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Ceci dit, passons à notre expérience. L'appareil que nous figurons ici (fig. 1) est une chambre antérieure
en verre qui, toutes proportions gardées, est un grossissement de la chambre antérieure naturelle. La cornée ayant 8 millimètres de rayon de courbure, nous avons donné 8 centimètres de rayon à la calotte en verre qui la représente, et l'iris, dans l’œil humain, étant à une distance de 3 mm. 6 du centre de courbure de la cornée, nous avons appliqué un verre plan, percé en son centre d’une ouverture et simulant l'iris, à une distance de 3 cm. 6 du centre de courbure de la calotte. Puis, pour figurer l’angle irido-cornéen avec une zone circulaire de filtration, nous avons réuni le verre irien et le plan de section de la calotte avec une couche assez épaisse de cire à modeler que nous avons percée de nombreuses ouvertures au moyen d’une fine aiguille.
Au diaphragme central du verre plan représentant l'orifice pupillaire, nousavons adapté un tube de verre
se continuant par un tube en caoutchouc lequel est en communication par son autre extrémité avec un entonnoir que nous pouvons élever plusou moins au-dessus de la chambre antérieure.
L'appareil ainsi décrit est disposé comme le représente la figure. Nous versons alors dans l’entonnoir de l’eau tenant en suspension des substances très ténues et assez légères : petits flocons de fibrine, débris très fins de matières organiques; un liquide troub'e passe dans la chambre antérieure ; nous élevons très peu l’entonnoir pour que la pression soit très faible dans la chambre, et de la sorte une filtration très lente se fait à travers la cireà modeler percée d'ouvertures ; les matières en suspension dans l’eau sous l'influence de la pesanteur, sous l'influence du courant déterminé par celte faible filtration se déposent presque toutes quand elles sont un peu trop lourdes dans les parties déclivesdel’angleirido-cornéen, tandis queles plusfines et les plus légères salissentla face concave de la calotte dans ses parties inférieures en dessinant le triangle caractéristique et que les autres parties de cette cornée artificielle ne présentent pas trace de dépôts.
Un phénomène analogue se produit dans l'œil, les dépôts ont des tendances à gagner les parties déclives ; s’ils sont toujourslocalisés en bas, cela tient à la station verticale de l’homme et il est probable qu’une autre attitude longtemps conservée pourrait modifier la position des dépôts. Ainsi Arlt(1) dans deux cas cliniques,
(1) Arlt. die Krankheiten de Auges, etc., 1853, Bd. 11 et « Klin. Darstellungen d. Krankh. d A, 1881. »
a observé que, ces malades étant couchés sur un côté, les dépôts sur la membrane de Descemet se trouvaient sur le côté correspondant de la cornée et non comme d'habitude dans la moitié inférieure,
- Mais d'où viennent ces substances qui troublent l'humeur aqueuse, décolorent l'iris et forment des poncluations sur la face postérieure de la cornée; ce sont certainement des dépôts; ils ne sont qu’accolés à la membrane de Descemet puisque dans la paracentèse de la chambre antérieure tout est presque aussitôt expulsé, soit spontanément, soit par une pression modérée sur la cornée.
Ces troubles dans les cas d'iritis séreuse et d'iridochoroïdite séreuse sont le résultat de l’inflammation des membranes internes de l'œil; ce processus inflammaloire qui a pour point de départ les procès ciliaires, s'étend parfois au tractus uvéal tout entier. À ces niveaux l’exsudation n’est plus seulement séreuse, mais il exsude aussi de la fibrine qui se coagule, et des leucocytes. Il se produit ce que MM. Wecker et Landolt appellent une lymphangite antérieure qui peut devenir très facilement une lymphangite généralisée de l'œil.
Voici comment M. Fontan a trouvé ces tissus dans un cas d’irido-cyclite droite traumatique avec kératile ponctuée (1): « L’iris, dit-il, est épaissi, charnu et complètement distendu par des globules blancs. Cette infiltration lymphoïde forme une couche antérieure, épaisse, irrégulière, la couche pigmentée étant refoulée
(1) Fontan. De la kératite ponctuée, 1888. Recueil d’ophtalmolozie.
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en arrière et n'étant séparée de la cristalloïde que par une lame fibroïde peu enflammée. C'est surtout à sa base que l’iris est épaissi, et, en s'appliquant à ja cornée, il supprime presque entièrement l’angle iridocornéen, On remarque dans cette région que la membrane de Descemet se poursuit jusqu’à l'insertion de l'iris, mais là, au lieu de se résoudre en lamelles pour former leligament pectiné, elle se termine brusquement par un renflementolivaire. L’iris bourgeonnant et montueuxs’applique contre cette portion obturant l’angle irido-cornéen et les espaces lacunaires de Fontana.
