Traduction personnelle
la cause au vomissement. A la même époque les membres inférieurs furent affectés de prurigo. Les palpitations nerveuses firent ensuite leur apparition, et, vu son état émotif, la malade devint incapable de vaquer à ses devoirs domestiques. Le 24 septembre 1881, elle fut envoyée à l’Infirmerie Royale d’Edimbourg.
A son entrée, elle se plaignait de la saillie des yeqx, du gonflement du cou, des palpitations, des démangeaisons des jambes et de son état nerveux. Elle se nourrissait bien. Elle accusait de la céphalagie, des vertiges et de la diminution de la vue. Elle était nerveuse et agitée en parlant, croisait fréquemment les mains derrière le cou, et se plaignait pendant son sommeil. L’œil gauche était particulièrement saillant. Il y avait un peu denystagmus. Lorsqu’elle dormait les paupières ne recouvraient pas complètement les globes oculaires. Le signe de de Graëfe (lesjmouvements dissociés de l’œil et de la paupière supérieure) était plus marqué à l’œil gauche. Ce fait était très net lorsqu’on regardait lire la malade, la paupière restant au-dessus.
Les conjonctives étaient hyperhémiées. Une forte pression était nécessaire pour replacer les yeux dans les orbites.
La moindre surexcitation causait des palpitations violentes. Chaque battement provoquait un bouleversement de toute la région précordiale. Le nombre des pulsations n’était pas trop augmenté. A l’auscultation on entendait partout un fort murmure systolique ; il était plus distinct à l’orifice pulmonaire.
Au niveau du cou, le corps thyroïde hypertrophié formait deux tumeurs pulsatiles réunies sur la ligne médiane. Le lobe droit était le plus développé. Les pulsations étaient plus perceptibles au bord postérieur. Sur la tumeur on entendait un bruit continu qu’exagérait la systole cardiaque.
Il survenait parfois de légers troubles gastriques. On
trouvait du prurigo sur les jambes qui étaient légèrement eczémateuses. L’examen vaginal laissait constater de la périmétrite avec un peu d’involution. Les parois vaginales étaient un peu prolabées. Il y avait de la leucorrhée aux époques menstruelles.
A la suite de l’administration de la digitale et de l’application sur le cou des courants continus, la malade fut amélio rée pendant quelque temps, devenant moins nerveuse et ayant moins de palpitations.
Cinq jours avant d’être envoyée à Morningside, elle exprima subitement et inopinément l’idée qu’elle avait tous les symptômes d’un cancer de l’estomac, comme c’était décrit dans un journal qu’elle lisait. Cette pensée la poursuivit, et bientôt après elle devint violemment excitée, au point qu’il fut nécessaire d’employer les moyens de contention. A partir de ce jour, elle eut de l’insomnie, se nourrit peu ou pas du tout, eut une constipation rebelle et de^s vomissements opiniâtres.
Lorsqu’elle fut admise à l’Asile Royal d’Edimbourg, Mme G... était dans un état d’excitation aiguë. Elle avait un air égaré et défiant, avec des yeux saillants étranges et farouches. parlait sans cesse et d’une façon incohérente, et ne pouvait pas rester tranquille un instant. Elle se balançait de coté et d’autre, avait des contorsions et gesticulait. Elle saisissait tout ce qui était à sa portée.
Elle résistait violemment et repoussait tous ceux qui essayaient de la maintenir. Elle riait, criait, vociférait et chantait; elle appelait de ses amis par leur nom, et employait des jurons et parfois des mots obscènes. Elle exprimait des idées vagues et sans consistance ; disait que le gardien était son fils et affirmait qu’elle avait un cancer de l’estomac. C’était une femme maigre, pâle, décolorée, avec des cheveux châtains et des yeux gris. Les pupilles étaient dilatées,
égales et mobiles. La langue était légèrement saburrale. 11 existait de la constipation et de l’anorexie. Pouls 100 ; il était faible et irrégulier. Température 99“1 Fahrenheit. Les signes caractéristiques de la maladie de Graves existaient tels que nous les avmns déjà décrits. Le lobe droit du corps thyroïde était un peu plus développé que le lobe gauche, et Fœil gauche était plus saillant que l’œil droit. Les fonctions motrices et sensitives paraissaient indemnes et les sens spéciaux n’étaient pas altérés.
