‹ Des troubles du langage chez les aliénés [electronic resource]Chapitre 89 sur 93 · Mantegazza, loc. cit., p · texte numérisé non relu

Mantegazza, loc. cit., p

T ROUBLES

pas négliger, c'est l'expression de l'œil. Les muscles de l'œil sont moins dociles à la. volonté que les muscles de la face, des membres, etc. Aussi dans les émotions feintes, tandis que les mouvements des bras, des jambes, le jeu des muscles de la lace sont poussés à l'extrême! l'œil est le dernier à participer à ce désordre de l'expression, et le contraste entre cette immobilité du regard et le tumulte des autres mouvements suffit bien souvent à révéler une émotion simulée.

Inversement, lorsqu'on veut dissimuler une émotion, on s'efforce de restreindre le domaine de la mimique et l'on commence par les muscles qui obéissent le plus vile à la volonté. Les membres, le tronc restent immobiles, la face elle-même peut être impassible. Mais alors un observateur attentif trouvera concentrés dans l'œil toutes les forces expressives qui devraient être éparses sur un champ plus vaste . Cette expression de l'œil en rapport avec l'émotion peut subsister alors même que l'individu ne s'est pas contenté d'imposer silence aux manifestations mimiques de la face, des membres, mais encore cherche à leur substituer des expressions diamétralement opposées. C'est ainsi qu'au milieu d'un rire factice, l'œil s'humecte de larmes Irabissant un sentiment douloureux.

Un autre élément de diagnostic peut être fourni par les troubles de l'innervation vaso-motrice, qui n'obéit guère à l'influence de la volonté. Aussi faut-il porter grande attention à la rougeur ou à la pâleur subite du visage qui souvent, chez des aliénés qui ont un intérêt quelconque à dissimuler, est le signe involontaire d'une émotion qu'aucun geste ne vient traduire au dehors.

Il peut arriver aussi que malgré tous les efforts du sujet pour dissimuler son émotion elle arrive à se Ira-

duire, non plus par son mode d'expression habituel, mais par des mouvements quelconques qui se produisent par une sorte de substitution involontaire, tel que le tapotement du doigt sur une table, un mouvement Rythmique de la jambe, du pied, etc.

D'autres fois enfin, on peut être mis en garde contre la dissimulation par la constatation de certains faits résultant de ce que l'individu, ne pouvant plus en quelquesorte maîtriser ses manifestations mimiques, cherche un secours dans une diversion. Pour cacher son émotion véritable, il feint de s'intéresser tout à coup à différents sujets étrangers, s'occupe de ce qui l'environne, parle avec volubilité, avec force gestes, de choses variées et jusque-là indifférentes. L'émotion qui ne peut s'épancher au dehors par la mimique naturelle semble avoir imprimé une activité insolite à la manifestation de pensées confuses et secondaires.

Toutes ces particularités sont de constatation journalière chez les aliénés : mélancoliques et persécutés surtout nous en offrent de nombreux exemples.

Aussi le médecin qui pratique l'interrogatoire d'un aliéné parfois simulateur, souvent dissimulé, doit-il ne pas perdre de vue tous les faits que nous venons de signaler et dans ces cas se rappeler que c'est bien plus souvent par la mimique que par la parole ou l'écriture, que peuvent se faire jour au dehors les manifestations involontaires de la pensée.

Préface

Introduction

Chapitue I. — Division et plan général du sujet

Chapitre IL — Du développement du langage chez les idiots et chez les imbéciles

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