‹ Des troubles psychiques dans maladie de BasedowChapitre 14 sur 24 · Le pouce équivaut à 0 m. 02o · texte numérisé non relu

Le pouce équivaut à 0 m. 02o

S'étendant rUi bord inférieur de la glande thyroïde jusqu'en avant des gros vaisseaux dans le médiastin antérieur, se trouve le thymus remarquablement hypertrophié. Il a la forme dhin triangle irrégulier, à base inférieure, et est constitué par deux lobes latéraux aplatis et triangulaires, qui sont fortement reliés sur la ligne médiane par du tissu fibreux et eux-mêmes irrégulièrement lobules. Le sommet de chacun de ces lobes est rattaché à l’extémité inférieure du lobe correspondant du corps thyroïde par du tissu fibreux et des vaisseaux sanguins. La glande mesure 3 pouces 1/2 de la base au sommet, de même dhm côté à l’autre et un tiers de pouce d’épaisseur. Elle a une consistance ferme, charnue. La vascularisation est normale.

La portion cervicale du cordon sympahtique, disséquée pour un examen ultérieur, ne présente aucune lésion apparente.

Dans ce cas, le goitre exophthalmique a été reconnu bien avant la période d’excitation aiguë. Trois ans environ avant Tapparitiou de celle-ci, le cou de la malade était devenu gros.

Nous trouvons encore au début l’irritabilité et l’instabilité d’hnmeur.

Bien que l’auteur ne signale aucun stigmate réel d’hystérie, il regarde sa malade comme une hystérique. 11 le désigne nettement par ces mots « une tendance aux manifestations hystériques. »

Les périodes d’excitation sont entrecoupées de périodes de calme, peut-être môme de dépression. Mais le goitre exophthalmique poursuit sa marche progressive dans tout le cours de ces accidents. Les troubles psychiques s’amen-

dent même avant la fin. Il s’est produit en dernier lieu des phénomènes paralytiques qui s’emblent d’origine organique (lésions cérébrales à l’autopsie).

L’hérédité est ici négative.

Cette observation est une des plus intéressantes qui aient été publiées au double point de vue psychique et tomatique. Nous ne devons pas insister sur ce dernier point.

Observation X

Meynert, analyse in Annales raedico psychologiques, 1874,

Folie avec maladie de Basedow concomitante.

La malade était âgée de 17 ans ; comme cause de l’affection on signale des dispositions névropathiques héréditaires et le chagrin causé par la mort de la mère. Bientôt éclata le délire, accompagné d’une agitation maniaque continuelle, d’hallucinations de la vue ; les sentiments affectifs étaient complètement pervertis et la jeune malade s’échappa vingt fois de la maison paternelle. En même temps on constate l’inflammation des ganglions cervicaux, des palpitations du coeur qui battait de 120 à 150 fois, de fréquentes épistaxis, l’élévation de température de la tête et un certain degré d’exophthalmie, sans gêne dans les mouvements du globe oculaire, ni des paupières.

Observation XI [rèmmèe).

Alex. Robertson, in the Journal of mental science, janvier

Individu atteint de maladie de Graves qui, dans le cours cours de sa maladie, fut pris d’une agitation maniaque très intense qui persista jusqu’à la mort. L’àutopsie ne put être faite.

Observation XII

Mac Donnell. Cité par Rendu, in art. du Dictionnaire encyclopédique.

Femme de 22 ans, qui fut prise de palpitations de battements du corps th3’roïde et d’accidents cérébraux maniaques.

Observation XIII

Une dame, d’une quarantaine d’années, apprend que son fils, engagé dans un régiment de l’armée, vient d’être puni pour un acte d’indiscipline qui compromet son avenir militaire ; le soir même elle est prise d’un accès d’étouffement, passe la nuit sur un fauteuib dans une angoisse excessive, avec des palpitations cardiaques et thj'roïdiennes violentes; tous les signes de la maladie de Basedow, moins l’exophthalmie, se déclarent, et la malade reste plusieurs semaines dans un état fort pénible.... L’interrogatoire attentif de la malade

apprit que depuis de longues années elle était d’une impressionnabilité excessive, qu'à plusieurs reprises elle avait souffert de palpitations intenses, et quà la suite d'une grossesse elle avait eu un accès de manie aiguë qui avait duré une quinzaine de jours.

Observation XIV

Rendu, In art. du Dietionnaire encijclo'pédique. Complétée par l'auteur lors de la discussion sur les idées de persécution dans le goitre exophthalmique à la Société médicale [séance du 28 février 1890).

Une femme atteinte de goitre exophthalmique avec insomnie se plaignait de cauchemars insupportables : il lui semblait voir une foule d’objets lumineux d’apparence vague qui, pendant la nuit, s’agitaient autour de son lit ; bientôt ces objets prenaient des contours déterminés et devenaient des formes humaines ; aux hallucinations de la vue se joignaient des hallucinations de l’ouïe : au milieu de l’obscurité elle entendait distinctement des voix qui l’appelaient et la jetaient dans une angoisse inexprimable. Cette malade, fort intelligente, exprimait parfaitement ses impressions successives : au début, elle sentait qu’il s’agissait de purs cauchemars et n’y faisait point attention ; puis elle avait conscience que son cerveau se pressait et qu’elle n’avait plus d’empire sur elle-même; le lendemain, elle était encore sous l’influence de cette idée fixe, et restait persuadée qu’elle allait perdre la raison. Ces accidents durèrent une quinzaine de jours et disparurent.

Le goitre exophthalmique avait apparu longtemps après une attaque de folie puerpérale. Elle fut prise brusquement

de frayeur purement liallucinatoire, sortit de son domicile et alla se perdre dans la campagne.

Cette malade n’oflfrait aucun stigmate d’hystérie, elle présentait seulement des zones d’hypérestliésie et des symptômes psychiques bizarres relevant seulement du goitre exophthalmique. Un des fils de cette malade vient de mourir dans un asile d’aliénés.

Observation XV {résumée).

Georges Savage. Goitre evophthalmique avec désordres

menta^ix. In Gm/s hospital reports, 1883, vol. XLI. (1)

Artiste, célibataire, 28 ans, admise en -1877. A deux parents fous. Deux mois avant son admission à Rethlem, incohérence, excitation, se croyait actrice, idées fausses de son pouvoir et de son influence. Insomnie.

Palpitations et exophthalmie survenus depuis un an. Avait au moment de son entrée la triade de Basedow avec 140 puisât, à la minute.

La folie dura un mois ; était sale, remplissait sa bouche de pierres et de morceaux de bois.

Elle devint ensuite très faible, eut des vomissements, et fut obligée de garder le lit.

Cet état s’aggrava et elle tomba dans le marasme, avec un état de stupeur prononcée.

Avant sa mort, elle put reconnaître son père, mais c’est le seul signe de lucidité mentale qu’elle présenta.

Autopsie. — Congestion superficielle du cerveau. Léger excès de liquide arachnoïdien. Ventricules à parois granuleuses. Telles furent les seules lésions cérébrales.

i. Traduction personnelle.

Observation XVI [résumée).

G. Savage. Ibid. (Tracl. pers.)-

Agée de 23 ans, télégraphiste, célibataire, entrée en juin 1880. Un cousin fou.

Deux mois avant son admission, dépression, insomnie. Idées noires. Paraît avoir eu des hallucinations de l’ouïe. Exophthalmie.

Quatre mois après son admission, amélioration simultanée des symptômes mentaux et physiques. En 1881, période d’excitation. Exophthalmie. Pouls 120 à 140.

La malade était pleine de toute sortes d’idées misérables, elle pensait qu’elle n’était pas une femme, mais une bête, et qu’elle avait causé tous les malheurs et les désastres auxquels elle assiste chez ses voisines d’hôpital.

Elle pensait qu’elle devait mourir et quhl lui était impossible de guérir. Elle reconnaissait l’endroit où elle était, parlait de ses amis, se les rappelait, mais elle ne désirait pas les voir. Parfois elle gâtait.

Il est intéressant de remarquer que la forme du délire dans ce cas est absolument analogue à celle qui est rapportée dans l’observation de M. Joffroy (v. obs. XXII).

Observation XVII [résumée).

G. Savage. Ibid. (Trad. pers.).

J. 'B..., admise en juillet 1879. Père foii. Célibataire, 24 ans.

Un mois avant son admission, désordes mentaux. Cause

occasionnelle : affaires de succession, mort de sa sœur poitrinaire. Mélancolie de plus en plus accusée. Période de dépression ayant fait place à période d’excitation (hurlait,chantait, dansait). Elle croyait avoir commis un crime, et paraît avoir eu des hallucinations.

