‹ Des Troubles Objectifs de la Sensibilité dans les PolynévritesChapitre 14 sur 15 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Interprétation des expériences précédentes.

En effectuant les expériences dont nous venons de donner le détail, nous avons pris soin de nous mettre le plus possible en garde contre les causes d'erreur. C’est ainsi que nuus n'avons fait nos recherches qu'après avoir au préalabie bandé les yeux de nos malades. Nous avons ensuite très soigneusement et minutieusement exploré et limité les zones anesthésiques. Pour ce faire, nous avons eu soin d’intervertir à plusieurs reprises l’ordre d'application des moyens de contrôle des diverses sensibilités au tact, à la piqûre, à la température. Nous avons appliqué tantôt le tube froid ou chaud, tantôt la pointe de l’épingle, tantôt le flocon d’ouate, priant le malade d'indiquer la sensation perçue et. de la localiser. Nous avons enfin répété plusieurs fois l’application de chacun des agents esthésiogènes, laissant s’écouler entre chaque expérience un temps suffisamment long pour être bien sûr que tous les effets de la précédente avaient eu le temps de disparaître.

Bref, tant dans la détermination des anesthésies relevées au cours de nos observations, que dans l'étude de leur modification par les agents esthésiogènes, nous nous sommes entouré de toutes les garanties possibles.

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Etant donné le nombre malheureusement restreint des malades sur lesquels nous avons pu expérimenter, nous ne Saurions être catégorique dans l'interprétation des résulfats obtenus.

Théoriquement, on peut très bien admettre que si les lésions névritiques, dans un membre, remontent à la méme hauteur dans les différents troncs nerveux, les troubles de sensibilité qui en résulteront auront une distribution segmentaire et une limite sensiblement circulaire.

Supposons en effet qu'il existe à l’avant-bras par exemple et au même niveau, une section du radial, du cubital et du médian, il est évident que l’anesthésie qui en résultera aura une limite supérieure à peu près circulaire.

Or, les limites des anesthésies que nous avons constatées sont, elles aussi, sensiblement circulaires. Il nous paraît donc assez légitime de penser, d’après les données cliniques, que, dans les polynévrites à forme sensitive, il existe, au point de vue des filets nerveux sensitifs, des altérations qui intéressent ces filets depuis leurs ramifications ultimes jusqu'à une certaine hauteur dans le nerf. Du point jusqu’où remonteront ces altérations dépendra la hauteur de la . limite de la zone anesthésique. Et la régénération s’opérant du centre vers la périphérie, ces zones régresseront progressivement, tout en gardant toujours une limite à peu près circulaire. C’est ce que nous avons observé.

D'autre part, les recherches anatomo-pathologiques nous : apprennent que les lésions des nerfs dans les polynévrites sensitives Sont d'autant plus accentuées que l’on considère un point plus voisin de l’extrémité des nerfs, que ces lésions dégénératives affectent la forme de la dégénérescence wallérienne ou de la névrite périaxile. Malheureusement, aucune observation existante ne fait connaître exactement jusqu'où remontent les lésions des troncs nerveux. D’ailleurs, cette hauteur doit varier dans les différents cas.

Ces lésions périphériques des nerfs expliquent suffisamment bien la distribution des zones anestnésiques et leur

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mode de régression naturelle dans l’évolution de la maladie vers la guérison.

Mais, d'autre part, nos expériences nous ont montré les limites de ces zones susceptibles de rétrograder momentanément, sous l'influence des agents esthésiogènes, pour revenir, peu d’instants après, à leur état primitif.

Or, il est difficile d'admettre que la simple application, pendant quelques minutes, d’un excitant physique ou chimique, puisse produire une régénération momentanée des lésions nerveuses périphériques existantes, au point de rendre au territoire considéré sa sensibilité complète et normale,

Nous pensons donc qu'il serait assez légitime d'accorder aux centres nerveux une participation dans la production des anesthésies qui nous occupent.

Tout au plus, cette excitation esthésiogénique pourraitelle donner lieu à des modifications circulatoires de nature à changer momentanément les conditions de lexcitabilité des fibres nerveuses.

Mais cette «explication n’est probablement pas suffisante pour rendre compte de la genèse et des variations des limites de l’anesthésie sous l'influence des agents esthésiogènes. Il est très vraisemblable qu'au-dessus des points où les nerfs sont assez altérés pour avoir perdu totalement leur conductibilité, il existe une zone plus ou moins étendue où la fonction des fibres nerveuses, simplement affaiblie ou engourdie, est susceptible d’être réveillée par des influences ‘excitatrices portant soit sur la périphérie, soit sur les centres nerveux. :

Notre nombre mestreint d'observations ne nous permet pas de hasarder à ce sujet une hypothèse, mais nous pensons que des recherches ultérieures, entreprises sur ces données, pourront peut-être apporter de précieux éclaircissements au sujet de la part des centres nerveux dans l'existence des anesthésies organiques, des anesthésies dites hystériques, par exemple. |

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