‹ Des troubles psychiques dans maladie de BasedowChapitre 20 sur 24 · Debove. Société médicale des hôpitaux · texte numérisé non relu

Debove. Société médicale des hôpitaux

Elle a été somnambule dans l’enfance et, vers quinze ans, elle a eu des attaques de nerfs qui, pendant un an, se sont reproduites à peu près tous les mois. La maladie de Basedow a commencé à paraître chez elle il y a deux ans, peu de jours après une scène terrible dans laquelle son père, sous le coup d’un accès de delirium tremens, l’avait menacée de la jeter par la fenêtre. Le tremblement, l’exophthalmie, le goitre se sont succédé rapidement et, en même temps, les crises hystériques ont cessé de paraître. La tachycardie a été très accentuée; amaigrissement rapide, thermophobie et sueur profuses avec une température de 37“ en moyenne ; crises diarrhéiques typiques à propos desquelles, pour les détails, je vous renvoie à la leçon du 10 avril 1888.

Sous l’influence du traitement électro-thérapeutique, l'état de la malade s’est singulièrement amélioré, sur tous les points, depuis un an. Les symptômes de la maladie sont tout jours présents, sans doute, mais ils n’existent plus que sous une forme atténuée, et il ne nous paraît pas téméraire d’espérer qu’un jour ou l’autre, par la continuation de l’emploi des moyens appropriés, la guérison définitive pourra survenir.

Le point sur lequel je tiens à insister aujourd’hui à propos de ce troisième cas de maladie de Basedow est le suivant. En premier lieu, on observe chez notre malade, ainsi que nous le faisions pressentir tout à l’heure, cette même parésie des membres inférieurs que nous avons rencontrée déjà chez nos deux premiers sujets à des degrés divers et que nous retrouverons encore avec les mêmes caractères, mais cette fois sous une forme beaucoup plus accentuée dans un quatrième cas : absence ou diminution des réflexes rotuliens ; pas de troubles de la sensibilité, quels qu’ils soient ; intégrité parfaite des \

fonctions de la vessie et du rectum, effondrement fréquent des membres inférieurs, etc. Tels sont, avec des variations en plus ou en moins, les principaux, symptômes qui constituent cliniquement cette forme paraplégique spéciale sur laquelle nous allons revenir dans un instant.

Le second point est relatif à l’apparition chez la malade des symptômes hystériques, dans le temps même où ceux de la maladie de Basedow tendent à rétrocéder. La combinaison de l’hystérie avec la maladie de Basedow chez un même sujet n’est certes pas, chose rare; mais, ce qu’il y a d’intéressant à relever à ce propos dans le cas actuel, c’est. que les attaques hystériques qu’on a vues il y a deux ans s’etîaeer, au moment même où se développait la maladie de Basedow, ont repris comme de plus belle, depuis l’époque où celle-ci tend à disparaître. Il semble donc qu’il y ait là, entre les deux névroses rivales, comme une lutte pour la prééminence, l’une cédant le pas lorsque l’autre paraît et inversement. C’est là un incident de notre observation qui m’a paru mériter d’être mis en relief. L’hystérie est représentée aujourd’hui chez Mon..., non seulement par les attaques qui sont fréquentes, mais encore par un certain nombre de stigmates permanents à savoir: avarie, hémianalgésie droite et rétrécissement double du champ visuel.

Dans ces mélanges, il est peu aisé de faire la part qui revient à l’une ou à l’autre des affections. Et si même, pour parvenir à établir quelques différences, on procède par élimination, on trouve que (surtout quand il s’agit

des troubles psychiques) ou peut les mettre pour la plupart sous la dépendance de l’affection alliée. ’’

C'est ce que fît par exemple M. G. Ballet dans sa communication «à la société médicale des hôpitaux. Par une habile logique, il. montra chez son exophthalmique les complications psychiques dérivant d’hallucinations visuelles d’origine hystérique.

11 semble même qu’on aitdansla recherchedes origines de l’hallucination un moyen de résoudre la question. Le goitre exophthalmique peut-il de lui seul donner lieu à des hallucinations, et partant à du délire ? A-t-il besoin pour cela de recourir à une autre maladie, à l’hystérie entre autres ? Pour arriver à la solution de ce problème, il suffirait de montrer le goitre exophthalmique déterminaut des hallucinations sans hystérie concomitante.

Nous ne connaissons actuellement aucune observation précise d’un fait semblable, hormis les deux cas de MM.

Renaut et Rendu. (Voir observât, pl. haut). Et peut-être ne trouverait-on point là toute l’interprétatien désirée.