Pouls, 140. Exophthalmie.

Mort par diarrhée et au milieu de phases d’excitation 16 jours après son admission.

Autopsie. — Méninges présentant une conjestion intense. Pas d'autres lésions cérél>rales apparentes.

iju. -

Observation XVIII

Landouzy. Clinique de la Charité in .Journal de médecine et de cliiriü'gie pratiques., 1886, art. 13393, p. 538.

... Ses antécédents héréditaires prouvaient nettement la filiation des accidents nerveux. Depuis son enfance tous les incidents pathologiques survenus chez lui s’étaient accompagnés de phénomènes d’ordre nerveux : la rougeole, une angine simple, une morsure de chien avaient occasionné un délire violent. A dix-sept ans, à la suite d’une discussion de famille, il s’engagea et au régiment, où il passait pour un baroque, eut des difficultés avec tout le monde. C’est à cette époque qu’il eut ses premières palpitation ; un jour il dut subir une punition pour regard arrogant ; or ce caractère du regard est précisément celui qui se retrouve souvent dans le goitre exophlhalmique. Ce malade avait souvent aussi des crises d excitation avec turgescence de la face simulant des accès de colère pour lesquels il fut puni fréquemment. Ce ne fut enfin qu'après un séjour à l’hôpital que les différents caractères du goitre exophthalmique s’étant accentués, il fut considéré comme un malade.

Observation XIX

Peter- Lecorché. In clinique médicale de l'hôpital Necke)' Bulletin médical. n° 36, p. 410, 1890.

’ Dame à idées très ambitieuses atteinte de goitre exophthalmique. Chez elle, l’hydrothérapie fit à peu près' disparaître les principaux symptômes ; puis son mari s’étant présenté à la députation et ayant échoué, elle resta privée de ce qu’elle avait de raison pendant près de trois mois.

Observation XX

(t. Ballet. In Revue demédecine 1888. Goifre exophthalmique: taclujcardie, tuméfaction du corps thyroïde, exoplithalmie. Parésie des muscles oculaires et faciaux. Hystérie, hèmianesthésid gauche avec perte du sens musculaire. Diplopie monoculaire .

Aim..., trente-trois ans, tapissier, entré Je 7 janvier 1888, salle Delpech, n" 1, hôpital Broussais.

Antécédents héréditaires. — Père et mère vivants et bien portants ; n’a ni frères ni soeurs. Un oncle paternel et un oncle maternel morts dans un asile d’aliénés.

Antécédents personnels . — Bonne santé habituelle. Aim.. a toujours été nerveux et émotif, mais jusqu’à l’apparition de l’affection actuelle n'a jamais fait de maladie et n’a jamais présenté de troubles sérieux.

Histoire de la maladie. — Le 19 septembre 1886, Aim... se promenait à Marseille, sur le bord de la mer, en face du pharo. Il voulut escalader un rocher, son pied glissa et il

tomba à l’eau d’une hauteur de 0 mètres environ. On le repêcha aussitôt, mais il avaitperdu connaissance; on letransporta chez un pharmacien, où il ne tai’da pas à revenir à lui, de là on le conduisit à l’hôpital. Durant les premiers jours qui suivirent l’accident, on n’aurait noté aucun phénomène particulier, si ce n’est une excessive impressionabilité.

Mais, à la fin d’octobre, Aim... commença à éprouver des palpitation. Son cœur se mit à battre violemment, au point de gêner la marche.

« Je ne pouvais parfois, dit le malade, ni avancer, ni reculer ». Vers la même époque le cou gonfla et les yeux devinrent plus saillants. En même temps le patient remarqua qu’il lui était impossible de marcher dans l’obscurité et que sa force musculaire avait diminuée. Se trouvant alors dans l’im. possibilité de continuer son métier de tapissier, Aim..., se rendit à Paris. Il fut admis tout d’abord, comme nous l'avons récemment appris, à l'hôpital des Tournelles,dans le service de M. Debove, qui l’examina avec soin et le présenta à la Société médicale des hôpitaux. Au mois d’août 1887, on constatait les symptômes suivants, ainsi qu’il résulte de l’observation publiée par M. Debove, dans les bulletins de la Société.

« Aujourd’hui, dit M. Debove, nous constatons l’existence d’une anesthésie généralisée, cutanée et sensorielle (ouïe, odorat, vision). En même temps il y a perte du sens musculaire, la station et la marche sont impossibles lorsque les yeux sont fermés, la position des membres est facilement méconnue lorsqu’elle n’est pas vérifiée par la vision. Notre malade est hystérique, parce que cette anesthésie généralisée est pathognomonique de l'hystérie, parce qu’on ne la rencontre dans aucune autre maladie avec les caractères spéciaux qu’elle présente ici. Il y a d’ailleurs d’autres symptômes qui viennent confirmer ce diagnostic : très souvent le

malade éprouve la sensation d’une boule qui, partie de la région épigastrique, remonte jusqu’au larynx, s’y arrête, provoque des phénomènes de dyspnée et des signes fort pénibles qui ressemblent à une attaque de nerfs avortée. Sur quelques points du corps, dans les régions iliaques droite et gauche, au niveau de l’hypochondre droit à l’union des vertèbres cervicales et dorsales, il y a des zones hyperesthésiques, la pression sur ces points provoque des douleurs très vives, quoique dans les mêmes points la peau soit anesthésiée. En même temps que des symptômes de l’hystérie, existent les symptômes caractérisques du goitre exophthalmique. C’est un goitre fruste, car le corps thyroïde est peu ou pas tuméfié, mais il est un peu douloureux. La saillie des globes oculaires est évidente. Les battements du cœur sont précipités 120 à 140 pulsations, et ils sont si violents qu’ils agitent tout le thorax ». Le malade quitta l’hôpital des Tournelles vers le milieu de 1887, et se présenta le 26 janvier 1888, à la consultation du bureau central, d’où il fut dirigé dans notre service, à l’hôpital Broussais.

Etat actuel (du 27 janvier au 15 février). L’examen nous démontre qu’il existe en effet, comme c’est relaté dans la note de M. Debove, deux ordres de symptômes, les uns se rapportant à l’hystérie, les autres au goitre exophthalmique. Mais nous constatons en outre des symptômes qui ne font pas partie de la symptomatologie habituelle de l’hystérie ou de la maladie de Basedow.

1. Symptômes hystériques . — A. 1° Sensibilité générale. Il existe une hémianesthésie gauche générale quant à son étendue, absolue quant à son degré. Le malade en effet ne sent à gauche ni au crâne, ni à la face, ni au tronc, ni aux membres ; la perte du sentiment existe aussi bien pour le froid et le chaud que pour la douleur et le contact. A droite, la sensibilité cutanée n’est pas abolie, mais elle est notable-

ment diminuée. Le malade perçoit les impression tactiles, de chaleur et de douleur, mais avec beaucoup moins de netteté et d’intensité qu’à i’étatnormaI.La sensibilité de la plante du pied est la même que celle des autres parties du corps, abolie à gauche, très diminuée à droite,

2” Sens muscuiaire. — Aboli à gauche, très diminué à droite. De cette abolition résultent des troubles très accusés de la locomotion et de la station. Le malade étant der bout, si l’on vient à lui occlure les yeux, il se laisse immédiatement aller à gauche et, si on n’avait la précaution de le soutenir, il tomberait lourdement à terre : ce qui lui est arrivé plusieurs fois devant nous. Il résulte de ce fait que la marche est impossible dans l’obscurité ou lorsque les yeux sont fermés. Pendant le jour, les yeux étant couverts, elle est gênée sans être très difficile. On constate que le malade ne va pas directement devant lui. Il marche en zigzag, comme un homme pris légèrement de vin. Les deux jambes, au lieu de se porter parallèlement l’une au-devant de l’autre, s’entrecroisent de temps en temps.

