CHAPITRE IL
Une bonne définition des tumeurs en général est difficile à donner, les auteurs sont loin de s’entendre à ce sujet. Tout organe qui, sous une influence quelconque, augmente de volume et forme une éminence circonscrite ou non et d’une certaine étendue, constitue une tumeur ou, pour être plus exact, une tuméfaction.
Abernethy qui a de beaucoup restreint la définition des tumeurs, n’applique ce mot qu’aux seules augmentations de volume des organes, provenant de productions nouvelles qui ne font point partie de la composition primordiale du corps. MM. Littré et Robin {Dict. de Nysten) , adoptant en grande partie la manière de voir d’Abernethy, ont défini les tumeurs a un ensemble de productions morbides persistantes » de génération nouvelle, et caractérisées par unetu-' w méfaction limitée, quels que soient du reste leurs » caractères physiques. »
Si j’avais adopté cette définition, j’auraispu éliminer démon sujet ces tuméfactions passagères de la glande thyroïde que l’on observe quelquefois chez les femmes enceintes, et même la thyroïdite aiguë lorsqu’elle est simple, sans complication aucune. J’aurais ainsi éliminé toutes les lésions essentiellement susceptibles de se terminer par résolution, à la manière de Tépanchement plastique qui précède le phlegmon.
HOUEL
Mais j’ai préféré adopter la définiiion donnée par un de nos juges, M, le professeur Nélaton [thèse de concours d'agrégation en chirurgie, 1839, des tumeurs de la mamelle), et acceptée par A. Bérard [thèse de concours , sur le diagnostic différentiel des tumeurs du sein, 1842;). M. Nélaton considère qu’il y a tumeur, quand il y a exagération de volume d’un organe, qu’il est surmonté d’une saillie anormale ou diffuse, quand il renferme quelques productions qui, sans altérer son volume, déterminent dans sa consistance une modification que le toucher fait reconnaître. Cette définition, qui est aussi générale que possible, a permis à A. Bérard de comprendre dans son cadre des tumeurs du sein, les vices de conformation des mamelles et le gonflement physiologique ou pathologique de ces organes, ainsi que l’inflammation.
Toutes les tumeurs du corps thyroïde, quels que soient leur nature et leur siège, ont généralement été confondues sous le nom de goitre, qui était employé comme un terme générique pour désigner un ordre de tumeur du cou à siège spécial. Une expression aussi vague pour désigner des tumeurs aussi diverses a dû nécessairement faire créer un grand nombre de synonymes ; tels sont ceux de gongrona, bronchocèle, trachiecèle, grosse gorge, gros cou, hernia gutturis, thyroïdite, etc. Aujourd’hui on réserve plus spécialement le nom de goitre à l’hypertrophie simple du corps thyroïde. Si, sacrifiant à l’usage, on voulait encore conserver cette expression pour désigner toutes les tumeurs de cette glande, il faudrait qu’elle ne fût plus que synonyme du siège de la lésion, et alors on
lui donnerait une qualification qui serait en rapport avec la nature de l’altération. C’est ce qu’a fait M. Bach dans son Mémoire couronné par l’Académie impériale de médecine (Mém. de VAcad. de méd., 1855, t. XIX, p. o58), et dans lequel il traite de l’anatomie pathologique des différentes espèces de goitres ; c’est ce que je ferai également dans ce travail.
Classification des tumeurs du corps thyroïde. — Il importe dans un nombre aussi considérable et aussi varié de tumeurs que celles qui peuvent envahir le corps thyroïde, de les classer dans un ordre méthodique. Trois grandes méthodes principales de classification pourraient être tentées :
1^* D’après la variété de la lésion. — M. Sanson (Alph.) (thèse soutenue en i841 pour une chaire de professeur à la Faculté de Strasbourg) a eu à traiter le même sujet que celui qui nous occupe ; après avoir fait une énumération très complète des tumeurs de la glande thyroïde , prenant pour base la lésion, il les a distinguées en cinq espèces.
‘*2° D’après le siège anatomique. — C’est la division qu’a adoptée M. Bach (Mém. de l’ Acad. imp. de méd., 1855, t. XIX, p. e838) , et il les a classées en trois grandes variétés suivant que ces tumeurs avaient pour point de départ les vaisseaux thyroïdiens , le tissu glandulaire, le tissu cellulaire. Il a désigné ces variétés sous le nom de :
A. Goitres vasculaires parenchymateux;
B. Goitres glandulaires parenchymateux ;