Pendant les premières semaines, qui suivirent l’admission de la malade, on la vit passer alternativement de l’état de calme à une violente agitation. Après une ou deux nuits de sommeil, après avoir passé quelques jours dans une tranquillité relative, il survenait de l'insomnie, de l’inquiétude et une forte surexcitation. Elle brisait les vitres, renversait les meubles, courait au- hasard dans la salle, déchirait ses effets, jasait d’une façon incohérente, répétait ce qu’on avait dit devant elle, et faisait d’étranges grimaces ; disait qu’elle était un ange, accusait son mari de l’avoir internée dans un asile par jalou.sie, lançait à tous ceux quelle rencontrait des paroles obscènes et malveillantes, et criait jusqu’à ce qu’elle fut enrouée. Son appétit était très capricieux et on avait grand peine à lui persuader de prendre suffisamment de la nourriture. Pendant quelques jours elle souffrit de vomissements opiniâtres. Sa température variait de 98®2 à 100°4 Fahrenheit. Le pouls était très accéléré et variait de 134 à 160. Les progrès que fit dès lors la maladie sont résumés dans les dates qui suivent :
25 janvier 1882 (deux mois après l’admission). — Les périodes de tranquillité sont à présent beaucoup plus fréquentes et plus prolongées, mais la malade est encore dans une disposition d’irritabilité et d’excitabilité extrêmes. Lorsqu’elle est séparée des autres malades, elle est tranquille et
raisonnable. Mais sous la moindre provocation elle a un accès d’excitation hystérique. Elle est très faible et émaciée, et sa santé générale est peu améliorée. Cependant elle a meilleur appétit et moins de malaises. La température est maintenant normale, mais le pouls continue à être rapide (148). Il n’y a pas de changement à noter pour ce qui est des palpitations cardiaques, de l’hypertrophie du corps thyroïde ou de la saillie des yeux.
28 février. — Depuis la dernière note, elle a eu une légère amygdalite et de violents maux de tête. On fait tout pour améliorer son état général et sa nutrition, mais quoique mangeant bien, elle a perdu 14 livres depuis son admission. Elle a pourtant fait de grands progrès relativement à son état mental Elle est souvent soumise et raisonnable, et à ces moments-là elle cause de son état actuel avec un air d’intelligence mêlé de tristesse, elle exprime son regret d’être séparée de son mari et de sa famille, et elle demande plaintivement quand est-ce qu’elle les reverra, et si elle sera jamais mieux portante. Si cependant on la laisse s’arrêter à ces idées, elle devient excitée, se met à parler avec force et vivacité, et bientôt d’une façon incohérente et désordonnée, criant, riant, pleurant et montrant une violente agitation d’un caractère hystérique.
11 mars. — Hier matin, la malade, sans aucune causé appréciable, tomba subitement sans connaissance. Elle revint à elle au bout de quelques minutes, mais pendant un certain temps elle témoigna d’une grande confusion dans les idées, prenant le personnel pour ses anciennes connaissances. Le pouls, pris immédiatement après la crise, donnait 32 pulsations par minute, et par instants des battements doubles et rapides. Ce matin elle a eu une nouvelle syncope, mais avec moins de perte de la conscience. Il n’y a pas eu de troubles moteurs, mais elle se plaignait d’un en-
g’ourdissement dans le bras gauche et parlait de sa crise d’hier comme d’une attaque de paralysie.
26 avril. — Elle a été envoyée aujourd’hui à l’hôpital de l’Institution, afin qu’elle fût plus portée à s’occuper ellemême aux travaux domestiques et qu’elle put bénéficier de plus de soins et de tranquillité.
Son état mental est très amélioré. Les périodes d’excitation sont beaucoup moins fréquentes et moins fortes, et elle a plus d’empire sur elle-même. Il y a encore cependant une , grande instabilité d’humeur, et une tendance aux manifestations hystériques. Elle reçoit régulièrement la visite de son mari, et quoique souvent impressionnée par leurs entrevues, elle se conduit et converse d’une façon raisonnable, et désire vivement retourner chez elle et à ses occupations. Elle a gagné quelques livres en poids, mais elle est encore excessivement maigre, et hormis cela on ne peut pas dire qu’il y ait beaucoup d'amélioration dans son état physique.
La tumeur thyroïdienne paraît être indolore, et ne pas gêner la déglutition et la respiration. La voix, néanmoins, est faible, aiguë, et quelque peu rauque et bitonale. Le cœur bat d’une façon rapide et irrégulière avec une impulsion brusque. Il y a un doux murmure systolique perceptible sur toute la région précordiale et le long des carotides, et l’on aperçoit au cou un fort bruit continu sur les bords de la tumeur. L’exophthalmie est très nette. L’œil gauche est plus saillant que l’œil droit. Elle souffre parfois de céphalalgie, de bourdonnements d’oreille, de vertige, de lourdeur de tête, et elle est sujette à des rougeurs subites et à de fortes transpirations. Aujourd’hui on lui a prescrit du bromure de fer.
