Séance du 28 mai
bras, ou de l'avant-bras sur le bras, du pied sur la jambe ou de la jambe sur la cuisse, ou bien encore, l'élévation d'une épaule; d'autres fois, ce sont des mouvements plus étendus, le frottement d'une main contre l'autre; d'autres fois encore, c'est la marche en avant : la malade pénètre sans but, mais le sachant, dans une chambre, la parcourt et se retire; c'est tout, mais dès qu'elle a commencé à marcher, elle ne peut plus s'empêcher de continuer, et elle éprouverait un très grand malaise si elle s'arrêtait. Tous ces mouvements sans utilité, sans objet, s'effectuent en dehors de la volonté: la. malade les constate, tout en restant impuissante à à les réprimer. . . .
Dans d'autres circonstances, les phénomènes sont plus complexes, c'est toute la mimique d'un état passionnel nettement déterminé, le rire ou les pleurs, qui échappent à la volonté; et cette manifestation extérieure est en désaccord avec l'état cénesthétique du sujet qui, tantôt est indifférent, tantôt, au contraire, est opposé à la nature même de la manifestation. Ainsi C... a été prise un jour d'un fou rire à l'enterrement de son grand-père, pendant que toute la famille en larmes se lamentait, et qu'elle était elle-même profondément affligée de la perte de ce parent qu'elle aimait beaucoup et qui s'était toujours montré très bon pour elle. D'autres fois, au contraire, elle pleure sans qu'aucune cause intérieure ou extérieure explique cette manifestation de la tristesse, indépendante de la disposition morale et de la volonté. »
Des phénomènes semblables ne sont pas rares chez les hystériques dont le rire n'est souvent qu'un phénomène spasmodique sans caractère émotionnel.
fl est des cas inverses dans lesquels l'impulsion fait *
défaut : l'individu reste immobile, apathique, ne (ail aucun mouvement, la physionomie est immuable. Ces! le cas de bien des mélancoliques surtout en stupeur, dont l'attitude affaissée ne traduit plus que l'anéantissement des forces volontaires, qui les rend incapables d'une mimique expressive.
Lorsque les choses sont moins accentuées, il se produit simplement de l'incertitude dans les mouvements, qui manquent de coordination, comme cela s'observe chez les mélancoliques simples ou dans certaines formes de délire du toucher (actif) distinct de la folie du doute. M. Pierre Janet a rapporté récemment l'histoire d'une malade de cette dernière espèce, chez laquelle l'aboulie déterminait une sorte de délire du toucher en ce sens que cette jeune fille ne pouvait coordonner ses mouvements pour accomplir un acte ou toucher un objet, toutes les fois que cela se présentait dans des circonstances nouvelles pour elle ; alors qu'elle accomplissait facilement certains actes qui lui étaient familiers, devenus par cela même automatiques.
Chez les malades de ce genre, l'incoordination des mouvements est un phénomène psychologique analogue à ce défaut général de synthèse mentale dont nous avons déjà parlé et qui les empêche de comprendre ce qu'ils voient ou entendent, et d'exprimer leurs idées par la parole.
Il est encore une catégorie de malades chez lesquels la mimique est en désaccord, ou même sans rapport avec l'état émotionnel. Ce sont les catatoniques de Kahlbaum. De même qu'ils déclament avec emphase des phrases monotones et insignifiantes, de même leurs attitudes pathétiques ne trahissent souvent que des émotions très vulgaires. Mais de plus, ils présentent des troubles
psychomoteurs variés , indépendants de tout état émotionnel et revêtant les aspects les plus divers (états convulsifs, de raideur musculaire plus ou moins généralisée, de résistance systématique, choréi formes, calaleptifiormes...).
Nous venons dans tout ce qui précède de montrer qu'il y a des mouvements de la physionomie. ou des membres, des attitudes diverses qui ne sont en rien la traduction d'un état émotionnel. Il est des cas,, au contraire, où les états émotionnels, qui semblent ne provoquer aucune réaction intérieure, s'accompagnent cependant de mouvements parfois assez étendus, pouvant être mis en évidence par un artifice expérimental, et inconscients pour le sujet.
Ces mouvements inconscients, dont M. Ghrevreul1 avait signalé toute l'importance, ont été surtout bien étudiés par M. Ch. Llichet3 et à sa suite par différents auteurs3.
C'est un fait physiologique que toute pensée se traduit par un mouvement, changement de pression artérielle ou du rythme du cœur, de la respiration, de la tension musculaire, etc. Ces modifications involontaires ne font jamais défaut sans doute, mais peuvent échapper à notre conscience, soit par leur nature même (changements de la tension sanguine, du rythme cardiaque), soit parce que notre attention se trouve distraite. D'ail-
1 . Chevreul, De la baguette divinatoire, du pendule explorateur et des tables tournantes. Paris, 1854.
2. Ch. Richet; Les Mouvements inconscients (hommage à Ghevreul, 1886).