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D'ailleurs, chez certains malades, aigus notamment, ou atteints de maladies rémittentes ou intermitlrnlr-. l'écriture se modifie an cours de l'accès pour redevenir normale au déclin, ou dans les intervalles de lucidité, et c'est ainsi que l'examen de l'écriture peut être un signe diagnostique de grande importance.
Appendice. — Il est beaucoup d'aliénés qui ne se contentent pas d'écrire, mais qui font imprimer leurs productions. Les malades qui portent ainsi leurs œuvres à la connaissance du public, y sont .généralement poussés par deux ordres d'idées, des idées de persécution ou des idées de grandeur. Leur but est d'exposer, par exemple, des découvertes de tout genre : inventions, théories politiques, religieuses, scientifiques, etc.. ou d'attirer l'attention générale sur les souffrances qu'ils endurent, sur les manœuvres de leurs ennemis. Ces imprimés revêtent toutes les formes possibles : affiches, articles de journaux, recueils de poésies, de chansons, brochures, romans, autobiographies en un ou plusieurs volumes. On y retrouve la plupart des particularités que nous venons d'exposer.
ARTICLE II
Troubles du langage écrit résultant de troubles de la l'onction langage (Dysgraphies).
| I. — DYSGRAPHIES ORGANIQUES
Gomme pour la parole, les troubles de la fonction langage retentissant sur l'écriture-, soit qu'ils existent seuls, soit qu'ils se trouvent associés à d'autres désordres intellectuels, peuvent être distingués en organiques et fonctionnels.
Nous n'avons pas ici à nous occuper des agraphies organiques prises en elles-mêmes; et, au point de vue de leur existence chez les aliénés, nous ne ferions que répéter ce que nous avons dit précédemment des aphasies en général.
| II. — DYSGRAPHIES FONCTIONNELLES
1° Agraphies fonctionnelles. — Quant aux dysgraphies fonctionnelles, en tant qu'elles consistent dans une perte plus ou moins complète, plus ou moins durable, des images graphiques, elles peuvent se présenter chez les aliénés dans les mêmes circonstances que les autres formes de clysphasies, et même la plupart du temps,
les dysphasies de ce genre n'existent pas seules, mais sont accompagnées d'autres troubles variés delà fonction langage. Nous en avons déjà cité des exemples.
Un fait psychologique qu'il importe de rechercher, mais qu'il est le plus souvent bien difficile d'élucider, c'est de savoir, lorsque les agraphies fonctionnelles se rencontrent chez les aliénés, comme les mélancoliques qui disent ne plus savoir ni pouvoir écrire, s'il s'agit d'une agraphie fonctionnelle pure; ou si cette agraphie est sous la dépendance d'autres troubles fonctionnels du langage, de même qu'il y a des agraphies organiques d'origine sensorielle ; ou enfin, s'il ne s'agit que d'une perte du pouvoir de synthèse mentale, empêchant le malade de formuler ses pensées par l'écriture bien que les images graphiques subsistent en elles-mêmes, ou de coordonner les mouvements nécessaires pour tracer les signes graphiques.
En regard de ces dysgraphies fonctionnelles, il en est d'autres qui se présentent sous une forme toute spéciale et sur lesquelles nous devons nous arrêter. Ce sont celles qui se produisent lorsque le centre cortical qui est le siège des représentations mentales des mouvements nécessaires à l'écriture, se trouve atteint par ce trouble fonctionnel particulier qui, dans les autres centres du langage, détermine les différentes variétés d'hallucinations verbales que nous avons examinées en détail.
2° Hallucinations verbales motrices graphiques; impulsions graphiques. — De même qu'il existe des hallucinations verbales auditives, visuelles, motrices d'articulation, il y a aussi et devant être rapprochées de ces dernières, des hallucinations motrices graphiques. C'est alors l'image graphique qui entre en jeu et, par
suite de l'état d'éréthisme du centre cortical spécial où elle se trouve localisée, le malade a la perception exacte d'un mot à l'aide des représentations des mouvements adaptés à l'écriture, qu'il accomplirait réellement s'il écrivait le mot. Nous en avons observé un exemple très net chez une dame, âgée de quarante ans environ, nullement hystérique, mais très émotive, ayant été agoraphobe, traitée comme telle par Legrand du Saulle, et qui en outre, a des hallucinations conscientes et obsédantes. Elles se présentent sous la forme commune auditive, visuelle, tactile. Elles sont aussi verbales auditives, visuelles, motrices d'articulation. Mais de plus, elle a présenté une fois à notre observation directe une hallucination verbale motrice graphique. Elle était venue à la consultation externe de la Salpêtrière, et pendant que nous parlions, nous la voyons tout à coup porter la main droite sur la région du cœur, devenir toute rouge et trembler; ces symptômes étaient l'accompagnement ordinaire de ses hallucinations. Sur notre demande, elle nous explique que pendant que nous lui parlions, elle a eu tout à coup l'idée de prendre un porte-plume qui se trouvait sur le bureau. Elle ne l'a pas fait, mais en même temps, « elle a senti comme si sa main marchait et écrivait la réponse qu'elle voulait nous faire ». Cette malade est parfaitement consciente de toutes les hallucinations variées qu'elle éprouve et qui provoquent des angoisses incessantes. Elle n'a aucune idée délirante.