Le corps ciliaire présente en général le même aspect embryonnaire que l'iris, mais à un degré moindre cependant, et cette infiltration lymphoiïde cesse en passant du corps ciliaire à la choroïde. Toutefois les procès ciliaires en sont encore très infiltrés. »
Et Knies (1) décrit ainsi le trouble inflammatoire au niveau de la choroïde dans l’irido-choroïdite de l’œil d’une jeune fille: « La choroïde montre partout une forte infiltration cellulaire occupant la couche choriocapillaire et celle des gros vaisseaux. Les cellules rondes, appartenant à cette infiltration, se différencient aisément de celles qui existent dans le tissu choroïdien. L'infiltration n’est pas uniformément répartie, mais gagne çà et là d'intensité. La supra-choroïde renferme par contre très peu de cellules rondes, et les noyaux cellulaires qui apparaissent le long des vaisseaux et des nerfs qui traversent la sclérotique, ne se rencontrent pas plus nombreux qu'à l’état normal. La
(1) Knies. Archiv. für Angenheilkunde, tome IX.
choroïde parait avoir été un peu gonflée pendant la vie, Car sous l'influence des moyens durcissants elle semble çà et là irrégulièrement retractée, »
Et ces troubles exsudalifs, qui altèrent l'humeur aqueuse, sefixentavec d'autant plus de persistancedans la chambre antérieure, que, la tuméfaction de l'iris comprimant l’angle irido-cornéen, la filtration se fait à ce niveau d’une manière insuffisante et l'élimination des déchets devient très difficile. De plus ce filtre organique est peut-être surmené par le passage continuel de substances étrangères qui l’irritent et le salissent, et son fonctionnement devient défectueux.
Avec les tumeurs d2 l'iris, une chose à notre avis facilite surtout la formation des dépôts sur la membrane de Descemet, c'est l’oblitération d’une particdes voies d’excrétior par la tumeur. Des dépôts se formeront en effet très probablement si la tumeur siège près de l’angle irido cornéen et comprime le tissu lacunaire de cette région. Il n’existera pas de dépôts si cette tumeur siège dans les autres points de l'iris, par exemple près du bord pupillaire. Toutefois la tumeur par sa présence provoque dans son voisinage quelques troubles inflammatoires; et une exsudalion localisée se produisant en ces points peut contribuer pour une certaine part à l’apparition d'un léger trouble de l'humeur aqueuse et à la formation des dépôts.
Le moment est venu maintenant d'étudier les dépôts en eux-mêmes et d’en déterminer la vraie nature. Nous n'avons pas eu l’occasion de faire nous-même des recherches anatomo-pathologiques sur la question.
Quelques essais d'expérimentation faits sur des chiens à l'École vétérinaire dans le laboratoire de M. Cadéac, ne nous ont pas donné des résultats assez satisfaisants pour que nous en parlions longuement ici. Toutefois, chez l’homme, l’énucléation est si rarement indiquée pour les lésions accompagnées d’altération sur la face postérieure de ia cornée que l’expérimentation sur les animaux ne peut être que très utile pour la connaissance exacte de ces altérations.
Le procédé que nous avons employé pour produire une fluxion oculaire chez nos chiens est très simple. On fait d’abord l’asepsie de l’œil, de ses mains et d’une scringue de Pravaz. On insensibilise le champ opératoire avec la cocaïne. Puis, saisissant avec une pince la conjonctive près de la cornée pour fixer le globe oculaire, on introduit la canule à un demi-millimètre en ayant du limbe scléro-cornéen,et on injecte dans la chambre antérieure quelques gouttes d’une solution irritante dont on a préalablement chargé la seringue.
L'essence de térébenthine, le nitrate d'argent en solution de 1/4°/, nous ont donné une inflammation trop intense, et les altérations constatées au microscope sur ces yeux que nous avons énucléés ne nous ont fourni rien de caractéristique. Mais nous sommes convaincu qu’en employant une substance modérément irritante on pourra arriver à provoquer une fluxion légère se manifestant par une faible exsudation qui trouble l'humeur aqueuse et forme des dépôts dans la chambre antérieure. Nous nous servirons donc, pour écrire cette partie denotretravail, de ce qui. a été publié récemment à ce sujet, et nous citerons.
surtout les remarquables observations de Knies et de Fontan.
