CHAPITRE PREMIER
I.e corps thyroïde, situé sur la ligne médiane de la partie antérieure du cou, au-devant de l’arbre aérien, embrasse dans le demi-cercle qu’il constitue, les premiers anneaux de la trachée-artère et la partie inférieure et latérale du larynx, à gauche le bord postérieur du lobe de cette glande s’étend jusqu’à rœsophage. Placé au niveau de la partie moyenne de la région sous-hyoïdienne, le corps thyroïde se trouve situé en avant sous les muscles sterno -thyroïdiens et sterno-hyoïdiens , et sur les côtés il affecte, par ses lobes latéraux, des rapports médiats avec les muscles sterno-cléido-mastoïdiens ; il est en outre fixé dans cette position par les aponévroses cervicales.
et est situé entre l’aponévrose moyenne et profonde. Tous ces rapports sont importants, au point de vue du développement des tumeurs du corps thyroïde qui se trouvent assez fortement comprimées et gênées dans leur développement du côté de la partie superficielle du cou.
Le corps thyroïde est relativement plus développé chez l’enfant que chez l’adulte, et chez la femme que chez l’homme. On y distingue deux lobes latéraux, qui sont ordinairement réunis par une partie moyenne plus étroite et moins saillante à laquelle on a donné le nom à'isthme. Les variétés de forme que présente cette partie sont à l’infini; V isthme peut manquer, et les deux lobes latéraux accolés seulement l’un à l’autre sont distincts.
La structure du corps thyroïde présente à considérer : 1” un stroma, des vésicules, 3” des vaisseaux de différents ordres.
Stroma, — 11 forme la charpente du corps thyroïde qui lui doit en grande partie sa consistance, et constitue au pourtour de la glande une membrane celluleuse qui l’enveloppe de toutes parts. 11 envoie par sa face interne, à l’intérieur de l’organe, un grand nombre de prolongements fibreux qui le cloisonnent, et divise la thyroïde en lobules qui, par suite de leur juxtaposition, prennent la forme polygonale. Ces éléments fibreux sont en outre mélangés d’une certaine proportion de fibres élastiques.
Vésicules glandulaires, — Leur nombre est considérable dans la thyroïde oü elles forment des cavités closes de toutes parts. Elles sont admises par tous les •
anatomistes ; mais elles sont diversement dénommées : Kôlliker les désigne sous le nom de vésicules glandulaires; Huschke, de cellules glanduleuses ; Berres, de follicules glandulaires, etc.
La forme de ces vésicules closes contenues dans le stroma est variable ; elles sont arrondies, irrégulières, oblongues, ovalaires, etc. Ce qui importe à notre sujet, c’est leur existence, f.eur diamètre paraît variable ; il serait en moyenne de 1/20® à 1/50® de millimètre. Ges vésicules se gonflent un peu par leur séjour dans l’eau.
Elles ont à l’extérieur une membrane claire, homo^ gène, amorphe, doublée d’un épithélium qui ressemble à celui des séreuses. Leur contenu est un liquide assez épais, peu visqueux, qui renferme une substance granulée, et des cellules pour la plupart deux à trois fois plus grandes que les granules. RÔlliker regarde ces corpuscules comme formés d’une substance qu’il appelle colloïde, et M. Robin les a désignés sous le nom de corps albuminoïdes .
Vaisseaux. — Les artères du corps thyroïde , pour un organe dont les fonctions sont inconnues, sont remarquables par leur nombre, leur volume et l’ampleur de leurs anastomoses ; elles témoignent d’une circulation très active dans cet organe ; après avoir pénétré dans le corps thyroïde, elles vont se ramifier par l'intermédiaire du stroma jusque sur les parois des vésicules. Les veines forment au pourtour du corps thyroïde un plexus considérable qui, dans les incisions pratiquées sur cette région, laissent quelquefois couler le sang en assez grande quantité.
Huschke, outre l’existence des vaisseaux lymphatiques, signale au pourtour de la thyroïde un certain nombre de petites glandes lymphatiques, à savoir : une ou deux au bord externe des lobes, une au-dessus de l’isthme, une dans la fosse moyenne du cartilage thyroïde, et quelques-unes au bord inférieur de la glande ; mais l’existence de ces petits ganglions est loin d’être admise par tous les anatomistes.
M. Béraud, dans divers passages de son Traité de physiologie^ a cherché à établir une loi qu’il appelle loi de diffusion, et qui consiste à démontrer qu’à côté d’un organe principal, on trouve, comme formant autant de satellites, de petits corps ayant la même structure que l’organe, et qui n’ont pas été signalés par les auteurs. Ces corps sont en nombre variable et de volume différent, situés à une distance plus ou moins grande de l’organe principal. Tout récemment M. Bastien a montré à la Société de biologie que le rein, les capsules surrénales, la rate et le foie lui-même offraient cette diffusion^ que M. Béraud avait déjà constatée sur les glandes lacrymales, salivaires, le pancréas, la thyroïde et le thymus.
Pendant que je rédigeais mon travail, M. Béraud, chirurgien adjoint de l’hôpital de la Maternité, rn’a montré un fœtus sur lequel cette loi de diffusion était desplus évidentes. On constatait facilement l’existence de trois petits corps détachés de la glande thyroïde, l’un était situé au-dessus de la pyramide de Lalouette et se cachait sous l’os hyoïde, il ne tenait au sommet de cette pyratnide que par une mince couche de tissu celluleux. Sa couleur, sa structure, sa consistance et
sa situation ne permettaient point de douter qu’il ne fût un fragment du corps thyroïde ; il ne pouvait point être pris pour un ganglion lymphatique. Si l’on suppose maintenant que ce petit corps isolé se fût développé pathologiquement comme cela est possible, on aurait pu avoir à la base de la langue une véritable hypertrophie dépendante du corps thyroïde que l’on aurait pu confondre avec les diverses tumeurs de la base de la langue, et surtout avec une grenouillette si elle avait renfermé du liquide.
Sur le bord inférieur du corps thyroïde de ce fœtus, le lobe droit présentait également trois fragments, le plus volumineux égalait un pois, le plus petit une lentille. Ils tenaient encore au corps principal par un prolongement celluleux, et la moindre traction eût été suffisante pour rompre toute connexion. Si l’on suppose maintenant que l’hypertrophie de la thyroïde porte en même temps sur la totalité de la glande, ou isolément sur ces petits corps, on comprendra comment on pourra trouver indépendante de la thyroïde au-dessus ou au-dessous d’elle des tumeurs qui seront constituées par une lésion de l’une de ces granulations. C’est ce qui est arrivé sur une tumeur du corps thyroïde que M, Béraud a trouvée à l’amphithéâtre des hôpitaux, et dont il a bien voulu me confier le dessin. En même temps que sur celte pièce on constate une hypertrophie totale de la thyroïde, on trouve sur le côté droit, audessous du lobe correspondant auquel elle est accolée, une t umeur du volume d’un petit œuf de poule qui déviait latéralement la trachée-artère, et qui était formée par une hypertrophie d’un de ces grains isolés.