OBSERVATION XIV
Beux cas de kyste dermoïde du prépuce
(R. Trecbierg. Wiener , Medezinische, Wœchenschrift. 1897
no 10, p. 422).
On peut s’étonner que les kystes dermoïdes se rencontrent si rarement sur le pénis. On sait en effet que justement en ce qui concerne le pénis, la formation des kystes dermoïdes est favorisée par des condilions embryologiques. Lannelongue et Achard, dans leur Traité des kystes congénitaux ne rapportent qu’un seul cas de kyste dermoïde du prépuce chez un enfant de quatre mois. La tumeur congénitale avait le volume d’un gros grain de riz et fut reconnue après extirpation comme un kyste dermoïde typique. A ce cas il faut ajouter celui de Kaufmann (1) où il s’agissait d’un grand kyste épidermique du pénis chez un jeune homme de 19 ans. Le kyste existait depuis de longues années et
augmentait lentement de volume. Lors de l’extirpation on n’a constaté aucune adhérence avec la peau du pénis. Kaufmann a décrit ce cas comme un athérome à deux loges. En dehors de ce cas, Kaufmann décrit encore trois cas d’athérome du pénis trouvés dans la littérature. U y a lieu de supposer que dans ces cas il s’agissait aussi de kystes dermoïdes.
Pendant 14 ans de pratique chirurgicale, et malgré que mon attention fut dirigée sur ce point, je n’ai pu noter que deux cas de kystes dermoïdes du prépuce. Les deux cas présentaient entre eux une grande analogie au point de vue de la localisation, de la facilité de l’extirpation et aussi au point de vue de l’examen microscopique de la tumeur; la seule différence consistait dans la grosseur de la tumeur. Tandis que dans un cas elle avait la grosseur d’un haricot, elle avait dans l’autre la grosseur d’un œuf de pigeon. Il faut dire que dans les deux cas, il s’agissait d’israélites et le kyste dermoïde se trouvait dans le prépuce rudimentaire immédiatement au-dessous de la cicatrice formée après
(1) Deutsche Chirurgie. Lief, 50, p. 25.
la circoncision. On pourrait donc facilement supposer que le développement des kystes dermoïdes avait un rapport causal avec l’opération rituelle et qu’ils doivent leur production à quelques cellules épidermiques qui avaient pénétré dans le tissu sous-cutané comme Kaufmann (1) et Schweninger l’ont démontré expérimentalement et comme les observations de Rothmond (2), Carré (3), Le Fort (4), Martin (5), Reverdin (6), etc... (7) le prouvent suffisamment.
Dans les deux cas, (dans l’un il s’agissait d’un garçon de 8 ans, dans l’autre d’un garçon de 13 ans), la paroi kystique était extrêmement mince et fragile, et formée d’un tissu conjonctif fibrillaire et onduleux, ainsi que de plusieurs couches d’épithélium paviruenteux. Les couches épithéliales superficielles tournées en dedans du kyste avaient une consistance de corne, tandis que celles qui étaient situées plus près du tissu conjonctif fibrillaire, avaient une forme polygonale et laissaient voir distinctement un noyau. Absence complète de papilles, de follicules pileux et de glandes. Le contenu kystique correspondait à l’aspect macroscopique et microscopique des athéromes ordinaires. Il se composait de cholestérine et de mottes épithéliales corniflées et ayant subi une dégénérescence graisseuse.
La tumeur siégeait dans les deux cas comme nous l’avons déjà dit plus haut, sur le bord libre du prépuce, les deux fois à gauche. La peau recouvrant la tumeur n’y était pas adhérente ; de même la cicatrice due à la circoncision n’était pas soudée à la tumeur. Chez le garçon de 8 ans, chez lequel la tumeur avait le volume d’un haricot, les parents avaient remarqué dès la première année une tumeur du volume d’un grain de millet sans que l’enfant en soit incommodé. Dans le deuxième cas, les parents ne pouvaient fournir aucun renseignement sur le moment de l’apparition du kyste dermoïde. Avec les plus grandes
(1) Deutsche Chir . Lief, 50, p. 259.
(2) Beitrag Zur Experimentellen Erzengang von Hautgeschwaertin . Charité Annalen, p. 131.
(3) Ueber traumatische Épitelcysten der Finger Beitz, 8. Deutsche Chir. Bd. 11.
(4) Contribution à l’étude des kystes dermoïdes traumatiques. Revue de Chirurgie , 1879, n° 12.
(5) Beitrag zlir Lebre von den tramatischen Épitelcysten. Deutshc z. f. Chir. Bd. 43.
(6) Des kystes épidermiques des doigts. Revue méd. Suisse rom., 1887.
(7) Deutsche z. f. Chir. Bd, 38, p. 613.
difficultés, on a réussi à apprendre que le garçon se plaignait pendant les derniers mois d’une sensation de tension dans le piépuce, et que c’est à la suite de ces plaintes répétées que les parents se sont décidés à examiner l’endroit sensible et ont alors découvert pour la première fois la tumeur de la grosseur d'un œuf de poule. L’extirpation a réussi facilement dans les deux cas et presque complètement par instrument
obtus.