‹ Des tumeurs du prépuceChapitre 17 sur 18 · Tome 1. Novembre 1899, page · texte numérisé non relu

Tome 1. Novembre 1899, page

Le malade qui est l’objet de cette observation est âgé de 70 ans, et paraît en excellent état ! depuis une dizaine d années pointant, ses urines renferment une légère quantité de sucre ; mais ce diabète est fort léger, ne nécessitant pas un changement de régime.

Il y a deux ans, M. Segond lui pratiqua une lithotritie pour un gros calcul phosphatique ; aucun symptôme de calcul vésical n’est apparu depuis.

Vers cette époque, il y a deux ans par conséquent, notre malade remarqua sur son prépuce de petites indurations, un peu gênantes, nullement douloureuses .

Augmentant peu à peu, s’étalant, ces productions finirent par constituer un phimosis induré, et nécessitèrent une incision dorsale du prépuce, pour libérer le gland, il y a trois mois.

Depuis peu de temps, on a constaté un épaississement localisé qui s’ulcère légèrement ; on voit maintenant sur la partie latérale gauche une surface lisse, rougeâtre, ayant environ les dimensions d’une pièce de 2 francs, à contours irréguliers. La plaque qu’elle recouvre a une

consistance parcheminée, plus dure au centre ; elle est bien limitée de toutes parts par la peau saine et souple ; elle atteint presque le gland ; elle n’adhère nullement aux plans profonds. C’est, en somme, à peu de chose près, l’aspect d’un chancre induré. Mais les antécédents, l’âge du malade, l’absence complète d’adénopathie firent penser à une dégénérescence cancéreuse.

Le 19 octobre dernier, M. Segond pratiqua la circoncision, dépassant très largement les limbes du mal, en haut, passant en bas au ras de la couronne du gland. Sutures à la soie très fine , plusieuis points doivent traverser le corps spongieux même du gland, pour le réunir à la peau du fourreau de la verge.

Examen histologique. — La peau avoisinant la tumeur est noimale, mince. La couche épidermique se transforme brusquement, elle acquiert une épaisseur trois à quatre lois jplus considérable, tout en conservant la même structure : cellules pavimenteuses allongées verticalement au niveau du derme, aplaties près de la surface j elles sont moins bien colorées qu’au niveau de la peau normale ; enfin il existe une légère infiltration de petites cellules rondes.’ La couche dermique sous-jacente est complètement envahie par ces cellules inflammatoires, mais forme une barrière complète à la couche épidermique ; elle pénètre celle-ci par de longs traetus papillaires et délimite de la sorte de gros bourgeons épithéliaux.

Mais en nous rapprochant du centre de la tumeur, ces bourgeons prolifèrent, envahissent et dépassent le derme, formant de longs et épais boyaux ramifiés. La plupart des cellules pavimenteuses y sont augmentées de volume ; on en rencontre de polynucléaires ; enfin on remarque un certain nombre de globes epidev iniques , les uns petits, d’aspect habituel, les autres plus grands, dont les grandes cellules centrales sont remplacées par un espace rempli en partie de détritus cellulaires.

Du côté du gland, au ras de la section opératoire, la tumeur se termine par l’épaississement épidermique que nous avons d abord tiouvé du côté du fourreau de la verge, mais renfermant quelques globes épidermiques superficiels.

Voilà donc que, chez un diabétique, terrain prédisposé, se développe au niveau du prépuce une dermatite chronique ; elle reste longtemps stationnaire, puis elle s’épaissit, elle s’indure davantage : un nouvel

échelon a été franchi : l’épithélium proliférant sur place est devenu envahissant. Cette évolution nous a paru intéressante.

Nous remarquerons, en outre, le faible retentissement de cet épithéliome en nappe du prépuce: l’état général est excellent; il n’y a pas d’adénopathie ; il n’y a pas d’adhérence aux jjplans profonds. On est donc en droit d’espérer une guérison durable, peut-être même définitive, après l'intervention.

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