3" Sensibilité spéciale. — a. Goût. Anesthésie complète de la sensibilité générale et spéciale de la langue, qu’on peut piquer sans éveiller la moindre douleur. Le goût du sel, du poivre, du sucre n’est perçu ni à droite ni à gauche. — b. Odorat. L’ammoniaque provoque une légère impression à droite ; la narine gauche y est tout à fait insensible. Il en est de même de l’eau de Cologne. — e. Ouïe. A droite, le malade perçoit le tic-tac de la montre à 7 à 8 centimètres de distance ; pour qu’il l’entende à gauche, il faut que la montre soit directement appliquée contre le pavillon. Si l’on ferme le conduit auditif externe droit avec la maini tandis qu’on adresse à haute voix la parole au malade, celui-ci n’entend qu’une espèce de bourdonnement confus< Il comprend cependant assez bien ce qu’on lui dit, mais il nous af-

firme que, s’il comprend, c'est parce qu’il suit des yeux le mouvement de nos lèvres. Il paraît bien en être ainsi, car la parole n’est plus du tout comprise lorsqu’on a soin de se placer derrière le malade. — c?. Vue. Rétrécissement considérable du champ visuel à droite ; à gauche, le rétrécissement est encore plus accusé, et le malade voit fort mal de cet œil. Il existe en outre de ce côté de la diplopie’ monoculaire très nette.

En résumé, il y a une hémianesthésie sensitivo-sensorielle gauche, avec abolition totale du sens musculaire de ce côté, et une hémydysesthésie droite.

D. Zones hystérogènes. — On détermine une douleur vive et une exagération douloureuse des palpitations cardiaques par la pression de la fosse iliaque gauche. Il existe une seconde zone douloureuse vers la partie dorsale supérieure de la colonne vertébrale.

C. Attaques, — D’après les renseignements que nous donne le malade, il semble qu’il n’ait jamais eu de véritable attaque d’hystérie. Il éprouve parfois comme une sensation de resserrement et de constriction à la gorge, accompagnée de dyspnée. Mais il est difficile de faire la part de ce qui, dans ces accidents, revient à l’hystérie et au goitre. Toutefois nous avons assisté un matin à une yéritable attaque d’hystérie, à la suite d’un examen un peu prolongé du malade. xVim... a ressenti tout à coup une sensation pénible dans le ventre, celle d’une boule remontant à la gorge et l'étouffant. Il est tombé à terre, ne s’est pas débattu d’une façon notable, ne paraît pas avoir perdu connaissance. Cette crise de petite hystérie n’a duré que quelques instants,

Suite de l' observation m Bulletins de la Société médicale des hô^ntaux, 6 inars 1890, ;j. 128.

A... est en proie à une constante inquiétude; le sentiment qui le domine est celui d’une défiance perpétuelle à l’égard de tous ceux, connus ou inconnus, qui l'entourent ou qui rapprochent. Son attitude réservée, les difficultés qu’on éprouve à capter sa confiance et à obtenir des réponses aux questions qu’on lui adresse, laissent entrevoir bien vite, à l’approche de cet homme, le fond de méfiance qui est actuellement le trait dominant de son caractère. Lorsque, avec mille précautions, nous arrivons à obtenir que le malade nous renseigne sur les sentiments intimes qui l’agitent, sur les motifs de l’excessive réserve qu’il nous témoigne, A... finit par nous apprendre ce qui suit. Il est convaincu « qu’on lui en veut et qu’on le persécute » ; aussi a-t-il horreur de la société ; il aime mieux se trouver seul ; il lui est particulièrement pénible d’être au milieu des gens qu’il connaît ; il préfère au contact des personnes qu’il a déjà vues plusieurs fois, celui de la grande foule inconnue au milieu de laquelle, sur le boulevard, par exemple, il éprouve moins d’appréhensions. Encore dans cet isolement relatif où il se complaît, n’est-il pas absolument tranquille. Souvent, au café, par exemple, il a cru remarquer qu’on parlait de lui ; ses voisins inconnus faisaient des gestes et évidemment s’occupaient de sa personne. Aussi prenait-il rapidement sa consommation et se hâtait-il de quitter l’établissement. A l’hôpital, même chose se produit ; A... se défie de ses compagnons de salle ; s’il se promène, c’est tout seul. Les malades et les infirmiers lui en veulent. Le besoin d’isolement que A... ressent si vivement est pour lui, depuis plusieurs mois, l’occasion d’une vie inquiète et bizarrement agitée. Est-il à Paris, il n’a

qu’un désir, celui de regagner Béziers, son pays natal. Est-il à Béziers, qu’il rêve aussitôt de rentrer à Paris. Ainsi s’expliquent les pérégrinations multiples et les nombreux voyages qu’A... a faits dans l'espace de quelques mois de Paris dans le département de l'Hérault et du département de l'Hérault à Paris. C’est par surprise que nous l’avons amené à

entrer à l’hôpital ; et il ne rêve qu une chose, en sortir pour regagner Béziers. Il nous avoue du reste que aussitôt arrivé dans cette dernière ville, il se hâtera de la quitter pour Marseille, si par hasard il y rencontre quelqu’un de Paris.

A... n’est pas un mélancolique, mais bien un persécuté; c’est autour de lui, non en lui-même que résident les agents

de son anxiété A... circonscrit son délire de persécution,

et parmi les persécuteurs dont il a fait choix, il en est trois qu’il accuse plus particulièrement : c’est son père résidant actuellement à Béziers ; c’est M. Debove, dans le service duquel il a été à l’hôpital Audral ; c’est nous-même surtout qui, à différentes reprises, avons eu à le soigner.

Son père, de longue date, lui en veut; rien ne semble cependant légitimer une pareille hypothèse ; le malade néanmoins s’y attache avec une certaine persistance. Il est même allé jusqu’à se livrer sur son père à des tentatives de voies de fait ; il y a quelques mois, au cours d’une petite discussion, il a braqué le canon d’un fusil sur ce dernier ; à la suite de cet incident, il aurait même été sur le point d’être traduit en justice et aurait fait cinq jours de prison préventive à Béziers. Une ordonnance de non-lieu aurait été rendue après expertise médicale.

Quant à nous. A... nous redoute et le déclare sans détour ; il nous redoute « parce que nous le persécutons. » Lors de son dernier retour à Paris, se trouvant dans l’embarras et se rappelant que nous lui avions porté intérêt,, il est venu à

l'Hôtel-Dieu nous demander des bons de médicaments et de douches : nous les lui avons remis en lui assignant rendezvous pour une date ultérieure. A... n’est venu nous trouver que fort longtemps après la date convenue, et lorsque nous lui demandons la raison de ce retard, il nous raconte ce qui suit : « Ayant besoin de vous, je suis souvent venu, pour vous voir, jusqu’à la porte de l’hôpital ; mais arrivé je n’osais pas entrer, j’avais peur de vous voir, d’être encore persécuté par vous et je m’en retournais. Il a fallu que vous me rencontriez à la porte pour que je me sois décidé à en franchir le seuil. » Chaque fois que j’approche du malade, à son attitude, à l’expression de sa physionomie, à ses premières réponses, je constate bien vite que ma présence lui est souverainement désagréable. Je n’obtiens des réponses de lui qu’à la condition de le questionner avec une longue insistance et une excessive douceur A..., à différentes repri-

ses, paraît avoir tenté de se suicider ; il a voulu s’empoisonner, et aurait pris dans ce but, en une seule dose, 30 centigrammes de morphine ; une autre fois il a essayé de se pendre... Plusieurs fois en passant près de la Seine, il aurait sérieusement songé à s’y jeter, sans toutefois avoir eu le courage de réaliser ce fâcheux projet.

Souvent la nuit et fréquemment le jour, en dehors de l’hôpital comme à l’hôpital, à Béziers comme à Paris, il nous voit en imagination ; nous lui apparaissons très distinctement, nous sommes en général revêtu du tablier d’hôpital ; nous adressons la parole au malade, qui, à la vérité, ne distingue pas parfaitement ce que nous lui disons et n’entend

qu’un murmure sourd et indistinct Il voit aussi souvent

M. Debove, puis son père, qui lui fait des gestes de menace... et un de ses oncles, actuellement mort ; il voit les juges qu’il a eu réellement sous les yeux au Palais de Jus-

tice à Paris, dont il a été, durant sa vie oisive, un hôte as^ sidu ; il voit les gendarmes et entend le cliquetis de leur sabre. L’hallucination auditive vient se joindre à l’hallucination visuelle, A... notamment a particulièrement en grippe un malade de la salle « qui lui parle à l’oreille. » Il paraît même avoir eu à plusieurs reprises des hallucinations oblactives ; deux fois A... a senti au pied de son lit « comme une chose purulente » Il a de fréquents cauchemars au cour des-

quels apparaissent les visions les plus variées et fréquemment ces visions persistent et s’éternisent plus ou moins après le réveil. « Cette nuit, nous dit-il, j’ai eu un cauchemar terrible ; j’ai vu deux hommes noirs et pendant plus d’une heure après mon réveil, j’ai continué à voir ces mêmes homines. »

Cette observation remarquable par le rapport des hallucinations et des idées délirantes a servi à M. Ballet pour démontrer l’origine ballucinatoire des idées de persécution, dans ce cas. Rappelons que ce malade était hystérique, et que dans ses conclusions, M. Ballet rapportait à l’hystérie les hallucinations.

