DEUXIÈME PARTIE
Jusqu’ici nous avons analysé les faits et constaté la liaison des troubles psychiques avec la maladie de Basedow. Quels sont les rapports exacts de ces deux affections ?
Y a-t-il d’abord entre elles une relation autre qu’une simple coïncidence ? Cette relation est démontrée par révolution même de la maladie. Nous suivons en cela l’exemple de la majorité des auteurs qui voient dans les modifications du caractère, dans les simples altérations initiales un véritable symptôme de la maladie de Basedow et le premier terme des troubles psychiques qui peuvent éclater dans la suite.
Le goitre exophthalmique seul peut-il augmenter ces troubles au point d'en faire une véritable psychose ? De (jLielle manière déterniine-t-il cette transition ? Est-ce par les hallucinations que le délire commence ? Ce sont ces problèmes C[ui sont aujourd’hui posés. La maladie de Basedow a une cause trop obscure encore pour que ces questions puissent être tranchées avec assurance. Bien n’est encore établi avec stabilité dans son hisioire et il suffit de jeter les yeux sur les théories multiples qui ont
étô données do cotte affection pour rpie nous n’y sentions aucun appui.
Les anciennes hypothèses, celles cpii faisaient du corps thyroïde le siège principal de l’affection ont été abandonnées lorsqu’on vit que la maladie de Basedow pouvait exister avec l'intégrité de la glande thyroïdienne. Intégrité apparente, car la physiologie de cette organe est encore mal définie et même les altérations anatomiques dans l’aft’ection exophthalmique sont variables et mal déterminées.
Les théories qui donnaient aux modifications cardiovasculaires la part importante dans la production du goitre exophthalmique ont aussi disparu. Cependant il convient de faire certaines réserves à leur sujet, car les données pathogéniques générales que nous tenons de l’école de M. Bouchard font que le corps thyroïde* prend une valeur nouvelle et que l’altération secondaire du sang peut avoir une grande influence sur la production de cette maladie. ’
Et tout récemment M. le professeur Renault (de Lyon) a attribué nettement la majorité des symptômes de la maladie de Basedow à l’auto-intoxication du fait de l’insuffisance lympathique thyroïdienne (1). Cette théorie, un de ses élèves, M. Bertoye (de Lyon) l’avait exposée dans sa thèse inaugurale (2).
Actuellement, c’est encore la théorie nerveuse qui pré-
1. Reliant. Communication à la Société médicale des hôpitaux, 1890.
2. Rerloyc. Etude clinique suc la fièvre du goitre exophthalmique. Thèse, von. 1888.
domine. Le goitre exophthalmique rentre ainsi dans la classe des névroses. On a cependarft tenté d’en faire une localisation plus précise.
Dans un important article où M. Gabriel Gauthier (I) révisait dernièrement ces questions, il n’hésitait pas à assigner comme point de départ cà cette névrose la région hulho-protubérantielle.
M. Barié (2) en avait donné la même localisation en s’appuyant sur ce fait que l’exophthalmie et l’hypertro’ phie thyroïdienne peuvent se produire à la suite de la section des corps rétiformes et que la roue bulbaire avait été le siège de lésionshyperhémiques constatées dans une autopsie de Chéalde.
Une autre difficulté s’élève encore. C’est l’association du goitre exophthalmique avec les autres névroses. Autrefois cette association avait passé i inaperçue. On ne savait pas que la maladie de Basedow survenait fréquemment chez des hystérique, par exemple. Aujourd’hui nous la savons liée non-seulement à l’épilepsie (3), et même à des affections plus rares d’origine névrosique, telles que l’asphyxie locale des extrémités et l’hydarthrose intermittente (4).
1. G. Gauthier. Du, goitre exophthalmique considéré au poini de vue de sa natureet ses causes in. Revue de médecine, mai 1890.
2. Barié. Communication à la Société médicale des hôpitaux. 22 février
3. L. Gros. Goitre exophthalmique, in. Gazette hebdomadaire. 1884.
4. Oliver, il case of spilepsy with exophthalmie goitre. Brain, janvier 1888. p. 499.
Robertson. Journal of mental science . 1875.
Delasiauve. Phénomènes nerveux du goitre exophthalmique. Soc, médicale des hôpitaux. 1874. p. 292.
Goix. Journal des sciences médicales de Lille. 1886.
De toutes ces névroses concomitantes, rhvstérie est la la plus commune. En 183o, Rrück en Allemagne avait déjà signalé la coïncidence derexophtlialmie chez les femmes hystériques (4j. Depuis lors des observations analogues se sont multipliées : celle de Chatterton, entre autres. (6) M. Debove a insisté sur cette combinaison de Chystérie et du goitre exophthalmique (7). Etdansses leçons du mardi M. Charcot (5) a relaté l’histoire d’une malade, que nous tenons à reproduire à cause de l’alternance curieuse des attaques d’hystérie et delà maladie de Basedow.
Observation XXIX
Extrait dune leçon de M. Charcot. In Policlinique, 1888-89, p. 240.
Il s’agit, cette fois, d’une jeune fille âgée de 18 ans, nommée Mon..., que je vous ai présentée déjà l’an passé, et dont je me bornerai, par conséquent, à vous rappeler l’histoire en abrégé. Les antécédents héréditaires sont ici très instructifs : père alcoolique ; il a bien des fois rendu les enfants témoins de scènes violentes ; une tante paternelie aies doigts des mains déformés par le rhumatisme articulaire chronique; une cousine germaine, toujours du côté paternel, a été atteinte de chorée. Plusieurs frères de la malade sont morts de convulsions en bas âge ; une de ses sœurs a été sujette à des crises d’hystéries.