‹ Des tumeurs du prépuceChapitre 16 sur 18 · OBSERVATION XVI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XVI

Cancer du prépuce, causé par une irritation fort longtemps

prolongée .

(In Demarquay. Maladies chîrurg. du pénis, 1877, p. 392).

11 y a quelques années, Dupuytren fut appelé par le docteur Petrot auprès de M. M..., chef de l’une des plus importantes manufactures de

France. Celui-ci, âgé pour lors d’environ 50 ans, d’une bonne et forte constitution, avait depuis longtemps un écoulement abondant et fétide par l’extrémité de la verge ; il n’urinait qu’avec difficulté et douleur ; le prépuce, considérablement tuméfié, était consistant, dur et ulcéré en divers endroits. Le rétrécissement situé à l’entrée, le gonflement et l’induration étaient l’obstacle à l’écoulement des urines. Jusque-là le cas n’offrait rien qu’on ne voit assez souvent. Mais ce qui fixa l’attention et qui étonna tout d’abord, ce fut de trouver le prépuce percé et même traversé çà et là par des ouvertures et des conduits revêtus à lenr entrée et dans leur intérieur d’un tissu cutané parfaitement organisé, Avant d’aller plus loin et surtout avant de rien entreprendre, Dupuytren voulut connaître la cause du mal et la nature des perforations qu’il avait sous les yeux. Il apprit alors que le malade, jeune encore, avait fait un voyage et un séjour de plusieurs années en Portugal; que là il [s’était lié avec une femme, jeune, vive, passionnée et ialouse ; que cette jeune femme, dont il était éperdûment épris, avait bientôt acquis un empire absolu sur lui, et qu’au milieu des transports d’un amour réciproque, il s’était un jour senti légèrement piqué au prépuce, mais que, distrait par les caresses de son amante, il n’avait même pas examiné d’où 'provenait la sensation désagréable qu’il venait d’éprouver. C’est seulement en sortant de ses bras qu’il s’était trouvé le prépuce affublé d’un petit cadenas d’or, artistement travaillé et dont elle avait gardé la clef.

Quelque désagréable, quelqu’incommode, quelqu’humiliante même que cette précaution dût paraître à un homme, la jeune femme fit valoir tant de raisons, de caresses et de protestations d’amour et de dévouement que non seulement elle obtint qu’il ne se fâchât pas, mais encore qu’il ne retirât pas le cadenas et qu’elle réussit presque à lui faire regarder comme un ornement. Elle fit plus ; elle obtint que le cadenas fut déplacé toutes les fois que la peau qu’il traversait paraîtrait altérée. Elle parvint même, chose incroyable, à en placer deux. C’est dans cet état que M. M..., passa 4 ou 5 ans, pendant lesquels il porta un ou deux cadenas appendus au prépuce, et dont sa maîtresse gardait soigneusement la clef.

Est-ce à cette singulière, à cette extraordinaire pratique qu’il fallait attribuer la dégénérescence du prépuce ? Pétrot et Dupuytren n’hésitèrent pas à le penser. En effet, le nombre des infibulations, qui ne s’élevaient pas à moins d’une vingtaine, les tractions du prépuce par le

poids des cadenas, par les efforts de distension amenés par les érections, paraissent des causes plus que suffisantes pour amener cette dégénération, 'et ce qui achève de prouver que telle avait été la cause de la maladie de M. M..., c’est qu’à dater de son retour de Portugal, il n’avait cessé d’avoir son prépuce irrité, tuméfié, douloureux.

Il n’y avait pas à hésiter ; l’engorgement du prépuce était cancéreux ou prêt à le devenir. Il fallait enlever cette partie, sous peine ue voir se continuer les indispositions de M. M..., ou de le voir périr un jour d’un cancer à la verge. Le prépuce fut enlevé en partie par une sorte de circoncision. En moins de trois semaines la plaie fut conduite à parfaite cicatrice.

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