Observation XXL

Renaut {de Ltjon) in Bullet. Société médicale des hôpitaux

Goitre exopthalmique^ absence d'hystérie et de troubles psychiques antérieurs au goitre. — Délire de persécution passager : tentative de suicide. — Retour complet à t' intégrité des opérations cérébrales coïncidant avec une amélioration progressive des symptômes de la maladie de Basedow.

A. V..., 57 ans, entre à l’hospice du Perron le 24 septembre 1885, n“ 9 salle Paul Jouve. C’est une fille dont la santé a toujours été délicate, née d’un père phthisique mort à trente trois ans, et d’une mère morte à soixante-quinze ans, dont le caractère était simplement nerveux et un peu impressionnable. Mais, enquête faite, on n’a point constaté de maladies nerveuses proprement dites, ni d’affections cérébrales ches les ascendants de cette malade.

Elle a été réglée à 15 ans, régulièrement depuis. Elle était sujette pendant sa jeunesse à des névralgies et s’enrhumait fréquemment. Elle n’a jamais été chlorotique et n’a pas eu d’attaques de nerfs. La ménopause est arrivée à quarante-cinq ans sans s’accompagner d’aucun accident digne ; d’être noté. Mais, à peu près à cette même époque, A. V..., éprouva de nombreuses difficultés d’existence et des chagrins de toutes sortes ; elle est prise alors d’hémoptysies types qui se renouvellent quatre fois dans l’espace de quelques semaines. Alors son cou, qui avait commencé à grossir dès 1877, devint rapidement de plus en plus volumineux. En même temps, il se produisit des palpitations, des accès d’oppression, des névralgies rebelles, une sensation perpétuelle de chaleur intérieure, et enfin de l’exorbitisme dont elle ne peut-préciser le début, mais qui en 1884 était devenu très net ; de façon que, dès son entrée dans le service de M. le professenr Renault, à l’hôpital de la Croix Rousse, le diagnostic de la maladie de Graves type fut posée d’emblée.

La malade couchée au n“ 20 de la salle Sainte-Blandine, y fitun long séjour, sans rien présenter d’abord de particulier au point de vue du système nerveux. Puis brusquement, elle devint sombre, craintive, se cachant contre son oreiller dès qu’on la voulait interroger. On recherche alors soigneusement les raisons de ce changement ; on constate positivement l’absence de tout stigmate suspect au point de vue de

l'hystérie. Au bout de quelques jours, la malade réclame son exeat sous prétexte qu’on lui en veut dans la salle, que les malades et les sœurs la regardent de travers, etc.

Elle finit par obtenir sa sortie et, le jour même, elle se jette au Rêne, d’où elle est du reste immédiatement retirée par des bateliers riverains.

Depuis lors, cette femme cache très soigneusement sa tentative de suicide dont elle a la plus grande honte. On parvient néanmoins à savoir qu’elle avait agi sous l’influence d’une impulsion irrésistible à en finir de la vie, les chagrins lui ayant paru subitement insurmontables et interminables. Elle a parfaitement conscience que cette manière de voir était illusoire.

D’ailleurs aussitôt après sa tentative de suicide, elle a cessé d’entendre des voix et de songer exclusivement à ses ennuis et à ses chagrins.

Dès son entrée au Perron, en 1885, sa cérébration était devenue parfaite. Elle est simplement tourmentée par ses anciennes névralgies, siégeant tantôt à la face, tantôt sur les nerfs intercostaux ou sur ceux des membres ; ce sont des névralgies vagues sans point de Valleix bien déterminés.

En somme cette malade est la moins ancienne et la moins bizarre des trois malales atteintes de la maladie deBasedow qui sont actuellement dans le service.

Au point de vue du syndrome de Graves, l’état de A. V.., était le suivant en 1889.

Goitre. Au cou, goitre bien développé, surtout à gauche, donnant à la palpation la sensation d’une masse molle, dépressible. A l’inspection on voit des battements isochromes à la pulsation cardiaque, qui ne sont pas communiqués par la carotide (lesquelles battent fortement, surtout à droite), pas de thrill. A l’articulation pas de souffle, ni continu, ni

discontinu ; mais l’on entend d’une façon très nette la prd^ pagation du bruit du cœur.

Ce goître gêne la malade, surtout'dansla marche, la course, lés travaux pénibles^ au point de lui causer parfois des accès de suffocation peu intenses toutefois. Elle rëmarque que de temps en temps la voix devient rauque sans motif apparent et sans rhume existant. ' = fj?-.

Exorbitisme. L’exophtalmie est très prononcée, baltérale, la paupière supérieure semble un peu parresseuse dans ses mouvements sur le globe.

Pas de troubles fonctionnels d’ailleurs du côté de la vue qui est bonne. S’il n’y a pas de souffle oculaire. Au cœur pas d’hypertrophie, souffle systolique médio-cardiaque doux. Pulsation cardiaque intense, surajoutant un choc au départ aux bruits normaux du cœur et Créant un rythme de galop. La tachycardie est cependant peu intense.

Tremblement. Le tremblement, qui manquait absolument au début et dans les premières années de la maladie. Conàmence à apparaître et il est encore peu accusé, on trouve quelques oscillations aux doigts, qui de prime abord pourraient être mises sur le compte dé l’émotion.

Mais la malade affirme que de temps a autre, et sans cause appréciable, ce tremblement s’exagère au point de la gêne dans ron travail de couturière.

Phénomènes nerveux accessoires. L’état nerveux général est toujours peu développé, sauf les névralgies qui reviennent fréquemment. Dans leurs intervalles, la malade ést calme. Le système entier des vasomoteurs de la face est légèrement parésié. Le teint du visage et du cou est coloré, ce qui n’existait pas avant la maladie de Graves, affirme la malade. La rougeur habituelle existe aussi aux mains et aux pieds. ! , i

Partout où elle existe la patiente ressent une sensation de

chaleur extrêmement marquée et qui la tourmente. En dehors de là pas de troubles trophiques, ni d’œdèmes, ni d’éruptions figurées à la peau. Les urines ne contiennent ni sucre, ni albumine. (Note prise en janvier 1889 par M. Philippe, interne du service).

Février 1890. — Même état, plutôt atténué dans Son ensemble. L’exophtalmie, en particulier, a paru rétrograder. Aucun trouble mental, ni aucun stigmate hystérique ne peuvent être relevés.

Observation XXII

Extrait de la communication de M. Joffroy à la Société médico-psychologique {séance du 31 mars 1890).

L’aspect de la malade est caractéristique, elle a l’attitude et la physionomie du désespoir. Elle pleure presque conti^ nuellement, se lamente en disant qu’elle est damnée parce qu’elle n’est pas chrétienne. Si on cherche à la détromper, elle ajoute qu’elle ne peut pas être chrétienne, puisque ce sont les animaux qui l’ont mise sur la terre. Elle convient toutefois que son père et sa mère ressemblaient extérieurement aux autres hommes ou femmes, ’mais qu’ils en étaient quand même des animaux, puisqu’ils n’étaient pas chrétiens. '

La nuit et surtout pendant son sommeil, le dortoir où elle se trouve se remplit d’un grand nombre de chrétiens, hom^ mes et femmes, et ce sont ces gens (qui ne sont en aucune façon des persécuteurs et ne viennent que pour faire le biën) qui lui ont révélé sa triste situation. ’

Elle affirme et maintient énergiquement qiie très fréquemment ces grandes réunions de chrétiens se font’ dans

la salle, mais elle ne les voit jamais, ne les entend pas, n'a aucune perception, ni par Todorat, ni par le goût, ni par le tact trahissant leur présence, et néanmoins elle sait avec la plus grande certitude qu’ils sont là, parce qu’elle ressent une douleur spéciale, vague et non localisée en un point du corps. Ces personnes ne se servent pas de ces organes, ne la font ni parler, ni remuer, mais la font penser et lui ont ainsi révélé son origine bestiale.

C’est en vain qu’alors nous avons cherché chez cette mélancolique des idées de persécution ; elle ne voit autour d’elle que des gens qui veulent le bien ; elle est docile et si elle ne veut se soumettre à aucune médication, ce n’est pas parce qu’on veut l’empoisonner, c’est parce que son mal étant intimement lié à sa naissance, est incurable et qu'il luj est inutile par conséquent de se soigner.