Pour interpréter ce fait particulier, n'est-il pas rationnel de supposer que la pensée de la malade a pu prendre corps, surtout au moyen des images graphiques qui, dans ce cas, acquièrent une intensité suffisante pour provoquer la perception des mouvements néces-
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saires pour tracer les signes graphiques, qui sont la traduction matérielle de la pensée?
Sans reprendre ici les considérations déjà émises à propos des hallucinations motrices, nous ne signal. t »ns que les points plus particuliers aux hallucinations graphiques. Gomme pour les hallucinations verbales motrices d'articulation, on peut distinguer, dans les hallucinations verbales graphiques, différents degrés, d'intensité, suivant qu'elles ne s'accompagnent pas de mouvements correspondants (hallucinations graphiques kinesthéliques proprement dites) ; ou bien qu'il y a un mouvement réel, plus ou moins accentué, dans la main (hall, motrices graphiques); ou bien même que les mouvements d'écriture sont réellement exécutés, que le malade écrit. Ce dernier cas constitue l'impulsion graphique.
D'un autre côté, quel que soit le degré d'intensité que revêtent ces phénomènes particuliers, le sujet peut se rendre un compte exact de leur nature pathologique, comme dans le cas précédent; ou bien il leur donne une interprétation délirante en rapport avec ses idées particulières. C'est ainsi qu'un persécuté prétend qu'à l'aide d'un appareil « dynamo », ses persécuteurs en arrivent à écrire avec sa propre main et à défigurer les lettres qu'il trace. Ses lettres sont très curieuses, et l'on y voit deux écritures distinctes. Par exemple, après avoir minutieusement décrit les épouvantables tortures qu'on lui a. fait subir dans sa baignoire, il signe :
« Léon G..., persécuté et exécuté tous los lundis de terribles et cruelles expériences électriques sur moi, chaque fois que je suis dans ma baignoire depuis 39 mois, « et nous espérons encore en faire des expériences et te faire souffrir effroyablement dans les con-
torsions et les contractions... » Suit l'annonce de souffrances nouvelles pour le jour suivant, avec le détail de tout ce qu'il endurera. Les prédictions se réalisent toujours, d'ailleurs, de point en point: ajoutons que le malade disait écrire ainsi sous la dictée de ses persécuteurs.
Une femme que nous avons observée avec le docteur Huet, dans le service de M. Charcot, en 1888, entachée d'ailleurs d'hystérie, s'était mise deux ans et demi environ auparavant, après avoir lu Allan Kardec et sur la foi d'une voisine, à faire tourner les tables. Un peu plus tard, elle entendit des craquements dans les murs, les plafonds, le jour comme la nuit; son mari lui disait que c'étaient simplement les meubles ; mais elle avoue que c'étaient les esprits. Quelquefois, ilpassaitsur son lit comme une masse : elle a vu un jour à son côté gauche une bête noire, comme un monstre. Cet hiver (octobre 1887), elle a fait les écrits; on lui a dit d'essayer : elle a pris une plume du papier et elle a écrit de suite. Avant d'écrire, elle posait une question ; elle sent alors qu'on lui prend la main, elle ressent dedans comme un fluide froid, et elle écrit malgré elle, de la ronde, de la demi-ronde qu'elle ne sait pas, signe la signature de son père, etc.. L'écriture changeait à chaque fois. Quand elle écrit elle-même, elle ne sent pas sa main prise et apprécie la différence. Parfois, quand elle écrit à ses parents, l'esprit la prend et elle écrit autre chose. En écrivant l'esprit lui donne la pensée par l'estomac. La voix épigastrique n'est pas une voix, mais une pensée. Elle l'entend dans l'estomac; elle prétend ne ressentir rien dans la langue ni dans les lèvres; niais, ajoute-t-elle, « c'est comme si c'était moi qui parlais ». Parfois elle sent comme un fluide
qui lui passe sous le nez et, après le souffle, « elle a des mouvements dans les lèvres comme un lapin qui broute, et elle sent sa langue remuer tant soit peu C'est l'esprit, dit-elle, qui la fait rire, mais elle pince les lèvres. Quand elle invoque les anges, elle a comme des frôlements d'ailes autour de la figure. Par moment, la voix épigastrique a dit « grosse saleté », et elle l'a entendue. « L'esprit la faisait aussi parler malgré elle. » Dans d'autres moments, elle ne pouvait pas parler quand elle entrait au confessionnal »
Entre autres particularités intéressantes (mécanisme de ces hallucinations, modifications parallèles dans l'aspect de l'écriture), ces exemples nous montrent que les hallucinations ou impulsions verbales graphiques peuvent ne pas être isolées, mais s'accompagner de phénomènes analogues dans les autres centres du langage. Le premier malade écrivait sous la dictée de ses tourmenteurs, mais sans préciser comment il les entendait; chez la seconde, les choses sont plus catégoriques, et c'est par la pensée que les esprits lui parlent; c'est une voix intérieure qui semble guider les mouvements de la main. En un mot, l'hallucination verbale graphique est accompagnée d'une hallucination verbale motrice d'articulation. Ces dernières hallucinations existent d'ailleurs chez elle à l'état isolé et d'une façon très nette.
La co-existence d'une hallucination graphique avec l'hallucination auditive n'a rien qui puisse paraître étrange. Car les rapports qui unissent les images verbales auditives et graphiques sont nettement mis en