Il résulte de ces observations que ces dépôts tirent leur origine de la lymphangite oculaire et sont des particules de fibrine, des leucocytes, des détritus provenant de la destruction de ces cellules rondes et de ces molécules fibrineuses, des débris de pigment venant de l’altération des globules rouges et surtout de la détérioration des cellules de l'iris et de l’uvée,
Les ponctuations les plus volumineuses seraient constituées pour la plupart par des particules de fibrine et des globules blancs.
Pour Leber (1), la forme ronde de ces précipités nettement limités, serait due à des petits caillots de fibrine qui renferment des éléments cellulaires et qui, après s'être déposés sur ia membrane de Descemet, acquièrent une forme ronde en se contractant. Il dit que dans ces cas lorsqu'on recueille de l'humeur aqueuse dans un verre de montre, celle-ci devient opaque et se prend en un petit caillot blanc de fibrine.
Les dépôts très ténus, pulvérulents seraient plutôt des détritus organiques, le résultat de l’émiettement des cellules et des flocons fibrineux, des débris pigmentaires qui pour Knies proviennent de la destruction du tractus uvéal. Arlt au contraire prétend que le pigment doit son origine aux celiules hématiques que l'on trouve dans l'humeur aqueuse dansles cas d’iritis ;
(1) Société d’ophtalmologie de Heidelberg. Session de 1879.
ce pigment d'abord jaunâtre, devient brunâtre et à La longue d’un noir de charbon.
Voici d’ailleurs ce que M Knies a observé sur la cornée gauche d’une jeune fille de 19 ans qui, ayant succombé à une laryngile croupale, présentait concurremment les symptômes d’irido-choroïdite séreuse (1). « La membrane de Descemet, dit-il, est le siège de dépôts quicaractérisent l’iritis séreuse. Ces dépôts sont de grandeurs différentes, Regarde-t-on un morceau de la descemetis munie de son épithélium du côté de sa surface, on voit le stratum épithélial absolument normal et sans lacunes. Par places, on reconnaît pourtant sur les cellules épithéliales, mais principalement sur leurs jonctions de ciment, un fin dépôt granulé, composé en partie de grains pigmentaires et qui revient à ce qu’on est convenu d'appeler du détritus. Ce n’est que çà et là qu’on rencontre quelques cellules rondes juxtaposées à l’épithélium.
En. général, elles se trouvent déjà accumulées en petits foyers qui, pour la plupart, renferment encore des molécules pigmentaires et du détritus. Des coupes conviennent mieux pour examiner les plus volumineux foyers. Aussi, là on ne rencontre que du pigment et des détritus adossés aux cellules de la descemetis ou fortement attachés à quelques-unes de ces cellules, Lorsque ces amas cellulaires sont plus considérables, l'élément cellule s’efface individuellement de plus en plus et nous ne rencontrons alors que des dépôts plus
(4) Knies. Archiv, für Augenheilkunde de Knapp et Hirschberg, t. IX.
ou moins vastes composés de protoplasma ou de détritus confluent, avec des noyaux faciles à reconnaître
provenant des cellules dont on ne peut plus délimiter les contours... Ces dépôts deviennent plus abondants et plus étendus vers la périphérie de la cornée et se confondent en plaques vers la moitié inférieure de la cornée, plaques qui s'étendent jusqu’au ligament pectiné. »
Plus récemment deux observations publiées par M. Fontan (1) sont venues éclairer plus exactement cette question d'anatomie pathologique. Dans un cas d'iritis séreuse avec kératite ponctuée étudiée sur l'œil d’un adulte mort de rhumatisme, voici ce qu’il a trouvé: « Je constatai le dépôt de cellules formant de petits amas granuleux sur la face postérieure de la lame de Descemet. Le tissu cornéen était sain et la lame élastique intacte paraissait revêtue de son épithélium normal. Le groupe des cellules n'existait que sur un espace triangulaire inférieur et paracentral. Chaque amas élait constitué par une substance granuleuse, seméeé de cellules qui me parurent être des leucocytes altérés.»
Enfin la seconde observation, plus intéressante et plus complète que la précédente, se rattache à un œil énucléé pour irido-cyclite traumatique avec kératite ponctuée, entrainant des phénomènes sympathiques sur l’autre œil. Nous allons rapporter textuellement ce qui a trait aux altérations de la face postérieure de la
cornée.