Mais si chacun autour d’elle fait le bien, elle-même ne produit que le mal. Elle empoisonne tout le monde par sa présence, et dernièrement nous l’avons trouvée plus désolée encore que d’habitude, parce qu’une de ses voisines avait été frappée d’une attaque d’apoplexie ; c’était elle qui en était cause. Elle est également cause des malheurs qui surviennent aux personnes de sa connaissance vivant hors de Paris et très loin d'elle.

Ajoutons à ces symptômes un tremblement habituel de tout le corps, une asystolie avec battements rapides et irréguliers, et un souffle assez fort à la pointe.

Voilà quels sont les symptômes dominant dans l’état actuel, et il serait très possible à un médecin non prévenu de ne voir là qu’un cas de mélancolie générale, avec tremblement, affection mitrale et asystolie sans songer au goitre exophthalmique. Il n’en était pas ainsi il y 14 mois, quand la malade est entrée dans mon service ; bien au contraire, le tableau symptomatique de la maladie de Basedov était

presque complet. L’exophthalmie seule faisait presque défaut. Mais si les symptômes sont peu accusés du côté des yeux, il n’en est pas de même des autres signes.

Le corps tyroïde présentait un gonflement notable, mais uniquement dans le lobe droit ; on y perçoit nettement un mouvement d’expansion, soit par la vue, soit par la palpation.

En outre, la malade se plaignait de palpitations fréquentes. Les bruits du cœur étaient à cette époque réguliers, éclatants et ne présentaient rien d’anormal, sans une sorte de roulement au premier bruit. La pointe du cœur battait entre le 4« et le 5® espace intercostal -

Le pouls était d’ordinaire à 120, et beaucoup moins accusé à la radiale qu’à la carotide. Enfin, on constatait aux membres supérieurs et surtout aux mains un tremblement menu, fréquent et s’exagérant beaucoup sous l’influence de la moindre émotion.

La malade présentait en même temps de la polyurie, de la gastralgie fréquente, de la tendance à la constipation,un état d’anémie assez marqué et de l’insomnie.

A cette époque, la malade ne paraissait présenter d’autres troubles psychiques qu’une émotilité très grande, une susceptibilité exagérée et un degré de tristesse qui paraissait bien justifié. On verra parla suite qu’il ne s’agit là que d’une apparence et qu’en réalité il y avait alors des idées de persécution déjà anciennes.

La malade reste dans cet état, sans modifications notables, pendant 10 mois environ, de février à décembre 18S9 et alors survint un symptôme nouveau, qui précéda de peu le développement de la mélancolie générale, je veux parler de l’hallucination visuelle produite par la fixation du regard. Le lit de la malade est disposé de telle sorte qu’elle aperçoit à travers les fenêtres du dortoir la cime de plusieurs

arbres sur lesquels viennent fréquemment se poser des oiseaux et particulièrement, à l’époque dont il s’agit, de grosses corneilles qui reviennent chaque hiver à la Salpêtrière. Or, il arrivait très fréqueniment à la malade, quand elle regardait fixement les arbres, de croire y voir 4es corneilles en nombre de plus en plus grand, et bientôt tel que les arbres en étaient couverts et que l’air en était obscurci, Ce n'était nullement une réalité, mais bien une hallucination.

Ajoutons que depuis la ménopasue, c’est-à-dire depuis quatre ou cinq ans, la malade avait eu, à plusieurs reprises, des hallucinations de la vue, des visions de scènes champêtres, par la fixation prolongée d’un point. Jamais il n’y a eu d’hallucinations auditives soit isolées, soit concomitantes. !

• Dans quelles conditions s’est développé ce goitre exophtalmique ?

Il n’y a pas eu d’antécédents héréditaires ni efieg le père, ni chez la mère ; un frère et une sœur sont morts de phthisie à 20 et 22 ans, une autre ^sœur est bien portante ; un oncle, encore vivant, est bourru et très peu intelligent.

La malade a 55 ans ; elle a été réglée à 13 ans, n'a jamais présenté aucun symbtôme d’hystérie, n’est pas aicooli-r que, a été mariée à 20 ans, a éprouvé vers l’âge de 28 ans des accidents pénibles de toux quinteuse avec crachements de sang qui ont fait craindre l’existence d’une tuberculose pulmonaire. Quelques années plus tard survinrent des accidents sur lesquels il y a lieu d’insister, et qui nous ont été rapportés différemment par la malade et par un membre de sa famille très digne de foi.

La malade attribue son mal à de profonds chagrins domestiques. Après une quinzaine d’années de mariage pen-

dant lesquels il n’élait survenu aucun incident, 'son mari commença à être infidèle, puis la quitta pour aller vivre avec une autre femme. Elle apprit ensuite que de cette union illégitime étaient nés plusieurs enfants. Elle en fut très affectée, eut des idées de suicide à ce point qu’elle demanda à être mise à Sainte- Anne, où elle séjourna pendant six mois.

Plus tard, son beau-frère, à qui était confiée là gestion de ses économies, l’aurait volée, et depuis cette époque elle vit sans aucune relation avec sa famille.

Ces renseignements nous ont été donnés par là malade et nous sont confirmés par une de ses amies qui la connaît depuis 4 ans seulement, et qui nous ajoute qlie la malade est très honnête, très bonne, très sobre, mais prête à s’irriter et en proie à une grande tristesse avec des idées de suicide, sans que, à sa connaissance, elle ait jamais fait aucune tentative.

Nous en étions à ce point de notre observation, lorsque nous pûmes nous procurer l’adresse du beau frère, qui habite la province, et qui s’empressa de venir à Paris dès qu’il crut pouvoir être de quelque utilité à sa belle-sœur. Et alors il nous apprit que les chagrins domestiques de la malade étaient purement imaginaires, que les scènes de jalousie qui en marquèrent le début n’avaient aucun fondement sérieux, que le mari avait été obligé de quitter sa femme parce que celle-ci lui rendait la vie insupportable, que jamais il n’avait vécu maritalement avec une autre femme et que rien ne permettait de supposer qu’il ait eu des enfants depuis sa séparation.

Le vol était également imaginaire : les économies de la malade avaient été placées par lui-même en rente sur l’Etat; fnais le titre ayant changé de forine et de couleur à l’époque d’une conversion, la malade n’hésita pas à se regarder

comme lésée et intenta un procès qu’elle perdit sans qu on pût réussir à la convaincre de l’honnêteté de son beau-frère, pas plus qu’on n’avail réussi à lui démontrer la bonne conduite de son mari.

De sorte que si l’on veut attribuer aux chagrins domestique une part dans la pathogénie du goitre exophthalmique, il faut remarquer que ces chagrins ne reposent que sur des faits complètement imaginaires. Du reste, à un moment donné, ce système de persécution a pris une plus grande extension, et a nécessité l’internement forcé de la malade à l’asile Sainte-Anne.

Nous ne pouvons dire avec précision quels étaient alors les troubles qu’elle présentait, mais le beau-frère nous apprend qu’elle parlait de prison, de jugement, de décapitation.

Cette malade, qui a aujourd’hui 55 ans, a donc présenté des troubles psychiques dès l’âge de 35 ans, et depuis cette époque, ils ont toujours persisté avec plus ou moins d’évidence.

Il resterait alors à déterminer l’âge exact du goitre exophthalmique. Cela est bien difficile. Ce qui semble certain, c’est que jamais les médecins n’ont parlé devant elle de cette maladie que depuis trois ans maintenant, et que d’autre part jamais aucune personne de sa famille n’avait remarqué l’augmentation du volume du cou, jusqu’à l’époque où, il y a trois ans, le médecin l’a constaté. Il semble donc probable qu’ici le goitre exophthalmique se soit développé au cours d’une mélancolie générale.

Observation XXIII.

A. Joffroi). I)i Bulletin de la Soc. medicale des Hôpitaîioû de Paris. 17 avril 1890. Troubles psychiques et hallucitionsdans la maladie de Basedow.

Il s’agit d’une jeune fille de 25 ans, présentant depuis plus de cinq^mois les symptômes de la maladie de Basedow : tachycardie, palpitations ; pouls habituel de 112 à 120 ; tremblement des mains ; tumeur thyroïdienne assez volumineuse, dure, avec battements perçus par la malade et appréciable au toucher ; très peu d’exophtalmie.

Cette malade, qui a toujours été très nerveuse, ^rès impressionnable, a eu autrefois et à plusieurs reprises des syncopes, des accès de dyspnée avec constriction laryngée et des bizarreries de caractère ; elle présente un peu d’ovaralgie gauche ; bref, des signes suffisants pour admettre un léger degré d’hystérie.

