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MODIFICATIONS DES SIGNES GRAPHIQUES

Nous ne nous occuperons pour l'instant que des modifications des signes graphiques en rapport avec les troubles intellectuels.

Les lettres sont parfois mal formées, hésitantes, inachevées, à peine accentuées, mal dessinées, tremblées, offrant des sinuosités arrondies dans les grands jambages (mélancoliques); ou hardies, très appuyées (maniaques); lourdes, mal habiles comme celles d'un écolier qui commence (déments). Elles peuvent être aussi irrégulières, de grandeur inégale, revêtir la forme d'écriture dite en miroir (hystériques, aphasiques). Certains mots, certaines lignes sont de grandeurs différentes, écrits en italique, ou soulignés d'un ou de plusieurs traits, comme dans les écrits de persécutés qui veulent de cette façon attirer spécialement l'attention sur des faits qu'ils regardent comme importants et que l'on doit prendre en considération, car l'on y trouve souvent l'exposé de leurs principales conceptions délirantes.

Parfois même ces mots écrits en gros caractères ou soulignés, sont agencés de façon à constituer par leur ensemble une sorte de résumé suivi des faits exposés dans l'a lettre, comme chez ce persécuté qui, en tête de

ses réclamations, écrivait : « si pressé ne lire que les mots soulignés. »

Certains écrits renferment aussi des majuscules à tout propos (voir fig. 9), au commencement ou dans le cours des mots, et cala souvent dans le même but que précédemment. Quelquefois les lettres sont formées de deux traits accolés l'un à l'autre, donnant ainsi en réalité deux lettres concentriques, ou entourées d'arabesques fantaisistes.

Lorsque les malades savent plusieurs langues, il n'est pas rare de rencontrer dans leurs écrits des signes graphiques appartenant à chacune de ces langues, sans que pour cela le mot ainsi formé appartienne à la langue correspondante (fig. 7).

Fig. 7.

D'autres modifient les signes de leur langue usuelle. Un persécuté que nous avons pu observer écrivait les i en forme de croix (-(-) ou de T renversé (jj;).

De ces modifications de certaines lettres, il convient de rapprocher l'écriture hiéroglyphique qu'emploient quelques aliénés. Tantôt ce sont des bâtons simulant l'écriture cunéiforme, tantôt des signes , rappelant de loin l'écriture chinoise, par exemple. L'adoption de ces signes cache souvent une idée délirante spéciale. Une malade, depuis la guerre du Tonkin, croit jouer un rôle dans la conquête de cette colonie, et ne se sert plus

pour écrire que de caractères qui rappellent ceux que l'on voit sur les boîtes à thé (lig. 8).

Fig. 8.

Très souvent aussi ces hiéroglyphes n'ont aucun sens caché, de même que ces bâtons que tracent avec le plus grand sérieux des déments et des faibles d'esprit et qu'ils s'imaginent avoir un sens qu'ils sont, d'ailleurs, eux-mêmes incapables de donner.

Parmi les modifications des signes graphiques, il convient encore de ranger l'absence totale de ponctuation (mélancolie, manie, démence), ou, au contraire, un abus de ponctuation (fig. 9). Souvent alors ce sont des points de suspension, d'interrogation ou d'exclamation à tout propos, plusieurs à la suite du même mot (fig. 4) ; de même, des accentuations bizarres, comme cet accent circonflexe que nous avons signalé plus haut chez une de nos malades.

M.JlLju-*.. gS-JL^-*.,- • ^ A- ^ A <**~S Zj^jU-..*--, & Juif:**.* , -êé yto. <-~V -.>*-—

Fig. 9.

Un aliéné observé par M. Bail mettait trois points sur les i et trois barres sur les t, et triplait les signes

de ponctuation en l'honneur de la sainte Trinité. Les phrases ou les mots étaient quelquefois interrompus par des casiers noirs qui n'étaient pas de simples ratures, mais constituaient des figures spéciales commandées par Dieu.

Il n'est pas rare de rencontrer au cours des écrits de ces sortes de signes symboliques. Nous avons rapporté plus haut la copie d'un écrit d'une malade qui commençait toujours ses lettres par trois croix surmontées du mot Dieu (p. 234).

Un aliéné, obsédé par des hallucinations religieuses et se croyant possédé du démon, avait l'habitude de faire précéder toutes ses lettres et tous ses billets, d'un calvaire tracé à la plume, orné de symboles religieux et de trois points disposés en triangle. Il soulignait exactement tous les mots ayant trait, même indirectement, aux choses religieuses, et faisait suivre sa signature d'emblèmes analogues. (Legrand du Saulle.)

Les caractères graphiques des signatures doivent être également pris en considération. Tantôt la signature est tracée tout en majuscules, tantôt la majuscule initiale manque. Le paraphe aussi n'est pas sans se faire remarquer souvent par son excentricité.

Même chez un seul individu, les caractères des signes graphiques sont très variables souvent dans le corps d'une unique lettre, qui semble ne pas être due à la même plume. Ces variations peuvent être en rapport avec la mobilité des sentiments qui animaient le malade au moment où il écrivait, avec la fatigue de l'attention, avec la nature des idées exprimées. Elles peuvent tenir aussi à ce qu'il copie au cours de ses lettres les hallucinations auxquelles il est en proie, les voix qu'il entend. Nous aurons à revenir sur ces cas particuliers.

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