‹ Des tumeurs du corps thyroïdeChapitre 10 sur 12 · QUATRIÈME VARIÉTÉ · texte numérisé non relu

QUATRIÈME VARIÉTÉ

Les tumeurs cancéreuses du corps thyroïde ne sont point très communes; tous les auteurs sont à peu près d’accord sur ce point, et le cancer qui, dans cetie région, n’a rien de spécial comme élément anatomique, se présente ici avec les mêmes caractères que dans les antres parties du corps. On l’a observé sous ces deux formes principales : le squirrlie etl’encéphaloïde. Il occupe rarement latolalité de laglande; le plus souvent il est borné à un lobe, au moins à son début ; consécutivement la tumeur venant à augmenter, il peut envahir la totalité du corps thyroïde.

Quelle que soit la forme sous laquelle on observe le cancer, il peut exister primitivement dans la glande, y rester borné; c’est même le cas le plus ordinaire. Il arrive cependant quelquefois qu’il l’envahit secondairement, ou bien qu’il se généralise dans divers points du corps. Le volume des tumeurs cancéreuses de la thyroïde est variable surtout suivant la forme que l’on observe; le squirrhe est en général petit et ne dépasse guère le volume d’une pomme, tandis que î’encéphaloïde, au contraire, acquiert le plus souvent

un gros volume, et ['cela avec une assez grande rapidité.

Une dilTérence notable existe aussi entre les cancers, primitifs et ceux qui sont secondaires : les premiers ne constituent le plus souvent qu’une seule masse qui va en augmentant de volume^ tandis que dans les cancers secondaires, on distingue quelquefois un certain nombre de noyaux séparés qui, en envahissant successivement les tissus qui les délimitent, finissent par se confondre dans une masse unique.

Le cancer ne peut longlemps exister dans la glande thyroïde sans amener des perturbations graves* dans les parties voisines. Par suite de la tendance naturelle de cette variété de tumeur à l’envahissement des parties environnantes, le cancer ne tarde point à produire des désordres graves : ainsi l’on a signalé l’altération des cartilages du larynx. Sur les sept cas qu’a examinés M. Lebert, il a constaté une fois la carie du cartilage cricoïde. La pression qu’exercent ces tumeurs sur la partie supérieure de l’arbre aérien a quelquefois produit, comme toutes les tumeurs en général de cet organe, la dilatation des bronches et de la trachée-artère. Les canaux avoisinant la tumeur, surtout quand il s’agit d’une masse encéphaloïde, peuvent être perforés; on a noté la perforation de l’œsophage , et la tumeur pénétrant par cet orifice l’avait rétréci; on a aussi observé la perforation de la trachée, et même de ces deux canaux à la fois.

Les vaisseaux volumineux et nombreux de cette région n’échappent point toujours à l’action destructive de cette production morbide; on sait que les

veines se laissent facilement défoncer par ces tumeurs, et comme elles sont nombreuses et volumineuses dans le cou, il n’y a donc rien d’extraordinaire que ce fait ait été observé. Mais quoique les artères aient une plus grande force de résistance, M. Lebert dit néanmoins avoir vu la perforation de la carotide, et il en est résulté, comme il est facile de le prévoir, une hémorrhagie qui a été rapidement mortelle.

Les nerfs récurrents peuvent être englobés dans la tumeur, être’profondément détruits et déterminer des accidents du côté de la phonation, et en particulier la raucité de la voix. Mais c’est principalement dans le cancer ganglionnaire que ce phénomène a été observé. Cette lésion a cependant été notée deux fois par M. Lebert, dans son relevé des cancers de la glande thyroïde.

Les symptômes des cancers du corps thyroïde présentent des caractères propres à toutes les tumeurs de cet organe; ils consistent plus particulièrement dans des symptômes de compression, de déviation, que j’ai indiqués; mais ils peuvent aussi présenter des caractères qui leur sont propres, et ce sont ces derniers qui me restent particulièrement à examiner. Le squirrhe, qui est quelquefois dur et par cette raison détermine souvent, suivant son siège, des accidents graves de compression, de déviation de la trachéeartère, ne peut jamais être confondu avec l’encéphaloïde ; mais il simule jusqu’à un certain point, dans ce cas, une de ces tumeurs crétacées que j’ai mentionnées plus haut. Comme elles, il peut avoir la dureté de la pierre; seulement la tumeur, au lieu d’être bien limitée, est au contraire diffuse dans le squirrhe.

L’encéphaloïde , outre son volume plus considérable, présente aussi une mollesse qui fait que très souvent il donne la sensation d’une fausse fluctuation, et dans plusieurs circonstances, une ponction a même été faite pour donner issue à l’existence du liquide supposé. 11 existe donc, pour les tumeurs encéphaloïdes du corps thyroïde, certains signes trompeurs qui pourraient donner le change au chirurgien et contre lesquels il doit être en garde. Outre la fausse fluctuation de ces tumeurs , je signalerai encore la perception de battements qui pourraient faire croire à un anévrysme, ou bien à une tumeur vasculaire érectile du corps thyroïde. La cause de ces battements réside soit dans la proximité de la carotide, et alors, au lieu d’expansion, il existe un soulèvement; mais ils peuvent aussi résulter de la dilatation des vaisseaux propres à cette tumeur et avec bruit de souffle. C’est dans ces cas qu’il faut avoir soin d’interroger les malades sur les antécédents de la lésion, tenir compte de foutes les circonstances qui peuvent mettre sur la voie du diagnostic, et quelquefois encore, malgré cela, on est obligé d’avoir recours aux ponctions exploratrices.

Il existe en outre dans le cancer de la thyroïde des douleurs lancinantes spéciales, qui ne se rencontrent point au même degré dans les autres lésions de cet organe. Quand la tumeur étend ses ravages du côté de la trachée-artère, il n’est pas rare de rencontrer une toux sèche d’abord, puis qui s’accompagne bientôt d’expectoration de crachats mucoso-purulents et même sanguins.

HOUEL

La marche du cancer de la thyroïde est généralement rapide : il dure en moyenne sept mois, et c’est peut-être à cette raison que l’on doit de constater qu’il reste souvent local. Il tue avant que la maladie ail le temps de se généraliser.

Le traitement est à peu près nul, et le seul que puisse faire un chirurgien sage, en dehors du traitement général du cancer, est l’emploi de quelques émollients, pour soulager le malade quand une bouffée inflammatoire vient compliquer la marche aiguë de cette lésion. On a aussi, dans ce cas, conseillé l’application de sangsues et de saignées générales ; mais il faut être sobre de ces moyens, les malades ayant généralement une tendance à s’affaiblir. Si les douleurs sont vives, que le repos ne soit plus possible, on aura recours à quelques légers narcotiques. Maintenant, la cure radicale, l’ablation de la tumeur, peutelle être raisonnablement tentée? Nous verrons plus loin que cette opération, quand elle ne s’adresse point à une tumeur maligne, offre des dangers tels que la plupart des chirurgiens Pont abandonnée ; aussi, pour le cancer, conseille-t-on de s’abstenir : pour s’y décider, il faudrait avoir des raisons spéciales.

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