Elle a vu il y a déjà longtemps un chien enragé et a eu une très grande peur. Pendant les deux années qui ont suivi, elle a souvent revu dans un rêve pénible cet animal, tel qu’elle l’avait vu une première fois, puis peu à peu ce cauchemar est devenu de plus en plus rare et enfin avait disparu depuis plusieurs années quand, il y a cinq mois, est survenue la maladie de Basedow.

Actuellement ce malade fait de nouveau ce rêve, se réveille dans un état de malaise et de frayeur, et tout en étant éveillée elle continue non pas à représenter, mais à voir l’animal avec l’œil mauvais, la queue entre les jambes, marchant d’une allure un peu pressée, absolument comme s'il s’agissait d’une réalité. Cette hallucination persiste pendant un temps très appréciable, peut-être plus de cinq minutes.

Tout d’abord quand la malade se réveille, elle est sous l’illusion entière de l’hallucination, puis peu à peu la conscience revient ; la malade constate qu’elle est dans son lit, dans sa chambre, dans l’obscurité et qu’elle est victime d’une sensation imaginaire, mais malgré tout l’hallucination persiste encore quelque temps avec une netteté toute matérielle.

D’autres fois la malade a l’illusion que sa chambre, au milieu de l’obscurité de la nuit, est éclairée par une lumière blanche analogue à celle de la lumière électrique. Mais elle constate facilement qu’il ne s’agit là que d’une fausse sensation, puisqu’elle ne peut, quoique la lumière soit assez intense, apercevoir les meubles ou les objets qui sont autour d’elle.

.. Je mentionnerai encore l’hallucination suivante, débutant comme la première fois par un cauchemar. Un homme cherche à pénétrer dans la chambre par effraction, et la malade l’aperçoit nettement au travers des rideaux transparents de la fenêtre. Elle se réveille en sursaut, continue à être en proie à une grande frayeur, à voir la silhouette du malfaiteur, puis la conscience revenant, elle se dit que cela ne peut pas être puisque des rideaux très épais sont soigneusemt tirés et qu’on ne pourrait apercevoir un homme derrière la fenêtre. Mais, malgré tout, l’hallucination persiste encore quelque temps.

Cette observation tire son importance de ce fait que le goitre exophthalmique survenant, on assiste au réveil d’anciennes hallucinalations hygnagogiques et à leur tranformation en véritables hallucinations sensorielles. Ici l’hystérie a donné au cauchemar un caractère de per- 'sistaiice anormale, le goitre a fait l’hallucination.

Observation XXIV (résumée).

J. Bœdeker. — Contribution à l'étude de la folie dans la

maladie de Basedow, in Charité Annalen, 1889, p. 455.

(Traduction personnelle).

A... S..., comptable, 28 ans, marié.

Depuis l’âge de 12 ans, éprouve des accès de fourmillements de divers côtés devenant de plus en plus fréquents, revenant surtout vers 4 heures du matin. Céphalalgie matinale, incapacité de penser, s’améliore pendant la journée. Pendant un de ces accès, le malade dit avoir perdu la parole un quart d’heure.

Le jour de son entrée, l’accès a été, par exception, accompagné de vomissements. Ces fourmillements se propageaient d’un membre à l’autre et puis d’un côté du corps à l’autre, d’abord une seule fois dans l’espace de trois mois, à présent chaque 2jours.

Quelques mois auparavant, la seconde femme de son père, qui était affectée de la maladie de Basedow, était morte. Il avait été forcé, après sa, de lui enlever une bague du doigt. L’idée lui vint que peut-être serait-il affecté lui-même de cette maladie. Il continuait néanmoins à se bien porter jusqu’au moment où ses amis attirèrent son attention sur les symptômes de la maladie de Basedow qui se confirmait de plus en plus.

Il survint un changement de caractère, une grande excitabilité, de l’affaiblissement de la mémoire, surtout pour les faits récents.

Etat actuel. — Les différentes sensibilités sont intactes. Caractère très excitable ; à l’arrivée du médecin à la visite, la figure du malade rougit et se couvre de sueur ; il est visi-

blernent excité, ses voisins se plaignent de ses violences, ils disent qu’il les battràît ’si lés Tôrces liè lui manquaient.

Affaiblissement considérable de la mémoire : il a oublié les dates et les phendmèhes du début de sa maladie.

A plusieurs reprise^, lè' malade se lève là nuit et ^ tout en ayant le vase de nuit à la main, il urine dahs'lâ chambre. Ses voisins disent avoir remarqué son absence d’esprit à ces moments. Le matin le malade n'a aucune souvenance de ces faits. Il .chante ou parle pendant le sommeil. ,

L’etat physique s'améliore, les accès de fourmillements persistent ; ils se localisent surtout tantôt dans les bras, tantôt dans la région sits-arbitraire sous forme de céphalalgie.

'il quitte l’hôpital, mais'y revient après plusieurs mois. Il est cette fois placé dans la section des maladies mentales. Le certificat d’admission, porte « folie hallucinatoire.

Etat^o^otuel. — Le 'malade est calme et^donne^des renseignements assez exacts sur le début de sa maladie et ajoute qu’il entend des voix (surtout le matin), lui parlant dans Loreille. Ayant entendu dire que ces symptômes sont le prélude de la folie, i), s’est rendu chez le commi^aire de police. L’exophtalmie est médiocre et le goitre peu développé. Hormis, cela, tout est normal.^,., , ,

Les premiers jours il se montre tranquille, bientôt il devient anxieux : il entend des voix lui disant de pendre sa femme et perçoit des bruits différents.

. Une nuit il distingue clairement une voix qui disait : «Que fait cet homme ,a,vec son sabre. », Le lendemain le malade est très anxieux, il croit qu’on veut le|rendrefou, .j -,

Il se plaint aussi de douleurs dans la région^ odciputale^ d.’un sentiment de faiblesse et ^ des ^ fourmillements dans les

bras. ,. V;}?,,

Cet état se dissipe ; il prétend que les hallucinations disparaissent J malgré cela il semble toujours anxieux et il a l’air d’être sous le coup d’hallucinations.

1\ avoue cependant que ses voisinsj le regarde conirae fou, il a entendu dire à un malade qu’on veut envoyer du vin à sa femme, Ilmroit trouver une relation entre les noms de ses voisins et l’histoire de sa vie ; leurs noms étant ceux de oeC’ tains de ses parents. Il est certainement haï par son entourage ; il juge pourtant inutile de nommer qqi que ce soit. Il craint qu’en pensant à cela il ne devienne fou. La cause de ces animosités réside dans des intérêts pécuniaires. ;

Le malade étant plutôt taciturne, tou^ oesc dires doivent iui être arrachés par des questions réitérées.

Les symptômes physiques sont presque complètement disparus ; de légers tremblements et des palpitations quand le malade est excité.

.ti-

1, J»; . OnS^lRVATIQÎi .j

; 1 : -Il ?“ 'A. -

/Sic?. (Trad, pprs,).

A. IV--, âgée de 46 ans, célibataire, (c’est sa maladie ^qui est sensée avoir provoqué celle du malade précédentj.

Nombreuses tares héréditaires : père alcoolique, mère très nerveuse, grand-père buveur, niortàla Charité d’alcoolispae ; grand’ mère mprte dans la démence 6^ ans après une attaque ayant eu pour conséquence la perte du, langage articulé, sœur anémique et très faible.

Ayant été abandonnée par son amant après avoir mis au monde un flls, elle dit avoir perdu la raison ; elle voyait une montagne et un ange sur son sommet qui lui faisait signe ; elle voulait se suicider et on l’a transportée à la Charité, d’où du reste elle est sortie après 4 jours, les médecins ayant conclu à Une simulation (?) — Elle reprit la vie commune avec son amant et donna encore naissance à deux flls.

La mort de son mari et d’autres soucis de famille font apparaître les symptômes de la maladie deBasedow.

Traitement par l’électricité et amélioration notable de l’état général, l’état physique restant à peu près le même.

Six ans après aggravation surtout des palpitations et de la faiblesse générale améliorées encore par le traitement électrique.

Quelque temps après son fils aîné présente des symptômes de foli des grandeurs, ce qui produit une aggravation des palpitations cardiaques.

Elle dit qu’elle a été, elle-même, un peu « frappé » au début, et qu’elle a surmonté cette attaque dans Tuitérêt de son fils.

La guérison de son fils produit aussi un effet salutaire sur elle.

Par suite de la misère, son état empire une année après.

Elle voit partout des animaux laids et noirs ; cet état l’aggrave encore après une tentative de suicide que son fils commet sur lui-même.