Les rapports de l’hallucination et du délire sont d’une extrême difficulté à établir (1). Et malgré une filiation conduite aussi strictement que le fit M. Ballet dans son cas, esGon bien sûr qu’hallucination et délire ne soient pas ensemble effets d’une même cause ignorée. On commettrait là une erreur analogue à celle que l’on commettait il y a quelques années encore en pathologie interne, /

quand on rapportait la tuberculose pulmonaire à l’émoptysie du début, la phtisis ab hemoptœ.

i. Ph, Ghaslin, des rapports de l’hallucination et du délire. Annales médiùQ-psychologiqueB, 1890.

Quoi qu’il en soit, il est un argument qu’on opposera toujours à la théorie qui accepterait le goitre exophthalmique seul coniine cause des troubles psychiques : c’est la prédisposition antérieure. Les exophthalmiques appartiennent à la grande famille névropathique, c'est un fait aujourd’hui démontré et que lafameuse observation d’oesterreicher rend d’une manière saisissante.

Cette tare inexpliquée se traduit suivant des modes très divers. Elle fait de l’hystérie, de l’épilepsie, de la folie, de la paralysie agitante. Ailleurs elle fait de la chorée. L’origine rhumatismale de cette dernière affection est apparente seulement. Le rhumatisme semble déterminer la chorée, mais en réalité il ne fait qu’affaiblir le malade.

Il permet à la tare nerveuse jusqu’alors latente de se manifester. Enfin, c’est encore la prédisposition névropa- * thique qui fait le goitre exophthalmique.

La maladie de Basedow peut, à notre sens, comprendre au nombre de ses symptômes les plus réels les troubles psychiques quelles que soient leur intensité et leur forme. La maladie de Basedow n’est pas en effet une affection simple, c’est un complexus symptomatique, la forme clinique d’une névrose générale. La dissociation de ses éléments ne peut étonner dans ce cas : et les formes dites frustes sont nécessairement fréquentes. Plus encore, le goitre exophthalmique, peut présenter beaucoup des symptômes, qui appartiennent aux névroses voisines.

Nous retrouvons ainsi dans la paralysie agitante l’insommie, l’instabilité, le besoin exagéré du mouvement.

les sensations de chaleur, et le tremblement, bien que sa modalité soit différente. Nous retrouvons encore dans la maladie de Parkinson commedansle goitre exophthalmique, le même début par choc émotionnel.

Quant à soninfluence sur les troubles psychiques, nous ne pensons pas que la maladie de Basedow agisse réellement à la manière d’une affection débilitante, comme le ferait par exemple une fièvre typhoïde. Nous croyons que les délirés quand ils éclatent, le goitre exophthalmique, quand il exagère la gravité de ses effets somatiques ne marquent que Paggravation de la névrose qui les produit tous deux à la fois. Si nous suivons les progrès simultanés de l’une et de l’autre affection, nous sommes logiquement tentés de mettre l’une sous la dépendance de l’autre, mais au fond c’est toujours la même maladie qui s’aggrave et concurremment augmentej l’intensité des symptômes physiques et des troubles psychiques.

C’est la conclusion que nous portons aujourd’hui. Malis nous ne la donnons qu’avec réserve, caries faits ne nous permettent pas encore d’affirmer.

Un dernier point sur lequel nous voulons insister en dehors de toute préoccupation théorique, c’est le développement que la maladie deBasedow paraît donner aux troubles psychiques. Ces troubles qui sont en effet très modérés au début de l’affection prennent souvent une forme plus persistante et plus accusée au fur et à mesure que la maladie s’accroît. Tantôt ils suivent exactement la même marche que la maladie de Basedow : ils éclatent avec elle ou peu de temps après et quand les symptômes

s’amondont, ramélioralion so fait des deux côtés à la fois. 11 en est ainsi dans les observations iVlll et IX, oùdes désordres mentaux diminuaient dès que le goitre exoplithalmique reprenait. Tantôt la maladie do Basedow commence, puis les actes ou les idées délirantes s’établissent quelques années après, comme dans les observations de Mackensie et de Carlysle Johnstono et ils persistent ensemblent jusqu’à la mort. i

Eu outre nous voyons dans les, observations que lorsque la maladie de Basedow frappe un malade qui à une époque antérieure de sa, vie, et par une cause morbide quelconque, a déjà présenté des troubles mentaux, ceuxci non-seulement reviennent avec lui, mais eu acquièrent ordinairement plus d’intensitéi

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