(1) Fontan. Anatomie pathologique de la kératite ponctuée. Recueil d’ophtaimologie, 1888. |
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« La membrane de Descemet, dit-il, est parfaitement saine et les phénomènes caractéristiques qui se passent à sa face postérieure ne la touchent pas.
Ces phénomènes consistent dans la production et la disposition en petits amas, de cellules particulières qui semblent adhérer à la lameépithéliale postérieure. Ces amas, qui correspondent aux ponctuations visibles chez le vivant, méritent par leur disposition le nom de tas cellulaires.
Ils sont en effet constitués par l’entassement de cellules et de granulations, sous forme de petits monticules à peu près coniques, comme l’on ferait des tas de gravier sur un plan horizontal. Les parties granuleuses que l’on a nommées quelquefois le détritus, jouent peut-être le rôle de ciment. Cependant dans beaucoup de tas, ces granulations font défaut.
Quant aux cellules, les plus nettes d’entre elles sont des globules lymphoïdes; ils proviennent évidemment d’une migration dont je chercherai le point de départ. Mais ces corpuscules lymphatiques nets, jeunes, vivants forment l’exception, et la plupart des corpuscules du tas sont déformés, plats, brisés ou tout au moins anguleux et crénelés. Ils restent souvent nucléaires et, pour qui veut bien les comparer à des types mieux conservés, il n’y a aucun doute que ce soient des globules lymphoïdes altérés. Ils sont, en somme, identiques à la matière désagrégée et dissociée d’un abcés caséeux. Ces premières constatations permettent d'affirmer qu’ils ne proviennent pas de la prolifération de l’épithélium postérieur de la cornée. -
Entre les tas, il existe du reste un semis à peu près
continu des mêmes éléments, et en aucun point on ne trouve Jamais de cellules épithéliales comme cela arriverait si l’épithélium était la source de cette proliféralion.
Mais j'ai pu démontrer ce fait par l’examen même de l’épithélium postérieur. D'abord sur des coupes fines et heureuses, on peut voir, grâce aux légères saillies de ces noyaux, le profil de cerevêtement bien conservé. ,
De plus par l'étude de la membrane de Descemet à plat, on s’assure facilement que l’épithélium existe, qu'il est continu,et n'offre aucun soulèvement, aucune prolifération. »
Dans tous ces cas on insiste pour dire que les cellules de la membrane de Descemet sont intactes ; et on a des tendances aujourd’hui pour croire que l’altération proprement dite de la membrane de Descemet n’existe pas. Pour nous, nous pensons qu'il faut peut-être ajouter foi dans une certaine mesure aux recherches de Schweiger et que parfois les ponctuations sur la face postérieure de la cornée sont bien dues à une prolifération morbide spéciale de l’épithélium cornéen. Schweiger (1), qui a étudié l’anatomie pathologique de ces troubles cornéens postérieurs, s'exprime ainsi dans un cas qu’il a observé : « Après avoir détaché facilement la masse du détritus avec quelques gouttes d’eau répandues dessus, il persistait, fixées à la membrane de Descemet, des granulations composées de cellules
(1) Schweiger Handbuch, 1873.
en voie de prolifération et de séparation; je les tiens pour des cellules endothéliales proliférées de la membrane de Descemet; d’ailleurs, en dehors de ces granulations, on voyait de semblab:es allérations sur de grandes surfaces de l’épithéllum de la membrane. » Nous serions surtout tenté de croire à ces sortes d’altérations endothéliales lorsque les taches ponctuées sont irrégulièrement disséminées et ne semblent pas obéir par leur disposition aux lois de la pesanteur et des courants. Ainsi nous sommes absolument convaincu que les ponctuations, décrites chez notre malade sujet de l'observation VII, ne sont pas des dépôts maissimplement une prolifération endothéliale.
Qu'y a-t-il d’impossible à ce que la viciation de l’humeur aqueuse charriant des toxines et autres substances nocives amènerait l’irrilation de la membrane de Descemet très sensible et très altérable et la ferait proliférer. Cette membrane baignant dans un liquide chargé des humeurs peccantes pourrait à la longue présenter des troubles morbides.
D'ailleurs en parlant ainsi nous émettons l’opinion autorisée de notre maître M. Gayet auquel nous avons entendu plusieurs fois faire ces restrictions dans ses cliniques quand il parlait des dépôts à la face postérieure de la cornée.