Diminution considérable de la mémoire, inaptitude au travail céphalalgie et rachialgie, nausées, grande anxiété.

Etat actuel. — Symptômes ordinaires de la maladie de Basedow,

Etat psychique. — Elle est apathique et regarde toujours devant elle, donnant pour cause des hallucinations qui l’ont rendue méfiante.

Elle s’accuse de tous les méfaits qui lui arrivent ; faiblesse morale extrême ; elle est désespérée.

Pas d’hallucinations dans les derniers jours.

Les réponses sont lentes, elle est taciturne.

Cette état reste le même dans la suite, elle se plaint d’anxiété et d’excitation inexplicables ; figure pâle et défaite.

Sur sa demande, elle quitte l’hôpital, pour y rentrer 3 mois après, cette fois dans la division des aliénés.

Le certificat d’admission porte : Grande excitation, accès furieux (la veille, elle se promenait nue et voulait se jeter par la fenêtre).

Etat actuel. — Etat de nutrition déplorable, goitre, pouls irrégulier.

Elle est assise la tête baissée, le visage anxieux ; elle répond à voix basse ; elle se dit malade seulement du corps, c’est par erreur qu’elle se trouve dans la division des aliénés ; elle entend des voix qui disent d’elle des choses désobligeantes.

Ils lui parlent aussi de l’amour de O. pour elle : c’est pour lui qu’elle a teint ses cheveux en gris (ses cheveux ont en effet cette couleur).

Elle se tient assise ou couchée sur son lit, impassible, répondant à peine anx questions.

Elle ne se rappelle rien de ce qui s’est passé la veille de son entrée.

Deux mois après, amélioration de son état : elle répond bien aux questions, déclare ne rien se rappeler de la période récente de sa maladie et demande à quitter l’hôpital.

Elle revient quelques jours après, et ne présente dans la suite aucun phénomèn^e psychique. Quelques-uns des symptômes de la maladie de Basedow ont disparu.

Observation XXVI {Résumée) Ibid. (Trad. pers.).

J.., filled’un commerçant, âgée de 34 ans, célibataire. Les certificats des médecins traitants portent : Maladie de Basedow datant de 12 ans, manie aigüe et de la persécution depuis trois mois. Le jour même de son entrée, attaque de folie furieuse.

Elle pousse des cris et est très excitée. Un bain tiède et le repos au lit la calment un peu. Elle donne son nom et réclame sa mère ; elle ne répond pas à d’autres questions, regarde autour d’elle d’un air étonné et frotte violemment sa tête contre l’oreiller. Elle ne prend que quelques aliments liquides. Maigreur, tête très aplatie latéralement et en pointe; expression grimaçante. Symptômes de la maladie de Basedow. Elle dort très peu la nuit, est très exaltée, grimace, crie, essaie de tomber de son lit, ne prend que peu d’aliments, demande beaucoup à. boire. Elle meurt dans l’exagération de tous les symptômes.

Observation XXVII [Résumée) Ibid. (Trad. pers.).

E. R.., âgée de 24 ans, domestique. Pas d’hérédité. Réglép à 17 ans, régulièrement. Syphilis. Début de la maladie de Ba" sedow il y a trois ans. Etat d’excitation répété l’année dernière.

Symptômes de la maladie de Basedow.

Devenant facilement excitée, anxieuse. Rêves, faiblesse de la mémoire, oublie môme ses propres paroles, , ,,

Etat actuel. — Symptômes de la maladie de Basedow. Pleure sans cause appéciable. Plus tard, signes du diabète insipide. Anxiété, esprit distrait. Elle a la notion de son état et ne se l’explique pas.

Trois mois après, les troubles psychiques se déclarent plus nettement.. Plus grande anxiété, mélancolie, se fait des reproches et se calomnie elle-même. Refuse de prendre de la nourriture, essaie de se jeter parla fenêtre. Transférée dans la section des aliénés.

Elle raconte qu’elle entend des voix qui l’accusent de légè-

reté d’esprit. Elle voit dans ses rêves des personnes des deux sexes qui l’effraient ; volt surtout sa mère qui lui fait des reproches. Ces phénomènes rendent la malade inquiète. Trois jours après elle se montre gaie; chante des couplets, répond de bonne humeur. '

Le lendemain retour â l’état anxieux; elle entend des voix, deviènt taciturne. A peu près même état les jours suivants ; sommeil meilleur, incontinence d’urine.

Quelques jours après, bonne humeur, presque excessive par moments, elle raconte le séjour qu’elle a fait à l’hop^lal pour sa syphilis’ remet à la surveillante une corde qu’elle avait cachée sous son oreiller (pour se suicider évidemmept). Le lendemain, tristesse qu’elle attribue à des hallucinations; elle entend des voix et croit voir des personnes de sa con-^ naissance qui lui font des reproches. Le soir, sommeil très profond, réveil difficile. Le lendemain, bonne humeur, Le jour suivant, état d’esprit plus égal, veut revenir dans la section des maladies nerveuses pour se faire électriser. Pas d’hallucination, bon sommeil. Visage inquiet. Quelques semaines après, on la fait passer dans la division des maladies nerveuses. Même phénomènes physiqnes. Trois mois après, état psychique satisfaisant.

Observation "KXNWl {Inédite).

Due à r obligeance de M. le docteur Kéraval.

H. B.., israélite, âgé de 37 ans, placier en diamants, né à Amsterdam, traité à l’asile de Ville-Evrard.

Déclarations de Mme B.., femme du malade. .!

Son mari est fils de Tonde patern. de Mme Bén. Ils sont donc cousins germains.

Mari.

Père mort à 63 ans d’une affection du foie. Il étaitcommis* sionnaire en marchandises, et très sobre.

Mère morte à 30 ans de phthisie pulmonaire ; elle se serait mariée étant déjà phthisique, et sa maladie était déjà très avancée lorsqu’elle mit au monde M. Bén.

Femme.

Père mort à 75 ans, de ramollissement cérébral. La maladie dura sept mois ; le malade était aphasique et ne reconnaissait personne.

Mère vivante, âgée de 76 ans, n’a pas fait de maladie.

Parents communs.

Deux oncles paternels (et par conséquent oncles du mari et de la femme) sont morts, l’un de diarrhée avec étisie, à 60 ans ; l’autre d'hémoptisie pulmonaire. Ce dernier avait de violentes colères.

Une tante paternelle (même remarque) morte à 68 ans d’hémoptisie.

Parents du mari.

M. Bén. est le dernier de trois enfants. Son frère, plus âgé que lui de quatre ans, est en parfait état de santé physique et morale.

Sa sœur, morte il y a dix ans, à 38 ans, de phthisie galopante, était mariée et avait eu six enfants qui sont en Hollande et qu’on ne connaît pas.

Le père de M. Bén- s"est marié trois fois. Il s’ensuit que le malade a un demi-frère qui est âgé de 21 ans, et qui est très intelligent, très travailleur et bien portant.

Parents de la femme.

Mme Bén. a deux frères et quatre sœurs; l'une d’elles est morte.

L’aînée a 50 ans, est mariée, bien portante, a quatre filles, toute saines.

La seconde a 48 ans, s’est mariée à 24 ans, a trois enfants

La troisième a 39 ans, vit à Rotterdam, mariée, a 4 enfants tous sains.

Un frère, musicien, a 42 ans, vit avec J... G.... (la question du divorce empêchant le mariage) ; pas d’enfant.

Un autre frère a 38 ans; marchand de diamants ; bien portant.

La sœur qui est morte il y a quinze ans avait été toujours bien' portante jusqu’à treize ans. A cette époque, il se produisit des lésions de la paupière ; elle devint aveugle. A l’âge de 19 ans, paralysie du côté droit. Mort à 21 ans. Diagnostic probable : tubercules cérébraux.

Mme Rén. est la dernière. Caractère un peu excentrique. Elle s’est mariée il y a treize ans et ne connaissait pas précédemment son cousin qui n’est venu à Paris qu’un an avant leur mariage. Ils se sont mariés par amour en 1877.

Antécédents personnels de B...

De 7 à 15 ans, fièvres intermittentes.

A 23 ans, migraines périodiques apparaissant 2 ou 3 fois par mois.

D’après Mme Bén., son mari était très intelligent, très travailleur, mais aussi très bizarre, très colère, et provoquant de violentes disputes pour toute espèce de motifs. Il a toujours été violent.

