document analogue, il importe d'abord d'être sincèrement renseigné sur les habitudes normales, les tendances, le caractère, le degré d'éducation et l'écriture physiologique du de cujus. En général, plus un homme a été intelligent, bien élevé, distingué et lettré, et plus l'appréciation est exacte et probante. »
Incorrections de style , expressions équivoques , phrases décousues ou antigrammaticales, fautes d'orthographe, mots oubliés, ponctuation à peine indiquée, configuration vicieuse des lettres, accentuation négligée, tout a une signification. L'examen comparatif et le rapprochement des écrits avant la maladie et pendant la période délirante est donc un chose indispensable.
1. Legrand du Saulle, Étude médico-légale sur les testaments, p. 1 4-8. Voir aussi du même auteur La folie devant les Tribunaux, 18G4 ; Le Délire des persécutions, 1871.
Marcé, loc. cit.
Tardieu, loc. cit.