26 mai. — Au commencement de ce mois, elle a été réglée pour la première fois depuis la naissance de son enfant. Sa santé générale est bien meilleure et elle a augmenté de sept livres dans la dernière quinzaine. Elle travaille avec entrain
à riiôpital et, sauf do légères périodes do dépression et de légères émotions, elle se comporte très raisonnablement. Elle parle d’une manière intelligente et gaie, est très reconnaissante des soins qu’elle reçoit et elle désire beaucoui) se rendre utile.
23 juin. — Elle a gagné huitlivres depuis la dernière note. Elle montre encore parfois une grande facilité à s’irriter et à s’émouvoir, mais en somme elle semble faire un progrès régulier tant mentalement que physiquement. Elle est encore cependant inquiétée par la sensation de lourdeur de tête, par les rougeurs subites et la transpiration. Cette rougeur est générale et tellement intense que la malade la compare à un fer chaud qu’on passerait sur tout son corps. La transpiration également est excessive et généralement commence sitôt après qu’elle a bu même une petite quantité de liquide.
23 juillet. — La nuit dernière, elle a eu deux attaques, dans lesquelles elle a perdu l’usage du bras et de la jambe gauches, et elle a une sensation de fourmillement dans ces membres et dans tout le coté gauche. Cette sensation a disparu dans la matinée, mais elle se trouve très faible et se plaint d’une violente céphalalgie.
8 septembre. — Depuis la dernière note, elle a eu plusieurs récidives de cet état de parésie et d’engourdissement des membres gauches, et chaque attaque paraît être plus sérieuse que les précédentes. Elle a garde le lit ces derniers jours, se plaignant de sensations de fatigue, de malaise et de vertige. Ce matin sa surveillante a remarqué qu’elle avait le visage livide et que la surface de son bras gauche était très pâle et marbré de petites taches pourpres. La sensation de fourmillement est très prononcée aujourd’hui. La malade dit que c’est comme « des aiguilles et des épingles » e1 que cela occupe le bras et la jambe gauches et juste la
moitié gauche de la tête et du tronc, en ayant pour limite la ligne médiane. Sur toute la région affectée la sensibilité au toucher est bien diminuée, tandis que la sensibilité à la douleur est augmentée. A droite, la sensibilité paraît être normale.
Par suite du défaut de sensibilité et de la perte subite de l’usage du bras gauche, la malade laisse souvent tomber inopinément ce qu’elle est en train de porter dans sa main gauche. Les sens spéciaux ne paraissent pas sérieusement affectés. (Il faut remarquer que la malade a une crainte profonde de servir à des expériences, et en général elle refuse de répondre aux questions posées dans un but de curiosité scientifique). L’apparition des phénomènes nerveux précédemment décrits est bien regrettable, puisque sous les autres rapports l’état de la malade est très satisfaisant. Actuellement elle paraît bien refaite et en bonne santé. Elle est beaucoup plus maîtresse d'elle-même et est estimée dans l’hôpital où elle s’occupe très vaillamment lorsqu’elle le peut. Les principales manifestations du goitre exophthalmique paraissent moins l’ennuyer, et l’exophthalmie est tout au moins diminuée.
i" novembre. — L’amélioration de l’état mental et de la nutrition continue, mais les phénomènes moteurs et sensitifs. du côté gauche se sont accentués et les principaux symptômes de la maladie n’indiquent pas un mieux.
L'exophthalmie est très marquée, Eœil gauche faisant saillie d’une façon vraiment lamentable, et les paupières ne recouvrent pas complètement les yeux pendant le sommeil. I/impulsion du cœur est très violente et on perçoit comme précédemment un double murmure systolique. Le pouls radial est à 116; il est plein et bondissant. L’urine est très acide ; pas de sucre ni d’albumine ; un dépôt d’urates amorphes. L’appétit est bon ; il y a de la trémulation d« la
iangiio ; les selles sont régulières. (3ii ne constate pas de modification dans le développement de la tumeur thyroïdienne. La menstruation ne s’est pas reproduite. La malade a pris du bromure de fer pendant les derniers six mois, mais comme cela maintenant lui fait mal, on lui a prescrit, au lieu de teinture de digitale, de la macération à prendre quatre fois par jour et l’on essaie de provoquer le retour des règles.
17 novembre. — Elle s'est sentie très malade pendant quelques jours, et pendant les deux derniers jours elle a vomi constamment, facilement, sans nausées. On lui a administré de légères doses de calomel plusieurs fois répétées et elle se sent bien mieux aujourd’hui. Le côté gauche et les membres sont engourdis, et le bras ainsi que la jambe sont tout à fait inertes. Souvent elle tombe de son lit par suite de son défaut d’équilibre.