Ce sont ces ponctuations qui disparaissent avec une extrême lenteur et dont l’évolution a paru désespérante à M. Terson ; elles sont l'indice de l'infection profonde des humeurs de l’œil comme de l'économie toutentière. On les trouve dans ces iritis à forme insidieuse, mais
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opiniâtres et persistantes qui sont symptomatiques d’une infection générale.
Toutefois ces vraies descemetites, ces kératites ponctuées typiques sont assez rares, et le plus souvent dépôts véritables et altérations endothéliales se trouvent mêlés. L’affection commence par la formation de dépôts, puis, par suite de la persistance de la lésion, il vient s'ajouter des altérations de la membrane de Descemet irritée par les dépôts à leur niveau, ou en d’autres points par l'humeur aqueuse viciée. Et même, au niveau des dépôts persistants, l’altération peut aller plus profondément, et on peut constater une opacification des lames profondes de la cornée. |
Nous avons assisté, semble-t-il, à l’évolution de pareilles lésions chez notre jeune fille de l’observation VII. Knies, chez la malade dont nous avons déjà rapporté une partie de l'observation anatomo-pathologique, a bien vu ces altérations secondaires de la membrane de Descemet. « Tandis que sous les petits foyers de dépôts, dit-il, le stratum endothélial de la membrane de Descemet paraît parfaitement intact, on reçoit l'impression comme s’il se trouvait ratatiné sous de plus volumineux foyers et comme s'il manquait complètement sous les plus étendus. En d’autres points on obtient des images qui paraissent se rapporter à une prolifération ou segmentation des noyaux des cellules endothéliales de la membrane de Descemet. »
Etiologie.
Maintenant que nous connaissons exactement la nature des troubles de la face postérieure de la cornée, il est utile que nous en cherchions la cause déterminante. Deux grandes divisions sont à établir à ce sujet: nous aurons des causes locales et des causes générales.
Causes locales. — On constate parfois cette lésion de l'œil à la suite d’une irritation propre, directe de cet organe. Nous avons vu qu’on pouvait déterminer des iritis à la suite d’injections irritantes dans la chambre antérieure. Un traumatisme sur le globe oculaire, le frottement continuel d’un corps étranger séjournant dans le sac conjonctival et l’irritant profondément, un corps étranger introduit dans l’œil peuvent donner lieu à une irido-choroïdite et consécutivement amener des dépôts sur la membrane de Descemet. L'œil qui a fourni la seconde observation de M. Fontan dont nous avons parlée,avait été recueilli par M. Galezowski et était une irido-cyclite droite traumatique.
Nous considérerons aussi comme de cause locale les dépôts dans les irido-choroïdites sympathiques en nous gardant bien toutefois de rien dire sur l’ophtalmie sympathique qui a été si savamment étudiée dans l'excellent ouvrage de M. Gayet (1). Rheindorf cite trois cas d’irido-kératite sympathique (2).
(4) Gayet. Eléments d’ophtalmologie, 1893.
(2) Journal de Médecine de Belgique, 1865.
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Enfin les tumeurs de l'iris, empiétant sur l'angle irido-cornéen, s’accompagnent très souvent de dépôts sur la face postérieure de la cornée; mais nous ne nous étendrons pas sur ces sortes de dépôts dont nous avons déjà parlé plusieurs fois (Obs. VI).
Causes générales. — Celles-ci sont les plus importantes et les plus fréquentes. Ces iritis, ces irido-choroïdes interminables, à rechute, rebelles à tant de traitements trouvent presque toujours leur cause dans une maladie générale:
Les affections utérines d’abord ont une très grande part dans cette étiologie. C’est pourquoi les femmes fournissent un contingent si considérable dans la lésion oculaire qui nous occupe. Dans une statistique de la thèse de Kônig (1), sur 127 malades observés pour iritis séreuse, il y a 102 femmes et 25 hommes. Et chez bon nombre d’entre elles cet auteur a trouvé des troubles utérins pour expliquer l’apparition de la maladie.
Il est en effet incontestable que les troubles sexuels de toute nature influent sur l’état général de la femme et la mettent souvent dans un état d’amoindrissement et de débilité considérable. Ils sont la source de beaucoup d’autres affections en mettant l'organisme dans l'incapacité de résister aux influences pathogéniques.
Ce sont en premier lieu les déviations utérines : rétroversion, antéversion, les métrites et autres tares sexuelles entrainant la stérilité de ces malades qui ont un retentissement sur l'organe visuel. Et c'est aux
(1) Kôünig, thèse de Breslan, 1883.
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âges critiques de la femme, aux deux extrémités de la vie sexuelle que les cas d'iritis séreuse et d'irido-choroïdite se présentent plus nombreux.
