P. Blocq, Rullelin médical, n
reproduit d'une manière plus ou moins complète et suivie, et le sujet peut ainsi répéter inconsciemment, plusieurs fois de suite, le signe graphique qu'on lui a fait tracer une première fois. Cette répétition inconsciente peut avoir lieu, non seulement à la suite d'un mouvement passif, mais encore à la suite d'un mouvement volontaire, ainsi qu'en témoignent les nombreuses répétitions de lettres ou de mots qu'on rencontre dans les écrits des hystériques, et qui donnent lieu à ce qu'on a appelé le bégaiement de l'écriture.
Dans les cas où l'on imprime des mouvements passifs d'écriture, il est un fait important à noter, qui démontre l'intelligence qui préside à cette écriture, cependant inconsciente, c'est que le sujet corrige après coup les fautes d'orthographe qu'on a pu lui faire commettre en guidant sa main.
Au lieu de se borner à la répétition pure et simple d'une lettre qu'on lui a fait tracer, le sujet peut aussi continuer à écrire inconsciemment un mot commençant par cette lettre, ou une phrase entière.
De plus même, on peut assister ainsi, sans que l'on intervienne en rien, à la traduction inconsciente par l'écriture d'un état de conscience. Et c'est ainsi qu'il suffit de mettre un crayon dans la main du sujet en expérience, pour qu'il écrive sans s'en douter des réponses aux questions qu'on peut lui poser. Comme le dit très justement M. Binet : « Lorsque l'hystérique tient, entre les doigts de la main anesthésique, une plume dans la position nécessaire pour écrire, cette plume enregistre l'état de conscience prédominant du sujet. Si le sujet pense spontanément à une personne, ou à une chose, ou à un chiffre, ou si on le prie de penser à tout cela, sa main anesthésique qui tient une
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plume écrit aussitôt le nom de cette personne, ou de l'objet, ou du chiffre. Lorsque ses yeux sont fermés ou que son attention est portée ailleurs. le sujet ne s'aperçoit pas du mouvement de sa main qui révèle à l'expérimentateur le fond intime de sa pensée. »
Nous avons contrôlé maintes fois le bien fondé de ces expériences et nous pensons que leur connaissance peut rendre parfois de réels services dans la clinique mentale, lorsque l'on a affaire àdes hystériques aliénées, dissimulant leur délire.
C'est ainsi que, par le secours de l'écriture automatique inconsciente, nous avons pu dépister chez une hystérique aliénée des plus méfiantes que nous interrogions vainement depuis plusieurs jours, des idées de suicide que nous n'avions fait que soupçonner, et qui déjà, à l'insu de tout l'entourage, avaient reçu un commencement d'exécution, la malade avalant depuis quelque temps du laudanum à haute dose. Il nous a été possible par la suite de contrôler les faits eévélés par l'écriture inconsciente. Grâce à ce procédé, il nous a maintes fois été facile de prendre notre malade en flagrant délit de mensonge, savoir ce qu'elle cherchait à cacher, et cela à son plus grand étonnement; car elle n'avait nullement conscience de ce qu'elle écrivait et nous eûmes bien garde de l'en instruire.
Dans tous ces cas, le sujet a donc une représentation mentale consciente et rien de plus. A cette représentation mentale vient s'ajouter une image motrice graphique, qui détermine le mouvement de la main ; mais cette image motrice graphique reste inconsciente.
Au point de vue des signes graphiques, l'écriture automatique est souvent gauche, embarrassée, indéchiffrable, ou affecte la forme en miroir.
Quant à la pathogénie de ce phe'nomène psychologique, il existe différentes théories pour l'expliquer. Sans entrer dans les détails, nous nous bornerons à citer les principales.
M. Myers voit là des faits de suppléance de l'hémisphère droit du cerveau, analogues à ceux qu'on admet dans la restauration des aphasies organiques. Pour lui, l'écriture automatique serait fonction de l'hémisphère droit. Le défaut d'éducation, l'infériorité d'action des centres de cet hémisphère, expliqueraient les caractères de cette écriture, son inconscience, ses irrégularités, sa forme en miroir, son contenu trivial, obscène, etc;
Cette théorie semble bien peu acceptable et les raisons qu'en donne M. Myers ne sont pas faites pour entraîner la conviction. Les objections dont elle est passible ont d'ailleurs été bien formulées par M. P. Janet.
M. Gley fonde sa théorie sur les associations des quatre espèces d'images verbales. 11 pense que dans toute image il entre des éléments moteurs dont les résidus s'associeraient à ceux qui résultent des mouvements de l'écriture. La représentation d'un mot éveillerait toujours, plus ou moins inconsciemment, l'image graphique correspondante dont l'exécution active se produit dans l'écriture automatique.
Pour M. Pierre Janè't, de l'opinion duquel se rapproche au fond M. Binet, il s'agirait là d'un fait de désagrégation psychique. Les faits de rééducation que l'on observe chez les aphasiques, par développement d'une représentation nouvelle à la place de celle qui fait défaut (la représentation auditive, par exemple, remplaçant la représentation visuelle), montrent qu'il peut se produire chez un même individu plusieurs espèces de langages, différant par les images psychologiques
employées, plutôt que par l'hémisphère eérébral qui les produit. C'est une différence de ce genre qui semble exister dans les divers langages des médiums, dans l'écriture inconsciente. Il se forme plusieurs personnalités partielles, constituées par une synthèse d'images se groupant autour de centres différents et non nouveaux. Ces images sont bien les mômes, mais leur groupement, leur répartition sont changés. Elles sont agrégées en groupes plus petits qu'à l'ordinaire qui donnent lieu à la formation de plusieurs personnalités incomplètes, au lieu d'une seule plus parfaite. Ces différentes synthèses ont une existence plus ou moins indépendante et ne sont point ramenées à cette synthèse supérieure qui constitue l'idée du moi, de la personnalité.
■Cette explication de M. P. Janet ne contredit point, en somme, celle de M. Gley. Elle est seulement plus complète et rend mieux compte, à notre avis, et du mode de production et de la nature de l'écriture automatique inconsciente. Elle peut, d'ailleurs, s'appliquer aussi à la parole automatique et inconsciente.
Ces phénomènes qui représentent en fait le dernier terme de l'hallucination motrice d'articulation et graphique, nous montrent la signification qu'elles peuvent avoir au point de vue des désordres de la personnalité. Toutes deux, même dans leurs états les moins accentués, ne représentent que des faits d'automatisme psychologique, de désagrégation de la personnalité.
ARTICLE III
Des troubles de l'écriture.
Dans ce chapitre nous ne nous occuperons plus des modifications des signes graphiques qui sont sous la dépendance directe de l'état mental du sujet; mais seulement des causes qui peuvent agir sur l'exécution même du mouvement, et par suite sur la forme des signes graphiques.
| I. — Parmi ces causes, nous citerons d'ahord le manque d'exercice, l'éducation défectueuse de l'écriture lorsqu'elle est liée cà l'état mental même du sujet, comme chez les idiots et les imbéciles Chez l'idiot, quand elle n'est pas nulle, l'écriture est toujours mauvaise et se réduit souvent à des bâtons ou à. des signes informes. L'imbécile n'apprend guère à former ses lettres; il est incapable d'écrire régulièrement, et son écriture diffère même souvent d'une ligne à l'autre, reflétant ainsi la mobilité de son esprit.
I H- — Chez cette catégorie de malades se rencontrent souvent aussi des malformations congénitales ou accidentelles de la main et des doigts (doigts palmés, soudés, surnuméraires) pouvant, jusqu'à un certain