Le goitre exophthalmique remonte à quatre ans. Début par tremblements avec battements de cœur. Le cou et les yeux ont grossi à la même époque. A cette date, le malade s’occupait d’une façon irrégulière, passait son temps à jouer, ne voulait plus se lever sous prétexte qu’il n’avait rien à faire et qu’on ne voulait plus lui donner de marchandises (il s’était fait, dit Mme, trop d’ennemis par son caractère). Alors sa femme se met à travailler parce qu’elle était obligée de quémander auprès de ses parents. Mais son mari lui défend tout travail, bien que refusant de s’occuper lui-même. Il va

jusqu’à la suivre dans ses courses, et jusqu’à écrire aux clients de ne plus donner de marchandises à sa femme, — Les premières escroqueries sont dues à ce qu'il avait joué et perdu à la bourse. Il vendit alors à vil prix desi diamants qu’on lui avait confiés, et se sauva en Hollande avec la plus grande tranquillité, laissant sa femme faire face seule aux créanciers. La somme escroquée s’élève à cinq miUe francs.

Pour payer des huissiers, il fit un faux en imitant la' signature de sa femme, quoique celle-ci lui eût donné cent quatre-vingt francs. — Il y a uni an, il ne voulait plus sortir,' par peur de ses créanciers. Il doit à tout Je monde, jouait àtoutes sortes de jeux.',-*- Il disait aussi quhl entendait des bruifs dans les oreilles, <11 venait chercher sa femme pour le sauver de ses hallucinations : dans sa chambre à coucher, i^ voyait un petit homme qui lui faisait des grimaces, et entendait des voix dont il ne donnait pas la teneur (bruits de cris et de disputes). Il ne buvait pas. Il se livrait à des colères épouvantables, et sciait dubois pours’abrutirkr-- La dernière scène eut lieu pendant le repas : sur un propos futile (question d’aliments) il se lève et engage une discussion (créances, loyer). Il veut frapper sa femme, 'jette sur elle divers objets la poursuit un couteau à la main.

Notes prises dam le^dossier de séquestration de la I* ; préfecture. ' • i

Déclaration de Mme Bén..., le 18 juin 1890.

« Depuis deux ans, actes de violence, scènes scandaleuses, mena,ces de mort et tentatives de suicide : la première il y a deux ans avec oxyde de carbone ^ il ne fut sauvé que parce que par hasard on ouvrit la, .porte. La seconde tentative date^d’un an,; laudanum. A cette époque, il frappe un facteur qui vient lui réclamer une lettre ^remise par^ erreur

(condamné pour ce fait à trente francs d’amende). Apparitions la nuit, voit des fantômes et n’dse pas passer d’une chambre à une autre. Cette dernière semaine, à dix heures du soir, il est descendu avec la bougie ‘allumée, quoique le gaz'brûlât encore, pour dire au concierge de ne pas continuer sa conversation dans la cour, parce que cette conversation l’empêchait de dormir. L’an dernier, il frappa brutalement son fils aîné sous prétexte qu’il avait laissé tomber une balle en jouant. Menaces de mort contre sa femme qu’il traite de putain, crapule. Grâce à elle, dit-il, il mourra sur l’échafaud. Plusieurs aliénés ou paralytiques dans sa famille. «J’attribue la maladie de mon mari k la faiblesse de sa constitution (mère morte phthisique), et à une fièvre typhoïde soignée il y a quatre ans par Pfeiffer. » A mis sa femme à la porte avant-hier, sur une dispute au sujet de pommes de terre, en lui lançant à la tête le pain et le panier à pain. Il s’était élancé sur elle avec un couteau. Puis menaces de mort. Porte toujours sur lui un revolver : il assure l’avoir jeté ; sa femme n’en croit rien.

Visite du D'’ Garnier et du commissaire. Le malade lui de^ mande à entrer volontairement à l’infirmerie du dépôt.

— Confirmation 'du beau-frère, Edouard Ben..., 38 ans : menaces de mort contre lui avec commencement d’exécution, Syncopes avec absences sur la voie publique ; ne sait ce qu’il fait. Scènes de scandale à son domicile pour rechercher sa femme.

— Confirmation de scènes et violences avec menaces de mort*par Charles B..., 46* ans.

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Ceftificdt de séquestration à la 'préfecture de police juin 1890, Z)‘‘ P. Garnier).

« Accidents cérébraux liés à une affection nerveuse. Goî-

tre exophthalmique,paroxismes d’agitation avec actes désordonnés, violents et menaces de mort envers sa femme. Nombreuses bizarreries depuis quelques années. Le malade a conscience, partiellement au moins, de son état et demande lui-mème à être traité dans un établissement spécial ».

D' Magnan, Ste-Anne, 20 juin.

« Est atteint d’excitation intellectuelle avec idées de persécution, irritabilité, menaces de mort contre sa femme. Goitre exophthalmique. »

D‘ Kéraval, Ville-Evrard, 22 juin.

« Paraît atteint de désordre des actes en rapport avec une affection organique du grand sympathique (goitre exophthalmique) ; symptômes de la folie morale avec conscience. » Dicté par le D’’ Kéraval. Ce malade au moment où il arrive à l’asile de Ville-Evrard, nous raconte qu’il reconnaît avoir commis des actes qui témoignent d’un désordre intellectuel évident, qu’il a pour faire réintégrer sa femme au domicile conjugal, employé des procédés dénotant une surrexcitation morbide ; que ces phénomènes d’aliénation mentale dont il a conscience peuvent être expliqués par son goitre exophthalmique, mais qu’il faut également tenir compte des procédés de sa belle-mère qui l’a constamment irrité, et de sa femme qui ne lui a jamais obéi, qu’il a pu commettre des actes répréhensibles au point de vue de la loi, mais qu’il a lui-même été trompé, et qu’au lieu de le prendre par la douceur on l’a constamment heurté. « Si j’ai, dit-il, commis un faux (qu’on eût bien mieux fait de ne pas vous dire) c’est que j’avais absolument besoin de cent francs et que ces cent francs m’étaient absolument nécessaires. » Il ne veut pas s’expliquer davantage. Il est décidé à rester quelque temps parmi nous pour se remettre. Quant à la question de reprendre la vie commune, c’est encore ce qu’il fera.

Il nie formellement avoir eu des hallucinations. (Ce malade a lu des livres de médecine de toute espèce).

Il dit que les bruits qu’il en entendait dans les oreilles au moment de la période la plus vive de son excitation étaient des bruits transmis ainsi qu’il a pu s’en convaincre en étudiant avec le plus grand soin la nosographie de la maladie de Basedow dont il est affecté. En ce qui concerne les actes d’indélicatesse qui nous sont communiqués par la famille, on constate de grandes réticences de la part du malade ; il déclare simplement avoir été malheureux en affaires. Nous ne l’avons pas encore poussé trop vivement sur cette question.

Bulletin de santé. 24 juin. — Notre malade avoue avoir été atteint d’un défaut d’énergie de l’activité volontaire : il prétend s’être lui-même constitué en quelque sorte malade d’esprit et avoir demandé à être traité. Il n’ignore pas avoir négligé certains de ses devoirs ; il donne à sa manière d’agir des raisons psychiques et sociales.

Très docile en apparence il demande à s’employer dans les bureaux. Santé de corps aussi bonne que le lui permet son goitre exophthalmique.

juillet. — Etat mental satisfaisait. Notre malade avoue ses torts. Il reconnaît sa maladie intellectuelle et la rattache à son goitre exophthalmique. Il demande non pas textuellement mais par son attitude l’indulgence.

Il semble disposé à faire ici une retraite fructueuse.

La santé physique n’est pas mauvaise.

15 juillet. — Le cou s’est développé insensiblement. Le cou à son plus grand diamètre mesure 0”.40 cm.

Souffle assez intense au niveau du goitre ; pas de souffle dans les carotides. Le cœur est hypertrophié. La matité cardiaque descend jusqu’au 9" espace intercostal. Le creux épigastrique est fortement soulevé par la A l’aus-

cultation, prolongement du premier temps à la pointe. L’exophthalmie est peu prononcée. Les palpitations sont rares ; elles se manifestent après le repas. Le malade est amaigri,

— go —

Outre ces observations, nous observons actuellement <à la prison de la Santé un malade, qui nous semble atteint do maladie de Basedow (forme ifruste), à début émotionnel ; et qui, à la suite de soucis graves, (inculpation inattendue) vient de présenter des troubles cérébraux à forme dépressive. ' ' ''

L’étude de ce malade n’est point assez complète pour que nous ayons pu la faire entrer dans le cadre de ce travail. Nous nous proposons d’en faire l’objet d’une communication ultérieure^ / ■ ' 'j

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