D'autre part les observations ne sont pas rares, qui établissent la coïncidence entres les inflammations oculaires et la menstruation irrégulière-et même régulière. Pargoire (1), dans sa thèse cite de nombreux cas de ce genre.
En effet, au moment où se produit cette excrétion naturelle, ou bien quand cette excrétion est troublée, on conçoit aisément qu’il survienne çà et là des états congestifs.
L’œil, grâce à la richesse de sa vascularisation, est tout indiqué pour être une des premières victimes. Künig cite un cas où la rechute d’une hydroméningite coïncidait avec l’apparition normale des règles. Et l’aménorrhée, la dysmérorrhée, la ménorrhagie ont une corrélation plus étroite encore avec les affections du tractus uvéal s’accompagnant de troubles ponctués sur la face postérieure de la cornée. Notre malade de l'observation VII, qui précédemment avait eu une kératite superficielle coïncidant avez des troubles menstruels, à vu se former une kératite ponctuée quand ses règles se sont arrêtées, et ces taches de la membrane de Descemet, ne se sont mises à rétrocéder que lorsque la menstruation est redevenue régulière,
Comment expliquer ces rapports entre les inflamma-
(4) Pargoire. Thèse de Paris, 1892. De la menstruation en pathologie oculaire
tions du tractus uvéal et les troubles sexuels? Sans doute ce sont des phénomènes d'ordre réflexe; nous devons être en présence de troubles vaso-moteurs : les affections de l'organe sexuel très vascularisé peuvent devenir la cause de congestions locales ou généralisées. On a observé (1) chez des patientes cataractées que apparition de la menstruation est accompagnée même Jusqu'au quatorzième jour après l'opération, d’un état inflammatoire intense de l’œil jusque là non enflammé, parfois même d’une légère atteinte d'iritis. Et cette influence doit avoir encore plus de valeur quand les dispositions pathologiques fournissent pour son envahissement un terrain particulièrement favorable. On ne doit peut-ètre pas considérer les troubles circulatoires provenant de la menstruation comme la cause absolue d'une affection oculaire existante,mais comme déjà la menstruation physiologique peut faire d’une blessure opératoire fraîche, comme un locus minoriresistentiæ pour l’origine même d’une inflammation, elle peut à plus forte raison, dans des conditions pathologiques, fournir une occasion aggravante pour une inflammation qui a trouvé son origine dans une toute autre cause n’ayant aucun rapport avec la menstruation.
La scrofule fournit aussi des cas très nombreux d'iritis séreuse. Arlt dans son Traité des maladies des yeux, décrit cette affection sous le nom d’iritis chronique scrofuleuse. Couturier en 1886 a communiqué le résumé de dix-sept observationsd'’iritisséreuses scrofu-
(1) Kônig, thèse de Breslau.
leuses recueillies dans les Vosges. (1) Ces malades présentaient des accidents ou des stigmates scrofuleux évidents, et on voyait sur eux en outre des traces de processus multiples d’ophtalmies phlycténulaires; c'étaient des taies légères, plus ou moins nombreuses. Etmême deux fois il a vu l'iritis séreuse se manifester précisément dans le cours d’un accès de phlyctènes oculaires. Il a donc observé la fréquence relative de l'irilis séreuse dans un pays où les sujets scrofuleux sont très nombreux, la coïncidence de l'iritis, des phlyctènes et de la scrofule et même l’évolution simultanée de l'affection irienne et de la lésion de la cornée. Tous ces faits réunis, lui ont paru plaider très grandement en faveur de la nature scrofuleuse d'une notable proportion d'iritis séreuse.
Une autre maladie générale qui joue un très grand rôle étiologique dans les iritis séreuses, c’est la syphilis, cette maladie éminemment cachectisante. Nous avons pu noter une fois de pareils antécédents, c’est chez notre malade de l'observation I, agée de 32 ans, qui à 19 ans avait présenté les manifestations primitives de la syphilis.Et l’iritis séreuse est causéetant par la syphilis héréditaire que par la syphilis acquise. Avec celle-ci on voit apparaître l'affection oculaire à toutes les périodes; on l’a vue quelquefois survenir avec le chancre; dans les syphilis malignes, elle coïn cide avec la roséole ; mais c’est à la période tertiaire qu'elle se présente le plus souvent. Elle est encore plus fréquente avec la syphilis héréditaire. M. le doc-
(1) Couturier. Recueil d'ophtalmologie, 1886.