Il y a une légère inflammation de la conjonction gauche et la face est parfois excessivement rouge.
19 novembi'e. — Hier elle paraissait être plutôt mieux, mais elle était très faible et incapable d'avaler. A 2 heures de l’après-midi, elle perdit subitement connaissance. Elle ne revint plus à elle et est morte à minuit.
Autopsie 36 heures après la mort. — Une certaine corpulence. Les membres présentaient de la rigidité cadavérique. Les yeux étaient imparfaitement clos par les paupières et anormalement saillants, l’œil gauche présentant plus d’exorbitisme que l’œil droit. Ils étaient moins bombés qu’à l’état normal. Les pupilles sont égales, dilatées. La conjonctive gauche paraît injectée.
Tête. — Le crâne n’oflre pas d’asymétrie. Les os présentent une consistance normale. Hyperhémie des parois internes du crâne, spécialement des os de la base. La dure-mère n’offre pas d’adhérence anormale, mais elle est épaissie, et
par endroits facilement divisible en deux couches ; fortement injectée à la base. Une fois la dure-mère enlevée, les circonvolutions de l’hémisphère droite se montrent avec un aspect aplati et luisant, tandis qu’à gauche elles paraissent saines. La pie-mère des deux côtés est fortement injectée, il y a un peu d’opacité de l’arachnoïde tout le long de la ligne médiane, les membranes étant spécialement affectées sur l’hémisphère droite.
Les artères vertébrales, basiliares et carotides internes et leurs branches, aussi loin qu’on peut les suivre, ainsi que les nerfs optiques et les nerfs crâniens, ne présentent aucune lésion.
Environ à un pouce à droite du grand sillon longitudinal, et recouvrant les circonvolutions frontale ascendante et pariétale ascendante sur l’étendue d’une pièce d’une demicouronne (1), la pie-mère est épaissie, œdémateuse, très injectée, et les circonvolutions sous-jacentes donnent au toucher une sensation molle et pulpeuse.
En enlevant la membrane à ce niveau, on entraîne avec elle une couche de la substance corticale, laissant une surface rugueuse, pulpeuse, parsemée de petits points hémorrhagiques. Il y a de nombreuses adhérences de la pie-mère sur toute la surface supérieure et latérale de cette hémisphère et le long des circonvolutions marginales du sillon longitudinal, mais sur le sommet du lobe frontal et sur les surfaces inférieures et internes, il n’y a pas d’adhérences. Par endroits, l’épaisseur entière de la substance corticale s’en va avec la membrane.
Sur l’hémisphère gauche, la pie-mère n’est pas adhérente. Lorsqu’on sectionne l’hémisphère droite, la substance blanche se présente toute entière sous un aspect rosé, tacheté
1. Pièce d’ai'gent un peu plus grande que notre pièce française de deux francs.
et injecté, les points hémorrhagiques étant très larges et nombreux, tandis que la substance corticale est partout rouge, molle et œdématiée, les diverses circonvolutions étant lésées à des degrés différents. Dans les endroits précédemment indiqués, et dans quelques circonvolutions éparses sur le tiers postérieur de l'hémisphère, l’écorce est broyée en une pulpe molle pleine de petits points rouges et d’extravasations. Dans l’hémisphère gauche, la substance grise de l’écorce est fortement injectée, mais ne présente hormis cela aucune anomalie frappante. La matière blanche est hyperhémiée et présente des marbrures, mais ces lésions sont moins marquées qu’à droite. Les lobes frontal et pariétal sont plus affectés, le lobe temporo-sphénoïdal l’est moins et l’occipital encore moins. Les couches optiques et les corps striés présentent une légère hyperhœmie, mais pas de grosse lésion, et il en est de même de l’isthme, de la moelle allongée et du cervelet. Toutefois, la base du 4® ventricule est nettement injectée. Lorsqu’on enlève la voûte orbitaire. les orbites apparaissent remplies d’une épaisse couche de tissu adipeux, le contenu de l’orbite gauche paraissant au toucher plus dense qu’à droite ; mais les vaisseaux, les nerfs, les muscles, etc., n’offrent aucune anomalie.
L’encéphale pèse 49 onces (1). Le cervelet, l’isthme, la moelle allongée pèsent ensemble 6 onces 1/2.
Thorax et cou. Cœur. — Pas de liquide péricardique. Quelques plaques blanches à la surface des ventricules. Légère dilatation des cavités, avec un peu d’hypertrophie des parois. Poids, 10 onces 1/2. Valvules normales Aorte un peu dilatée, légèrement athéromateuse. L’artère vertébrale gauche part de la crosse de l’aorte entre les artères carotide et sous-clavière gauches.